Presse néerlandaise du vendredi 28 décembre 2007

Le Pakistan est plongé dans une profonde crise après le meurtre de Benazir Bhutto à Rawalpindi, près d’Islamabad, à l’issue d’un meeting électoral. Mme Bhutto, qui dirigeait le Parti du peuple pakistanais (PPP), avait de bonnes chances de diriger le gouvernement après les élections législatives qui étaient prévues pour le 8 janvier prochain. Elle aurait alors partagé le pouvoir avec le président Musharraf.
Le gouvernement néerlandais, par la bouche du ministre des Affaires étrangères Maxime Verhagen, s’est déclaré horrifié par cet attentat.
"L’Amérique, alliée du Pakistan, ne peut pas faire grand-chose dans cette situation pénible", fait valoir l’éditorialiste du Volkskrant. "C’est justement pour les témoins américains du duel [avec Musharaf] que Bhutto était la reine sur l’échiquier pakistanais. On ne peut qu’espérer qu’un grand-maître se lèvera pour éviter au pays un chaos dont se ressentirait la région tout entière - et certainement son voisin l’Afghanistan."
"Un Pakistan stable est essentiel pour le monde", estime aussi le journal d’affaires Het Financieele Dagblad.

NRC Handelsblad (libéral) d’hier soir : "Les pauvres du Kenya veulent profiter de la croissance" (élections présidentielles), "Wilders chapitre la reine à propos de son discours", "Un SMS de trop et l’enfant est client - La publicité foisonne sur les sites pour jeunes"
Trouw (chrétien progressiste) : "Grande alarme après le meurtre de Bhutto - La mort de la dirigeante de l’opposition a de grandes conséquences pour le Pakistan et les pays voisins", "Avec Bhutto les Etats-Unis perdent un atout au Pakistan"
de Volkskrant (centre gauche) : "L’espoir s’évapore après le meurtre de Bhutto", "’La nuit tombe sur le Pakistan’", "Pas d’indemnité d’assistance sociale : retour rapide au travail"
AD Haagsche Courant (indépendant populaire) : "Emeutes au Pakistan après le meurtre de la leader de l’opposition Bhutto - L’Occident redoute la désagrégation de la puissance nucléaire", "Les beignets deviennent meilleurs, mais l’huile est dangereuse" (résultats du 15e Test national des beignets organisé par le journal)
De Telegraaf (populaire) : "Chaos au Pakistan après le meurtre de Bhutto", "Les bonnes intentions échouent - Seuls ceux qui passent immédiatement aux actes réussissent" (étude de l’Université Radboud de Nimègue)

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ACTUALITÉ INTÉRIEURE

Geert Wilders

"La proposition de Geert Wilders visant à retirer la Reine Beatrix du gouvernement et à ne plus lui faire couper que des rubans est tombée à plat jeudi", écrit le Volkskrant (p.2). "Aucun autre politique ne veut se rallier à Wilders."
"Le chef de file du PVV est en colère parce que la reine, dans son discours de Noël, appelle à la tolérance. Wilders voit dans la phrase ’la rudesse des paroles et des actes porte atteinte à la tolérance’ une attaque contre son Parti de la Liberté. ’C’est un discours politique contre nous, dans lequel l’idéal multiculturel est porté aux nues par quelqu’un qui n’a pas été élu et à qui je ne peux pas demander des comptes politiques. Je pense qu’il faut la retirer illico du gouvernement’."
"Même le D66 ne veut pas suivre l’argumentation de Wilders, bien que son ancien leader Thom de Graaf (nommé maire de Nimègue par la Couronne) ait plaidé en 2000 en faveur d’une monarchie selon le modèle scandinave : pas de fonctions politiques, mais uniquement cérémonielles. Tous les partis louent le ’beau message’ et les ’paroles précieuses’ de Sa Majesté (CDA) et disent que la Reine Beatrix appelle à la tolérance ’à juste titre depuis des années’ (PvdA et SP). ’S’agissant du possible émoi que suscitera son film sur le Coran, Wilders dit qu’il n’a pas l’intention de provoquer des émeutes, mais que certaines personnes sont vite offensées’, réagit le président du groupe parlementaire de la ChristenUnie, Arie Slob. ’Eh bien, je suis convaincu que Sa Majesté n’a pas voulu provoquer cette querelle typique de Wilders, et son discours équilibré n’en fournit aucun prétexte’."
"Le premier ministre Balkenende, à son adresse de vacances, s’est montré outré." "La reine forme le gouvernement avec les ministres, a souligné le premier ministre. ’Ainsi, nous exprimons justement dans notre Constitution le fait que le chef de l’Etat garantit la continuité et l’impartialité’" (également Trouw pp.2-3, Het Financieele Dagblad p.3, AD Haagsche Courant pp.4-5).

En page d’opinion du Volkskrant, la chroniqueuse Nausicaa Marbe affirme que "la reine contribue aussi à la polarisation". "Ecouter un discours de la reine est un calvaire de nos jours". "Le message de Sa Majesté est prévisible et monomane, en partie à cause de ses obsessions politiquement correctes." "Au lieu d’exprimer un chaleureux message humain [à l’adresse des personnes seules, des militaires néerlandais en Afghanistan...], Beatrix tourne son disque usé sur la cohésion sociale. Sur son ton distant, paternaliste et accusateur. C’est de l’endoctrinement glacial. Pour qui ne connaît pas les Pays-Bas, ce discours dépeint un pays en proie à la misère extrême-droitiste." "On dit parfois des membres de la Maison Royale qu’ils sont déphasés. Ce discours montre aussi à quel point leurs prophéties de malheur sont caricaturales."

On notera dans ce contexte que l’organisation islamiste radicale Hizb ut Tahrir a distribué dans un quartier populaire d’Amsterdam des pamphlets appelant les musulmans à s’opposer à un film "raillant et rabaissant le Noble Coran". "Le nom de Geert Wilders n’est pas cité dans le pamphlet, mais l’on sait que le député du Parti de la Liberté a l’intention de diffuser fin janvier un film ’sur les abus du Coran’", écrit le journal d’Amsterdam Het Parool d’hier soir à la une.
Le pamphlet a aussi été distribué dans quelques quartiers de La Haye (également de Volkskrant p.3, De Telegraaf p.9).

ChristenUnie

Dans le cahier de Verdieping du Trouw figure un article basé sur un entretien entre le journaliste Cees van der Laan et le président du groupe ChristenUnie à la Deuxième Chambre, Arie Slob. "Selon Slob, le gouvernement ne doit pas se laisser distraire par des affaires qui ne sont pas convenues dans l’accord de gouvernement. ’Il importe que le gouvernement ait une perception aiguë de sa mission et des gens pour lesquels il l’accomplit. Du moment qu’on la perd de vue, qu’on s’engage dans toutes sortes de voies latérales et se lance dans des discussions sans importance et qui durent trop longtemps, on s’aigrit et on patauge. Le gouvernement ne peut pas se permettre de perdre du temps.’ C’est ce qui s’est passé avec le droit de licenciement [cf. presse du 20 décembre]."
"’Nous avons traduit l’accord de gouvernement en un magnifique programme politique. Mais le droit de licenciement recouvre maintenant le gouvernement comme un voile gris. Je pense qu’il est bon qu’il en tire une leçon et essaie désormais d’éviter de s’engager dans ce genre de discussions. Quand on regarde le paysage politique, on voit qu’il est extrêmement fragmenté. Il y a beaucoup d’incertitude dans la société, alors le gouvernement doit être solide et diriger. En ce qui nous concerne, ce thème ne sera plus abordé durant les trois prochaines années. Il est illusoire de croire que les trois partis s’accorderont sur ce point les prochaines années’."
"Slob veut bien donner un conseil au gouvernement pour l’année prochaine, en songeant au droit de licenciement : ’Gouvernez avec chaleur, mais en gardant la tête froide’."

PRESSE HEBDOMADAIRE

Elsevier est le seul magazine d’opinion à paraître cette semaine, après les numéros doubles d’hiver de ses confrères Vrij Nederland et HP/De Tijd.
L’hebdomadaire consacre son dossier à "Joop van den Ende, courtier en émotions". "Bien qu’il ait déjà 65 ans, Joop van den Ende est encore tellement performant qu’Elsevier l’a élu Néerlandais de l’année. Un portrait du puissant fondateur de l’industrie nationale de la comédie musicale. Son concurrent Albert Verlinde : ’Il est impossible de ne pas avoir d’admiration pour son rôle de pionnier’."
Sur le plan économique, Remko Nods s’inquiète de la baisse du dollar. "Si le dollar s’effondre, l’économie mondiale aura un immense problème. Cette monnaie, aussi bon marché qu’elle soit en ce moment, domine toujours : les pays étrangers gardent des milliards de dollars en réserve. Mais cela fait aussi la force du dollar : personne n’a intérêt à ce que son cours s’effondre."
On notera aussi un reportage sur les "chercheurs de fortune roumains et bulgares". "Presque un Roumain sur dix a quitté son pays depuis que la Roumanie est membre de l’Union européenne. En effet, il y a du travail en Europe de l’Ouest. " "Les Bulgares tentent surtout leur fortune en France et en Italie. Il y a de grandes chances que les raisins du Beaujolais Primeur vendu dans les magasins néerlandais en novembre aient été cueillis par des Bulgares."
Enfin, on retiendra "In memoriam", une galerie de portraits des personnalités connues mortes en 2007.

AFFAIRES FRANÇAISES

Le Telegraaf (p.11) évoque les vacances en Egypte du Président Sarkozy et de Carla Bruni.

Sur le plan littéraire, le supplément Cicero du Volkskrant comporte une interview de la femme de lettres Annie Arnaux et une recension de "la première biographie parue aux Pays-Bas" de Nicolas Sarkozy, de la plume du journaliste indépendant Maarten van der Roest (Ed. Aspekt).

Dernière modification : 19/08/2008

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