Presse néerlandaise du mercredi 31 décembre 2003

Deux alertes à la bombe ont encore eu lieu hier aux Pays-Bas : à
l’organisation européenne Eurojust, à La Haye, un colis posté depuis Bologne (Italie)
et contenant des explosifs a été ouvert par des artificiers néerlandais, tandis qu’à
l’aéroport de Schiphol les autorités ont fait évacuer deux halls, après la découverte
d’une valise suspecte. Son contenu s’est finalement avéré inoffensif.

Hormis ces incidents et une actualité d’un intérêt inégal, la
presse de ce matin consiste surtout en rétrospectives en tous genres, nécrologies,
horoscopes, reportages et suppléments divers.

NRC Handelsblad d’hier soir : "Des agents armés à bord des vols vers
les Etats-Unis", "Des colis piégés interceptés à Europol et à la BCE",
"Contrôle des résidences secondaires en France"

Trouw  : "Des colis piégés et une valise suspecte sèment le
trouble", "Rotterdam : Contourner les règles pour construire des habitations
dans le port", "’On ne saura peut-être jamais le nombre exact de morts à
Bam’"

de Volkskrant  : "Les Etats-Unis veulent rétablir les liens avec l’Iran
– Colin Powell discerne des pas ’encourageants’ du gouvernement de Téhéran",
"Une photo de Castro avec une moustache hitlérienne place les Cubains devant une
énigme" (The Guardian )

Algemeen Dagblad  : "Les femmes abandonnent la pilule – Sondage : une
femme sur cinq ne veut pas la payer elle-même", "Nouveau colis piégé à La
Haye"

De Telegraaf  : "Progression des stations-service sans pompiste",
"Une alerte à la bombe paralyse Schiphol"

* * *

Le dossier du jour : Jozias van Aartsen

Le leader du groupe parlementaire VVD, Jozias van
Aartsen, s’en prend vivement au PvdA
, dans un entretien avec deux journalistes du Telegraaf
(pp.1 et 5). Aux yeux du libéral que la presse parlementaire a récemment élu
meilleur homme politique de l’année, les sociaux-démocrates sont en grande partie
responsables de l’échec de l’intégration des allochtones aux Pays-Bas
.

"Vous avez pu voir quelle catastrophe s’est déroulée, parce
qu’on n’a pas posé de limite à l’immigration, dans le passé. C’est une fausse sorte
de tolérance que je discerne chez le PvdA
. Et voyez à quoi cette politique a
mené : beaucoup d’allochtones défavorisés, de la terreur, des comportements
antisémites dans la capitale et un manque d’intégration catastrophique des allochtones
dans les grandes villes
. Je suis vraiment tombé de ma chaise quand Wallage [le maire
PvdA de Groningue] a dit que l’action de Hirsi Ali était cause d’agressivité dans la
société. Je voudrais dire à Wallage : as-tu vraiment les yeux ouverts ?"

"Pour nous, il est clair qu’il faut davantage de police dans les
quartiers à problème", déclare le leader libéral lorsque le journal populaire lui
demande où restent les propositions du VVD en la matière. "Il faut poser des
exigences aux migrants. Dix pour cent de la population de Rotterdam ne sont pas
intégrés
. Ce n’est pas admissible ! Il faut vraiment mettre fin à ça. Il
faut aussi interpeller les nouveaux immigrés. Ils le font bien au Canada et en Australie,
demandez aux Néerlandais qui y sont allés."

"Le VVD veut être un vrai parti populaire et nous avons des
électeurs dans toutes les couches de la société, y compris dans les vieux quartiers et
parmi les immigrés non occidentaux. A cet égard notre position est plus forte que celle
du PvdA. On dirait que les sociaux-démocrates n’arrivent pas à franchir le seuil,
parce qu’ils veulent toujours être politiquement corrects
. Mais de cette façon-là,
on ne fait que bousculer encore plus les enfants défavorisés. C’est justement maintenant
qu’il ne faut pas dire : laissez faire."

Interrogé sur les qualités d’homme d’Etat du premier ministre
Balkenende, Van Aartsen déclare : "Balkenende doit réaliser ses ambitions. Son
gouvernement ne doit pas devenir un Paars II qui ne fait que garder la boutique. Le
premier ministre a besoin d’aide de temps à autre, sans vouloir dire qu’il n’y arrive
pas. Mais nous sentons à la Chambre qu’il faut indiquer ce qui peut être amélioré.
Prenez la bureaucratie dans ce pays. Pourquoi faut-il tellement de temps pour s’y attaquer
vraiment ? Cela fait des années que nous en parlons. C’est pourquoi je dirais au premier
ministre : insistez, car le premier ministre a ce pouvoir." " J’ai le
sentiment que Balkenende peu devenir un vrai homme d’Etat
. Il a entamé convenablement
une grande et nécessaire opération d’austérité, ainsi que des réformes structurelles.
Certes, il a eu quelques histoires et nous ne conquérrons pas l’Europe avec sa
proposition de mentionner Dieu dans la Constitution
. Je trouve donc que Balkenende
doit faire preuve d’un peu plus d’ambition, mais je pense qu’il y arrivera
. Personne
n’a intérêt dans ce pays à propager l’idée du leader PvdA Wouter Bos comme premier
ministre."

 

Actualité internationale

Union européenne : réponse de Zalm à Bot

" Le ministre des Finances Zalm rejette les critiques de Ben
Bot, le nouveau ministre des Affaires étrangères, selon lesquelles les Pays-Bas se sont
mis eux-mêmes sur la touche en Europe
", rapporte le Volkskrant (p.2).
"Zalm affirme que faire obstruction est au contraire productif et il défie Bot de
’nommer un pays qui fait des difficultés et qui a subi des avaries à cause de cela’. Nous
appartenons à une école plus dure que celle du ministère des Affaires étrangères’
,
dit Zalm dans une interview à l’hebdomadaire FEM Business de cette semaine."

"Zalm, agacé, rejette ces critiques [cf. presse du 29 décembre]
et affirme ne pas connaître d’exemple d’avaries dues à l’obstruction, malgré neuf ans
d’expérience en Europe. Des mauvais coucheurs notoires comme la Grande-Bretagne,
l’Espagne et la Pologne, membre aspirant, obtiennent justement beaucoup à Bruxelles,
alors que des pays accommodants comme les Pays-Bas et l’Allemagne obtiennent moins
."

" Pour Zalm, l’adaptation du Pacte de stabilité n’est plus
taboue
." " Zalm prône maintenant d’adapter le Pacte de stabilité pour
tenir compte à l’avenir du niveau de la dette d’Etat par pays
. Un pays avec une
petite dette pourra alors avoir un déficit budgétaire plus élevé qu’un pays avec une
dette plus importante. Pour Zalm, cet assouplissement est envisageable parce que ce n’est
qu’à cette condition que la Grande-Bretagne voudra participer à l’euro."

"Zalm refuse de parler de la stratégie qu’il appliquera pour
obtenir plus en Europe dans la période à venir : ’On ne demande pas non plus au jouer
d’échecs Kasparov quel sera son coup d’ouverture’."

 

Actualité intérieure

Débat sur la séparation de l’Eglise et de
l’Etat

L’Etat doit tracer des lignes de démarcation plus claires pour la
propagation de convictions religieuses, estime l’historien Thomas von der Dunk
en page
d’opinion du NRC Handelsblad d’hier soir. Pas de juges portant foulard, mais
les témoins, oui. Pas de crucifix au mur de la classe, mais autour du cou, oui.

" Le rapport Stasi peut nous aider nous aussi à établir des
directives claires
", écrit Von der Dunk. "Il faut dire tout d’abord que la
laïcité fondamentale française est trop rigide pour les Pays-Bas, parce que la
neutralité religieuse de l’Etat à laquelle elle vise peut trop facilement virer à une
attitude sciemment antireligieuse. La séparation de l’Eglise et de l’Etat signifie que
les Eglises ne bénéficient pas de privilèges particuliers, pas qu’elles ne pourraient
pas être consultées sur des problèmes de société – mais alors sur la même base
que toute autre organisation civile et sans revendication exclusive de la Vérité
."
"Chacun a le droit de ne pas aimer [les manifestations religieuses publiques] mais il
est inhérent à une société ouverte de ne pas défendre immédiatement tout ce qu’on
n’aime pas. Le VVD, notamment, risque de l’oublier sous la houlette de Hirsi Ali – ce
qui est curieux de la part d’un parti ’libéral’. La séparation de l’Eglise et de
l’Etat doit se limiter aux domaines où l’autorité de l’Etat lui-même s’exprime
. Et
il faut alors être conséquent. Dès que l’Etat manifeste son pouvoir dans la société,
par le biais de l’armée, de la douane, de la police ou de la justice, il faut qu’il soit
neutre." "Les demandeurs d’emploi qui se sentent de ce fait limités dans leurs
obligations religieuses peuvent chercher un autre environnement professionnel ou émigrer.
Le même principe s’applique à l’administration publique : ministres et maires
représentent l’autorité de l’Etat et il convient qu’ils le fassent avec un ornement
areligieux."

" La liberté de religion implique le droit de vivre sa
religion, mais pas partout ni à tout moment
", estime le publiciste à propos de
l’enseignement public et des lieux publics en général. "On ne peut pas exiger des
gens que leur entourage reflète fidèlement la composition de la société civile, mais
quand certains musulmans refusent d’accepter l’autorité de professeurs ou d’agents de
police de sexe féminin, ils franchissent une borne." " A ceux pour qui
l’adaptation est un sacrifice insurmontable, il reste l’option de l’émigration dans une
théocratie assortie
."

Notons dans ce contexte que plusieurs quotidiens font mention du
soutien apporté à la ligne française par le scheik sunnite Tantawi, à l’occasion d’un
entretien avec le ministre de l’Intérieur Sarkozy, au Caire ( de Volkskrant pp.1 et
5, AFP-Reuters, Trouw p.9, De Telegraaf p.11).

Néerlandais de l’Année

Johan Stekelenburg , le maire PvdA de Tilburg décédé d’un cancer
le 22 septembre dernier, a été élu Néerlandais de l’Année par les lecteurs du Volkskrant ,
sur le site Internet du journal. 2 595 lecteurs au total ont exprimé leur suffrage.
Stekelenburg (4267 points) est suivi dans le classement par la députée VVD Ayaan Hirsi
Ali (2957 points), le leader PvdA Wouter Bos (2058 points), Gretta Duisenberg (1730
points) et l’outsider Joep Lange (1699 points), directeur de Pharmaccess, qui œuvre
pour l’accessibilité des médicaments contre le sida dans le monde entier.

 

Economie, Finances

Rémunération des managers

La centrale syndicale FNV veut que le fisc "écrème" les
revenus élevés à partir d’un certain niveau - par exemple un demi-million d’euros
– en appliquant un impôt sur le revenu beaucoup plus élevé que le tarif supérieur
de 52 %. C’est ce que la vice-présidente Kitty Roozemond écrit dans une lettre au
gouvernement, en réaction aux recommandations de la commission Tabaksblat concernant la
bonne gestion dans le secteur privé.

Roozemond estime que le code Tabaksblat ne bride pas suffisamment les
"scandaleuses et douteuses pratiques dans la sphère des stock-options, des
règlements de départ, des bonus et des prêts". "La FNV n’est pas confiante
que le code changera quelque chose à la rémunération excessive des dirigeants" ( NRC Handelsblad
d’hier soir p.13).

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