Presse néerlandaise du vendredi 3 juin 2005

Le
rejet massif du Traité établissant une Constitution pour l’Europe et ses
conséquences politiques restent le grand thème du Trouw et du
Volkskrant
ce matin, tandis que la presse à grand tirage fait ses manchettes
sur un rapport sur la gestion des centres hospitaliers qui sera présenté
officiellement aujourd’hui. 

  • NRC Handelsblad
    d’hier soir : "Le gouvernement reprend le non à la Constitution - Taux de
    participation élevé - 61,6 pour cent
    contre - Bruxelles : pas de panique", "Le Parlement doute de lui-même après le
    référendum", "Bruxelles essaie de conjurer la crise"
  • Trouw  : "Le
    gouvernement change de cap dans l’UE - Le gouvernement opte pour la réserve et
    des négociations plus dures à Bruxelles", "La Pologne : L’incident avec les
    écoliers était un malentendu" (excursion à Auschwitz avec des problèmes de
    papiers d’identité)
  • de Volkskrant  :
    "Le gouvernement emploiera le non comme moyen de pression - ’Les contributions
    à l’Europe doivent baisser’", "L’euro peut ’éclater’ à la suite du double
    non", "Rosenmöller reverse une partie de sa rémunération" (présidence de la
    Commission Pavem)
  • De Telegraaf  :
    "Les centres hospitaliers auront des étoiles - Un rapport : Classement
    comme pour les hôtels
    ", "La campagne a échoué - ’Le gouvernement était
    trop laxiste’
    ", "Les électeurs ne sont pas anti-européens"
  • Algemeen Dagblad
     : "Des étoiles pour les établissements hospitaliers", "Nicolaï va danser après
    le ’non’", "La Chambre : Réduire l’influence de l’UE"

* * *

 

Le
dossier du jour : Référendum néerlandais

" Le
gouvernement retire la proposition de loi portant ratification de la
Constitution européenne, après le non massif de mercredi
", annonce le NRC Handelsblad
d’hier soir dans son grand article à la une. "Presque 63
pour cent des électeurs néerlandais
ont voté lors du premier référendum national en deux siècles : 61,6
pour cent étaient contre et 38,4
pour cent pour."

" Le
gouvernement retire la loi de ratification de la Constitution, qui devait rendre
l’Europe plus gérable, à la demande des partis de coalition CDA, VVD et D66
.
Le vice-premier ministre Zalm a déclaré mercredi : ’Il n’est pas raisonnable de
la porter au vote.’ Le leader PvdA Bos estime aussi qu’il n’est pas nécessaire
de voter sur la proposition de ratification. Le député Wilders a annoncé une
motion de censure contre le gouvernement, mais il n’aura pas de majorité
."

"Le
groupe parlementaire GroenLinks a annoncé [jeudi] matin qu’il voulait une
enquête parlementaire sur l’avenir de l’Union européenne, sous la présidence du
SP. Cette enquête pourrait étudier les motifs de ceux qui ont voté non et les
défaillances de l’implication des citoyens dans l’intégration européenne, mais
surtout ce qu’il convient de faire maintenant."

" Un
premier ministre Balkenende ’très déçu’ a interprété mercredi soir le résultat
comme un ’signal sans équivoque’. Selon le premier ministre, les électeurs ont
voulu exprimer trois préoccupations : ’La crainte d’une perte de souveraineté,
le rythme trop rapide des changements et la contribution trop élevée des
Pays-Bas à l’Europe’. Il a promis d’évoquer la contribution financière des
Pays-Bas au sommet européen de la mi-juin
. Balkenende a dit que les autres
pays de l’UE devaient poursuivre le processus de ratification. Cela clarifiera
la position des Pays-Bas et de la France vis-à-vis des 23 autres Etats membres."

" Selon
le VVD, les Pays-Bas peuvent tout de même reprendre des éléments de la
Constitution. Le parti propose d’appliquer le protocole de la procédure de
renvoi par les parlements nationaux de décisions de la Commission européenne
.
Le député VVD Van Baalen a néanmoins dit que par ailleurs ’il ne faut pas
bricoler’ la Constitution."

" Partisans
et adversaires ont qualifié le taux de participation étonnamment élevé de grand
gain du référendum
. Ils estiment d’autre que cette forme de consultation
de l’électorat a fait qu’on a débattu plus que jamais sur l’Europe
. Aux
élections pour le Parlement européen, l’an dernier, le taux de participation
n’était que de 39,1 pour cent. Une
majorité de la Chambre veut organiser des référendums plus souvent. Le PvdA,
GroenLinks et le D66 prônent même d’ancrer le référendum contraignant dans la
Constitution.
"

" Le
gouvernement néerlandais appuiera sur le frein à Bruxelles, les prochaines
années
", écrit le Trouw à la une. "Le rejet impitoyable de la
Constitution européenne, lors du référendum de cette semaine, aura de grandes
conséquences pour le positionnement des Pays-Bas à Bruxelles, a dit le premier
ministre Balkenende hier à la Deuxième Chambre. Le ministre des Affaires
étrangères Bot s’attend à ce que les autres Etats membres comprennent que les
Pays-Bas restent davantage sur la réserve et négocient plus durement."

" Balkenende
et Bot ont promis de ne pas coopérer à des formules permettant de sauver tout de
même le traité constitutionnel. Ils n’essaieront pas non plus de travailler à
une nouvelle Constitution européenne à Bruxelles. Pour les Pays-Bas ce traité
est mort, a assuré le premier ministre à la Deuxième Chambre
."

" Le
gouvernement va faire de son mieux pour observer dans l’Union une période de
réflexion comparable à la proposition du premier ministre britannique Blair
.
Immédiatement après le résultat, Balkenende est entré en contact avec Blair, qui
assurera la présidence de l’UE durant le prochain semestre."

"Les
Pays-Bas s’opposeront davantage à l’élargissement de l’UE. La Bulgarie et la
Roumanie devront appliquer très strictement les réformes promises si elles
veulent que La Haye approuve leur adhésion le 1er janvier 2007. Le ministre Bot
doute que cette date puisse être maintenue."

"Le
malaise dans l’UE risque aussi de compliquer l’adhésion de la Turquie. L’accord
conclu en décembre, selon lequel Ankara peut entamer les négociations
d’adhésion, sera respecté. Mais dans les années qui suivront cette adhésion peut
être affectée par de nouveaux référendums."

" Initialement,
le gouvernement n’était guère partisan d’un référendum sur l’Europe, mais
Balkenende reconnaît maintenant qu’il peut servir à réduire le fossé avec la
population. C’est pourquoi il est plus probable que les Pays-Bas ne veuillent
juger de l’adhésion de la Turquie qu’après un référendum
."

"Le sondage effectué par le bureau Interview/NSS le jour du référendum sur le
Traité constitutionnel montre bien comment les Pays-Bas perçoivent l’Europe",
remarque le journal chrétien progressiste dans une analyse en page 3. " Il n’y
a pas si longtemps, la population néerlandaise passait pour être à peu près la
plus pro-européenne de tous les Etats membres. Cela a changé radicalement, à en
juger par les réponses de plus de deux mille Néerlandais qui ont participé à
l’enquête effectuée pour le compte de l’ANP
." "Seul un quart des personnes
interrogées donne spontanément comme motif de leur vote l’importance de
l’Europe. L’Europe en tant qu’expérience de promotion de la paix et de la
prospérité sur notre continent, l’image qui dominait depuis les années cinquante
du siècle dernier, a disparu de l’horizon des électeurs néerlandais."

" L’Europe,
ou plutôt Bruxelles, est manifestement surtout une menace en ce moment. Des
déclarations comme ’les Pays-Bas paient trop’, ’les Pays-Bas deviennent trop
dépendants de Bruxelles’ et ’les Pays-Bas perdent leur identité’, soumises aux
personnes interrogées, sont d’importants indicateurs de cette attitude de refus
.
Ces trois motifs de voter non mercredi ont été donnés respectivement par 62,1,
46,2 et 53,3 pour cent des électeurs."

" Le
vieil idéalisme concernant l’Europe n’est manifestement pas fait pour les jeunes
générations. L’enquête montre de façon très précise que plus l’électeur est âgé,
plus les idéaux jouent un rôle dans son choix
. 65,9 pour cent des électeurs
âgés de cinquante ans et plus disent qu’une Europe unie présente plus
d’avantages que d’inconvénients pour les Pays-Bas. Les personnes âgées disent
aussi plus fréquemment que les problèmes transfrontaliers ne peuvent être
résolus qu’à l’échelle européenne (64,9 pour cent) ou qu’elles ont confiance en
l’Europe (46,3 pour cent)."

"De
telles considérations sont nettement moins populaires parmi les électeurs plus
jeunes. Mais il y a de l’espoir pour les supporters de l’Europe : la nouvelle
promotion d’électeurs, ceux âgés de 18 à 24 ans, est la plus sensible à ces
thèmes, après les électeurs âgés
. Seule la considération selon laquelle
l’Europe et notamment la Constitution sont la meilleure garantie de sécurité et
de paix touchent moins la nouvelle génération
. Pas plus de 6,5 pour cent
partagent ce point de vue. Les autres catégories d’âge ne sont pas vraiment
convaincues non plus par cet argument, pas même le groupe qui a en partie connu
la guerre (46,2 pour cent des électeurs de cinquante ans et plus)."

" Le
gouvernement ferait bien de lire attentivement cette enquête
. Le
comportement des divers responsables durant la campagne et tous les prospectus
du gouvernement ont plutôt renforcé le camp du non que décidé les hésitants. 58
pour cent des personnes interrogées indiquent que le matériel d’information n’a
servi à rien. 75 pour cent indiquent que la campagne du gouvernement n’était
absolument pas convaincante."

" La
très grande majorité des Néerlandais n’est absolument pas contre l’Europe
",
relève le Telegraaf de son côté, à la une. " Les raisons de voter
massivement contre la Constitution européenne sont d’une toute autre nature.
C’est ce qui ressort de l’enquête que nous avons effectuée parmi nos lecteurs
le lendemain du référendum.
Les plus de trois mille participants sont
surtout mécontents de la politique du gouvernement
."

Dans
un entretien avec le Financieele Dagblad (p.3) à Bruxelles, l’ancien
eurocommissaire Frans Andriessen (CDA) estime lui aussi que le non massif des
Néerlandais n’a pas grand-chose à voir avec le contenu du nouveau traité
européen
. "Presque personne ne l’a étudié. La cause principale est un
large sentiment de malaise. Les Néerlandais ne se sentent plus représentés. Il y
a une grande distance entre les citoyens et La Haye et entre les citoyens et
Bruxelles
. Ce fossé doit faire réfléchir à La Haye comme dans les
institutions européennes."

Selon Andriessen, le gouvernement néerlandais et les partis politiques doivent
poursuivre maintenant le débat sur l’Europe. "Après le non, nous savons bien ce
que nous ne voulons pas, mais pas ce que nous voulons."

 

Presse
hebdomadaire

Elsevier propose
un dossier de 16 pages intitulé "Qui gagne quoi ?". "Plus de 250 métiers
comparés. Les revenus de 134 Néerlandais connus."

"Le NON
massif est salutaire pour l’Europe", estime le magazine conservateur, qui a fait
campagne contre la Constitution européenne. "L’écrasant résultat néerlandais est
un sévère coup de férule sur les doigts de la classe politique, mais une chance
pour l’Europe. La classe politique haguenoise et les leaders des pays de l’UE
doivent se remettre en question après le dramatique non de la population
néerlandaise à la Constitution européenne. Vers une Europe qui sert les
citoyens, la prospérité et la démocratie." "Le fait que le premier ministre CDA
Jan Peter Balkenende veuille qu’on poursuive pour le moment la ratification de
la Constitution dans d’autres pays montre qu’il n’a pas encore compris le
message des citoyens néerlandais. Il est difficile d’imaginer qu’une défaite
aussi dramatique n’aura pas de conséquences politiques pour lui et son
gouvernement, tôt ou tard." "Les électeurs ont choisi d’employer le référendum
pour critiquer sévèrement la voie dans laquelle s’est engagée l’intégration
européenne les dernières années. Il n’importe pas tellement que la Constitution
incarne ou non ce parcours. Il était pertinemment erroné de suggérer qu’il
s’agissait d’avaler la Constitution parce qu’elle allait rendre les Pays-Bas
plus forts et l’Europe plus démocratique, plus transparente et plus dynamique.
Ces affirmations sont non seulement discutables, elles renferment aussi le
message caché que davantage d’Europe n’est pas seulement souhaitable et
nécessaire, mais aussi inévitable. Les citoyens ont aussi réglé son compte à
cette notion - de l’idéalisme, selon Balkenende."

"Si les
citoyens néerlandais pensent que les lois et traités européens - et donc aussi
la Constitution européenne - sont rédigés par les grands pays, mais doivent
surtout être suivis par les petits, l’histoire leur donne raison", remarque Syp
Wynia après avoir rappelé l’assouplissement du Pacte de stabilité. "Il n’est pas
étonnant qu’ils hésitent à transférer davantage de pouvoir aux institutions
européennes et à poursuivre dans la voie qui mène à un Etat fédéral européen
centralisé, dont la Constitution offre l’instrumentaire."

"La
Turquie était un deuxième aspect important pour les citoyens, n’en déplaise à
Balkenende. La Turquie illustre le rythme effréné de l’élargissement de l’UE à
des pays plus ou moins étrangers à notre partie de l’Europe." "Le ’non’ français
et néerlandais - avec le changement de pouvoir attendu en Allemagne - est un
sérieux avertissement aux politiques qui, par conviction ou impuissance, sont
d’avis qu’un pays comme la Turquie doit prendre place aux tables de réunion
européennes et y faire entendre immédiatement sa voix. Cet avertissement est
également une bonne chose."

Parmi
les correspondances qui accompagnent le grand article figure un entretien avec
Philippe de Villiers. "La France a rendu un grand service à l’Europe."

Bart
Tromp, dans sa chronique, estime à propos du projet de
délocalisation de l’Ambassade des
Etats-Unis à La Haye qu’à moins de "supposer que les Etats-Unis se fondent sur
un arrogant unilatéralisme pour le choix du site d’un nouveau bâtiment, on peut
parler d’un malentendu américain". "Si l’Ambassade des Etats-Unis doit être un
bastion qu’on peut protéger contre toutes les attaques possibles, on ne peut
exiger par-dessus le marché qu’il soit situé au milieu d’une ville - car c’est à
cela que revient le choix de Clingendael. Il serait plus logique de construire
le complexe de bâtiments sur la base aérienne de Valkenburg, qui sera bientôt
disponible, comme certains l’ont déjà suggéré."

Vrij
Nederland
titre
"Du balai !" au-dessus d’une photo d’apparat du premier ministre. "Maintenant
que Jan Peter Balkenende est effectivement devenu la risée de ses collègues
européens, le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il est grand temps
de démissionner." "Balkenende travaille à un avenir dont la plupart des
Néerlandais ne veulent pas." "A l’étranger on l’apprécie, fait souvent valoir
Balkenende. On est pendu à ses lèvres quand il y parle de normes et valeurs. On
y manifeste de l’intérêt pour sa vision d’une nouvelle société. On ne le
considère pas seulement comme le premier ministre d’une nation importante, mais
aussi comme un intellectuel. Certes, Balkenende ne s’est pas mal
débrouillé durant la présidence néerlandaise de l’UE. Mais il n’a réussi à aucun
moment à transformer sa popularité au-delà des frontières en succès intérieur.
Il est peu probable qu’il finisse par y arriver. Son prédécesseur Wim Kok se
disait le ’premier ministre de tous les Néerlandais’. Jan Peter Balkenende est
seulement devenu le premier ministre de lui-même. Il vaut mieux en rester à une
tarte à deux bougies."

HP/De Tijd entame
la publication en feuilleton d’un livre d’Ad Fransen sur la période parisienne
du grand écrivain W.F. Hermans. "Hermans, vieux jeu, pensait que Paris était
toujours le centre culturel du monde. Mais lorsqu’il s’y est établi en 1973, ce
n’était plus le cas depuis longtemps."

L’hebdomadaire indépendant évoque par ailleurs la British School d’Amsterdam,
qui compte déjà dix pour cent
d’élèves néerlandais dont les parents paient 11 000 euros pas an. Selon les
parents interrogés, l’ordre et la discipline y règnent et les enfants apprennent
à être polis et à bien se conduire.

 

Affaires françaises  

Le Trouw (p.9), dans une brève, note que la cote de popularité du Président de
la République a atteint "un plancher historique".

L’ Algemeen
Dagblad
(p.8) et le journal d’affaires Het Financieele Dagblad (p.7)
suivent factuellement la composition du nouveau gouvernement Villepin. Le second
journal annonce d’autre part l’installation, le 10 juin, de Perrin de
Brichambaut au secrétariat général d l’OSCE.

Le Telegraaf (p.4) rend compte de la remise à la Résidence de France à La Haye
du prix Descartes-Huygens à l’historien Hans Bots.

Dernière modification : 03/06/2005

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