Presse néerlandaise du vendredi 27 janvier 2006

La victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes de mercredi fait les manchettes de la presse d’hier soir et de deux quotidiens ce matin et inspire un commentaire éditorial dans tous les journaux qui ont l’habitude d’en publier.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Enorme victoire du Hamas aux élections - Démission du premier ministre palestinien Qurie", "’L’armée américaine affaiblie par l’Irak’", "’Un groupe infecté par la haine’" (procès du groupe Hofstad)
-de Volkskrant : "Ecrasante victoire électorale du Hamas - Le groupe terroriste obtient la majorité absolue au Parlement palestinien après des élections démocratiques", "La victoire du Hamas est un cri du cœur des Palestiniens"
-Trouw  : "Le Hamas remporte les élections - Révolution dans la politique palestinienne ; stupéfaction en Israël", "Terpstra : associer la formation au licenciement" (débat sur le droit de licenciement)
-De Telegraaf  : "Un détecteur alarmera le conducteur - Un équipement hypermoderne qui empêche le chauffeur de car de s’endormir", "Remkes : Les fuites de l’AIVD sont des incidents"
-AD Haagsche Courant  : "Des attouchements pendant la narcose - Des femmes anesthésiées servent de ’poupée de démonstration’"

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LE DOSSIER DU JOUR :Elections palestiniennes

"Le mouvement islamiste Hamas a remporté de très loin les élections palestiniennes", écrit le Volkskrant dans son grand article à la une. "Avec 76 sièges sur 132, le Hamas détient la majorité absolue au Parlement. Sa victoire a défait le parti gouvernemental Fatah, choqué Israël et embarrassé vivement la communauté internationale."
"Ce résultat rend improbable l’ouverture à court terme d’un dialogue de paix entre Israël et les Palestiniens."

"La victoire éclatante du mouvement islamiste Hamas est un cri du cœur des Palestiniens", estime le même Volkskrant dans une analyse. "Les électeurs ont profité des premières élections législatives en dix ans pour sanctionner la vieille élite administrative du Fatah. Le taux de participation était élevé et le vote s’est passé sans le moindre incident. Il ne peut y avoir aucun malentendu sur le résultat."
"Il est difficile d’interpréter la victoire du Hamas. Ses conséquences - pour la société palestinienne, pour les négociations avec Israël - ne sont pas encore prévisibles. La seule certitude est que le Hamas est le plus grand parti et que les islamistes palestiniens sont devenus incontournables."

"Le député VVD Van Baalen a prôné jeudi le gel de la relation d’aide si le Hamas participe à un nouveau gouvernement et n’abjure pas la violence contre Israël", relève le journal de centre gauche en page 5. "Le ministre des Affaires étrangères Bot est resté sur la réserve. Il partage l’opinion que le Hamas doit renoncer à son objectif de détruire l’Etat juif. Mais il tient compte de la possibilité que le Hamas, une fois appelé à prendre des responsabilités gouvernementales, vienne à résipiscence." "Le ministre a rappelé qu’une telle évolution a eu lieu en Irlande du Nord."

Commentaires

"Le président américain Bush comme le premier ministre intérimaire israélien Olmert ont réagi négativement à la victoire électorale du Hamas", souligne l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir. "C’est compréhensible, compte tenu de l’idéologie du Hamas. Bush a dit à juste titre qu’on ne peut pas négocier avec une organisation qui ne reconnaît pas le droit d’existence de l’Etat juif. Olmert estime à juste titre aussi que le Hamas ne peut pas faire partie de l’Autorité Palestinienne parce que ce mouvement a pour objectif la destruction de son pays."
"Mais le fait est que le Hamas, depuis un an, n’a pratiquement plus mené d’opérations contre Israël. Le fait est aussi que sa participation au processus politique palestinien peut être le signe d’un cap plus pragmatique. Cela peut créer une marge pour les négociations. Même les organisations terroristes peuvent finir par opter pour la légitimité - voyez l’IRA - mais la fin du terrorisme et le désarmement à terme en sont les conditions. Le Hamas en est encore loin. Néanmoins, le mouvement est désormais un facteur politique et mérite pour cette raison une autre approche."

L’éditorialiste du Volkskrant parle d’un "tremblement de terre politique qui sera presque certainement suivi de quelques nouvelles secousses". "Non seulement Israël, mais aussi les Etats-Unis et l’Union européenne considèrent le Hamas comme une organisation terroriste. La destruction de l’Etat d’Israël est son objectif officiel et rien n’indique qu’il veuille s’en distancier."
"Dans cette situation précaire une attitude expectative mais ferme est de mise. Il serait déraisonnable d’exclure d’emblée tout contact avec des fonctionnaires du Hamas ou un gouvernement dominé par le Hamas. D’un autre côté il doit être clair qu’on ne traite pas avec une partie qui se sert du terrorisme et dont l’élimination de l’adversaire est le grand idéal. Les premières réactions hier de la Maison Blanche comme de la Commission européenne semblaient aller dans ce sens, même si le ton n’était pas le même. Les Européens ont en l’occurrence une responsabilité particulière : l’UE est de loin le plus grand bailleur de fonds de l’Autorité Palestinienne. Des tergiversations rendraient les Israéliens encore plus incertains après la perte de leur roc dans la tempête (Sharon) et accroîtraient fortement la possibilité d’un come-back du Likoud."

"L’extrémisme de beaucoup de radicaux s’affaiblit lorsqu’ils sont investis de responsabilités politiques quotidiennes", fait valoir le Trouw, qui se réfère aussi à l’Irlande du Nord. "C’est un processus lent et difficile. Mais le Hamas a fait un premier pas en participant aux élections qu’il exécrait autrefois - et qui ont suivi les négociations avec Israël. Il devra en faire encore beaucoup d’autres. Il faut en laisser le temps au Hamas, mais seulement s’il n’y a pas de violence."

"Le laborieux processus de paix au Moyen-Orient risque de nouveau de s’enliser et il n’est pas exclu que les violences reprennent", remarque le Telegraaf. "Le seul espoir est que le Hamas, une fois au pouvoir, sera prêt à mettre de l’eau dans son vin. Mais beaucoup d’eau devra encore couler dans le Jourdan d’ici là."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Union européenne

"Les Pays-Bas restent un pays pro-européen et c’est valable pour le gouvernement comme pour la population", écrit le Financieele Dagblad (p.5) en citant le secrétaire d’Etat VVD aux Affaires européennes, Atzo Nicolaï. "Cela ressort aussi de la récente enquête de l’Eurobaromètre. La population néerlandaise soutient toujours en majorité l’UE. Nous ne sommes pas devenus eurosceptiques."
Les critiques à l’encontre de l’UE se sont accrues dans tous les pays, "mais les Pays-Bas ne sont pas en tête à cet égard".
La présidence autrichienne, qui tient à faire adhérer des pays des Balkans à l’Union, craint que les Pays-Bas ne ratifient pas le traité d’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie, souligne le journal d’affaires. Selon le député CDA Van Dijk, la Roumanie est loin de satisfaire aux critères d’adhésion. Nicolaï qualifie la position du CDA de "prématurée et incompréhensible". "Les Pays-Bas sont un pays critique et nous sommes traditionnellement orthodoxes plutôt que libéraux. C’est très bien. Pour nous un accord est un accord." Et des accords clairs ont été conclus avec la Roumanie, selon le secrétaire d’Etat, qui estime que le traité d’adhésion de la Roumanie contient suffisamment de clauses de sécurité. "Le traité prévoit aussi la possibilité de reporter l’adhésion d’un an. Si nous trouvons qu’un report est nécessaire, nous le dirons. Mais le gouvernement néerlandais n’est pas d’avis qu’il faut attendre pour ratifier que la Commission ait présenté son rapport au printemps."
En outre, les Pays-Bas ne doivent pas employer deux poids, deux mesures, selon Nicolaï. "Nous ne devons pas poser à la Roumanie et à la Bulgarie des exigences beaucoup plus sévères qu’aux dix Etats membres qui ont adhéré en 2004."

ACTUALITE INTERIEURE

Télévision

Deux chaînes de télévision étrangères retransmises par satellite ont été bloquées aux Pays-Bas à la demande du ministère de la Justice. Il s’agit de la chaîne Al Manar, du Hezbollah libanais, et de la chaîne iranienne Sahar TV 1. Le Deuxième Chambre avait demandé dès l’an dernier au ministre Donner d’intervenir contre ces chaînes qui véhiculent des messages antisémites et incitent à la violence.
Deux autres chaînes, l’iranienne Al Alam et la saoudienne Art Iqraa, ont été placées sous surveillance par les autorités néerlandaises, pour les mêmes raisons (De Telegraaf p.3, de Volkskrant p.3, Trouw p.7).

Google

Le Volkskrant (p.9) et l’Algemeen Dagblad (p.17) signalent l’ouverture d’une version néerlandaise de Google News. Le site news.google.nl fonctionne comme un montage instantané en ligne de coupures de presse, à consulter sur la base de mots-clés. Il recense quatre cents sites d’information des Pays-Bas et de la Flandre.

PRESSE HEBDOMADAIRE

Vrij Nederland en est convaincu : la secrétaire d’Etat à la Culture Medy van der Laan décidera aujourd’hui de restituer à l’héritière américaine du marchand d’art juif Jacques Goudstikker la plupart des 267 tableaux de la collection nationale qu’elle réclame. "Beaucoup de ces tableaux ont une telle importance qu’ils sont accrochés en permanence, depuis des décennies, dans les salles du Rijksmuseum, du musée Boijmans Van Beuningen, du Mauritshuis et de nombreux autres musées des Pays-Bas. Des toiles de Goudstikker ornent en outre les murs du Cabinet de la Reine et des ministères des Affaires générales, des Finances, de la Défense et de la Justice. D’autres sont réparties entre les résidences et les ambassades des Pays-Bas dans le monde entier : à Athènes, Rome, Vienne, Londres, Washington, Dublin, Berlin, Bruxelles, Pékin et Canberra. Les conservateurs et les directeurs de musée parlent d’une catastrophe, si la secrétaire d’Etat décide de les restituer." Suit une reconstitution de l’affaire, qui remonte à 1940, lorsque Goudstikker meurt dans un accident alors qu’il fuyait les Pays-Bas occupés par les nazis.
"Le D66 en a assez de Boris Dittrich", croit savoir le magazine progressiste, après une tournée auprès d’éminents membres du parti. "Le leadership du chef de file D66 est menacé. Non seulement Alexander Pechtold s’est officiellement annoncé comme nouvelle tête de liste cette semaine, la direction du parti critique aussi vivement son leadership."
Le discours de Brest du Président de la République fait l’objet d’un papier d’humeur de Ko Colijn. "Si les paroles menaçantes de Chirac ont de l’effet, elles pourraient décider Ahmadinejad à exécuter ses méchants projets à Francfort ou Amsterdam, puisque Paris riposterait. Merci beaucoup, Monsieur le Président."

Rik Kuethe, dans l’hebdomadaire Elsevier, est beaucoup plus positif : "C’est à juste titre que le président français Chirac menace Téhéran de faire usage de l’arme nucléaire." "La France, un important pays européen, comprend qu’il ne s’agit plus de filer doux et que, face à une menace commune, l’action militaire ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des Etats-Unis."
Le dossier du magazine respire aussi l’optimisme cette semaine : "Le mensonge est au pouvoir. Le monde va mieux qu’on ne vous le dit. Les faits réconfortants : davantage de forêts, moins de morts de la circulation et à cause des guerres, moins de pauvreté et de faim, une atmosphère plus propre, plus d’éléphants et de cigognes." Soit huit pages de bonnes nouvelles.
HP/De Tijd s’interroge sur l’art de rester ensemble en tant que couple et consacre un article de fond aux "gourous" de La Haye. "Des collaborateurs de l’AIVD qui méditent, un guérisseur d’auras au Conseil de la Santé, des consultants qui parlent aux mouches : les autorités n’ont rien contre la spiritualité. Même quand elle est chère." "Le ministère du Logement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement a aménagé en 1998 un Centre du silence qui a coûté 21 500 euros. Une partie de l’argent est allée à une radiesthésiste qui a recensé les ’courants d’énergie’ et les ’ondes telluriques’."
Dans une interview, le député PvdA Diederik Samsom, fait savoir que "si l’Amérique ne se calme pas, le PvdA sera contre l’Afghanistan". "Il était militant chez Greenpeace et maintenant il est le porte-parole pour l’environnement du groupe parlementaire PvdA. Mais l’ancien pacifiste Diederik Samsom s’occupe aussi de l’aide au développement. Et donc de l’Afghanistan."

AFFAIRES FRANÇAISES

Le NRC Handelsblad (pp.1 et 5) d’hier soir annonce l’abrogation de la loi sur les effets positifs du colonialisme.

Le Trouw (cahier de Verdieping) et l’Algemeen Dagblad (p.9) se sont entretenus avec Simone Veil, qui a donné hier la troisième conférence "Nooit meer Auschwitz" (plus jamais Auschwitz) à Amsterdam.

Le Financieele Dagblad (cahier FD Persoonlijk) s’est entretenu de "leadership pédagogique" avec le politologue Dominique Moïsi. "L’Europe ne peut regagner la confiance de ses citoyens que si elle détermine clairement ses frontières", retient le journaliste Michiel Goudswaard.

Dernière modification : 08/02/2012

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