Presse néerlandaise du vendredi 18 juillet 2003

Tarifs des taxis à Utrecht et Rotterdam, caravanes et remorques
volées, incompétence des structures d’aide aux victimes de pédophilie et d’inceste,
lutte contre le tabagisme : les manchettes restent variées faute de nouvelles
intéressantes.

Sur le plan international, une interview de la secrétaire d’Etat
américaine aux Affaires européennes et euro-asiatiques, Elizabeth Jones, est à relever
dans le NRC Handelsblad d’hier soir.

  • NRC Handelsblad d’hier soir : "Godett n’a cure du contrôle de ses
    antécédents – ’Lundi je serai premier ministre’", "Une
    sous-ministre américaine critique l’image que Rumsfeld a de l’UE"

  • de Volkskrant  : "Il faut publier les substances aromatisantes ajoutées aux
    cigarettes – Hoogervorst ignore le recours des fabricants", "Blair :
    ’L’histoire nous donnera raison’" (correspondance de New York)


    Trouw  : "Le prix fixe des taxis est illégal – La NMa : Les accords
    tarifaires empêchent la concurrence", "Une vague de viols condamne les
    Irakiennes au foyer", "Les tomates néerlandaises sont nettement moins polluées
    que les espagnoles" (correspondance de Berlin)


    Algemeen Dagblad  : "Faire du porte à porte avec l’enfant après un
    inceste", "Discours d’encouragement de Blair devant le Congrès américain"


    De Telegraaf  : "L’immatriculation des caravanes est un succès – Réapparition
    massive des remorques volées
    ", "VNO-NCW : Ne touchez pas aux routes et à
    l’enseignement"

* * *

Le dossier du jour : Interview d’Elizabeth Jones Dans un entretien avec le journal du soir NRC Handelsblad
d’hier, la secrétaire d’Etat américaine aux Affaires européennes et euro-asiatiques Elizabeth
Jones récuse la déclaration du ministre américain de la Défense Rumsfeld sur la
"vieille" Europe et la "nouvelle
", qui a aggravé la crise
transatlantique à propos de l’Irak.

"N’attendez pas d’Elizabeth Jones qu’elle critique le gouvernement
américain", écrit Robert van de Roer dans le chapeau de l’interview. "La
secrétaire d’Etat américaine aux Affaires européennes et euro-asiatiques placée sous
le ministre Powell est beaucoup trop diplomate de carrière pour cela. Mais elle finit
tout de même par baisser la garde : à la moitié de l’entretien à l’Ambassade des
Etats-Unis à La Haye, elle se distancie du ministre unilatéraliste de la Défense
Rumsfeld et de sa déclaration sur la ’vieille’ Europe et la ’nouvelle’, faite plus tôt
cette année. Une phrase qui a renforcé la crise transatlantique sur l’Irak en France et
en Allemagne, la ’vieille Europe’ de Rumsfeld. C’est une phrase facile qui n’a aucune
signification’
, dit Jones."

Van de Roer : "Mais Rumsfeld l’a dite et cela a causé un
préjudice en Europe
".

Jones : "Je ne suis pas responsable de ce que dit le ministre
Rumsfeld. Je trouve que ce genre d’étiquette est tout à fait inutile et que ce n’est pas
une bonne description. Nous tous, l’Union européenne, l’OTAN et les Etats-Unis, avons
travaillé dix ans aux nouveaux membres de l’OTAN et de l’ONU, pour accroître leur
capacité afin qu’ils puissent adhérer
. Il y avait une gigantesque coopération pour
renforcer leur capacité militaire et rendre leurs populations mûres, surtout s’agissant
de l’Etat de droit. La France et l’Allemagne ont fait autant que l’Espagne, l’Italie et
les Etats-Unis, pour la Roumanie, la Bulgarie, les pays baltes et les autres nouveaux
membres
."

"Quel préjudice la crise irakienne a-t-elle porté à la
relation entre les Etats-Unis et l’Europe ?
"

"Les préjudices, il faut les réparer. Le ministre Powell en a
pris l’initiative en avril, lorsqu’il s’est rendu à Bruxelles pour rencontrer ses
collègues de l’OTAN et de l’UE et pour parler des étapes suivantes, comme une
résolution de l’ONU. Le préjudice est presque entièrement réparé ."

quot ;Les Etats-Unis n’allaient-ils pas sanctionner la France ?"

" Cela appartient au passé ." " Ce n’est plus au
calendrier
. Vous avez vu le président Bush au sommet du G8 à Evian et quels
entretiens il a eu là-bas et ailleurs, depuis. Un autre aspect est l’intérêt que le
président a porté au processus de paix au Moyen-Orient. Il s’en occupe maintenant."

A la question de savoir si elle a oublié "l’embuscade tendue par
le ministre français Villepin à Powell le 20 janvier, à l’ONU", Jones répond :

" Cela fait partie des annales . Le gouvernement américain n’est plus
préoccupé par cela
. Il serait inutile pour nous de continuer à consacrer du temps
à cela. Cela nous empêcherait d’avancer dans d’autres affaires dont nous devons nous
occuper. Comme ce qu’il convient de faire avec les conflits gelés comme celui de la
Moldavie, la relation entre l’OTAN et la Russie, la restructuration de nos troupes en
Europe et le Kosovo."

"Les spécialistes disent : les Etats-Unis doivent partager le
pouvoir en Irak pour permettre de légitimer l’opération.
"

"Nous le faisons déjà. Il se passe déjà beaucoup à l’ONU. Il
y a de nombreux entretiens multilatéraux en cours sur l’Irak."

quot ;Votre gouvernement aurait pu impliquer davantage la
communauté internationale pour donner à l’opération l’étiquette de la légitimité.
"

"Il le fait maintenant. Les idées ont changé, en effet. Mais
c’est sur la base de ce que tous, [l’envoyé des Etats-Unis] Paul Bremer, [l’envoyé de
l’ONU] Sergio Vieira de Mello et d’autres trouvent là-bas."

A propos des armes de destruction massive introuvables, Elizabeth Jones
dit : " Le fait qu’on n’ait pas trouvé d’armes ne signifie pas qu’il n’y en a pas .
Ni qu’il était erroné de juger que Saddam aurait pu les employer à tout moment ou
les donner à un terroriste
. [...] Sur la base d’informations des services de
renseignement et d’entretiens avec des spécialistes de l’armement, j’étais et je
reste absolument convaincue que les Irakiens avaient des armes de destruction massive et
la capacité de les monter
."

" Dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix, nous
n’avons pas trouvé d’armes non plus
, alors que nous avions des spécialistes partout.
Jusqu’à ce qu’un beau-fils de Saddam change de camp [en 1995], donne beaucoup de
détails et dise : arrangez-vous pour regarder à tel et tel endroit. C’est alors
que nous les avons trouvées
. Je parie que ça se passera de nouveau comme ça ."

 

Actualité internationale

Pays-Bas – Irak

" La Défense fait tout pour que le bataillon de onze cents
hommes qui deviendra opérationnel en Irak le 1er août soit clairement reconnaissable
comme unité néerlandaise
", relève le Volkskrant à la une. " Pour
la première fois durant une mission de paix, les véhicules porteront la mention
’Nederland’
. Et un prospectus portant les couleurs du drapeau néerlandais sera
distribué massivement pour annoncer la venue des soldats
."

"Nous voulons sciemment être bien reconnaissables en tant
qu’unité néerlandaise", explique le lieutenant-colonel Dick Swijgman, le commandant
des troupes néerlandaises en page 3 du même Volkskrant.

" Dans la guerre régulière, l’armée de Saddam n’était pas de
taille à se mesurer aux forces américano-britanniques
", commente
l’éditorialiste du journal de centre-gauche. " Mais réincarnés en
francs-tireurs, les membres de la Garde Républicaine pourraient bien faire vivre les
troupes étrangères sur les nerfs
. La phase asymétrique de la guerre a commencé et
il s’avère que même les militaires les mieux équipés du monde sont plus vulnérables
qu’on ne le pensait."

" Sur cette toile de fond, il est curieux que l’envoi de
militaires néerlandais se soit fait presque sans bruit
. Sans grande discussion, on a
décidé que l’intérêt de la reconstruction de l’Irak primait sur les risques, notamment
parce qu’elle est essentielle pour la stabilité de la région. Ce choix
compréhensible aurait dû être fait lors d’un débat ouvert
. Il ne reste plus aux
Pays-Bas qu’à insister auprès des Américains pour qu’ils transforment le Conseil de
gouvernement transitoire en gouvernement démocratique à part entière plus rapidement
que prévu, et pour qu’ils accordent un rôle plus important aux Nations Unies
."

 

Presse hebdomadaire

Vrij Nederland consacre un dossier de huit pages aux "Bonnes
manières". "Nous sommes connus pour être impertinents et nous commençons à
vouloir nous défaire de cette réputation. Les bonnes manières sont de nouveau à la
mode. Et il ne s’agit pas de la fourchette idoine ni de l’usage approprié des verres à
vin, mais du savoir-vivre. ’Règle numéro un : il faut qu’il soit agréable d’être
ensemble’."

Ab van Ieperen rend compte d’un entretien avec Danielle Darrieux, qui
retrace sa longue carrière : "Je voulais être femme, plutôt qu’actrice ou
vedette."

HP/De Tijd constate que la dernière décennie, lorsque les
Néerlandais ont mangé moins gras, n’a pas fait de bien à leur poids moyen. Le nombre
d’obèses a justement fortement augmenté durant cette période. C’est logique, explique
l’hebdomadaire : on grossit quand on ne bouge pas assez, mange trop de produits allégés
et trop de glucides, pas en mangeant les snacks contre lesquels on nous met en garde
durant les campagnes contre les graisses. Et de recommander le régime Atkins, sans
glucides et avec un steak pour petit déjeuner !

"Henk Kamp ne boit pas et ne fume pas, il travaille", note
Joyce Veekman après un entretien avec le nouveau ministre de la Défense, qui est en
train de passer "un sérieux coup de balai" dans les forces armées, et des
observateurs. "C’est un visionnaire moderne, qui a horreur du discours diplomatique
et mielleux, mais il apprécie l’apparat de la Défense." Malgré la réorganisation
drastique qui les attend, beaucoup de hauts militaires respectent Kamp, qu’ils jugent plus
proche que ses prédécesseurs Voorhoeve, De Grave et Korthals. Selon eux, Kamp a mis fin,
dans les règles de l’art, au "modèle polder qui a dominé pendant des années, dans
lequel les commandants en chef essayaient de conserver chacun le plus possible".
"Enfin quelqu’un qui ose trancher des nœuds gordiens politiques
fondamentaux", déclare le général Homan, lié à l’Institut Clingendael. Un autre
spécialiste de Clingendael, Dick Leurdijk, souligne que Kamp a "le courage
politique" d’intervenir et que son action va plus loin que les saucissonnages de ses
prédécesseurs. "Ça devait arriver, mais il est dommage qu’on ait attendu si
longtemps."

Une présentation du livre "Houellebecq en fait", de
Dominique Noguez, est également à signaler.

Elsevier a choisi comme thème de couverture un portrait de Silvio
Berlusconi, "sa fortune, ses querelles, sa famille, son pouvoir et sa mission".

"Supprimer les écoles islamiques, très peu pour moi", cite
Hugo Camps de la bouche de la ministre CDA de l’Education, la Limbourgeoise Maria van der
Hoeven. "L’article 23 de la Constitution ne le permet d’ailleurs pas. Mais que
l’Inspection vérifie s’il n’y a pas de flux financiers suspects vers ces écoles, c’est
autre chose. Et si l’enseignement religieux se fait en néerlandais." Elle a grandi
à une époque où les jeunes filles catholiques n’allaient pas à l’église en manches
courtes et où les femmes y portaient un chapeau. " Le problème, ce n’est pas le
foulard. Le problème se crée quand les gens couvrent leur visage de telle sorte qu’on ne
peut plus se regarder dans les yeux. Dans ce cas, on ne vise pas l’intégration, mais la
ségrégation. C’est un pas de plus que le foulard."

 

Economie, Finances

Mesures d’austérité

Selon le président de l’organisation patronale VNO-NCW, Jacques
Schraven, le ministre des Finances Zalm ne doit pas toucher aux investissements projetés
dans les infrastructures et l’économie de connaissance néerlandaises. Si les Pays-Bas
n’investissent pas maintenant dans ces deux domaines tournés vers l’avenir, ils
manqueront le coche lorsque l’économie mondiale redémarrera.

Schraven n’a pas une haute opinion de la parcimonie de Zalm, retiennent
les deux journalistes du Telegraaf (pp.1 et 23) de leur entretien avec le
président de la VNO-NCW, à La Haye. Ce qui dérange Schraven, c’est le "manque de
réalisme" et la "politique imprévoyante" du ministre des Finances. Il ne
comprend pas que Zalm veuille économiser trois milliards d’euros supplémentaires et
faire aussi des économies dans le domaine des infrastructures et de l’enseignement.
"Cela ne me paraît pas raisonnable. L’accord de gouvernement prévoit déjà 13
milliards d’euros d’économies. En outre, le nouveau déficit budgétaire qui préoccupe
Zalm représentera tout au plus 0,8 % du produit intérieur brut en 2007. C’est loin
de 3 % [la norme européenne]. Il semble qu’il veuille de nouveau être plus royaliste que
le roi."

Les investissements ne sont pas le point fort de ce gouvernement, selon
Schraven. "Il y a une différence entre investir et dépenser. Tout le monde peut
dépenser, mais pour investir il faut réfléchir."

 

A signaler :

Dans le journal haguenois Haagsche Courant (p.2) d’hier soir, le
nouvel ambassadeur de Turquie, Tacan Ildem (47 ans) ne cache pas sa véritable mission à
La Haye : "Il y aura un sommet européen sur l’élargissement de l’UE sous
présidence néerlandaise, à la fin de l’année prochaine. Les Pays-Bas peuvent faire
beaucoup pour que la demande turque d’adhésion totale soit honorée. Mon principal
objectif ici est donc d’équiper les Pays-Bas d’un dossier complet sur les chances de
l’Union européenne en Turquie et les possibilités que nous lui offrons, de sorte que la
Turquie soit admise rapidement dans la famille européenne."

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