Presse néerlandaise du vendredi 12 novembre 2004

L’attention de la presse se
répartit aujourd’hui essentiellement sur deux grands sujets : le débat
parlementaire qui s’est terminé tard dans la nuit sur l’assassinat de Théo van
Gogh et le décès de Yasser Arafat.

 

· 
NRC-Handelsblad : Mort du leader palestinien
Arafat

· 
Trouw : Le sort de Remkes
tient à un fil

· 
Volkskrant : Remkes survit à
une attaque de son propre parti

· 
Algemeen Dagblad : Mohammed
B. soutenu par un grand terroriste ; Menaces à l’adresse des Pays-Bas

· 
Telegraaf : Nouvel attentat
évité de justesse

 

* * *

 

Dossier du jour : débat
parlementaire sur l’assassinat de Théo Van Gogh.

 

Le Trouw retient essentiellement de ce débat la position très difficile dans
laquelle s’est placé le ministre de l’intérieur M. Remkes (VVD). « Le VVD avait
indiqué avant l’ouverture du débat qu’il se contenterait d ‘une bonne défense du
ministre de l’intérieur, exprimant son sens de l’urgence. Remkes a défendu les
décisions de l’AIVD, dont il est politiquement responsable. Il a fait remarquer
que ce service n’a pas suffisamment de personnel pour surveiller 24 heures sur
24 100 terroristes potentiels ». Le leader VVD Jozias van Aartsen, a commenté
sévèrement l’intervention du ministre : « Dans la question de savoir si Mohammed
B. aurait dû faire l’objet d’une surveillance, les mauvais choix ont été faits.
Le ministre a fait une déclaration en béton pour expliquer qu’on n’aurait pas pu
faire autrement ; mais on aurait pu faire mieux ». « Evidemment », a reconnu M. 
Remkes, « on peut toujours faire mieux, mais je pense que la décision de l’AIVD,
dans ces circonstances difficiles, était défendable. Le service n’aurait pas pu
empêcher le lâche assassinat de Théo van Gogh ».

Le
ministre de la justice, M. Donner (CDA), s’est lui aussi « insurgé contre
l’image injuste et déplacée de services accumulant les gaffes. Il a également
rejeté les reproches du VVD et du PvdA selon lesquels le gouvernement
sous-estimerait le danger de l’Islam politique international. Donner n’a pas
voulu donner l’illusion que les attentats terroristes cesseraient rapidement :
‘quand cela s’arrêtera ? Je n’en sais rien’ ». Selon le Telegraaf, « le ministre
des finances VVD Zalm et le ministre de la justice Donner voulaient que Remkes
conserve son poste. Donner avait fait savoir dans les coulisses qu’il
envisageait de manifester sa solidarité avec Remkes si celui-ci était contraint
à démissionner ».

 

Le
Volkskrant résume les différentes mesures préconisées par les groupes
parlementaires : « VVD, LPF et G.Wilders ont demandé la fermeture des mosquées
radicales ; Wilders demande, en plus, que les quelques 100 à 200 extrémistes
musulmans surveillés par l’AIVD soient expulsés. Il est soutenu par le SGP. CDA
et LPF trouvent qu’il faut expulser les imams recrutant pour le Jihad. Afin de
favoriser la formation d’imams aux Pays-Bas, il ne faudra plus accorder, dans
les 3 ans à venir, de permis de séjour aux imams étrangers. Le VVD veut que tous
les étrangers reçoivent un permis de séjour conditionnel, y compris les imams.
Les émetteurs arabes qui diffusent de la propagande ou des messages incitant à
la haine ne doivent pas pouvoir être reçus aux Pays-Bas, trouvent VVD, LPF et
SGP. »

« Les
autres propositions étaient : une intervention contre les serveurs internet
hébergeant des sites radicaux (CDA), une intervention sévère contre les flux
d’argent originaires de pays arabes et destinés à des mosquées et fondations
douteuses (SGP, Wilders), une interdiction des fondations radicales (LPF), une
limitation de l’immigration (Wilders), l’ouverture dune ligne spéciale pour
signaler des activités extrémistes (LPF), la possibilité de poursuivre les
auteurs d’insultes ou de menaces sans que la victime ait à porter plainte
directement (CDA), la protection par l’Etat de leaders d’opinion connus (VVD,
LPF, SGP), une meilleure lutte contre la discrimination et le racisme (PvdA, SP,
D66), la création d’emplois pour les allochtones par les employeurs (D66), une
meilleure lutte contre la ségrégation dans l’enseignement et dans les quartiers
(SP), un meilleur enseignement de l’histoire (SP), une étude sur la nécessité de
créer un ministère de la sûreté nationale (LPF), l’adoption par les Pays-Bas de
la liste européenne des organisations interdites (CDA), une meilleure
information des citoyens, par le biais de dépliants, sur ce qu’il faut faire en
cas de menace terroriste (LPF), un budget de 500 millions d’Euros pour lutter
contre le terrorisme dans la rue (Wilders) ».

 

Paul
Brill, dans le Volkskrant , tient à rectifier l’image selon laquelle les
Pays-Bas seraient l’homme malade de l’Europe.

Il encourage ses compatriotes à « garder la tête froide.
Pratiquement tous les pays d’Europe occidentale sont confrontés à la question de
la société multiculturelle et de la menace du fondamentalisme musulman. Chaque
pays connaît ses victoires et ses échecs. ... Certains observateurs étrangers ont
considéré les Pays-Bas avec étonnement, mais cela provient surtout du fait que
pendant longtemps, ils ont eu une image exagérément positive de la tolérance et
de l’harmonie qui règneraient dans nos polders. Et c’est du reste une image que
nous avons contribué à diffuser .... Les Pays-Bas étalent souvent une supériorité
déplacée sur ce que d’autres pays devraient faire et ne pas faire. Cela ne nous
fera pas de mal de baisser un peu le ton. Mais cela ne veut pas dire que nous
devions nous réfugier dans la honte et l’auto-flagellation. L’assassinat de Théo
van Gogh et les événements qui ont suivi ne sont pas seulement les éléments d’un
drame néerlandais, ils constituent également une épreuve de force pour
l’ensemble de l’Europe ».

 

La
presse populaire continue pour sa part de rechercher les liens entre Mohammed B.
et des réseaux terroristes internationaux. 

Pour l’Algemeen
Dagblad, le terroriste algérien Mohamed Achraf était en contact avec l’assassin
présumé de Théo van Gogh. L’Algérien l’aurait encouragé téléphoniquement à
diffuser la guerre sainte aux Pays-Bas. Le groupe de Mohamed B. ferait partie
des groupes qui recevaient d’importantes sommes d’argent d’Achraf. 
L’inspirateur des jeunes aux Pays-Bas était le professeur de Coran extrémiste
Redouan el I., originaire de Syrie, et dont on ignore s’il a déjà été arrêté. »

 

Dans HP/De Tijd , Dirk-Jan Baar se demande si le gouvernement néerlandais a eu
raison de « déclarer la guerre ». « Je pense que le Premier ministre Balkenende
doit faire plus pour convaincre les Pays-Bas du sérieux de la situation. Une
telle déclaration exige que l’on fasse preuve de leadership, et ne peux être
prononcée par un vice-premier ministre. ...Même si l’assassin n’agissait pas à
l’instigation d’Al Qaida, il semble certain qu’il s’est inspiré du Jihad mondial
déclenché par Oussama Ben Laden. Dans ce sens, il est juste de parler de ’guerre
sainte’ arrivée maintenant au Pays-Bas. Et il est logique de renforcer l’AIVD et
- de façon très ‘a-néerlandaise’ - de redoubler de vigilance.Cela implique que
les musulmans des Pays-Bas sont des suspects, même si cela fait pousser les
hauts cris. Raison de plus pour eux de prendre clairement position contre le
terrorisme islamique, et pas seulement si les pouvoirs publics le demandent. La
société néerlandaise est en droit d’attendre une loyauté inconditionnelle, même
si l’on peut craindre que cela ne se fasse pas sur commande et risque
d’augmenter, au début, le venin musulman. Les Pays-Bas ne peuvent pas faire
disparaître l’aliénation des musulmans, c’est à eux de le faire. Jusqu’à ce
moment-là, c’est la devise du président américain qui s’applique : « ceux qui ne
sont pas avec nous sont contre nous. Après la mort de Théo van Gogh s’annoncent
des temps terribles et lugubres où les personnalités, à l’ancienne, devront
surveiller leurs propos ».

 

Vrij
Nederland

s’intéresse pour sa part aux « parents d’Amsterdam Ouest qui perdent le contrôle
de leurs enfants : dès qu’ils ont 16 ans, ils ne racontent plus ce qu’ils font. »

 

Affaires
internationales

 

Décès de Yasser Arafat

Tous
les journaux ont consacré un éditorial au leader palestinien.

 

« Intrépidité et politique à courte vue », résume le Volkskrant en tête
de son commentaire.

Le quotidien de centre gauche évoque « l’homme qui 
incarnait l’identité palestinienne » en constatant qu’un « symbole national
n’est pas forcément un grand homme d’Etat. La carrière politique d’Arafat est
bien remplie de mauvaises appréciations et d’opportunités manquées. ...En tant que
négociateur dans le cadre d’un processus de paix durable, il n’osait pas faire
de concessions qui pourraient se heurter à un refus dans son camp. Il pensait
avoir le temps avec lui. C’est pourquoi l’ultime tentative de paix du président
Clinton en janvier 2001 a échoué. ... A la tête de l’autorité palestinienne, il
s’est, pour comble de malheur, révélé être un autocrate arabe de la vieille
école. Corruption et copinage y prospéraient, la compétence était une denrée
rare, les autres leaders étaient dressés les uns contre les autres. Le résultat
est qu’il n’y a pas de successeur qui puisse revendiquer une légitimité. D’un
point de vue tactique, le gouvernement Sharon a peut-être tendance à considérer
cela comme une situation avantageuse. Mais dans la perspective du processus de
paix, il est tout à fait souhaitable que les Palestiniens aient un nouveau
leader moderne à l’autorité reconnue - qui ne soit pas embarrassé du fardeau de
Yasser Arafat. »

 

Le
Trouw
, reconnaît
lui aussi que « le mérite de Yasser Arafat est d’avoir su faire de la question
palestinienne l’un des thèmes centraux de la politique mondiale », et relève
qu’aux « yeux de beaucoup de gens, c’était un terroriste, et aux yeux d’au moins
autant d’autres, c’était un combattant de la liberté ». « Arafat était un homme
qui menait une vie sobre et maintenait son régime en place par la corruption et
en achetant des loyautés. Il savait en maître diviser pour régner, ne tolérait
aucun pouvoir sous lui, et encore moins auprès de lui. Arafat était le combat
palestinien, il était le père de la nation, qui dans une phase cruciale, n’a pas
su se dépasser lui-même. Il a ainsi reconnu Israël, mais il a simultanément
anéanti cette décision en continuant d’exiger que des millions de réfugiés
palestiniens regagnent l’état juif. De ce point de vue, sa mort offre de
nouvelles opportunités. Les institutions qui, sous Arafat, n’existaient que de
nom, ont fait preuve de ressort ces dernières semaines et offrent peut-être aux
Palestiniens le système le plus démocratique de tout le monde arabe. Il reste à
voir si les nouveaux leaders auront l’autorité et l’audace nécessaires. De même
que l’on peut émettre des doutes sur la sagesse et l’audace qui permettraient au
gouvernement israélien de franchir ce pas décisif. La mort d’Arafat apporte des
opportunités, mais il n’y a pas beaucoup de raisons d’être optimiste ».

 L’Algemeen
Dagblad
est lui aussi d’avis que « l’obstacle Arafat disparu », « en
théorie, Israël n’a plus d’excuse pour refuser de revitaliser les anciennes
propositions ‘généreuses’ - sachant que les Palestiniens ne se satisferont pas
de moins ; et que la paix ne sera possible que sur la base d’une proposition
acceptable pour les deux parties » .

Pour le
Telegraaf, « son action habile a permis de donner un visage à la
résistance palestinienne. Mais sa mort ne doit pas faire oublier qu’il a sur les
mains le sang de victimes innocentes en Israël et à l’extérieur....Il est
également largement responsable de l’échec du processus de paix. Ne pas oser
conclure la paix à Camp David en 2000 a été une opportunité manquée. » « Son
goût du pouvoir l’a empêché de préparer sa succession. Il faut espérer que des
personnalités vont apparaître qui seront disposées à négocier réellement avec
les Israéliens. C’est la seule façon d’ouvrir la voie à la paix au Moyen-Orient,
que tant de personnes appellent de leur vœux. »

 

OTAN

« Rôle
politique plus important pour l’OTAN, titre l’Algemeen Dagblad au-dessus
d’un article rendant compte de la visite du secrétaire général de l’OTAN au
président américain Bush. « Jaap De Hoop Scheffer a insisté auprès du Président
Bush pour qu’il utilise davantage l’alliance militaire comme forum politique
afin de discuter des problèmes avant qu’ils ne dégénèrent en crise. Il était le
premier fonctionnaire étranger reçu par Bush après sa réélection à la
présidence. L’OTAN représentait ‘une passerelle transatlantique unique’, a fait
valoir l’ancien ministre CDA à New York lors d’un petit déjeuner de travail avec
le Council of Foreign Relations, un institut de recherche de Manhattan. Il a
souligné l’importance de l’OTAN, qui est ‘le seul forum où les Etats-Unis soient
représentés de façon permanente’. Il a jugé inutile de nourrir de rancœurs en
regardant dans un rétroviseur la division en Europe, et entre différents pays
européens et l’Amérique sur les motifs de la guerre en Irak. Il a trouvé par
contre que les pays de l’OTAN ne se sont pas suffisamment concertés dans la
période précédant la guerre. Lorsqu’il a rappelé à son audience américaine que
l’OTAN ne devait pas devenir ‘le gendarme du monde’, celle-ci a pouffé de rire ;
du fait de son rôle leader dans l’opposition à la guerre en Irak, la France
n’est toujours pas populaire aux Etats-Unis. De Hoop Scheffer a dit ne pas
exclure que les troupes de l’OTAN puissent jouer un rôle si les Israéliens et
les Palestiniens concluent un accord de paix. Il a expliqué qu’à chacune de ses
visites aux Etats-Unis, il réalisait l’importance du fossé entre l’Europe et
l’Amérique sur la question du danger du terrorisme islamique : ‘il s’agit d’une
menace universelle, et non n’en avons que trop peu conscience en Europe’. De
Hoop Scheffer a également eu un entretien avec Kofi Annan, le secrétaire général
des Nations-Unies. Après quoi il s’est adressé au Conseil de Sécurité,
principalement sur la Bosnie. » 

 

Affaires françaises

 

Le
supplément « Kunst » du Volkskrant du 11 publie un interview d’Agnès Jaoui. 

Dernière modification : 15/11/2004

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