Presse néerlandaise du vendredi 27 février 2004

Tous les journaux publient encore des
photos des bouchons provoqués sur les routes néerlandaises par la neige. Vers huit
heures hier matin, le Centre de contrôle routier en dénombrait 63, d’une longueur totale
de 860 kilomètres. Le trafic ferroviaire s’est également ressenti du temps hivernal :
Amsterdam a été inaccessible par le rail pendant quelque temps.

·
 NRC Handelsblad d’hier soir :
"La Chambre exige des explications sur les instructions concernant la force – La
lettre du Procureur Général sur l’Irak sème la confusion", "Arlon reste pragmatique sous ’Dutroux’",
"Le leader macédonien tué dans un accident"

·
 De Telegraaf  : "Les marines ont bien
le droit de tirer – Kamp essaie de dissiper la
querelle : ’Les règles concernant la force sont adéquates’
", "Joies de la neige et difficultés sur les routes"

·
 de Volkskrant  : "’Les demandeurs
d’asile doivent avoir plus de temps’ – La Commission [consultative des affaires
d’étrangers] : la procédure accélérée est risquée", "’Une petite rafale de
neige’ et tout est de nouveau bloqué - Tout le monde prend la route, quoi que disent les
météorologues"

·
 Trouw  : "Nouveau scandale
britannique au sujet de l’Irak – L’ancienne ministre Short accuse les services
secrets d’avoir écouté le patron de l’ONU, Annan", "’La santé n’est pas une
marchandise’" (hôpitaux commerciaux en Allemagne)

·
 Algemeen Dagblad  : "L’AD lance un
quotidien de sport – 24 pages de format tabloïde tous les jours", "Sauver
des emplois en vendant des sous-vêtements" (action syndicale à Eindhoven),
"Les Britanniques ont écouté le patron de l’ONU, Annan"

* * *

Le dossier du
jour Mission militaire néerlandaise en Irak

" L’impression que les militaires néerlandais en Irak
n’ont pas le droit de recourir à la force est fausse
", écrit le Volkskrant (p.3). " La lettre du patron du Ministère public dont la
presse a eu vent a été ’mal interprétée’
. Selon
le gouvernement, il n’y a pas de confusion sur les instructions concernant la force, même
pas chez les militaires en Irak
. C’est ce qu’écrivent les ministres Kamp (Défense),
Bot (Affaires étrangères) et Donner (Justice) dans une lettre à la Deuxième Chambre,
jeudi. Le Ministère public, dans une déclaration
publiée hier, affirme aussi que les militaires peuvent tirer, mais pas dans tous les cas
."

"Les instructions sur l’usage de
la force – qui sont secrètes pour des raisons stratégiques – sont en cause
depuis que le fusilier marin néerlandais Erik O. a abattu un pillard irakien en tirant un
coup de semonce, qui a ou n’a pas ricoché", rappelle le journal de
centre-gauche."

"Dans une lettre interne du 15
janvier, le procureur général De Wijkerslooth écrit que le coup de semonce d’O.
’n’était pas autorisé selon les instructions’. Mais on ne peut pas déduire de cette
phrase que les instructions n’autorisent pas la moindre force, font valoir le gouvernement
et le Ministère public."

" Dans le cas du fusilier marin néerlandais, le
Ministère public reste d’avis qu’il y a matière à instruction, entre autres parce que
l’Irakien touché était un civil sans arme
. ’Le suspect n’a pas tiré dans une
direction sûre’, argumente le Ministère public. C’est
un tireur très expérimenté. Il aurait aussi dû tenir compte d’un éventuel ricochet’
."

"La Deuxième Chambre décidera
aujourd’hui si elle se contente des explications du gouvernement et du Ministère public.
Dans la négative, un débat d’urgence suivra aujourd’hui ou au début de la semaine
prochaine."

" Pauvre Joan de Wijkerslooth ! " s’exclame
Stieven Ramdharie dans un article de fond sur la même page du Volkskrant. " Rien n’est épargné au patron du Ministère public,
dans l’affaire du fusilier marin Erik O.
" "Cinq semaines après le tumulte
médiatique sur cette affaire, une nouvelle vague de publicité négative déferle sur le
patron du Ministère public, causée par sa propre lettre, dont la presse a eu vent. Les militaires néerlandais en Irak n’ont pas le
droit de tirer’, concluent ces jours-ci la plupart des médias après lecture du document
.
Le fait que cette conclusion soit erronée, qu’elle
repose sur une mauvaise interprétation de l’exposé de De Wijkerslooth, n’est plus
pertinent depuis longtemps
. L’image fatale d’un
Ministère public déphasé, qui impose des restrictions aux courageux soldats
néerlandais en Irak, s’est formée une nouvelle fois
."

"La lettre de De Wijkerslooth
concernant l’Irak semble surtout être une tentative de justification de son intervention
un peu fougueuse (mais couverte par le ministre Donner) à la télévision sur cette
affaire, début janvier", remarque l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir. " La plainte de ce magistrat concernant
l’incompréhension de l’opinion publique se retourne contre lui
."

"Quand il s’agit de deux soldats
qui somnolent pendant qu’ils sont de garde, la justice fait comme si c’était tout de
même la guerre – cinq mois de prison – et quand il s’agit du sergent-major qui
a tiré, c’est le contraire", conclut le journal du soir en faisant allusion à un
autre incident beaucoup moins médiatisé.

" Le Procureur Général a commis une erreur tactique,
une gaffe stratégique
", estime le commentateur de l’ Algemeen Dagblad ce matin. "Sur le champ de
bataille, cela peut être fatal, comme on l’apprend à tous les militaires. De
Wijkerslooth a oublié qu’il ne devait pas toucher à ’nos gars’, à moins d’être très
sûr de son affaire. Il faut se demander s’il l’est ou s’il peut toujours l’être."

Le Telegraaf parle lui aussi de "la manière confuse et maladroite dont le
président du collège des procureurs généraux, De Wijkerslooth, s’est prononcé sur une
interdiction de tirer en toutes circonstances, pour ne démentir que très tard".
"De la part d’un juriste, c’était certainement déraisonnable. Si en outre il avait
vraiment été de cet avis, il n’aurait pas dû rester en fonction un moment de
plus."

 

Actualité
internationale

Pays-Bas – pays baltes

Le premier ministre néerlandais Jan
Peter Balkenende a annulé sa tournée des pays baltes à la suite du brusque décès de
son beau-père, annonce le Volkskrant (p.3,
ANP). Balkenende aurait dû se rendre en Lettonie, Estonie et Lituanie les 1er, 2 et 3
mars, dans le cadre de la préparation de la présidence néerlandaise de l’Union
européenne, le deuxième semestre 2004.

 

Beatrix en Allemagne

La Reine Beatrix visitera Berlin et
ses environs mardi et mercredi prochains. La souveraine y inaugurera notamment la nouvelle
ambassade des Pays-Bas dans la capitale allemande. Le bâtiment a été conçu par
l’architecte Rem Koolhaas, qui a reçu le Prix d’architecture de la ville de Berlin.

La reine s’entretiendra avec le
président allemand Johannes Rau et le chancelier Gerhard Schröder. Le ministre Joschka
Fischer (Affaires étrangères) fera également acte de présence, selon l’ Algemeen Dagblad (p.5).

 

Actualité
intérieure

Islam

Van Ardenne . " La ministre Van Ardenne (Coopération) trouve que
l’islam est plus violent à l’encontre des femmes que le protestantisme ou le bouddhisme
",
note le NRC Handelsblad (p.3) d’hier soir.
"C’est ce qu’elle dit dans le périodique Wordt
Vervolgd
d’Amnesty International qui paraîtra la semaine prochaine. La ministre CDA
dit que ’les musulmans ne rouent pas tous leur femme de coups’. Mais selon elle, il y a une certaine couche de la culture islamique qui
juge que la violence à l’encontre des femmes va de soi, de même que la violence à
l’encontre des enfants
. Van Ardenne : Cette
couche est renforcée ici parce qu’aux Pays-Bas habitent surtout des musulmans venant de
régions arriérées’
."

"Le motif de l’entretien avec Van
Ardenne est une nouvelle campagne d’Amnesty International, Stop geweld tegen vrouwen [non à la violence
contre les femmes]. Selon Van Ardenne ’les musulmans qui refusent même de serrer la main
d’une femme sont ce qui peut vous arriver de pire en tant que femme’. Elle pense qu’il y a
’bon nombre’ de tels musulmans aux Pays-Bas."

Hizb-ut Tahrir . L’ensemble de la presse rend
compte ce matin d’une conférence de presse
donnée à Rotterdam par le mouvement islamique fondamentaliste Hizb-ut Tahrir (HUT)

pour rectifier des "idées tout à fait fausses" parues sur lui dans les
quotidiens (cf. revue du 23 février). Les trois porte-parole du mouvement jugent
incompréhensible que la LPF et le VVD veuillent interdire le HUT, comme en Allemagne.
"En Occident, nous sommes un mouvement purement intellectuel. Nous n’avons rien à
voir avec la violence, nous ne sommes pas des terroristes, nous ne sommes pas
antisémites."

Le HUT a été fondé à Jérusalem en 1953, dans le
but de rétablir l’ancien Empire Ottoman
. "Exactement, y compris des pays
européens comme l’Espagne, la Bosnie, la Bulgarie." " Nous considérons l’islam comme une alternative au
capitalisme et à la démocratie et nous voulons entrer en débat à ce sujet avec des
non-musulmans, des islamologues, des économistes et des politiques
." Le HUT
estime qu’il importe beaucoup de "protéger l’identité des musulmans qui vivent en
Occident" ( Algemeen Dagblad p.2, de Volkskrant p.3, Trouw p.5, De Telegraaf p.9).

 

Presse
hebdomadaire

HP/De Tijd évoque longuement Marc Dutroux, dont
le procès commencera lundi, et son biotope, le vieux bassin minier de Wallonie où les
cafés sont pleins et les usines vides : "Comment Dutroux est devenu Dutroux".
Ce n’est pas le premier reportage sur le "monstre de Charleroi", mais le contenu
donne toujours la chair de poule. Ce n’est certainement pas le cas d’un article sur un
autre suspect, le grand manager d’Albert Heijn, Cees van der Hoeven, qui finira
indubitablement en prison selon le magazine indépendant. Ni de l’interview du philosophe
Paul Cliteur, qui fulmine contre les "régents paternalistes" de la génération
d’après-guerre, comme Wallage, Donner, Balkenende, Cohen et De Wijkerslooth.

Priés, pour un tour d’horizon, de
donner leur avis sur le président Bush dans la perspective des élections
présidentielles américaines, les spécialistes des affaires étrangères de la Deuxième
Chambre sont dans l’ensemble critiques, voire négatifs. Seul le député VVD Wilders est
franchement positif. Le porte-parole CDA Eurlings n’était pas joignable.

Vrij Nederland présente dans sa rubrique Profiel "l’historien chéri de la nation"
 : "Geert Mak, homo nostalgicus". On notera aussi un portrait du ministre des
Affaires sociales Aart Jan de Geus, composé des commentaires de personnalités qui le
connaissent. Le président de la centrale syndicale FNV, Lodewijk de Waal : "Je lui
ai dit qu’un syndicaliste ne doit pas devenir ministre des Affaires sociales."

Sweder van Wijnbergen, ancien
secrétaire général des Affaires économiques : "Je me demande comment cet homme
peut encore diriger son ministère." "L’image du ministre se dégrade peu à
peu", conclut l’hebdomadaire progressiste. "Ses chargés de l’information
s’arrachent les cheveux depuis des mois."

Sur le plan culturel, on retiendra
une recension de l’ouvrage "Prenez garde à l’amour – Les muses et les femmes de
Paul Valéry" de François-Bernard Michel (Grasset). "La vie sexuelle d’un pur
esprit."

Le dossier d’ Elsevier a pour thème l’arrivée au pouvoir, en
politique et dans la société civile, de la génération née entre 1960 et 1970 : Wouter
Bos, Medy van der Laan, Marco Pastors, Matthijs Kalmijn... Le magazine conservateur,
fidèle à ses préoccupations financières, propose par ailleurs "neuf tuyaux pour
verser moins d’argent au fisc". "Plus les nouvelles règles pour 2004."

La rubrique Interview de Hugo Camps est consacrée cette
semaine à la femme de lettres Hella Haasse. "Elle a beau être l’auteur néerlandais
le plus traduit, la Grand Old Lady de 85 ans est
dénuée de toute prétention." "Hella Haasse : ’Je ne me trouve pas importante.
Je suis au service de l’écriture’."

 

Economie, Finances

V&D

Plusieurs quotidiens annoncent une
réorganisation de la chaîne de grands magasins Vroom & Dreesman, dont le chiffre
d’affaires préoccupant n’a pas augmenté en dépit des services du gourou de la
décoration Jan des Bouvrie, qui a rendu plus sexy certaines succursales (Maastricht,
Enschede...). Le nouveau directeur, Dirk Goeminne, a mis fin à l’opération, qui devait
s’étendre à l’ensemble de la chaîne. La métamorphose de neuf établissements a coûté
6 à 7 millions d’euros.

Goeminne a été engagé pour rendre au
V&D sa popularité auprès des consommateurs durant les deux prochaines années. Pour
cela, l’assortiment sera ramené de 350 000 à 250 000 articles. Le groupe ciblera par
ailleurs les femmes de 30 à 60 ans et se rapprochera de la formule Hema ( De Telegraaf pp.1 et 23, de Volkskrant pp.1 et 7).

 

Affaires
françaises
 

Des synthèses de dépêches font
encore mention de la pression exercée par la France sur le président haïtien Aristide
pour qu’il démissionne ( NRC Handelsblad
pp.1 et 5, de Volkskrant p.4).

Le Volkskrant (p.9) note en rubrique économique
que le premier ministre Raffarin, à l’instar du chancelier fédéral Schröder, fait
pression sur la Banque centrale européenne en plaidant pour une baisse du taux
d’intérêt.

Le Telegraaf (p.3) annonce qu’il n’y aura "pas
de nouveau procès Mata Hari". Le ministre de la Justice a rejeté la troisième
demande de réouverture de Leeuwarden (Frise).

Le Volkskrant , dans son cahier Cicero, publie un entretien avec le professeur
d’histoire ancienne Fik Meijer (Université d’Amsterdam), auteur d’un livre sur
Vercingétorix. "En écrivant, j’ai senti du respect pour les Français, pour la
façon dont ils traitent leur passé. Cela a quelque chose d’attendrissant, de gentil.
Chez nous aux Pays-Bas un tel passé existe à peine. Nous vivons dans le présent. Jamais
rien d’historique. Den Uyl, oui, mais nous n’allons pas plus loin. Pas de héros comme
Vercingétorix. Je trouve que c’est dommage. L’enseignement de l’histoire aux Pays-Bas
consiste en petits thèmes, par exemple sur l’habitat : ’ils vivaient d’abord en plein air
et ensuite dans des huttes’. Nous ne parlons pas des liens. En France, on parle du héros
Vercingétorix, de sa défaite, mais aussi de son héroïsme."

 

A signaler :

Philip Freriks, ancien correspondant à
Paris et présentateur du journal télévisé NOS
Journaal
, évoque dans l’ Algemeen Dagblad
(p.25, Cultur & Media), dans le cadre de la
Semaine du Livre, ses premières années à Paris, où il est allé pour la première fois
à 13 ans. "Pour moi, la France et les Pays-Bas sont un seul pays, la frontière
linguistique se trouve quelque part près de Bruxelles. Les portables passent sans
problème d’un réseau à l’autre. Pour moi, c’est pareil, j’ai une puce électronique
dans la tête."

Dernière modification :

Haut de page