Presse néerlandaise du vendredi 11 juillet 2003

Tandis que la presse à grand tirage s’intéresse encore aux tarifs des
chemins de fer néerlandais et aux faits divers, le Trouw et le Volkskrant
font leurs manchettes sur l’Irak, pour noter que le président américain George W. Bush a
reconnu que les troupes américaines y avaient un "problème de
sécurité" : depuis que le président a annoncé la fin de la guerre, le 1er
mai, des commandos irakiens ont tué 31 soldats américains.

Aux Pays-Bas, à la base aérienne d’Eindhoven, le secrétaire d’Etat
à la Défense Cees van der Knaap a assisté hier au départ pour l’Irak d’un premier
contingent militaire néerlandais de 300 hommes.

  • NRC Handelsblad d’hier soir : "Des fonctionnaires britanniques : Il est
    peu probable qu’on trouve des armes en Irak", "La Commission enquête elle-même
    sur Eurostat", "La machine à coudre est de retour grâce à la crise"

  • Trouw  : "Bush reconnaît qu’il y a un ’problème’ en Irak – Les
    Républicains plus préoccupés par les morts que par les armes introuvables",
    "Les enfants d’Israël oublient leur cancer ici" (organisation de vacances aux
    Pays-Bas)


    de Volkskrant  : "Bush reconnaît un problème de sécurité en Irak – Le
    président américain parle pour la première fois des difficultés des troupes
    américaines", "Peur croissante d’un été long et chaud – L’héritage de
    Saddam Hussein ne se laisse pas gommer si facilement"


    Algemeen Dagblad  : "On se bat pour le prix des billets de train", "
    Bush reconnaît un problème de sécurité en Irak"


    De Telegraaf  : "La mafia du téléphone est active aux Pays-Bas – Des
    Pakistanais piratent les grands centres téléphoniques", "L’eurocollecte
    victime de la lenteur des banques – L’échanges des pièces se fait attendre"

* * *

 

Actualité internationale

Convention européenne

" La Convention a mis hier la dernière main au projet de
Constitution européenne
", rapporte le correspondant à Bruxelles du Financieele
Dagblad
(p.5). "Et à la dernière minute, elle a encore tenu compte de souhaits
pressants de la France et de l’Allemagne. Un important souhait néerlandais n’a pas été
honoré."

" Selon le représentant du gouvernement néerlandais au sein de
la Convention, Gijs de Vries, le présidium dirigé par Giscard a nettement choisi
d’honorer encore quelques souhaits sensibles de la France et de l’Allemagne, l’objectif
étant selon De Vries que ces grands pays se rallient le plus possible au projet, à
l’automne
." "Pour la France il s’agit de ce qu’on appelle l’exception
culturelle."

"Le représentant du gouvernement néerlandais regrette qu’on ait
fait cette concession à la France. L’exception culturelle entrave le dynamisme de
l’Union en matière de politique commerciale. En tant que nation marchande, nous aurions
préféré qu’il en soit autrement’
."

"L’Allemagne a obtenu in extremis que les Etats membres aient le
droit de définir eux-mêmes leur quota d’immigrants."

" L’exigence néerlandaise de maintenir l’unanimité pour
l’établissement du budget pluriannuel de l’UE n’a pas été honorée
."

" La Convention met le point sur le i du projet de traité de
l’Union
", titre le même Financieele Dagblad (p.7) au-dessus d’un rappel
des travaux et des résultats de la Convention européenne signé Hendrik Jan van Oostrum.
Le correspondant à Bruxelles prévoit que la lutte sera chaude à la Conférence
intergouvernementale qui s’ouvrira en octobre, s’agissant des votes à l’unanimité.

" La Convention européenne a été formellement clôturée hier ",
note le Trouw (p.6). " Les membres sont satisfaits, mais ils craignent aussi
que les chefs d’Etat et de gouvernement ne réécrivent le projet de texte pour la
Constitution de l’UE
." "Néanmoins, le projet de Constitution est une bonne
base pour les négociations. Les chefs d’Etat et de gouvernement auront le dernier mot,
certes, mais ils ne pourront pas ignorer le travail de la Convention
."

"En tant qu’expérience, la Convention européenne est un succès.
’La Convention a signifié une grande percée dans la façon dont l’Europe fait de la
politique’, a déclaré l’europarlementaire britannique Andrew Duff, hier. La ministre
espagnole des Affaires étrangères Ana de Palacio a également estimé que le débat
ouvert en valait la peine. ’Nous avons placé la barre haut’, a-t-elle jugé."

A noter qu’en page d’opinion du Volkskrant , l’europarlementaire
PvdA Dorette Corbey fait valoir que "l’Europe a surtout un déficit politique",
que la façon de travailler du Parlement européen aggrave. S’agissant du "déficit
démocratique", elle estime que "la Constitution européenne fera en tout cas
quelques pas dans la bonne direction".

 

Irak

" Une chose est certaine ", écrit le Trouw dans
son commentaire éditorial, " lorsque le gouvernement néerlandais a donné sa
bénédiction à l’offensive contre l’Irak, il l’a fait avec la ferme conviction qu’il
s’agissait d’une guerre justifiée
." " Ce même gouvernement a dû
remarquer depuis que de sérieux doutes sur cette guerre ont surgi
. Le jour même où
nous avons envoyé trois cents hommes de troupe en Irak, de hauts fonctionnaires
britanniques déclaraient qu’il était ’hautement improbable’ qu’on trouve encore des
armes chimiques ou biologiques en Irak. Et on savait déjà que les informations sur les
tentatives de Saddam d’importer des quantités considérables d’uranium africain, pour
fabriquer des armes atomiques, reposaient sur des documents falsifiés."

"L’opinion commune de la plupart des pays est qu’une guerre n’est
justifiée qu’en cas de menace immédiate, donc pour se défendre, ou – comme au
Kosovo – pour des raisons strictement humanitaires. C’est pourquoi il faut
répondre à la question du bien-fondé de cette guerre, de préférence le plus vite
possible
. Ce n’est qu’alors qu’on pourra travailler de façon crédible à la paix au
Moyen-Orient."

" Les Pays-Bas doivent aussi répondre à cette question, à
cause du soutien politique qu’ils ont apporté et à cause de la présence de militaires
néerlandais en Irak
."

 

Union européenne : frictions

" L’Europe s’unifie, nous devenons une grande famille, sans
frontières, sans guerres et avec une monnaie et un président uniques
", remarque
l’éditorialiste du Volkskrant .

" Seulement, tout le monde n’a pas encore compris le message .
Nous l’avons vu en 1990, au moment de la réunification allemande, lorsque le ministre
britannique Ridley a mis en garde contre les ’pratiques de gangster de l’Allemagne ayant
pour but de reprendre toute l’Europe’. Il n’aimait pas plus les Français :
c’étaient les ’bichons’ des Allemands. Chez nous, nous avons Zalm qui a reproché aux
Italiens d’être ’hystériques’ et Jorritsma qui a qualifié le président français
d’’affreux jojo’ et regretté que la France soit peuplée de Français."

Les Européens ont emporté leurs "vieux ressentiments" en
passant le cap du nouveau siècle
, constate le journal de centre-gauche, en rappelant
les accrochages de ces derniers temps entre Belges, Italiens et Allemands.

"Que dit cette chronique d’invectives de l’état de l’Union ? L’intégration
n’est-elle qu’un mince vernis sous lequel apparaissent très vite les préjugés
traditionnels ? Ou s’agit-il des derniers borborygmes du chauvinisme national, qui se
manifestent d’autant plus fortement que l’unification nous rapproche les uns des autres ?
"
"L’Européen type n’existe pas et il n’existera jamais. Ce qui reste, ce sont des
Allemands mal dégrossis, des Britanniques perfides, des Danois ripailleurs et des
Néerlandais grossiers. Seulement, ils ne doivent plus s’insulter."

 

Actualité intérieure

Liste Pim Fortuyn

" La Liste Pim Fortuyn n’a pas eu à radier le moindre cadre de
province
", note le Trouw à la une. " Mais quelques dizaines de
personnes ont délibérément quitté le parti lors de la réunion à huis clos des
membres
." "La réunion au théâtre Luxor de Rotterdam, hier, était
nécessaire parce qu’une querelle avait éclaté pour la nième fois au sein du parti. Le
conflit n’est pas une question de cap politique à suivre, mais d’inimitiés personnelles.
Un grand nombre de cadres provinciaux critiquaient la direction du parti et le
président du groupe parlementaire, Mat Herben
. Selon eux, le magnat de l’immobilier
Maas et l’avocat Hammerstein se comportent ’en despotes’ et Herben n’est pas assez visible
à la Deuxième Chambre."

"A l’issue de la réunion, Hammerstein a constaté avec une
certaine ironie que l’après-midi s’était déroulée dans une ’grande unanimité’. ’C’est
à de telles occasions que s’avère la capacité autopurificatrice d’un parti. Les membres
dissidents ont rendu leur carte sous les applaudissements’."

"Hammerstein a fait comprendre que si les gens qu’il avait
qualifié de ’vermine’ n’étaient pas partis de leur plein gré, ils auraient été
radiés par les membres."

"Durant la réunion, il s’est avéré que Herben disposait de
1 500 procurations. Une motion de censure contre Maas et Hammerstein n’avait donc
aucune chance d’aboutir" (également Algemeen Dagblad p.2, de Volkskrant
p.3, De Telegraaf p.3).

 

Joint Strike Fighter

Selon un sondage d’opinion représentatif effectué par Maurice de Hond
pour la télévision SBS 6, des Néerlandais estiment que les Pays-Bas
doivent se retirer du prestigieux projet de développement du chasseur américain Joint
Strike Fighter
(JSF). Il y a des opposants au projet JSF dans la base de tous les
partis politiques
. Pour le D66, il s’agit de 90 % de l’électorat. Les adeptes du VVD
et de la LPF (65 %) nourrissent aussi des doutes et même 55 % de la base du CDA
estiment qu’il faut mettre fin à la contribution néerlandaise ( Algemeen Dagblad
p.1, De Telegraaf p.23).

 

Presse hebdomadaire

"Je veux qu’on me remarque" titre HP/De Tijd sur la
couverture de son "numéro estival double" consacré au besoin d’estime et de
reconnaissance des générations actuelles. Parmi les personnalités connues interviewées
figurent le couple de psychologues Dolph et Rita Kohnstamm, l’ex-députée LPF Winny de
Jong, le gourou Emile Ratelband, le self-made exploitant de parc d’attraction
Hennie van der Most, la conceptrice de lingerie Marlies Dekkers et Martin Verkerk,
l’outsider qui a joué la finale messieurs à Roland Garros. Parmi les "six
professionnels de la sollicitude" dont le magazine présente un bref portrait entre
les grands articles, il y a une call-girl, une visagiste et un sommelier.

Elsevier évoque "les piercings et les tatouages qui
envahissent le monde civilisé". "Le corps humain n’est plus un temple."

"Le populisme est notre défi", retient l’hebdomadaire
conservateur d’un entretien avec le leader PvdA Wouter Bos. "Bos pourra-t-il
continuer de tenir le CDA dans son collimateur, de sorte que ce parti – dont les
électeurs sont connus pour leur tendance à passer au PvdA – fasse virer à gauche
la politique gouvernementale ? Bos ne se fait pas d’illusion : ’Le VVD ne le permettra
pas. Le VVD et le CDA resteront sur la même ligne. Sinon, des fissures apparaîtront
rapidement dans le mur de la coalition’. Bos ne peut que les espérer : ’L’opposition la
plus efficace germe hors du Binnenhof. Une nouvelle dynamique se créera peut-être ainsi,
qui affectera le CDA’." A propos des laissés pour compte de la société moderne,
auxquels Bos applique le terme allemand Modernisierungsverlierer (perdants de la
modernisation), il dit : "Le PvdA est essentiellement un mouvement qui adopte une
position rationnelle et positive face au changement. Il lui est donc difficile de se
mettre à la place des Modernisierungsverlierer. Si nous voulons solliciter ces
gens-là, nous devrons au moins adapter notre discours. Nous ne devons pas craindre le
populisme. Au contraire, le populisme doit être notre défi. En premier lieu, nous ne
devons pas hésiter à exploiter la force d’attraction personnelle du leader du parti. Et
nous devons aussi nous approprier d’autres caractéristiques du populisme."

Dans Vrij Nederland , qui présente les classiques de la
littérature néerlandaise d’après 1945 dans sa section Letteren, le leader SP Jan
Marijnissen, depuis une terrasse de café haguenois, estime à propos d’une autre idée du
chef de file PvdA que "Wouter Bos a perdu le nord". "Un système bipartite
est antidémocratique. Prends l’Angleterre : Labour ou les Tories, c’est kif kif, seule la
rhétorique est différente. Et tout le monde sait qu’aux Etats-Unis Démocrates et
Républicains, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Quelqu’un comme Ralph Nader, respecté
par ses amis comme ses ennemis, n’a aucune chance. Je préfère les Pays-Bas. Je ne veux
pas manquer de modestie, mais y a-t-il une discussion qui n’ait pas été entamée par un
petit parti à la Chambre ? Qu’il s’agisse de GroenLinks, du SGP, de la ChristenUnie
ou du SP, ce sont les petits partis qui mettent de l’animation au Parlement."

Michiel Hulshof et Elma Verhey s’arrêtent longuement à la diplomatie
américaine après le 11 septembre. "Aborder un politique pour un petit avantage
fiscal ? L’ambassadeur américain Clifford Sobel le fait avec un charme extrême. Comme
les diplomates de Washington le font toujours, d’ailleurs : avec amabilité,
professionnalisme et toute l’information nécessaire. Même quand les choses deviennent
sérieuses, quand il s’agit de la war on terrorism, les troupes de choc
diplomatiques de George Bush ne sortent pas de leur rôle. Sauf quand elles n’obtiennent
pas ce qu’elles veulent..."

"L’offensive de l’ambassade des Etats-Unis dépassait largement
celle des collègues français", retient l’hebdomadaire progressiste des commentaires
de Rob Meines à propos du lobbying pour le JSF. Meines, qui était en faveur du Rafale
français, déclare : "A l’ambassade de France, tout le monde était constamment en
train de nuancer. Comment ils allaient insister sur tel aspect, comment il fallait qu’ils
attirent encore une fois l’attention sur tel détail. Les Américains ne voyaient qu’une
chose : les intérêts américains et comment faire le forcing."

 

Economie, Finances

Droits de reproduction

L’association des petites et moyennes entreprises néerlandaises
MKB-Nederland intentera un procès test à la Stichting Reprorecht, qui envoie des
factures de recouvrement de droits de reproduction aux entreprises. Selon MKB, les
factures sont beaucoup trop élevées et des milliers d’entreprises s’en plaignent. Le
ministre des Finances Zalm, qui est chargé de la coordination de l’allégement des
charges administratives des entreprises, a promis de faire examiner la question.

Depuis le 1er février, les entreprises sont tenues de payer des droits
de copie pour les documents faisant l’objet d’un droit d’auteur, comme les journaux, les
livres et les périodiques, rappelle le Financieele Dagblad dans son grand article
à la une. "Le chaos est désormais total", cite le journal financier de la
bouche de Jurgen Warmerdam, de MKB-Nederland. "Certaines entreprises n’ont même pas
une machine à photocopier. Nous avons maintenant trois mille copies de réclamations.
Leur nombre réel doit en être un multiple."

L’organisation patronale VNO-NCW a également reçu des centaines de
réactions de membres qui protestent.

Au total, 280 000 entreprises ont reçu une facture de la
Stichting Reprorecht.

En page d’opinion du même Het Financieele Dagblad, le député
SP Jan de Wit qualifie le nouveau prélèvement de "monstre bureaucratique" tout
à fait contraire au slogan "moins de règles" de Balkenende II.

 

Affaires françaises

Le NRC Handelsblad (pp.1 et 8) d’hier soir, le Trouw
(p.6) et le Volkskrant (p.15 annoncent l’annulation définitive du Festival
d’Avignon.

Le Trouw signale par ailleurs que le président Jacques Chirac a
accordé deux mois de remise de peine au leader altermondialiste José Bové (p.7) et
consacre une page de son cahier de Verdieping à la comtesse Isabelle d’Orléans,
dont les obsèques ont lieu aujourd’hui.

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