Presse néerlandaise du mercredi 29 décembre 2004

Les journaux titrent encore ce matin presque exclusivement sur le tsunami qui a ravagé les côtes du sud de l’Asie, insistant sur l’ampleur de la catastrophe et publiant des reportages sur les survivants qui recherchent désespérément leur famille ou la pleurent. L’Algemeen Dagblad annonce pour sa part que « Maxima attend un deuxième enfant », dont la naissance est prévue pour juillet.

- NRC-Handelsblad : Le nombre de victimes du raz de marée croît rapidement
- Trouw : Le nombre de morts arrive à 59.000
- Volkskrant : La mer continue de rejeter des corps sur la côte
- Algemeen Dagblad : Plus de 60.000 morts
- Telegraaf : Recherche désespérée

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Affaires internationales

Raz de marée

Après le raz de marée », explique l’éditorialiste du Volkskrant, il faut se demander « si une partie de ces souffrances n’auraient pas pu être évitée. (...) « Une alerte envoyée d’Indonésie (...) aurait pu sauver quelques milliers de vies. Mais un système d’alerte seul n’est pas suffisant. Il faut également des moyens de communication pour pouvoir toucher la population. Et les gens doivent avoir la possibilité de se mettre à l’abri ». (...) « Souvent, dans les pays où il y a déjà trop peu d’argent pour les équipements de base, on n’investit pas facilement dans la prévention de catastrophes qui se produisent peut-être une fois par siècle. Les équipements les plus efficaces et les plus chers ne pourront pas non plus éviter que la zone actuellement touchée reste sensible aux tremblements de terre. Mais par contre, on peut faire beaucoup pour éviter que ceux qui ont déjà très peu doivent payer le plus lourd tribut. »

Ukraine

Le correspondant de l’Algemeen Dagblad à Kiev publie une interview que Viktor Iouchtchenko a accordée au journaliste néerlandais « parce que l’Ukraine a un lien particulier avec les Pays-Bas depuis le tout début de l’indépendance en 1991 ». « Juste avant notre rencontre, il a eu un long entretien téléphonique avec le Premier ministre Balkenende. »

Le vainqueur des élections ukrainiennes se déclare convaincu que son pays « a toujours été un pays européen. Géographiquement, il se situe au cœur de l’Europe. Mais également, si vous regardez nos mentalités et nos valeurs morales, nous sommes entièrement européens. Mon gouvernement et moi-même ferons de l’appartenance à l’Union européenne un de nos principaux objectifs. Notez bien, je trouve qu’à tous points de vue, l’Europe a besoin de l’Ukraine. »

Interrogé sur son entretien téléphonique avec le chef du gouvernement néerlandais, M. Iouchtchenko se déclare « très reconnaissant pour les paroles chaleureuses qu’il a prononcées sur mon pays et son évolution vers la démocratie à la lumière de la victoire aux élections. Nous attachons beaucoup d’importance à la relation avec votre pays. Je me souviens qu’il y a 14 ans, notre coopération avec le secteur bancaire a commencé avec les Pays-Bas. Et dans le domaine agricole naturellement. Je suis convaincu que nous allons continuer à développer nos relations ». A une remarque du journaliste rappelant que l’orange est la couleur de la maison royale néerlandaise, M. Iouchtchenko estime que « ce n’est pas un hasard. C’est un signe de Dieu. C’est la preuve que votre famille royale, votre pays et notre pays connaissent les mêmes valeurs, les mêmes libertés, parce que nous sommes Européens ».

Actualité intérieure

Interview du ministre de la justice

Le NRC-Handelsblad publie sous le titre « le fondamentalisme est le propre de tout homme », un entretien avec M. Donner, où celui-ci s’exprime sur « le bien et le mal, la foi et l’évolution de la société ».

Interrogé sur sa volonté de continuer à se rendre à son ministère à bicyclette, le Ministre explique qu’il « ne faut pas céder à la peur. Nous ne devons pas nous laisser gagner par une ambiance d’insécurité. D’ailleurs personnellement, je ne suis pas très menacé, vous savez. » Faire du vélo « n’est pas plus dangereux, pour moi, qu’il y a un ou deux ans ». Et « si le ministre de la justice est victime d’un attentat », demande le NRC : « eh bien, on nommera un autre ministre de la justice ».

« Le plus grand danger est que nous organisions notre vie quotidienne sur la base de tout ce qui pourrait tourner mal. Cela stimule à son tour la violence. Si, sous l’influence d’une menace possible, on réorganise toute sa vie, cela veut dire que celui qui vous menace a déjà gagné. Je refuse ».

Interrogé sur l’influence du catéchisme d’Heidelberg sur sa vision du monde, M. Donner explique : « si l’on s’attend toujours au pire, les choses ne peuvent que vous surprendre agréablement. Je ne me fais aucune illusion sur ce qui peut se passer. Plus que tout autre ministre, je m’attache à le prévenir. Mais je m’efforce tout autant d’éviter que cela ait une influence sur le fonctionnement de l’Etat. Parce que dans ce cas, ce sont la méfiance, la suspicion et la fourberie qui domineraient notre politique. Mais en même temps, il nous faut adapter les règles aux exigences de notre époque ».

Concernant les « critiques selon lesquelles vous proposeriez trop vite de nouvelles règles », allant jusqu’à « ressusciter un vieil article de loi sur le blasphème », le ministre se défend d’avoir « voulu réviser le code pénal. Ce qui m’importait seulement, c’était le ton du débat public. Choquer inutilement n’a rien à voir avec la liberté d’expression, c’est une question de ton sur lequel on exprime son opinion. Lorsque des paroles ont des effets indésirables au niveau de la société, le législateur se doit de chercher à y remédier. Les gens ne doivent pas oublier leurs simples responsabilités de citoyens convenables. »

« Peut-on lutter contre le mal en imposant des règles ? », demande le NRC : « Non, on ne le peut pas. Il ne faut jamais combattre le mal par des règles, mais les règles fournissent un bon soutien. La criminalité est un mal que l’on combat avec des gens habilités à intervenir contre elle. Cette responsabilité a été déléguée à l’état, parce que c’est un combat dans lequel il faut faire usage de la violence, et que celle-ci est régie par des règles ».

S’exprimant sur l’incompatibilité supposée par Ayaan Hirsi Ali entre l’Islam et la civilisation occidentale, M. Donner estime que « Bien sûr, des idées peuvent être incompatibles. Mais notre culture occidentale ne se résume pas à la philosophie des Lumières. Si l’on ne trouve pas de mécanisme pour gérer la diversité propre à l’humanité, c’est la guerre. A mi-parcours de la Réforme, avec la Paix d’Augsburg, nous avons dit : à chaque pays sa religion. Cela a été la cause de longues guerres de religions en Europe. La démocratie est un mécanisme qui a pour objectif de gérer la diversité. Et cela fonctionne. De plus, la démocratie est un concept plus ancien que les Lumières. »

Le ministre est-il d’avis que « les idées des fondamentalistes de la philosophie des Lumières comme Hirsi Ali sont en fait contraires à la tâche pacificatrice de la démocratie ? » : « je ne dis pas que les idées des fondamentalistes sont contraires à la démocratie. En Europe, nous avons aussi eu Spinoza, par exemple, un radical dont les idées ont mis toute l’Europe sens dessus dessous. La culture européenne repose, pour une part, sur des fondamentalistes. Mais la démocratie est justement l’instrument qui permet de faire coexister les fondamentalistes. C’est pourquoi il ne faut jamais dire qu’un certain fondamentalisme n’a pas sa place dan la démocratie. Mais il y a des lois de base à respecter. Il faut accepter de devoir prouver que l’on a raison par la persuasion et pas par la force. » « Dans une certaine mesure », répond M. Donner à la suggestion que « le fondamentalisme doit être dompté », « le fondamentalisme est inhérent à tout homme. Ce n’est pas une question de dompter, car on ne peut pas chasser l’humain. » (...) « Beaucoup de gens aux Pays-Bas ont des conceptions extrêmes, surtout lorsqu’ils en changent. Si vous regardez à quelle vitesse les Pays-Bas sont passés, culturellement, de la foi dans la diversité au rejet de celle-ci, vous verrez que nous sommes très émotionnels. Ce qui compte, ce n’est pas de voir le fondamentalisme comme un danger, c’est d’apprendre à gérer les différents fondamentalismes qui font partie de la réalité. Une société où tout le monde relève du même fondamentalisme n’a aucun intérêt. Par la diversité de ses fondamentalismes, une société génère de nouvelles idées. »

Le débat actuel sur l’Islamisme montre, selon le ministre de la justice, que « chaque fois qu’une société est confrontée à une nouvelle forme de fondamentalisme, il y a d’abord une période durant laquelle on pense que cela se passera bien tout seul. Et puis il apparaît que cela n’est pas le cas, et il faut apprendre à s’habituer les uns aux autres. Mais cela implique également une adaptation des fondamentalistes, plus particulièrement des fondamentalistes. La première chose qu’un fondamentaliste doit apprendre à accepter, c’est qu’il y a d’autres fondamentalistes. »

« Les identités sont constamment modifiées par des conflits. Mon identité est toujours déterminée par le schisme de 1834, lorsque l’Eglise chrétienne réformée (Christelijk Gereformeerde Kerk) s’est séparée de l’Eglise Réformée (Hervormde Kerk). » (...) « L’identité d’Hirsi Ali est également déterminée par ce qu’elle a vécu, ce que ses parents ont vécu, la culture d’où elle vient. C’est pourquoi l’image d’une identité, ou d’une identité néerlandaise est une illusion. Toute l’histoire est un grand processus d’adaptation. » (...) « S’intégrer ne veut pas dire s’assimiler, mais trouver une base permettant de communiquer. L’intégration, c’est plutôt gérer nos différences que faire en sorte que nous devenions tous pareils. » (...) « Ma famille est venue de Prusse il y a deux cents ans. Maintenant, on dit aux Pays-Bas que je vis dans le passé. Nous vivons une période de transition, entre autres du fait de l’augmentation du nombre de concitoyens allochtones. Mais les choses connaissent une forte accélération en ce moment, et c’est une source d’inquiétude. Du reste, je dois dire que le terme d’allochtone maintient les gens dans une position d’étranger plus longtemps qu’ils ne le sont en réalité ».

Plutôt que de « crise d’identité », M. Donner préfère parler « d’accélération », et confirme voir finalement l’avenir avec optimisme : « L’avenir n’est pas une donnée que l’on considère ou non avec confiance. L’avenir, c’est ce que l’on construit. » Le passé reste important « parce qu’une culture doit toujours être en paix avec son passé. Depuis la Guerre de 80 ans, nous nous préoccupons de faire coexister pacifiquement plusieurs religions. Au début, il n’y avait pas de principe d’égalité. Nos catholiques avaient le droit à l’existence, mais il ne fallait pas qu’on les voie. Il y avait des églises clandestines. Mais simultanément, nous avons toujours été capables d’être suffisamment radicaux pour nous renouveler, tout en réussissant à coexister. »

Répondant enfin à une question sur les divisions internes des partis politiques, et plus particulièrement de son propre CDA, M. Donner constate que « nous sommes tous confrontés à une capacité moindre de la société d’accepter les différences et un sentiment dominant de non-implication. C’est inquiétant. Quand les gens n’ont plus aucun sentiment de responsabilité et se tournent vers l’état, dans l’attente d’en obtenir ce qu’ils veulent, les choses vont mal. »

L’éditorialiste du NRC porte un jugement sévère sur les déclarations de M. Donner.

Sous le titre « à vélo contre le terrorisme », il ironise sur « la pastorale haguenoise : le ministre de la justice, comme le père Drees, une fois son travail achevé, traverse la ville à bicyclette pour rentrer à la maison. Ce symbole politique du ministre Donner n’est malheureusement plus de ce temps. Rentrer chez soi à vélo est irréfléchi de la part d’une figure clef de la lutte contre le terrorisme. Le ministre se met non seulement lui-même en danger, mais également l’état qu’il représente. Il a beau dire qu’on peut le remplacer, mais après deux assassinats politiques, il devrait faire preuve de plus de prudence. La société est déjà déstabilisée, et il est plus important de prévenir tout nouveau désordre que de laisser un ministre respirer un peu d’air frais. »

Le NRC reproche également au ministre que « les Pays-Bas n’ont toujours pas de politique adéquate de protection des personnalités » autres qu’officielles. « Le terrorisme ne connaît pas cette distinction ; la protection des personnes mises en garde par l’état est le rôle de l’état ». Il y a aux Pays-Bas « quelques dizaines de personnalités publiques - parmi lesquelles des musulmans - qui sont menacées. Des personnes qui ont exprimé des opinions qui ne sont certes pas partagées par M. Donner, mais qui sont appréciées par d’autres. Leur assassinat est envisageable, selon l’AIVD, et déclenchera des réactions très vives de la part des partisans des victimes. M. Donner ne pourra pas dire que cela n’était pas prévisible ».

Wilders

Le Volkskrant signale dans une brève que « « Wilders menace Bot d’une motion de défiance » : selon ce député, « les Pays-Bas n’auraient pas du passer d’accord d’association avec la Syrie durant leur présidence de l’UE, parce que ce pays soutient le mouvement terroriste Hezbollah. »

Affaires françaises

Le Telegraaf note factuellement que « la justice française va entendre les ‘intermédiaires’ de l’affaire des otages français. »

Dernière modification : 29/12/2004

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