Presse néerlandaise du vendredi 1er avril 2005

Sans
pour autant faire tous les grands titres, le congrès D66 de demain reste le
principal thème de politique intérieure. Après les interviews d’éminents membres
du parti libéral-démocrate, c’est au tour des associations de radiotélédiffusion
publique TROS, AVRO et NCRV d’appeler les congressistes à voter contre l’accord
pascal de la coalition CDA-VVD-D66, dans une grande annonce publiée par
plusieurs quotidiens. 

  • NRC Handelsblad
    d’hier soir : "Une caisse d’assurance maladie prend une participation dans un
    hôpital", "L’affaire Schiavo divise l’Amérique conservatrice", "D’abord en
    colère, puis tout de même pragmatique
    " (campagne pour le "oui" à la
    coalition)
  • De Telegraaf  :
    "Les politiques en colère contre les organisations de radiotélédiffusion -
    ’L’action publicitaire contre l’accord pascal est scandaleuse’
    ", "RTL 4
    place des séries télévisées sur Internet", "La santé du pape se dégrade
    rapidement"
  • Trouw  : "Les
    Français sont contre la polygamie" (nouveau reportage sur Les Mureaux), "Schiavo
    quitte une vie pleine de recours en justice", "Le pape a reçu l’extrême
    onction"
  • de Volkskrant  :
    "Le gouvernement rejette le projet de réforme de la WW [loi sur le chômage] -
    L’accord d’automne avec les syndicats vacille", "La mort télévisuelle de Terri
    Schiavo"
  • Algemeen Dagblad
     : "La hausse inexorable des bonus - Les syndicats sont furieux à cause du
    ’show’ des salaires des managers", "Le pape a reçu les derniers sacrements"

* * *

 

Notre
dossier : Enseignement du français et de l’allemand

" La
ministre Maria van der Hoeven (Education) va commencer des projets de promotion
du français et de l’allemand dans quarante
écoles
", annonce le NRC Handelsblad d’hier soir à la une. "Il s’agit
d’écoles primaires et secondaires La ministre veut mettre fin au recul de
l’intérêt pour le français et l’allemand
."

"’Il
importe beaucoup que nous parlions la langue des voisins’, déclare Henk Oonk,
directeur de l’Europees Platform qui exécute les projets pour le compte
du ministère. ’On ne saurait commencer suffisamment tôt à susciter cet
intérêt’."

" Les
projets commenceront en septembre, dans vingt écoles primaires et vingt écoles
secondaires. Dans l’enseignement secondaire, le niveau actuel du français et de
l’allemand sera relevé en dispensant des leçons supplémentaires et en enseignant
d’autres matières, par exemple l’histoire, en français ou en allemand
."

"Le
ministère veut ainsi commencer à réaliser l’un des objectifs du calendrier dit
de Lisbonne des chefs d’Etat et de gouvernement européens. Ce plan d’action pour
rendre l’Europe plus compétitive sur le plan économique établi par les leaders
politiques il y a quatre ans prévoit que les écoles, outre l’anglais, rendent
obligatoires une deuxième langue étrangère et qu’elles en commencent
l’enseignement le plus tôt possible."

" En
avril 2003, l’ambassadeur d’Allemagne, Edmund Duckwitz, et l’ambassadeur de
France de l’époque, Anne Gazeau-Secret, ont tiré la sonnette d’alarme dans une
lettre ouverte publiée dans ce journal et ont exprimé leur préoccupation
concernant l’intérêt décroissant des élèves pour le français et l’allemand
",
rappelle le journal du soir. "Les ambassadeurs français et allemand qualifiaient
la connaissance d’une seule langue étrangère d’absolument insuffisante dans
l’Europe de demain. Ils écrivaient : ’Nous craignons que les jeunes
Néerlandais n’abandonnent l’allemand et le français comme matières d’examen et
qu’à l’avenir beaucoup d’écoles, de ce fait, ne proposent plus du tout
l’allemand ou le français’
."

"Dans
le cadre de la mondialisation les Néerlandais devraient être capables de bien
communiquer avec les pays voisins, leurs principaux partenaires commerciaux,
afin de pouvoir faire affaire avec eux, écrivaient les deux ambassadeurs. ’Une
Europe dans laquelle l’anglais est la seule langue véhiculaire pour tous les
contacts avec l’étranger ne nous paraît pas souhaitable’, faisaient-ils valoir."

"Le
nombre d’étudiants de français et d’allemand dans les universités a
progressivement baissé ces dernières
années. En 2000/2001, 519 étudiants étaient inscrits en allemand et 726 en
français ; en 2004/2005, leur nombre était descendu respectivement à 424 et
627."

Le Telegraaf (p.3), dans une brève, précise que la ministre Van der Hoeven a
dégagé 700 000 euros pour ce projet
.

 

Actualité
internationale

Union européenne : Constitution

Le
chroniqueur J.L. Heldring , en page d’opinion du NRC Handelsblad
d’hier soir, remarque dans une réflexion sur le ’vouloir" et le "pouvoir"
politiques, inspirée par une sortie du premier ministre Balkenende contre le
"négativisme" ambiant aux Pays-Bas (cf. presse du 18 mars), remarque que " le
président Chirac veut qu’en mai le peuple français dise ’oui’ à la Constitution
européenne et que, deux ans plus tard, lui ou son parti gagne les élections
présidentielles françaises
". " Il ne peut donc pas accepter de décisions
européennes impopulaires dans son propre pays. D’où le démontage du Pacte de
stabilité et de la directive sur les services, avec l’aide de l’Europe parce
qu’elle souhaite aussi que la France dise ’oui’ à la Constitution
."

" C’est
pareil pour le chancelier fédéral Schröder
. Il doit essayer de gagner les
élections de 2006 et il est mal coté. Tony Blair prépare aussi des élections
et ne dit donc mot de l’Europe
(bien qu’il en soit lui-même partisan), parce
que ce thème n’est pas populaire dans son pays."

" Si
nous examinons de plus près les causes de l’impuissance européenne, nous devons
aboutir à la conclusion que la démocratie, qui est une condition nécessaire de
l’adhésion à l’Union européenne, est l’une de ces causes
. Autrement dit :
les principes de la démocratie, que chaque Etat membre observe, rendent la
réalisation de l’unité européenne incertaine. Autrefois, j’aurais dit : de
l’unité politique européenne. Mais après le démontage de la semaine
dernière, mon doute s’étend aussi à l’unité économico-monétaire."

"Ce
démontage d’institutions économico-monétaires clés m’a aussi fait douter du
référendum sur la Constitution européenne. Bien que je nourrisse des
objections de principe contre les référendums, j’avais l’intention d’aller
voter, et de voter pour la Constitution. Pourquoi ? Pas parce que je trouve
cette Constitution idéale, mais parce qu’en cas de rejet je craignais le
démontage de l’acquis européen
.

" Or
ce démontage a commencé la semaine dernière, dès avant que je me sois exprimé
pour ou contre la Constitution. En outre, si le Pacte de stabilité est déjà
foulé aux pieds, qu’est-ce qui nous garantit qu’on n’en fera pas de même avec la
Constitution ? Mais peut-être serai-je sauvé par le gong et n’aurai-je pas
besoin de choisir : la France votera avant les Pays-Bas ; si elle vote contre,
le vote néerlandais sera superflu, car cela signifiera l’abandon de la
Constitution
."

"Si la
France vote contre la Constitution européenne - ce qui paraît de plus en plus
probable - ce sera un ’cataclysme’ selon Jacques Delors, le presque légendaire
président de la Commission européenne dans les années 80 et 90. Ou bien
faudrait-il aussi accuser Delors de négativisme ?"

 

Actualité
intérieure

Congrès D66

" Le
premier défi qu’il voulait relever s’est soldé par un échec
", écrit le Trouw (p.4). " Alexander Pechtold n’a
pas réussi hier à gagner Hans van Mierlo à l’accord pascal
."

"La
Reine Beatrix avait à peine fait prêter serment au nouveau ministre de la
Rénovation administrative et des Affaires du Royaume que celui-ci se rendait à
Amsterdam pour un entretien avec Hans van Mierlo, le fondateur du D66."
"L’entretien avec Van Mierlo n’a pas dissipé ses objections. Son vote dépendra
de la défense de la direction du D66. Un vote blanc est également possible,
a-t-il indiqué."

" Dans
la perspective du congrès, la direction du D66 fait tout pour rallier les
fédérations à l’accord pascal. Elle semble y être arrivée à Amsterdam et La Haye,
à Utrecht le résultat était encore incertain et Rotterdam a dit ’non’. Mais au
congrès ce ne seront pas les fédérations qui décideront, mais les membres
individuels
."

"L’organisation de radiotélédiffusion NCRV a appelé les congressistes à rejeter
l’accord. Cela n’a rien à voir avec l’élection des maires qui est à l’origine de
la crise politique, mais tout avec les accords sur la radiotélédiffusion
publique conclus par la coalition."

En
page d’opinion du journal haguenois Haagsche Courant d’hier soir, le
chroniqueur Maarten van Rossem remarque qu’en l’occurrence "on peut se
demander à quel point un parti politique peut perdre sa crédibilité"
. "C’est
un peu à contrecœur que le D66, parti libéral de gauche, a rendu possible ce
gouvernement conservateur. Le parti discernait une occasion unique de réaliser
ses ’joyaux de la couronne’, les rénovations administratives, et il était prêt à
quelques concessions pour cela. Ce projet a lamentablement échoué maintenant. De
Graaf, correct, a ensuite démissionné. Mais son parti a immédiatement décidé de
trahir tous ses principes politiques pour pouvoir rester au gouvernement. Du
jour au lendemain, le D66 a cessé d’être le parti de la rénovation
administrative qui siège pour la bonne cause au sein d’un gouvernement
conservateur, pour devenir un parti pour l’enseignement et l’environnement qui
juge l’application du calendrier du gouvernement essentielle pour la prospérité
de la patrie. Cette trahison devrait être suffisante pour faire disparaître
définitivement le D66 de la scène politique
."

"Le
départ de De Graaf pourrait devenir un jalon de l’histoire politique des
Pays-Bas si l’on en finissait enfin avec la discussion aussi éculée qu’absurde
sur le fonctionnement de la démocratie néerlandaise. Je crains cependant qu’on
n’en fasse rien."

 

Radiotélédiffusion

Le
Conseil de la Culture recommande à la secrétaire d’Etat D66 Medy van der Laan de
supprimer une chaîne de télévision publique. Les deux chaînes restantes
devraient devenir des chaînes sans publicité
.

Le
conseil consultatif du gouvernement prône par ailleurs une réduction du pouvoir
des organisations de radiotélédiffusion encore plus drastique que l’accord
pascal du gouvernement
.
C’est ce qui ressort du rapport De omroep voorbij (au-delà de la
radiotélédiffusion) présenté hier.

Une
"organisation des médias publics" (PMO) doit remplacer la structure actuelle,
selon le Conseil de la Culture. Gerard Hulshof, qui est chargé des médias au
sein du Conseil, veut retirer toute autonomie aux organisations publiques. Il
pense que les projets actuels de la coalition leur laissent toujours trop de
marge de manœuvre, de sorte que de "vieux conflits" risquent de resurgir.

Hulshof propose de diffuser surtout des programmes d’information et d’opinion,
des programmes de fond, des programmes artistiques et culturels. Le tout sans
publicité, pour garantir l’indépendance absolue des deux chaînes - une
généraliste et une d’approfondissement ( Trouw p.5, Algemeen Dagblad
p.17).

 

Islam radical

Le
Trouw (p.7) et le Telegraaf (p.9) notent que la fondation
controversée Al Haramain ne sera pas interdite aux Pays-Bas
. Selon le
tribunal d’Amsterdam, auquel le Ministère public avait demandé d’interdire et de
dissoudre la fondation, il n’est pas établi qu’elle soutient directement ou
indirectement le terrorisme. Et on ne peut pas dire des statuts d’Al Haramain,
qui font mention de toutes sortes d’objectifs humanitaires, qu’ils sont
contraires à l’ordre public.

 

Presse
hebdomadaire

 

Tous
les hebdomadaires évoquent les tribulations du gouvernement Balkenende II et la
démission du ministre D66 Thom de Graaf. "Thom de Graaf s’inscrit dans une
longue tradition de ministres D66 défaillants", affirme HP/De Tijd , qui
cite un ancien collaborateur de De Graaf en
ces termes : "Le D66 se fait toujours avoir. Et quand ce n’est pas par les
autres, c’est par nous-mêmes." Le portrait que le publiciste Dick Houwaert en a
esquissé en 1974, lorsque le parti était sur le point de se dissoudre, est
toujours d’actualité, selon le magazine indépendant : "Le D66 n’a jamais été un
mouvement populaire. Il est resté un club d’intellectuels qui portaient de temps
en temps un regard étonné sur le monde. Des érudits en chambre d’un excellent
niveau, rien de plus. Des gens très travailleurs, sympathiques et aimables, qui
trébuchent sur la pratique politique."

Mais
le grand thème de couverture de HP/De Tijd est l’attrait que la belle
ville de Haarlem exerce sur les Amstellodamois. "Une plage, des parcs, de beaux
magasins, de bonnes écoles : à Haarlem tout est à portée de la main. Cela attire
de plus en plus d’Amstellodamois, qui se battent pour y trouver une maison.
’Depuis que j’habite ici, j’ai tous les jours le sentiment d’être en vacances’."

Vrij
Nederland

a passé une semaine dans l’aile D de la prison De Schie, à Rotterdam, et en rend
compte dans son article de couverture. L’hebdomadaire progressiste dispose
d’autre part en premier d’un document resté confidentiel jusqu’à présent et qui
montre que le prince Bernhard a aussi eu des "rapports ambigus" avec l’avionneur
Northrop. "Les parallèles avec l’affaire Lockheed apparaissent nombreux."

Elsevier
consacre un grand article économique à "l’invasion des étrangers" dans le
management. "De plus en plus d’entreprises sont dirigées par des Belges, des
Français, des Américains et des Britanniques. Pourquoi les Néerlandais mordent
la poussière."

Sur
le plan européen, on notera un article de trois pages intitulé "La
cocotte-minute Strasbourg". "Douze fois par an ’Bruxelles’ déménage à
Strasbourg. Ces journées de réunion françaises obligatoires - trois jours et
demi par mois - ont la réputation d’être superflues, mais le travail politique
le plus passionnant se déroule dans cette ville, pas à Bruxelles." "Les
lobbyistes ne sont jamais loin." "Si je le voulais, je n’aurais jamais besoin de
payer moi-même mon dîner à Strasbourg", dit une europarlementaire néerlandaise.

Le
correspondant à Paris, Olivier van Beemen, remarque de son côté que la façon
dont les Français pratiquent la démocratie "reste un phénomène intéressant".
"Pour président ils ont élu un ’affreux jojo’ (selon Annemarie Jorritsma en
2001) impliqué dans de nombreuses affaires de corruption. Aux élections
législatives ils votent traditionnellement contre le gouvernement en place. Ils
emploient les élections locales pour exprimer leur mécontentement national. Et
chaque fois qu’on annonce une réforme ils descendent en masse dans la rue pour
l’empêcher. Et quand la majorité élue l’applique tout de même, dans de rares
cas, ils parlent d’une mesure non démocratique." "Le référendum du 29 mai sur la
proposition de Constitution pour l’Union européenne, que la France organisera
trois jours avant les Pays-Bas, forme un nouvel épisode de la passionnante
relation entre le peuple français et la démocratie." Suit un tour d’horizon des
diverses positions sur la Constitution européenne.

 

Affaires françaises  

Le
NRC Handelsblad (p.5) d’hier soir estime que "Barroso a été tenu à
l’écart de la télévision française". La correspondance cite Le Monde à
propos des motifs que Marc Tessier, le directeur de France Télévisions, pourrait
avoir eus.

Le
Volkskrant (p.5) s’est entretenu avec l’ancien ministre Robert Badinter
sur l’opposition française à la Constitution de l’UE : "Pour les Français, l’UE
est un amour d’antan". Badinter s’attend "à ce qu’une très petite majorité dise
’oui’, tout comme pour Maastricht".

Sur
le plan culturel, on retiendra un article du Volkskrant (p.14) sur
l’Opéra Bastille, tandis que l’ Algemeen Dagblad (p.13) en rubrique
économique, évoque le conflit qui oppose les deux propriétaires des Galeries
Lafayette.

 

Dernière modification : 01/04/2005

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