Presse néerlandaise du mercredi 8 juin 2005

Tandis que la presse à grand tirage titre sur des faits divers, le Volkskrant rend compte d’un entretien avec le président de la Banque des Pays-Bas sur le malaise économique néerlandais et le Trouw brode sur le thème de la contribution néerlandaise à l’Union européenne.

- NRC Handelsblad d’hier soir : "Le président bolivien veut démissionner à la suite des protestations", "Une nouvelle assurance maladie pour tout le monde - La Première Chambre nourrit de grandes objections contre la nouvelle législation en matière de sécurité sociale"
- Trouw : "’Zalm exagère la contribution à l’UE’ - L’europarlementaire CDA Maat : Nous ne payons que 106 euros par personne à Bruxelles", "En route vers La Paz" (manifestants boliviens)
- de Volkskrant : "La DNB prévoit une croissance beaucoup plus faible - Wellink ne voit pas encore la fin de la stagnation", "Le Sénat approuve le nouveau système de sécurité sociale", "Abandon de la ligne du Zuiderzee" (projet ferroviaire)
- Algemeen Dagblad : "Les voleurs de diamants de Schiphol se sentent traqués - Des membres de la bande envisagent de se réfugier au Surinam", "La bière est souvent mal tirée sur les plages" (test national du journal), "Les Belges ouvrent la chasse au nederwiet"
- De Telegraaf : "La tribune publique horrifiée par la peine requise dans l’affaire Savanna - Le procureur : L’infanticide n’était pas volontaire", "Une bombe sous le nouveau système WAO" (incapacité de travail)

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LE DOSSIER DU JOUR :Nout Wellink

"La Banque des Pays-Bas a fortement baissé ses prévisions pour la croissance en 2005", annonce le Volkskrant dans son grand article à la une. "Alors que la DNB, initialement, prévoyait encore 1,7 pour cent de croissance, elle s’en tient maintenant à 0,4 pour cent. Les performances économiques des deux derniers trimestres, surtout, sont décevantes. C’est ce que dit le président de la banque, Nout Wellink, dans une interview au Volkskrant ."

"’Normalement, je suis un homme optimiste, mais il est difficile de l’être en ce moment’, dit Wellink. ’Nous vivons dans un monde dans lequel il y aura aussi des chocs à l’avenir.’ Selon Wellink, il ne saurait donc être question de mettre fin aux réformes de l’économie néerlandaise. ’Je pense que beaucoup d’Européens en ont assez de tous les changements, mais croyez-vous vraiment que nous pouvons arrêter l’horloge du vieillissement pendant quelques années ? Croyez-vous vraiment que nous pouvons dire aux Chinois : nous sommes fatigués, pourriez-vous attendre quelques années ?’"

"Selon le président de la banque, la stagnation économique actuelle n’a rien à voir avec l’euro. ’Si nous n’avions pas l’euro, l’économie néerlandaise se porterait encore plus mal.’ Depuis l’introduction de l’euro, l’économie européenne a souffert d’un nombre inouï de revers extérieurs, comme les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, une hausse du prix du pétrole de 10 à 55 dollars le baril, la guerre d’Irak et l’émergence rapide de la Chine. ’Sans l’euro les monnaies européennes se seraient dispersées. Le florin serait devenu beaucoup plus cher et les exportateurs néerlandais en auraient beaucoup souffert’."

"La discussion sur la fin prématurée de la monnaie européenne qui a éclaté après le non à la Constitution en France et aux Pays-Bas est par conséquent une ’non-discussion’. Wellink juge ’amusant’ que ce soit justement des ministres italiens qui en parlent : ’C’est justement ce pays qui a profité le plus de l’euro.’ Les pays qui quitteraient l’union monétaire maintenant ’couleraient’ comme ’des bateaux ne tenant pas la mer par gros temps’."

"Outre des réformes structurelles, le rétablissement économique dépend maintenant des citoyens et des entreprises. ’Toutes les conditions du rétablissement sont remplies, sauf une : les citoyens et les entreprises n’ont pas suffisamment confiance pour se comporter comme ils l’ont fait dans le passé’."

"Selon Wellink, il ne faut pas exagérer les conséquences du ’non’ français et néerlandais", poursuit le journal de centre gauche en rubrique économique (p.7). "Wellink est convaincu qu’à la longue les citoyens européens prendront conscience des effets salutaires de l’euro. ’Nous ne devons pas en vouloir à l’euro. Nous pouvons tout au plus en vouloir à ceux qui ont abusé de l’introduction de l’euro’."

"’On peut se demander si les politiques, le gouvernement et les parlementaires ont suffisamment braqué les projecteurs sur l’Europe. L’économiste Ad Geelhoed a étudié un jour le nombre de pages de travaux de la Chambre consacré au Traité de Maastricht et à la loi sur les heures d’ouverture des magasins, une petite question nationale. Le Traité de Maastricht, qui transférait la souveraineté monétaire, a été traité en moins de cent pages. Le traitement de la loi sur les heures d’ouverture des magasins en comptait mille’."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Union européenne

1) Budget pluriannuel.

"Les Pays-Bas ont beaucoup exagéré en se plaignant de trop payer à l’UE", note le Trouw dans son grand article à la une. "Selon le CDA au Parlement européen, cela a influencé le référendum. ’Qui sème le vent récolte la tempête’, a dit l’europarlementaire CDA Albert Jan Maat à Strasbourg, hier. La plainte du ministre Zalm (VVD, Finances) selon laquelle les Pays-Bas paient à l’UE 180 euros par habitant a encouragé le ’non’ lors du référendum. Mais selon Maat, elle est exagérée. En réalité, chaque Néerlandais paierait 106 euros. La différence réside surtout dans le port de Rotterdam, où est prélevée une TVA sur les importations destinées à d’autres pays. L’Union européenne reçoit une partie de cette TVA. ’La TVA prélevée dans le port de Rotterdam n’est pas du tout de l’argent néerlandais’, affirme l’europarlementaire. Mais Zalm ajoute cette TVA ’Rotterdamoise’ quand il calcule ce que les Néerlandais paient à Bruxelles. ’A tort’, estime Maat. ’Les collègues européens de Zalm connaissent les vrais chiffres depuis des années, mais hélas, le citoyen néerlandais moyen est plus crédule qu’eux’."

"L’europarlementaire CDA trouve aussi que les Pays-Bas se plaignent trop fort des dépenses croissantes de l’UE. ’Les gouvernements nationaux laissent monter leurs propres dépenses beaucoup plus vite. De 1996 à 2002 les dépenses nationales des quinze anciens de l’UE ont augmenté de 23 pour cent, alors que le budget de l’UE n’a augmenté que de huit pour cent. L’UE s’est donc plutôt retenue’."

"Selon Maat, il est exact que Bruxelles ne rétrocède pas assez aux Pays-Bas. ’C’est aussi dû au gouvernement lui-même. Les ministères haguenois pourraient se montrer un peu plus créatifs pour l’emploi des fonds européens. La gare de Groningue a fait l’objet d’une magnifique restauration avec de l’argent européen. On peut imaginer beaucoup plus de projets de ce genre aux Pays-Bas’."
"Les institutions européennes sont engagées dans une bataille pour le budget", rappelle le journal chrétien progressiste. "La Commission européenne réclame quelque quinze pour cent de plus, sous la devise ’Plus d’Europe coûte plus d’argent’. Les Etats membres rechignent, surtout les Pays-Bas, qui veulent pratiquement suivre la ligne zéro. Le Parlement européen semble se positionner entre les deux."

"Le ministre néerlandais des Finances, Gerrit Zalm, prévoit qu’il sera ’très difficile d’aboutir ce mois-ci à un accord ’ sur le budget pluriannuel européen pour la période 2007-2013", écrit le correspondant à Luxembourg du Financieele Dagblad (p.3). "C’est ce qu’il a dit hier, à l’issue de la réunion des ministres des Finances à Bruxelles. Zalm a ajouté que ’les Pays-Bas préfèrent ne pas avoir d’accord qu’un mauvais accord’.

2) Présidence britannique.

"La présidence britannique est importante pour les Pays-Bas", fait valoir l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir. "Elle obligera à faire un choix plus clair concernant le cap de l’Europe. L’électorat français a fait savoir qu’il attachait plus de valeur à la protection des acquis de l’Etat-providence qu’aux réformes et à la modernisation. Il ne faut pas s’attendre à ce que le premier ministre Villepin, nommé la semaine dernière, se brûle les doigts en appliquant une politique de réforme radicale. En Allemagne les électeurs ont fait savoir qu’ils ne veulent pas continuer avec le SPD du chancelier fédéral Schröder. Les chrétiens-démocrates dirigés par Angela Merkel se présenteront aux élections de cet automne avec la promesse d’annuler ou d’alléger une partie des maigres réformes de Schröder."

"Il faudra se demander si les Pays-Bas doivent toujours s’associer étroitement à ce qui reste du tandem franco-allemand. A cet égard, le premier ministre Balkenende a été bien avisé en décidant la semaine dernière de ne pas réagir à la proposition allemande de réunir les six pays fondateurs de l’UE."

"Faute d’une perspective pour l’intégration politique de l’Europe, la politique économique dominera de nouveau. C’est d’ailleurs absolument nécessaire. Pas seulement parce que l’économie mondiale exige plus de compétitivité de l’UE, mais aussi parce que l’UE risque fort de régresser : la directive des services a été torpillée, le protectionnisme guette - voyez le secteur du textile - et on ne peut plus guère parler d’une politique économique commune après l’assouplissement du Pacte de stabilité. Et la République fédérale est capable de retomber dans l’erreur économique commise en Allemagne de l’Est, compte tenu de son plaidoyer en faveur d’un salaire minimum européen. Imposer un tel standard aux nouveaux Etats membres d’Europe de l’Est revient à y créer un chômage massif, comme prix du maintien de l’Etat-providence dans les anciens pays membres."

"La probabilité que les nouveaux Etats membres envisagent une telle mesure est négligeable et cela indique d’autant plus que le modèle franco-allemand d’Europe ’sociale’ défensive ne domine plus. L’Europe de l’Est est dynamique et innovatrice et s’agissant de la vision de l’avenir, elle est beaucoup plus proche des Britanniques (et des Irlandais) que du reste du continent. Le premier ministre britannique Blair a appelé dans le cadre de sa prochaine présidence de l’UE à un nouveau débat sur l’avenir social et économique de l’Europe. Les Pays-Bas feront bien de s’ouvrir à son apport."

3) Roumanie.

Le Trouw (p.9) s’est à son tour entretenu avec le ministre roumain des Affaires étrangères, Mihai-Razvan Ungureanu. "Le processus d’élargissement tout entier est devenu plus problématique" après le "non" néerlandais et français, selon le chef de la diplomatie roumaine. "Il ne s’agit pas seulement de nous, mais aussi des pays qui devraient suivre plus tard : les Balkans, la Turquie. Bien sûr, je sais qu’officiellement les négociations avec Ankara commenceront en octobre. Mais l’UE est-elle vraiment intéressée ou est-ce que ce sera un dialogue sans fin ?"

"Ungureanu, qui était de passage aux Pays-Bas hier, sait que son pays n’a pas le vent en poupe du point de vue politique, en ce moment. Mais, dit-il, ’nous avons l’intention de tenir nos engagements ; nous estimons que notre adhésion est toujours possible en 2007’." "Le non dans deux pays fondateurs de ce qui est devenu l’Union européenne a aussi une conséquence ’encourageante’, pour reprendre l’expression d’Ungureanu : ’Le moteur de l’intégration européenne glisse vers l’Est’."

Pays-Bas - Belgique

"La Belgique va effectuer des contrôles plus sévères le long de sa frontière avec les Pays-Bas", annonce l’Algemeen Dagblad à la une. "Elle ouvre l’offensive contre les producteurs néerlandais de produits cannabiques et d’ecstasy qui ont déplacé leurs activités en Belgique. Les services judiciaires belges auront directement accès aux banques de données néerlandaises contenant l’ADN et les empreintes digitales des criminels."

"Le ministre Donner (Justice) et les ministres belges Dewael (Intérieur) et Onkelinx (Justice) ont conclu des accords à ce sujet. Les Belges vont former un corps d’intervention spécial de 700 hommes, qui effectuera des contrôles intensifs le long de la frontière. Il y aura aussi des brigades volantes, qui devront dépister les trafiquants de drogue dans la région frontalière."

"Selon Dewael, les nouvelles mesures sont nécessaires parce que de plus en plus de criminels néerlandais cherchent leur salut en Belgique. ’Près de la frontière avec les Pays-Bas nous découvrons presque hebdomadairement de grandes plantations de chanvre. Jusqu’à une date récente cela n’existait pratiquement pas en Belgique’, a fait savoir le porte-parole du ministre belge."

ACTUALITE INTERIEURE

Ligne du Zuiderzee

"Le PvdA et le VVD ont définitivement enterré la ligne du Zuiderzee, la liaison ferroviaire rapide entre Schiphol et Groningue", relève le Volkskrant à la une. "Le PvdA et le VVD ne croient pas qu’elle serait jamais rentable et veulent affecter autrement les 2,73 milliards d’euros réservés pour ce projet."

"La proposition du PvdA et du VVD prévoit d’attribuer la moitié de ce montant à l’Aile Nord de la Randstad et l’autre moitié à la Ligne hanséatique, la nouvelle liaison entre Lelystad et Zwolle. Les trains devront pouvoir rouler à 200 km/h sur cette ligne, comme le TGV de Paris."

"La ligne du Zuiderzee avait déjà été placée sur une voie de garage par un rapport dévastateur de la commission Duivesteijn et le gouvernement avait promis une nouvelle étude approfondie des possibilités de liaison rapide. Le VVD et le PvdA, avec leur proposition, veulent éviter que le Nord, en fin de compte, ne se retrouve les mains vides. Ils vont élaborer leur alternative avec la région. Le gouvernement devra pouvoir prendre une décision à ce sujet en décembre, estiment-ils" (également Het Financieele Dagblad p.3, De Telegraaf p.9, Trouw p.13).

A signaler :

Une tribune de l’ex-ministre D66 Thom de Graaf sur le "non" néerlandais à la Constitution européenne (Trouw, cahier de Verdieping). "Les électeurs ont prévenu pour la deuxième fois en relativement peu de temps qu’il ne faut pas badiner avec eux. Ils ne se sentent pas suffisamment représentés et impliqués dans le processus décisionnel. Pour lier les électeurs, qui sont ’décloisonnés’ depuis longtemps, à notre démocratie il faut leur donner toute la mesure : leur propre responsabilité et la compétence à corriger le système politique et à constituer le pouvoir. Déclencher deux fois la sonnerie d’alarme devrait suffire, non ?"

Dernière modification : 08/06/2005

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