Presse néerlandaise du vendredi 13 février 2009

Le ministre de la Justice Ernst Hirsch Ballin (CDA) va s’attaquer plus sévèrement au trafic d’êtres humains. Il nommera onze procureurs régionaux qui se spécialiseront dans la lutte contre cette forme de criminalité.
Le Ministère public veut par ailleurs mettre au point un réquisitoire de base, une sorte d’argumentation standard, pour les affaires d’exploitation hors du secteur du sexe, parce qu’actuellement ce genre d’affaire débouche rarement sur une condamnation. Les peines maximales seront relevées : de six à huit ans de prison, et même à douze ans si les victimes sont mineures.

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NRC Handelsblad (indépendant) d’hier soir : "Le vote négatif rend l’avenir de Fortis incertain", "Revers de 3,75 milliards pour le gouvernement – Coût plus élevé de la sécurité sociale"
Trouw (chrétien progressiste) : "La justice durcit son approche de l’exploitation – Les Pays-Bas appliquent des peines trop légères", "La Haye essaie de limiter la querelle sur Wilders"
De Telegraaf (populaire) : "’Wilders, go home’ – Le leader PVV retenu plusieurs heures à Londres – La Chambre : convoquer l’ambassadeur", "De longues queues de vacanciers skieurs prévues à cause des chutes de neige"
de Volkskrant (centre gauche) : "Le gouvernement prévoit de gigantesques déficits", "A contre-cœur, mais tout de même : tout le monde accompagne le Cirque Wilders"
AD Haagsche Courant (indépendant populaire) : "Des méga-économies en perspective – Des mesures sévères sont nécessaires après un gigadéficit de 12 milliards", "La Chambre en colère à cause du refoulement de Wilders"

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ACTUALITÉ INTERNATIONALE

Geert Wilders

"Le refus britannique d’accueillir le député Geert Wilders sur le territoire national suscite de vives réactions à La Haye", écrit le Trouw à la une. "Simultanément, le gouvernement essaie d’éviter qu’une grande querelle avec l’un des plus anciens alliés du pays n’éclate."
"Du point de vue diplomatique, les Pays-Bas sont allés loin, hier, en envoyant leur ambassadeur à Londres à l’aéroport Heathrow pour seconder Wilders à son arrivée. Il était clair d’avance que les Britanniques refuseraient l’accès de leur pays au député PVV, en raison de leur législation nationale contre le terrorisme. L’ambassadeur a fait une dernière tentative pour faire changer d’avis le ministre britannique de l’Intérieur et les fonctionnaires du service d’immigration. Il a de nouveau exprimé le ’mécontentement’ néerlandais suscité par la décision britannique."
"Mais ce sera tout, car les Pays-Bas ne veulent pas aggraver le conflit diplomatique." "Le ministre des Affaires étrangères Verhagen a déclaré hier soir à propos de possibles mesures supplémentaires : ’Si j’exerce davantage de pression, cela n’aura pas l’effet souhaité, à savoir l’accueil de Wilders.’ Les Pays-Bas assisteront cependant le député dans une procédure d’appel."
"Plus tôt dans la journée, le député PVV avait employé des termes corsés lorsqu’il a été effectivement confronté à l’interdiction d’entrer, avec un nombre énorme de journalistes dans son sillage."
"L’aller retour de Wilders à Londres a surtout été un spectacle médiatique", titre le journal chrétien progressiste en page 5, au-dessus d’un reportage.
"L’aventure étrangère de Geert Wilders aura peut-être une suite en Italie", note le Volkskrant (p.3) en marge d’une correspondance événementielle de Londres. "Un parlementaire du parti gouvernemental de droite Lega Nord demande au président de la Chambre, Fini, l’autorisation de présenter Fitna aux députés. Le leader du PVV recevra le Prix Oriana Fallacio le 19 février, à Rome,."

Commentaires

"Les Britanniques rendent à Wilders la monnaie de sa pièce", titre le Trouw au-dessus de son éditorial. "L’ironie de la dernière querelle autour du député PVV Wilders est que le gouvernement britannique a agi tout à fait dans son esprit. Il lui a refusé l’accès du territoire parce qu’il considère que c’est un semeur de haine qui constitue un danger pour ’l’harmonie de la société et ainsi pour la sécurité publique’. A la fin du mois dernier, le PVV avait demandé au gouvernement néerlandais de refouler un prédicateur islamique, l’Américain Khalid Yasin, pour pratiquement les mêmes motifs. Wilders, s’il était cohérent, devrait donc très bien comprendre l’attitude des Britanniques."
"Cet incident n’est pas une raison de déclarer une cinquième guerre aux Anglais", conclut le journal, "mais le gouvernement et la Chambre auraient tout de même pu se montrer plus fermes. Les Britanniques ont beau invoquer leurs mesures de sécurité renforcées, en refoulant Wilders ils enfreignent considérablement la liberté de circulation et d’expression d’un citoyen européen et d’un membre du Parlement néerlandais."
"Le fait que le voyage de Wilders était une provocation ne change rien à l’attitude scandaleuse des Britanniques", estime l’éditorialiste du Telegraaf. "En refoulant Wilders, le gouvernement britannique suggère qu’il veut éviter un débat sur l’islam en présentant le film Fitna. Si tel est le cas, la démocratie se porte vraiment mal dans le pays de Churchill."
"Pour le premier ministre Balkenende, il ne reste qu’à demander des éclaircissements à son homologue Brown. Un premier ministre qui se respecte ne peut pas laisser passer cela."
"En attendant, il faut constater que Wilders, avec son action, domine pleinement le débat public et qu’il a également provoqué un vif débat sur l’islam en Grande-Bretagne. Ses adversaires politiques aux Pays-Bas ne peuvent que condamner l’attitude irresponsable des Britanniques."

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ACTUALITE INTERIEURE

Crise économique

"Si le gouvernement veut respecter ses propres règles budgétaires, il faudra qu’il prenne des mesures draconiennes l’an prochain", fait valoir le Volkskrant dans son grand article à la une. "Il ressort des calculs d’un groupe de travail de hauts fonctionnaires qu’il faudra probablement faire des coupes de l’ordre de 20 milliards d’euros pour rester dans les marges de l’accord de gouvernement."
"En première instance, des économies de 12 milliards d’euros auraient dû suffire. Mais comme une telle intervention porterait un rude coup à l’économie, les recettes de l’Etat baisseraient encore de 8 milliards d’euros. Au bout du compte, il faudrait donc économiser 20 milliards d’euros, en théorie."
"Il semble inévitable, avec les nouveaux chiffres, que le gouvernement abandonne les règles budgétaires. Ces règles le contraignent à augmenter les impôts ou à faire des économies lorsque le déficit budgétaire menace de dépasser 2 pour cent du produit intérieur brut. Cela représente environ 12 milliards d’euros. Le relâchement des brides financières serait surtout amer pour le CDA, qui insiste constamment sur l’intérêt de finances publiques solides. Ses partenaires de coalition, le PvdA et la ChristenUnie, semblent s’être résignés au fait qu’il n’est pas possible de maintenir les règles."
"Des sources proches du gouvernement pensent que le déficit budgétaire dépassera 3 pour cent du produit intérieur brut dès cette année. C’est le pourcentage à partir duquel il faut intervenir selon les règles européennes. Une grande majorité des Etats membres dépassera cette limite cette année."
"Le premier ministre Balkenende ne veut pas encore réagir à ces chiffres. Il attend les nouvelles prévisions du Centraal Planbureau (CPB), qui seront présentées mardi prochain. Le ministre des Finances Bos, lui, a déjà fait savoir qu’il s’attendait à une forte dégradation par rapport aux précédentes prévisions (également De Telegraaf pp.1 et 3, AD p.1, Trouw p.5).

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PRESSE HEBDOMADAIRE

Vrij Nederland présente une nouveauté, un "numéro double de vacances d’hiver", de sorte qu’il ne paraîtra pas la semaine prochaine. Son dossier est consacré au quartier rouge de la capitale, où la municipalité "passe un coup de balai". "Le quartier a été suffisamment longtemps le terrain de jeu de la pègre, estime le conseil municipal. Mais les entrepreneurs se défendent contre l’annexion municipale. Qui détient le pouvoir dans le quartier rouge ?" Il s’agit du volet 11 d’une longue série sur "l’argent criminel" aux Pays-Bas.
Dans une interview, le secrétaire d’Etat à la Défense Jack de Vries (CDA) déclare à propos de la présence militaire néerlandaise en Afghanistan : "Nous avons vraiment besoin d’une période de rétablissement. Les soldats doivent reprendre haleine. Nous devons mettre fin à de grandes pénuries. Nous devons réparer une énorme usure du matériel. Mais nous savons aussi que la boutique restera ouverte durant les travaux de transformation." "Cela veut dire que la discussion ne porte pas sur la question de savoir s’il y aura de nouvelles missions en Afghanistan, mais sur la taille qu’elles auront. L’Afghanistan reste un processus de longue haleine. De petites missions à Kaboul ou au Kandahar peuvent continuer, mais nous avons dit des missions de la taille de celle en Uruzgan : nous nous arrêterons en 2010. Après, nous verrons." Sur le plan intérieur, M. De Vries regrette la suppression du service militaire obligatoire et les sentiments de loyauté et de solidarité, la conscience de l’existence de normes et valeurs qu’il créait.
On notera par ailleurs un portrait de l’actrice américaine Kate Winslet, qui a déjà inscrit six nominations pour un Oscar à son palmarès. "Kate Winslet est l’incarnation du nu fonctionnel."

HP/De Tijd consacre huit pages au "ministre des fêtes" Ronald Plasterk (Education, Culture et Sciences, PvdA). "Aucun autre ministre ne recherche autant le feu des projecteurs que Ronald Plasterk. Il en jouit visiblement. Et on le lui passe, car il n’a pas encore fait de vrais faux-pas."
Sous le titre "Bilan d’une occasion manquée", l’hebdomadaire propose un ABC de GroenLinks, qui fêtera son vingtième anniversaire en mars. "Le parti n’a pas su profiter de la préoccupation croissante pour l’environnement. Les déçus du PvdA ont plutôt cherché leur salut auprès du SP. Et en dépit de Femke Halsema le D66 rafle le gros des électeurs libéraux de gauche. C’est déjà assez grave en soi, mais depuis 2006 GroenLinks, qui est tout de même plutôt favorable aux animaux, est aussi concurrencé avec succès par Marianne Thieme et son Parti des Animaux : la nième niche du marché électoral que Halsema et ses collègues n’ont pas su occuper, alors qu’ils étaient pourtant bien placés."

Elsevier publie un portrait de six pages du chef de file D66 Alexander Pechtold. "De commissaire priseur, maire et ministre à habile débatteur à la Deuxième Chambre, où il s’oppose à la question irakienne et à Wilders. Le D66, sous sa houlette, gagne de nouveau des membres et des sièges. Mais le programme d’Alexander Pechtold n’est pas clair."
Selon le journaliste Syp Wynia, "l’accord de coalition, âgé de deux ans, du quatrième gouvernement Balkenende n’existe plus, en fait". "Il n’a pas résisté à la crise économique." "La méfiance avec laquelle les pourparlers de coalition ont commencé fin 2006 est de retour." "La mauvaise ambiance ne se limite pas à la relation entre le premier ministre et son principal vice-premier ministre, mais affecte aussi les ministères et les groupes à la Deuxième Chambre." "Le PvdA commence à fatiguer considérablement le CDA, mais le premier ministre veut aussi qu’un de ses gouvernements aille enfin au bout de son mandat. Bos tient à être un trésorier solide, pour son propre prestige et celui du PvdA, peut-être plus que ne le voudrait son groupe parlementaire. Le fait qu’il y ait des élections européennes quatre mois renforce les tensions. Les partis de la coalition se portent mal dans les sondages. Une autre coalition n’est guère imaginable, si ce n’est avec le soutien (de tolérance) du PVV de Geert Wilders, qui progresse. C’est un scénario d’épouvante pour presque tous les autres partis. Et donc les partis de la coalition s’accrochent les uns aux autres en se querellant."

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AFFAIRES FRANÇAISES

Dans le Volkskrant (p.5), Ariejan Korteweg résume le livre Le monde selon K. de Pierre Péan.
Le Trouw évoque le soutien à l’industrie automobile (p.8) et le rapport positif de l’AFSSA sur le maïs transgénique Monsanto (p.9). Il signale par ailleurs dans une brève l’envoi de gardes mobiles en Martinique.

Dernière modification : 27/02/2009

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