Presse néerlandaise du vendredi 1er juillet 2005

L’année parlementaire s’est achevée hier après-midi par le traditionnel barbecue du Binnenhof, qui marque le début des huit semaines de vacances du Parlement. Certains parlementaires ont cependant dû retourner à la salle de réunion le soir, pour boucler les nombreux dossiers gardés pour le dernier jour. L’un des derniers débats a commencé à une heure du matin !

NRC Handelsblad d’hier soir : "Zalm veut libérer immédiatement le salaire-épargne - Suppression des droits d’inscription", "Recommandation : retirer la gestion de la police aux maires", "’Nous les refoulerons dans le désert’" (résistance dans les colonies de la bande de Gaza)
Trouw : "Suppression des droits d’inscription - Un peu plus de pouvoir d’achat pour les revenus moyens et supérieurs", "Un accord avec les médecins en vue"
De Telegraaf : "Champ libre à la croissance de Schiphol - Le Conseil des Transports et Voies d’Eau recommande de démolir des quartiers entiers", "La Chambre boucle avec des brochettes", "Zalm annonce des extras"
de Volkskrant : "KPN perdra le monopole des lignes fixes - Le prix des abonnements de téléphone va certainement baisser", "L’armée israélienne prend d’assaut un hôtel dans la bande de Gaza", "’Ahmadinejad a été preneur d’otages’" (correspondance de New York)
Algemeen Dagblad : "Alerte à une thérapie contre les rides - Le corps médical met en garde contre de graves complications", "Le chewing-gum n’est plus une friandise" (fondation d’une association internationale de fabricants)"

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LE DOSSIER DU JOUR :Réforme de la police
"La gestion des corps de police locaux ne doit plus dépendre des maires", écrit le NRC Handelsblad d’hier soir à la une. "Une ’direction de groupe’ doit gérer à l’avenir les 25 corps de police locaux et le Corps National des Services de Police. C’est ce que recommande le groupe directeur Evaluatie Politieorganisatie présidée par J. Leemhuis-Stout. Le groupe directeur devait présenter jeudi après-midi le rapport ’Lokaal veranderd, nationaal versterkt’ [changement local, renforcement national] aux ministres Donner (Justice, CDA) et Remkes (Intérieur, VVD)."
"Le groupe directeur a étudié l’organisation de la police à la demande du gouvernement et présente maintenant ses recommandations. Elles vont ’plus loin’ que la récente proposition du gouvernement visant à modifier la loi de 1993 sur la police, proposition dont la Deuxième Chambre doit encore débattre. La proposition de modification a surtout pour but de renforcer les compétences de l’Etat vis-à-vis de la police."
"La structure actuelle, 25 corps de police locaux et un corps national, a été créée il y a dix ans, après une réorganisation radicale", rappelle le journal du soir. "Cette structure peut être maintenue, estime le groupe directeur, mais une couche administrative supplémentaire est nécessaire entre les corps et les ministres responsables : la direction de groupe. La direction de groupe assurera la gestion des corps de police. Elle s’accordera directement avec les ministres sur les performances à fournir, elle gèrera le budget et dirigera les corps. Le groupe directeur ne précise pas qui devra former cette direction de groupe."
"Le groupe directeur souligne qu’il n’est pas partisan d’une police nationale unique. Il importe pour lui que les corps de police continuent d’opérer localement. Il est cependant d’avis qu’il faut mettre fin aux tensions entre le niveau local et le niveau national. ’Ils sont pris dans une danse rituelle de reproches et de piques mutuels’ et les régions ’se plaignent des chicanes croissantes et de la tendance rampante à la centralisation’ de La Haye."
"Le groupe directeur met en garde contre l’antagonisme entre les corps et l’Etat et affirme que le gouvernement et la Deuxième Chambre doivent le rompre, mais que le projet de loi actuel n’y suffira pas" (également Trouw pp.3 et 7, Algemeen Dagblad p.5).
L’éditorialiste du Volkskrant, journal qui a déjà publié le week-end dernier des éléments du rapport présenté hier, estime quele modèle d’organisation proposé maintenant semble surtout devoir ménager la chèvre et le chou". Le journal de centre gauche aurait préféré que la commission Leemhuis se prononce en faveur d’une police nationale, "compte tenu de l’indéniable nécessité de faire face au niveau national aux nouveaux dangers tels que le terrorisme". "Il est clair que le système policier actuel n’y est pas suffisamment préparé. Il est douteux pour le moment que la commission Leemhuis ait trouvé une réponse adéquate."
Le commentateur du Telegraaf parle aussi de "travail fait à moitié". "Pour le dynamisme de la police il aurait mieux valu que la commission opte franchement pour une police dirigée au niveau national, avec des ramifications territoriales afin qu’elle puisse rester proche des citoyens pour les problèmes locaux." "La commission a trop voulu ménager la chèvre et le chou."

ACTUALITE INTERIEURE

Schiphol
"Les communes autour de Schiphol sont stupéfaites du rapport du Conseil des Transports et Voies d’Eau sur l’avenir de l’aéroport", relève le Telegraaf dans son grand article à la une. "Cet important organe consultatif du gouvernement affirme que Schiphol doit pouvoir doubler de taille dans l’intérêt de l’aéroport lui-même, de la navigation aérienne et de l’économie néerlandaises. Pour cela, des quartiers entiers des communes avoisinantes devront être démolis, selon la recommandation à la secrétaire d’Etat Melanie Schultz van Hagen (Transports)."
"Les habitants des environs de l’aéroport seront contraints contractuellement de ne pas se plaindre des nuisances sonores. La maire de la commune menacée de Haarlemmerliede-Spaarnwoude, Ellen van Hoogdalem-Arkema, est furieuse : ’Démolir la moitié de certains quartiers ! Où ces gens-là doivent-ils aller ?" La résistance est également vive à Badhoevedorp, également menacé de démolition. "Les planificateurs sont vraiment en dehors de la réalité. On ne sacrifie pas des maisons pour la croissance de l’aéroport. Nous avons déjà perdu assez de territoire’, déclare Dick van Rooijen du conseil de village de Badhoevedorp."
"Les groupes parlementaires CDA, VVD et D66 ne sont pas favorables non plus au projet."
"Selon le conseil, il faut par ailleurs compenser les habitants et adapter de façon draconienne le système actuel de normes sonores, environnementales et de sécurité." "Le conseil affirme que Schiphol est actuellement pris dans un carcan de règles. L’aéroport a la possibilité physique de croître jusqu’à 600 000 à 700 000 vols par an d’ici 2020. En 2004, le nombre de vols s’élevait à 403 000" (également Trouw pp.2 et 3, Het Financieele Dagblad p.3).

PRESSE HEBDOMADAIRE
HP/De Tijd conseille ses lecteurs en matières de rencontres sur Internet et compare la vie quotidienne des vieillards séniles en centre hospitalier et des délinquants en prison. Les circonstances de vie de la dernière catégorie sont nettement meilleures, affirme le magazine indépendant.
Rinus van Schendelen, professeur d’Etudes européennes à Rotterdam, raconte que les politiques néerlandais le consultent régulièrement sur l’Europe. Sans grand résultat, bougonne-t-il. "Bruxelles est une pointure trop grande pour le Binnenhof." "Je m’étonne du fait que les Néerlandais sachent si peu de l’Union européenne. Le budget européen s’élève à cent milliards d’euros. C’est moins que les deux tiers du budget national de La Haye. La plupart des citoyens n’ont aucune idée de l’envergure effective du budget européen. Jan Marijnissen a lancé le mot ’super-Etat’. Cela suggère beaucoup de fonctionnaires." "Prenez les Etats-Unis, un pays qui a un peu plus de la moitié du nombre d’habitants de l’Europe. Un million de fonctionnaires fédéraux émargent sur la liste de Bush. Son collègue Barroso, président de la Commission européenne, n’en a que vingt mille, interprètes et tout le reste compris. Opstelten, à Rotterdam, en a plus. Parlons de super-Etat !"
Qu’en est-il de la connaissance de l’Europe en dehors du Binnenhof ? Van Schendelen : "Elle est bien meilleure, si l’on regarde les entreprises, les lobbies et les collectivités locales. Philips, par exemple, était un acteur formidable dans ce domaine. Il pouvait pour ainsi dire financer un laboratoire de six cents personnes avec les fonds européens qu’il touchait."
"Zalm se comporte constamment en comptable. Ce n’est pas un économiste. Sous sa direction nous n’arrêtons pas de nous plaindre de notre contribution nette à l’Europe. Zalm s’est écrié en 1999 : ’J’ai récupéré plus que je ne voulais : 1,7 milliard d’euros !’ Mais 1,7 milliard d’euros, cela représente quelques kilomètres de la ligne TGV. Ce sont des montants de comptable. Il faut voir de quels montants il s’agit durant un conseil des ministres standard le vendredi matin. Et le plus important : considérez que notre pays gagne dans des proportions gigantesques à faire partie du marché ouvert européen. C’est donc de la pure politique de parti. Zalm a découvert que le thème de la contribution nette a le vent en poupe au VVD."
"Dans les coulisses, les politiques disent : ’Rinus, tu as tout à fait raison.’ Mais il faut du culot pour le dire en public. Et à La Haye, il n’y a pratiquement pas de politiques qui disposent d’une base de pouvoir personnelle. Ayaan Hirsi Ali, oui. Wouter Bos aussi. Il a pris des risques lors du référendum."
Vrij Nederland a pour thème de dossier le patronage du Stedelijk Museum d’Amsterdam : "Comment le Stedelijk se vend à l’ABN Amro".
Dans une interview, le président du groupe parlementaire CDA Maxime Verhagen regrette qu’on ait organisé un référendum sur la Constitution européenne aux Pays-Bas. "Jozias van Aartsen dit maintenant que le gouvernement a fait une mauvaise campagne, qu’il aurait dû se montrer plus uni. Je pense que tout le monde - y compris Van Aartsen lui-même - devrait évaluer son rôle dans l’échec. Ce n’est pas le gouvernement, mais la Deuxième Chambre qui a voulu un référendum."
Verhagen défend le premier ministre, qui n’est guère populaire - "Je trouve qu’on fait du tort à Jan Peter" -, et s’inquiète de l’islamisation des Pays-Bas. "Nos normes et valeurs sont fondées sur le protestantisme, le catholicisme, l’humanisme. Une nouvelle source culturelle se présente brusquement : l’islam. Nous avons un million d’habitants de plus qui viennent d’un monde totalement différent - la plupart viennent de pays non démocratiques. Il faudra s’assurer de l’établissement d’un lien avec l’Etat de droit néerlandais. Sinon, il y aura un clivage dans la société qui risque de déboucher sur d’énormes accidents." "Je vois un pays dans lequel les Néerlandais et les allochtones se trouveront face à face. On ne pourra alors plus parler de société, seulement de groupes en conflit. Nous avons été naïfs, nonchalants. Nous avons pensé très longtemps que les émeutes raciales et les attentats nous seront épargnés. Le meurtre de Theo van Gogh a été un démenti très dur. Je dis qu’il faut rendre la démocratie plus combative, sinon il y aura des heurts et cela pourra être très explosif. Voyez les banlieues françaises, où la situation est déjà incontrôlable."
Elsevier publie un portrait politique de Tony Blair et le texte intégral du discours prononcé par le premier ministre britannique au Parlement européen, après l’échec du sommet de clôture de la présidence luxembourgeoise de l’Union européenne. "Le rôle de Chirac et de Schröder en Europe est fini. Tony Blair saisit l’occasion et s’érige en leader de l’Europe. Réussira-t-il ?" Pour Syp Wynia, "il se peut que la vision de Blair découle de son propre intérêt personnel, politique et britannique". "Est-ce grave ? Peut-être l’Europe grippée, qui a trop longtemps reposé sur la suprématie française et la culpabilité allemande, acquerra-t-elle ainsi une nouvelle dynamique. C’est ce qui compte."
On notera aussi, dans ce contexte, une correspondance de Bruxelles de Paul de Hen sur la réflexion sur le "non" de la France et des Pays-Bas. "Ceux qui pensent que le non aux référendums français et néerlandais sur la Constitution européenne était un rejet résolu de davantage d’ingérence européenne doivent absolument se rendre sur le site du mouvement ’altermondialiste’ français Attac (www.attac.fr). Il n’y est pas question de moins d’Europe. Attac demande effectivement le retrait de tout ce qu’il considère comme étant des propositions libérales européennes [...]. Mais Attac va plus loin : davantage de fonds pour les Etats membres pauvres ; un grand programme européen d’investissements dans les infrastructures, l’enseignement et les soins, tout cela également pour les besoins de l’emploi ; une politique monétaire moins stricte par le biais de l’assouplissement du Pacte de stabilité qui limite les déficits budgétaires nationaux ; la baisse du taux d’intérêt des crédits courts de la Banque centrale européenne. Ce n’est pas l’agenda d’une Europe en retrait, mais celui d’une Union européenne qui se réforme radicalement."
Pour finir, le chroniqueur Bart Tromp, sous le titre "La force de l’Europe", résume avec approbation l’ouvrage Why Europe Will Run The 21st Century de Mark Leonard, du Centre for European Reform. "Alors que le gouvernement néerlandais traduit exclusivement le résultat du référendum en exigence financière mesquine - ’Je veux mon argent’ -, Mark Leonard propose une vision rafraîchissante de l’intérêt de l’Europe, y compris pour les Pays-Bas."

Dernière modification : 01/07/2005

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