Presse néerlandaise du vendredi 19 décembre 2003

Le trafic de drogue, la
réorganisation du Service d’Immigration et de Naturalisation (IND), les faits divers et
l’actualité internationale fournissent la plupart des grands titres ce matin.

La Deuxième Chambre vaque jusqu’au
19 janvier inclus, les ouvriers du bâtiment et les peintres prennent des vacances d’hiver
plus ou moins obligatoires et les écoles ferment aussi : les Pays-Bas cesseront en masse
de travailler les deux prochaines semaines. Et comme Noël tombe un jeudi cette année,
beaucoup de Néerlandais feront le pont. Ce sera aussi le cas autour du Nouvel An, qui
tombe aussi un jeudi.

  • NRC Handelsblad
    d’hier soir : "Nijs : sélection dans l’enseignement supérieur et les universités
    – Droits d’inscription variables selon les disciplines", "Chirac interdit
    les signes religieux"
  • De
    Telegraaf
     : "La contrebande de cocaïne explose – Les bandes de trafiquants emploient impunément
    d’autres lignes
    ", "Evacués à cause d’un incendie dans un dépôt de
    cacao"
  • de
    Volkskrant
     : "Dégagement d’acide prussique dans l’incendie d’un entrepôt de
    cacao", "Bush réprimandé pour les emprisonnements sans procès",
    "Jackson inculpé de pédophilie"
  • Trouw
     : "L’IND s’acquitte mal de ses nouvelles tâches – Après la réorganisation,
    les étrangers doivent attendre encore plus longtemps une prestation de services plus
    mauvaise", "Deux camouflets pour la politique antiterroriste de Bush"
  • Algemeen
    Dagblad
     : "Suppression de la moitié des services combinés train-taxi",
    "Logés dans une voiture" (un couple expulsé de son logement en Gueldre)

* * *

Le
dossier du jour Enseignement

" A partir de la prochaine année universitaire, les
universités et les écoles supérieures pourront sélectionner les étudiants sur la base
de leur motivation et de leurs aptitudes
", annonce le NRC Handelsblad d’hier soir dans son grand
article à la une. " Elles pourront d’autre
part essayer de rendre certaines disciplines plus attrayantes en abaissant les droits
d’inscription
. Elles pourront aussi offrir des
formations de pointe à un prix plus élevé
."

"La secrétaire d’Etat Nijs
(Education, VVD) présentera une proposition dans ce sens vendredi, en conseil des
ministres. Nijs veut briser le tabou qui repose aux Pays-Bas sur la sélection dans
l’enseignement supérieur. Les mesures affectant l’égalité de l’accès à l’enseignement
sont très controversées. A l’instar du premier
ministre Balkenende, Nijs estime qu’il ’faut secouer énergiquement la couverture de
l’égalité’
. Pour pouvoir garantir l’accès de l’enseignement supérieur aux
étudiants pauvres, il faudra étendre les possibilités de prêt pour ce groupe."

"Le but de la sélection des
étudiants et de la différenciation des droits d’inscription est de stimuler les études
de haute qualité. Le gouvernement estime que
l’enseignement supérieur actuel ne stimule pas suffisamment les étudiants doués
. La
concurrence internationale croissante et la recherche d’une économie de connaissance
forte exigent une plus grande diversification des formations. Un deuxième objectif est la
réduction du pourcentage d’abandons, qui est actuellement de trente pour cent. En
sélectionnant les étudiants selon leur motivation, leurs connaissances et leurs
aptitudes, ils ont plus de chances de s’engager dans la voie qui leur convient."

" Les projets de la secrétaire d’Etat à l’Education,
Nijs, divisent la coalition
", note le Volkskrant
(p.2) ce matin. "Le premier parti gouvernemental, le CDA, est franchement négatif.
Les réactions émanant du corps enseignant sont également négatives." "Le
PvdA et le VVD, le propre parti de Nijs, soutiennent ses propositions, dans les grandes
lignes." "Les organisations nationales d’étudiants LSVb et ISO ne sont pas
favorables aux projets de Nijs.

" Le fait que Nijs brise le tabou de la ’philosophie
égalitaire’ est une bonne chose en soi
", selon l’éditorialiste du Volkskrant . " L’enseignement supérieur est devenu une production de
masse aux Pays-Bas
." Mais " la
diversification de l’enseignement supérieur ne doit pas servir à dissimuler de nouvelles
économies
", selon le journal de centre-gauche. "Aucun autre secteur n’a dû
participer autant à l’effort que les universités, les dernières décennies. Des
générations entières d’universitaires doués ont ainsi été chassées. Ceux qui
restent doivent se contenter d’équipements miteux et de mauvaises conditions de travail. Où sont les grands professeurs qui devront assurer
les formations de pointe lorsque la génération d’après-guerre aura quitté les
universités ? C’est à cette question que Nijs devra trouver une réponse satisfaisante
."

Le commentateur du Telegraaf juge raisonnable" de faire l’expérience,
pendant quelques années, de la réduction des droits d’inscription dans les disciplines
impopulaires mais dont la société a besoin
– comme les sciences exactes. Le
journal populaire est aussi partisan de "sélectionner à l’entrée", suivant
les connaissances et la motivation des intéressés, plutôt que de continuer à pratiquer
le "tirage au sort" dans certaines disciplines.

 

Actualité
intérieure

Islam

Un Etat laïc avec un système
d’enseignement laïc constitue la meilleure garantie de vitalité de l’Etat de droit
néerlandais
, même
lorsqu’en 2030 l’islam, selon toute probabilité, sera devenu la première religion des
Pays-Bas, fait valoir le professeur Herman
Philipse
(Université d’Utrecht) en page d’opinion du NRC Handelsblad d’hier soir.

" La solution la plus élégante consiste à revenir
partiellement sur le marchandage de 1917 – lorsque les libéraux ont été contraints
d’accepter le financement public de l’enseignement confessionnel en échange du suffrage
universel, contre lequel les partis confessionnels nourrissaient des objections – en
supprimant le financement à part égale de l’enseignement confessionnel
. Cette solution présentera l’avantage de créer aux
Pays-Bas une nette séparation de l’Eglise et de l’Etat
, de sorte que le caractère
laïc de l’Etat néerlandais soit aussi manifeste pour les nouveaux venus. La Constitution
doit alors interdire toute forme de financement des écoles sur une base religieuse, comme
aux Etats-Unis, afin d’ériger un wall of
segregation between Church and State
, pour reprendre les termes de Jefferson.
Personnellement, j’estime que cette solution est la meilleure parce qu’elle rendra
impossibles, en un coup, les interminables chamailleries autour des écoles islamiques qui
découlent du maintien du système dualiste et qui sont funestes à l’intégration des
musulmans dans la société néerlandaise."

"Le fait qu’écoles publiques et
écoles confessionnelles, par suite de la sécularisation [...], se ressemblent de plus en
plus, de sorte que le système dualiste n’a plus guère de raison d’être, plaide aussi en
faveur de cette solution. Le financement public des écoles confessionnelles peut
aisément être supprimé en offrant aux écoles confessionnelles existantes (déjà
largement laïcisées) la possibilité de se transformer en écoles publiques
autonomes."

"Tout compte fait", conclut
Philipse, "il y a suffisamment de raisons de déchaîner une nouvelle querelle
scolaire. Il s’agit tout d’abord d’un débat sur
l’avenir des Pays-Bas
. Il ne sert à rien de
faire un coup de sang dès qu’on remet en cause l’article 23 de la Constitution et de
s’accrocher au système d’enseignement existant en invoquant le passé
. Il vaut mieux
se demander comment former un nouveau système pour assurer la vitalité de l’Etat de
droit néerlandais en 2030, lorsqu’il y aura au moins autant de musulmans aux Pays-Bas que
de catholiques ou de protestants. Un Etat laïc radical avec un système d’enseignement
laïc radical en offre les meilleures garanties."

 

Sondage d’opinion sur le pouvoir

" Controversé ou non auprès du public, le premier
ministre Balkenende est la personne qui a le plus de pouvoir aux Pays-Bas
",
écrit la rédaction politique de l’ Algemeen
Dagblad
(p.6). "C’est du moins l’avis des 200 administrateurs, hauts
fonctionnaires et députés qui ont participé à l’élection du des 25 Néerlandais les
plus puissants organisée par le programme télévisé Reporter, de la KRO. Balkenende est immédiatement suivi par son
trésorier, le ministre VVD Zalm
. La Reine
Beatrix figure en troisième place
. Elle est suivie de près par le président de la
Banque des Pays-Bas, Wellink, et par le président du Conseil social et économique,
Wijffels."

"Neuf personnes du monde des
affaires figurent dans le Top 25, parmi lesquelles Jeroen van der Veer (Shell) et Hans
Wijers (Akzo Nobel). La liste ne comprend qu’un député, le leader du groupe
parlementaire CDA, Maxime Verhagen" (également De Telegraaf p.6).

 

Presse
hebdomadaire

Les numéros de Noël d’ Elsevier , HP/De
Tijd
et Vrij Nederland sont cette année des pavés de et 158 pages respectivement, mais les
rétrospectives d’une année marquée par les "crises" de la Maison Royale
(sauvée in extremis par la naissance d’une petite princesse), les "mensonges"
de Bush et Blair, les difficultés d’Albert Heijn, les critiques littéraires et
artistiques, les listes et les documents humains proposés sont surtout de la lecture pour
les longues soirées d’hiver. D’ailleurs, l’événement médiatique capital du week-end
dernier, l’arrestation de Saddam Hussein en Irak, a failli leur échapper : HP/De Tijd n’y consacre qu’une photo et un
commentaire, Vrij Nederland a deux pages sur le
sujet et Elsevier, pris de court, le traite dans
un encarté que le magazine conservateur présente comme un "supplément
gratuit".

De ce déluge journalistique, on
retiendra un entretien de Vrij Nederland avec
Jozias van Aartsen. La place des Pays-Bas sur la scène internationale reste l’un des
grands centres d’intérêt du leader du groupe parlementaire VVD, après la période
passée au "Rocher des singes", le ministère des Affaires étrangères. Il a
suivi de très près les négociations sur la Constitution européenne. "Ce n’est
qu’après la querelle sur le Pacte de stabilité que le gouvernement s’est réveillé. Un
peu tard, à mon avis. Pourquoi Balkenende n’a-t-il pas fait un solide tour d’Europe
immédiatement après sa nomination ? Tout ce dont je me souviens, c’est un truc avec des
caddies de golf dans la ’campagne’ de Berlusconi." Van Aartsen a des doutes
concernant les priorités européennes du gouvernement Balkenende II. "Le premier
ministre se démenait surtout pour faire entrer Dieu dans la Constitution européenne.
Après chaque sommet européen, Balkenende nous ressortait Dieu et la Constitution. Il me
semble justement que c’est quelque chose dont nous n’avons rien à faire." Il ne sera
pas dépité si la Constitution n’est pas adoptée dans l’immédiat. "Je ne comprends
pas pourquoi elle est nécessaire. Arrangeons-nous d’abord pour que l’Union à vingt-cinq
membres fonctionne. Ce sera déjà un hell of a job."

Elsevier
s’est entretenu avec le premier ministre Balkenende dans sa Tourelle. S’agissant de
l’ouverture avec la Turquie de négociations d’adhésion à l’Union européenne, dont la
présidence néerlandaise devra peut-être décider en 2004, Balkenende partage les
réticences des chrétiens-démocrates d’autres Etats membres. Comment s’y prendra-t-il ?
"Mon point de départ est le fair play. Les contacts avec la Turquie durent depuis
des années. En 1999, l’Union européenne a pris une décision de principe. Depuis, la
Turquie est candidate. Ce qui vaut pour les autres Etats membres aspirants vaut pour la
Turquie : ils doivent satisfaire aux critères posés et peuvent alors être
accueillis dans l’Union." "En 1999, l’Union européenne s’est engagée
vis-à-vis de la Turquie et si ce pays, aux yeux de la Commission européenne, satisfait
aux normes fin 2004, on ne pourra pas brusquement lui fermer la porte au nez."

Le magazine conservateur contient
d’autre part la traduction d’un plaidoyer du premier ministre britannique Tony Blair en
faveur de l’élargissement de l’UE, à l’avenir, à la Roumanie, la Bulgarie, les Balkans
et la Turquie, du renforcement du potentiel militaire de l’Europe dans le cadre de l’OTAN
et d’un partenariat étroit avec l’Amérique. "Il serait catastrophique que
l’anti-américanisme détermine la politique étrangère de l’Europe. Aussi forte que soit
la pression, des pays comme la Grande-Bretagne et les Pays-Bas doivent être toujours
vigilants sur ce point, dans le débat."

 

Affaires
françaises 

Le NRC Handelsblad d’hier soir note à la une
que "le président français, Jacques Chirac, a promis l’interdiction légale du port
de signes religieux ’ostensibles’ dans les écoles". "La décision du président
fait suite à un rapport publié la semaine dernière et faisant des recommandations dans
ce sens. Dans la pratique, l’interdiction signifiera que le port de foulards, de kippas et
de grandes croix ne sera plus toléré dans les écoles. La loi doit entrer en vigueur à
la prochaine rentrée."

De larges extraits de l’allocution du
Président de la République en traduction néerlandaise figurent en page 5 du journal du
soir, qui renvoie à son site Internet pour le texte intégral.

Ce matin, le Trouw (p.6) remarque qu’en France "beaucoup
d’intellectuels et de politiques ont horreur de la ’tolérance vide’ des
anglo-saxons’" en matière de foulard islamique. "La commission de sages qui a
conseillé le président Chirac sur l’avenir de la stricte séparation de l’Eglise et de
l’Etat (la laïcité) a résolument rejeté le
modèle néerlandais comme ’favorisant la ségrégation’. L’usage fréquent du terme voile, au lieu de foulard, suffit à indiquer que l’habillement
islamique est considéré plus qu’ailleurs comme un problème en France." Le journal
chrétien progressiste cite à cet égard la femme de lettres Chadortt Djavann ("Bas
les voiles !").

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