Presse néerlandaise du vendredi 24 juin 2005

La lutte contre le terrorisme aux Pays-Bas est revenue à la une de tous les quotidiens, avec l’arrestation mercredi soir à Amsterdam du Marocain Nouredine el F. (22 ans), le numéro deux présumé du groupe Hofstad et un proche de Mohammed B., le meurtrier présumé de Theo van Gogh. Au moment de son arrestation il était en possession d’un pistolet mitrailleur chargé et de munitions.
Le ministre de la Justice Piet Hein Donner a jugé ce succès tellement important qu’il l’a annoncé en personne à la Deuxième Chambre.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Blair appelle à un changement de cap de l’UE - ’Je suis passionnément pro-européen’", "Les ouvriers serbes en veulent toujours à l’Ouest" (reportage), "OPA hostile de la Chine sur une compagnie pétrolière américaine", "La police britannique arrête un suspect de terrorisme"
-de Volkskrant : "Arrestation d’un leader de la cellule Hofstad - Nouredine el F. en possession d’un pistolet mitrailleur chargé", "Blair manifeste son amour pour l’Europe", "Un richissime entrepreneur deviendra ambassadeur des Etats-Unis" (aux Pays-Bas)
-Trouw : "Grosse prise dans la lutte contre le terrorisme - La police arrête un membre armé du groupe Hofstad", "La France frappée par la chaleur" (photo AFP prise dans une maison de retraite)
-De Telegraaf : "Arrestation d’un terroriste armé - El F. était un leader du groupe Hofstad", "Le rappeur Ali B. participe à l’entraînement - Les jeunes du onze orange de plus en plus populaires" (football)
-Algemeen Dagblad : "Le leader [spirituel] du groupe Hofstad a laissé une bombe - Les explosifs n’ont pas encore été trouvés - Arrestation d’un leader du groupe terroriste", "La première banque de sperme des Pays-Bas va fermer ses portes", "Ali B. participe à l’entraînement du onze orange"

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LE DOSSIER DU JOUR :Union européenne

"A Bruxelles hier, dans la fosse aux lions, le premier ministre britannique Blair a tenu hier un plaidoyer en faveur du changement dans l’UE", écrit Bert Lanting à la une du Volkskrant. "Pour une fois, jeudi, le Parlement européen a ressemblé un peu à la Chambre des Communes britannique. Normalement, un silence grave règne au Parlement, mais la venue du premier ministre Blair a causé quelque agitation dans les bancs. Des clameurs désapprobatrices ont retenti, mais aussi des applaudissements pour le premier ministre britannique, dans l’aile droite du Parlement."

"Le premier ministre a contesté qu’il s’agissait seulement de choisir entre l’Union européenne comme simple zone de libre-échange et l’Union comme unité politique, comme Juncker l’avait dit un jour plus tôt. ’Je crois en l’Europe en tant que projet politique. Je n’accepterai jamais une Europe qui ne soit qu’un marché économique’, a-t-il assuré."

"Selon le premier ministre britannique, il est grand temps que l’UE change." "Entre les déclarations conciliatrices (’Je suis un Européen convaincu’), il a aussi vivement critiqué ceux qui lui reprochent de saper le ’modèle social européen’. Il faisait clairement allusion au président français Chirac et au chancelier fédéral allemand Schröder. ’Qu’est-ce qu’un modèle social qui fait que nous avons 20 millions de chômeurs en Europe ?’ a-t-il fait valoir aux parlementaires. ’Il est évident que nous avons besoin d’une Europe sociale, mais bien d’une Europe sociale qui marche’."

"Selon Blair, les référendums sur la Constitution en France et aux Pays-Bas ont montré que les leaders européens ont perdu le contact avec les citoyens. ’Il est temps de regarder la réalité en face et de se réveiller’, a dit Blair."

L’éditorialiste du Volkskrant juge "frappants" deux éléments de l’exposé de Tony Blair. "Tout d’abord il n’a laissé subsister aucun doute sur le fait qu’à ses yeux l’UE est plus qu’une zone de libre-échange enjolivée et qu’elle est aussi un projet politique." "D’autre part il a fait comprendre que le rabais sur la contribution britannique à l’UE n’est pas un tabou pour lui. Mais la suppression progressive de ce règlement doit s’accompagner d’une révision générale du budget européen. Ce n’est pas seulement nécessaire pour réduire les dépenses agricoles excessives, mais aussi pour rendre l’Europe plus combative sur une scène mondiale où de nouveaux acteurs forts se manifestent."

"Un gouvernement britannique qui se lance effectivement dans la mêlée européenne et prend l’initiative des travaux de réparation - c’est presque trop beau pour être vrai. Mais les temps sont peut-être mûrs pour cela, maintenant que le scénario franco-allemand pour l’Europe est tellement discrédité. Il faudra cependant que Londres rétablisse la relation quelque peu perturbée avec les nouveaux Etats membres d’Europe de l’Est et que la vision de Blair soit accueillie favorablement dans les centres du pouvoir de la ’vieille Europe’. Si les augures ne sont pas trompeurs il y a de bonnes chances que l’Allemagne, en tout cas, y soit bientôt plus sensible."

"Avec Juncker, mercredi, c’est l’Europe des intérêts établis, des sentiers battus, de la peur du changement et des élections qui est partie", remarque Klaas Broekhuizen dans le Financieele Dagblad. "Avec Blair, jeudi, l’Union a entamé une recherche aventureuse de nouvelles possibilités et solutions." "En Allemagne le chancelier fédéral Schröder est sur le point d’être remplacé par la conservatrice de droite Angela Merkel. En France la confiance dans un président n’a jamais été aussi basse que ce n’est maintenant le cas pour Chirac. L’Italie, l’Espagne et la Pologne jouent un rôle secondaire, mais elles ne sont pas hostiles à Blair. Le chef de file des petits pays est déjà en train de faire ce que Blair veut : la modernisation de la sécurité sociale est une des priorités du gouvernement Balkenende. Son successeur présumé, Wouter Bos, s’exprimera en termes propices à Blair durant le week-end, lors d’une réunion de socialistes européens."

"Mais Blair peut surtout s’appuyer sur le double non à la Constitution européenne aux Pays-Bas et en France et sur la période réflexion d’un an convenue par les leaders européens. Un débat fondamental s’est engagé maintenant dans tous les Etats membres, sur la valeur ajoutée de l’Union et les moyens de l’améliorer."

"L’Union doit aussi montrer dans son budget qu’elle se tourne vers l’avenir. Il faut créer une marge financière pour la stimulation de l’enseignement supérieur, par exemple, pour la formation continue et la recherche. Offrons aux gens la perspective d’emplois plus nombreux et meilleurs. Nous pourrons ainsi regagner la confiance dans des idéaux européens modernes."

"Cette possibilité de tourner effectivement l’Europe vers l’avenir, avec une économie compétitive et saine pour soutenir un système social, ne s’offrira vraiment pleinement que lorsque Merkel et Sarkozy arriveront au pouvoir."

A noter que l’ancien secrétaire d’Etat néerlandais aux Affaires européennes René van der Linden (CDA, actuellement sénateur et président du Conseil de l’Europe) s’est entretenu avec l’agence de presse ANP à propos du "non" néerlandais à la Constitution européenne. "Je pense qu’on sous-estime totalement les conséquences que cela a pour l’Europe tout entière", cite le Trouw (p.9). Selon Van der Linden, l’une des conséquences est la baisse du cours de l’euro : "Depuis le 1er juin, la hausse du prix de l’essence coûte déjà plus aux gens que la contribution annuelle des Pays-Bas à l’UE."

Van der Linden reproche au gouvernement d’avoir trop montré aux citoyens les aspects négatifs de l’Union européenne : trop chère, trop bureaucratique, trop large. Les politiques ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. "Ils n’ont pas manifesté d’intérêt pour l’Europe, ni de connaissance de l’Europe." Van der Linden trouve aussi que le gouvernement insiste trop sur la contribution des Pays-Bas. "Voulons-nous mettre en jeu l’Europe pour un montant qui est inférieur au surcoût de la ligne de Betuwe ?"

ACTUALITE INTERNATIONALE

Pays-Bas - Etats-Unis

"Les Etats-Unis ont proposé au gouvernement néerlandais le richissime entrepreneur Roland Arnall, de Los Angeles, comme nouvel ambassadeur à La Haye", rapporte le Volkskrant (pp.1 et 3). "C’est ce qu’annoncent des sources bien informées. Il succèdera à Clifford Sobel, qui part après quatre ans."
"Arnall (65 ans) fait partie du cercle d’amis politiques du président George Bush. Avec sa femme Dawn il a consacré des millions de dollars à la réélection du président en novembre 2004."
"Le nouvel ambassadeur n’a pas d’expérience politique ou diplomatique. Il est né à Paris et a suivi ses parents au Canada après la guerre. La famille a émigré en Californie fin années cinquante."
"Arnall est le fondateur d’Ameriquest, un des plus grands fournisseurs d’hypothèques des Etats-Unis, qu’il préside avec sa femme." "Ameriquest est une entreprise controversée qui s’est spécialisée dans les prêts à des groupes vulnérables. Elle s’est attiré de nombreuses accusations de méthodes de vente agressives."

Atlas of European Values

"’Heureux, tolérants, positifs d’esprit et européens’, c’est ainsi que le premier ministre Jan Peter Balkenende a caractérisé les Néerlandais après avoir pris connaissance de l’Atlas of European Values qui lui a été remis hier", rapporte le Financieele Dagblad (p.4). "’Cet atlas n’aurait pas pu arriver à un meilleur moment’, selon le premier ministre. Car ’nous venons justement d’entamer une période de réflexion sur le rythme et le cap de la coopération européenne’."
"L’atlas brosse un tableau des conceptions et des idées des Européens et les présente en cartes et graphiques. Il est basé sur une grande enquête effectuée durant la période 1999-2000 par European Values Study, un réseau de sociologues et de politologues qui étudient les valeurs, les conceptions, les attitudes, les priorités et les préférences des Européens. L’enquête effectuée en 2000 dans 33 pays d’Europe était la troisième d’une série d’études décennales."
"Le score relativement élevé en faveur de l’Europe a incité Balkenende à faire l’éloge de l’esprit pro-européen des Néerlandais et à interpréter le ’non’ du référendum comme un rejet du trajet choisi et de la rapidité de l’intégration, et pas de l’unification en tant que telle. Si l’Union se rapproche des citoyens, plutôt que vice-versa, les choses iront de nouveau mieux, espère Balkenende."
"Mais Balkenende ne tient pas compte du fait que les préférences des citoyens en Europe vont beaucoup plus à leur propre ville, région ou pays, plutôt qu’à l’Europe, selon l’étude. Interrogés sur cette préférence, plus de quatre Néerlandais sur dix optent pour leur pays. C’est le score le plus élevé en Europe après l’Islande, où la moitié opte pour la patrie" (également de Volkskrant, cahier Voorkant).

PRESSE HEBDOMADAIRE
HP/De Tijd, sous le titre "En attendant Wiegel", brosse un portrait de l’ancien ministre VVD de l’Intérieur et vice-premier ministre (gouvernement Van Agt - Wiegel, 1977-1981) et évalue ses chances de devenir premier ministre après les élections de 2007. "Plus la situation se dégrade à La Haye, plus les appels à un vrai leader se font entendre. Et Hans Wiegel, dans ces cas-là, n’est jamais loin. Est-ce l’homme qui peut tirer les Pays-Bas de l’ornière ? Et osera-t-il ?" Le magazine indépendant tend à répondre par la négative. "Pourquoi ? Parce que Wiegel, au fond, est un homme peureux. Figurez-vous que ce soit un échec, qu’il doive travailler beaucoup plus dur qu’il ne le veuille, qu’il n’arrive pas à égaler la réussite de sa jeunesse, que sa popularité en prenne un coup ? Bref, que le mythe s’évapore ?"
Sur le plan européen, le chroniqueur Dirk-Jan van Baar fait valoir que "l’échec du sommet de l’UE offre la perspective de davantage de Blair et de moins de Chirac". "Si l’erratique Schröder disparaît aussi, l’Europe pourra avancer." "L’Europe entrera de nouveau dans des eaux atlantiques et les possibilités de dynamisme économique croîtront. La crise bruxelloise de l’UE n’est pas si mauvaise pour les Pays-Bas."
Vrij Nederland publie un article subversif ayant pour thème le tabac, l’alcool et la bonne chère. "Le ministre veut que nous mangions moins gras, que nous fumions moins et que buvions avec modération. La conséquence : nous devenons de plus en plus vieux - mais aussi malades chroniques de plus en plus longtemps. Les femmes en moyenne pendant vingt ans, les hommes pendant quatorze ans. Les dépenses supplémentaires qu’occasionnent toutes ces nouvelles affections du troisième âge dépassent largement les économies." "Les fumeurs sont meilleur marché que les non-fumeurs. Ils rapportent 1 500 millions d’euros de taxes, alors qu’ils ne coûtent que 500 millions en soins. Soustrayez la perte de productivité de 300 millions et il reste un solde net de 700 millions."
Elsevier propose de nouveau un grand dossier sociologique : "Où habitez-vous en sécurité ? - Où la délinquance est-elle la plus faible ? - Où la police est-elle la meilleure ? - Un entretien avec le ministre Remkes. " "Une évaluation de l’ensemble des 467 communes, en 29 pages." La commune la plus sûre, selon l’hebdomadaire conservateur, est Dinkelland (Overyssel). Amsterdam est la grande ville la moins sûre sur un total de 69.

ECONOMIE, FINANCES
Energie nucléaire
"Le tabou qui pèse sur l’énergie nucléaire dans notre pays s’effrite avec le plaidoyer d’une commission du CDA en faveur de cette source", relève le Telegraaf (p.7). "Alors que dans les années quatre-vingts l’opposition à l’énergie nucléaire était très forte aux Pays-Bas, les milieux politiques de La Haye la considèrent maintenant comme une solution temporaire aux problèmes d’environnement et d’énergie. Le CDA, qui estime qu’il faut d’abord qu’il y ait une solution au problème des dangereux déchets radioactifs des centrales nucléaires, est assuré du soutien du VVD. Et le plus petit parti de la coalition, le D66, ne s’oppose plus au maintien en service de la centrale de Borssele au-delà de 2013."
"Le premier ministre Jan Peter Balkenende estime qu’il faut faire des choix dans le domaine du nucléaire. ’Dans ce domaine aussi, la classe politique doit oser monter au créneau’, a dit le premier ministre hier."

AFFAIRES FRANÇAISES
Le Trouw (p.11) s’inspire du quotidien Le Monde pour rendre compte des dernières actions publiques du ministre de l’Intérieur : "Sarkozy : Combattre la criminalité au Kärcher".
Le Volkskrant (p.23) présente en rubrique littéraire la traduction néerlandaise d’un livre de Pierre Michon.

Dernière modification : 24/06/2005

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