Presse néerlandaise du vendredi 3 mai 2002

Influence de la stagnation du marché
immobilier sur le coût du divorce des jeunes couples, certification du drone
Sperwer de l’armée de terre, ballon d’essai du VVD à propos des indemnisés
sociaux et campagne électorale : la une est très variée ce matin.

La parution d’un supplément sur les Pays-Bas
dans le dernier numéro de l’influent magazine The Economist est signalée à la une de plusieurs journaux et évoquée
dans les pages économiques des autres. 

NRC Handelsblad
d’hier soir : "Israël met fin à l’isolement d’Arafat après un mois",
"Un magazine britannique : de quoi les Pays-Bas se plaignent-ils ?"

Trouw
 : "Le drame de Brinkman se répète – Crise du PvdA", "Le ’surviveur’
est de retour" (Arafat)

de
Volkskrant

 : "Le prix des maisons rend le divorce coûteux", "Des membres du
parti demandent à Balkenende de cesser de flirter avec Fortuyn"

Algemeen
Dagblad

 : "L’espion volant : un flop de 100 millions – L’avion sans pilote ne
peut voler nulle part", "Devant
le tribunal aujourd’hui : Máxima était-elle en faute ?
" (accident de
voiture du 18 octobre dernier)

De
Telegraaf

 : "Le VVD : les assistés sociaux doivent se présenter à huit du matin,
tous les jours ouvrables", "Les Hollandais gâtés se plaignent trop" 

 

Le dossier du jour
 : quot ;The Economist" à propos des
Pays-Bas
 

" C’est
étonnant : c’est ainsi que l’hebdomadaire britannique The Economist, dans son dernier numéro, qualifie le flot de
plaintes au sujet du secteur public néerlandais
", relève le NRC Handelsblad
d’hier soir à la une. "Les écoles ont l’air moderne aux Pays-Bas, elles
sont bien gérées, les résultats des élèves sont dans l’ensemble
impressionnants. Les hôpitaux sont presque tous neufs et bien qu’il y ait des
listes d’attente, elles sont loin d’être aussi longues qu’en Suède ou en
Grande-Bretagne. Les transports ferroviaires semblent bien gérés et les trains
sont plutôt à l’heure. Le trafic routier est grave, mais la situation n’est
pas comparable à celle de Londres ou Los Angeles. De
quoi les Néerlandais se plaignent-ils ?
"

" The
Economist n’est pas positif sur toute la ligne : il n’épargne guère le
fameux modèle polder de concertation comme explication du succès économique
des Pays-Bas
. Le faible taux de chômage est faussé par une légion
d’inaptes au travail incompréhensible pour les Britanniques. Une politique
astucieuse dans le domaine de la modération salariale et de la discipline budgétaire
a peut-être guéri efficacement les Pays-Bas de la Dutch Disease des années soixante-dix, ils ont aussi bénéficié
d’une bonne dose de chance."

"Dans un supplément spécial (survey)
au numéro qui paraît [aujourd’hui] The Economist présente un miroir aux
Pays-Bas. Sa principale conclusion est
que les Pays-Bas sont un pays où il fait bon vivre et entreprendre
. En une
décennie, ils sont passés de la dixième à la cinquième place sur l’échelle
de prospérité de l’Union européenne, alors que la population a le temps de
travail le plus réduit de tous les pays industrialisés riches. Les Pays-Bas sont le seul pays d’Europe dont on puisse comparer les
performances économiques à celles des Etats-Unis
. Les quinze dernières
années, le nombre d’entreprises réussies fondées dans la Randstad a été
relativement plus élevé qu’à Silicon Valley. Le pays produit un nombre ’étonnamment
élevé’ d’importantes multinationales et il est l’un des plus grands
investisseurs étrangers aux Etats-Unis – et vice-versa. Les entreprises et
les syndicats sont satisfaits de leur relation."

" Un
global role model, comme The Economist
appelle les Pays-Bas avec toutes leurs imperfections, n’a pas à se plaindre
.
D’où son étonnement devant ’l’insatisfaction
et l’insécurité’ actuelles, et la sensibilité au ’chant de sirène de M.
Fortuyn’ qui en découle
. Il est temps de se débarrasser de ce manque
d’assurance et de Fortuyn, affirme The Economist."

"Si
les électeurs ne suivent pas ce conseil, ce sera peut-être dû au mélange si
typiquement néerlandais d’abondance et de
malaise
évoqué par [l’universitaire] Simon Schama. Le miroir que The
Economist tend aux Pays-Bas est aussi flatteur qu’impitoyable : millions de gosses gâtés au bord de la Mer du Nord, qui sont fâchés parce
qu’ils ne savent plus ce qu’ils veulent pour leur anniversaire, le 15 mai
"
(également Het Financieele Dagblad p.1, De
Telegraaf
p.1, Algemeen Dagblad
p.23).

"En
dépit de ses compliments, le magazine
n’a pas de message porteur d’espoir pour Paars
", souligne le Trouw à la une. "’La complexe politique néerlandaise est
devenue beaucoup moins prévisible’ avec la venue du ’rottweiler de Rotterdam’,
comme The Economist appelle Pim Fortuyn. ’Ce n’est pas un raciste, mais un
populiste’, et le prochain gouvernement
sera composé du CDA, de la LPF et du VVD’
, prédit l’hebdomadaire."

" Le
premier ministre Kok ne voit pas dans le jugement positif de The Economist de
raison de s’enorgueillir
", note le même Trouw en page 5. "Kok a déclaré durant le programme télévisé
’De Kloof’ [le fossé] que les Pays-Bas obtiennent de bons résultats sur le
plan international, mais qu’il reste de grands déficits sociaux. Il a nommé
les soins, l’enseignement, la sécurité, la pauvreté et le ’changement de
composition de la population’." " D’autres
éminents politiques Paars se sont montrés moins modestes
. Le numéro deux
de la liste VVD, la vice-premier ministre Jorritsma, espère que les éloges de
The Economist ’aideront un peu pour les élections’. Et le propre parti de Kok,
le PvdA, y voit la ’juste reconnaissance de deux gouvernements Kok’."

"Le
leader CDA Balkenende reconnaît que les Pays-Bas sont bien organisés, mais il
se demande si l’on a suffisamment profité de la prospérité. Rosenmöller (GroenLinks)
estime que l’hebdomadaire se trompe sur un point : le contraste, pour ’une
grande partie de la population’, de cette prospérité avec les listes d’attente
dans les soins."

 

Actualité
internationale
Populisme en Europe

" La
France politique est sens dessus dessous
", constate le NRC Handelsblad
dans un éditorial intitulé "Le Pen et La Gauche". "La Gauche jouit en France de l’aura de l’infaillibilité
intellectuelle. Mais la pensée de gauche,
qu’on considère comme supérieure, a failli
. Pis, elle est un anachronisme qui gêne la France . On oublie facilement
que la France, les vingt dernières années, a été le seul pays occidental où
un parti communiste à peine réformé a fait parti du gouvernement – aussi
bien sous Mitterrand que sous Jospin. La puissance disproportionnée des
syndicats est liée directement au statut du PCF. La France est par ailleurs le
seul pays du monde où le folklore révolutionnaire de la Quatrième
internationale de Léon Trotski a une base constante. Trois candidats
trotskistes différents ont même participé au premier tour des élections présidentielles,
ainsi qu’un candidat républicain radical de la vieille école, un ’vert’ de
gauche et deux de droite."

" Les
thèmes principaux du débat politique français sont faciles à transposer aux
Pays-Bas et dans d’autres pays d’Europe de l’Ouest
. L’envergure du secteur
public, le comportement vis-à-vis des immigrants, l’intégration de groupes
ethniques en retard, l’influence décroissante sur le plan international et le
transfert larvé de compétences à ’Bruxelles’. Les
partis de gauche ne savaient quelle attitude adopter à ce propos, ou
escamotaient les problèmes
. Ils ont été écrasés entre la globalisation
et la xénophobie. Il est grand temps de
moderniser la philosophie politique gauchiste
."

 

Actualité
intérieure
Campagne électorale

La tête de liste VVD Hans Dijkstal , dans un entretien avec le journal d’affaires Het
Financieele Dagblad
(pp.1 et 5), estime
que Pim Fortuyn n’apporte rien de nouveau à la campagne électorale
, et
qualifie de "baliverne" l’affirmation que Fortuyn écouterait mieux
les électeurs que d’autres politiques. " En
tant que VVD, nous parlons depuis très longtemps de la criminalité, de
l’immigration, des listes d’attente et des bouchons
. C’est
de ces quatre points qu’il s’agit
. Et
quand nous ouvrons le livre de Fortuyn, nous n’y trouvons pas les solutions
."

Dijkstal reproche à Fortuyn d’avoir "pris
des notes" durant sa contribution au débat de politique générale de l’an
dernier. A cette occasion, le leader VVD avait évoqué largement les problèmes
auxquels les Pays-Bas étaient confrontés. Dijkstal
déplore que le VVD, les dernières années, n’ait pas réussi à résoudre ces
problèmes
. Il impute cette défaillance à la situation au sein de la coalition
gouvernementale
. Rétrospectivement, la tête de liste VVD estime que le
gouvernement n’a pas bien expliqué la situation dans laquelle les Pays-Bas se
sont retrouvés les dernières années. De récents rapports du Sociaal
en Cultureel Planbureau
esquissent l’image d’un pays prospère aux citoyens
satisfaits. "Le gouvernement aurait dû en profiter", selon Dijkstal.

Dijkstal se déclare "très préoccupé"
concernant la formation d’une coalition efficace, après le 15 mai
.
Il tient compte de la possibilité de former un gouvernement minoritaire toléré
par la Deuxième Chambre, ou d’une grande coalition PvdA, VVD et CDA.

" Le
VVD bloquera un éventuel mandat de premier ministre pour Pim Fortuyn
",
annonce le Telegraaf (p.7) de son côté.
"Les libéraux refuseront de rejoindre une coalition de la Liste Pim
Fortuyn et du CDA s’ils perdent trop de sièges. Ce n’est que si le VVD est plus grand que nous pourrons peut-être
gouverner avec Fortuyn’, a déclaré le ministre VVD Gerrit Zalm
. ’Mais je
n’arrive pas à imaginer que le VVD recule fortement et qu’il prenne ensuite
place dans un gouvernement dont Fortuyn serait le premier ministre’, affirme le
numéro trois de la liste VVD durant un entretien avec le Telegraaf. Si les électeurs
nous punissent, nous n’entrerons pas au gouvernement. Le VVD optera alors pour
l’opposition’
, dit Zalm en se référant au récent sondage d’opinion dans
lequel le VVD est descendu à la quatrième place, derrière le PvdA, le CDA et
Fortuyn."

" Zalm,
qui aimerait gouverner avec le CDA, n’exclut pas Fortuyn d’un gouvernement dont
Dijkstal serait le premier ministre
. ’Fortuyn n’est évidemment pas pestiféré.
Mais si on veut un gouvernement solide, il faudra qu’il soit dirigé par
Dijkstal.’ Mais le ministre VVD a de grands doutes. ’Qui sont les gens derrière
Fortuyn ? Qui sont ses candidats aux portefeuilles de ministre ? Que se
passera-t-il s’il arrive quelque chose à Fortuyn ? Comment financera-t-il ses
projets aux solutions simplistes ?’ s’interroge Zalm. ’Je le défie d’entrer en
débat. Je me demande si Fortuyn sait ce que signifie la norme Zalm’."

" Fortuyn
et Balkenende jouent sur les mots
", titre le Trouw
(p.3). " Le CDA ne veut s’associer à
la Liste Pim Fortuyn (LPF) que si Fortuyn revient sur sa déclaration selon
laquelle l’islam est une culture arriérée
. Hier, Fortuyn a dit que l’islam
retarde, mais cela ne suffit pas pour le CDA : Fortuyn doit déclarer qu’il
respecte toutes les religions."

Le
Volkskrant (p.1) note dans ce
contexte qu’un grand nombre de membres du CDA se sont irrités des yeux doux que
Balkenende faisait à Fortuyn les dernières semaines : "Ils ont téléphoné
ou se sont plaints auprès de candidats en campagne".

 

Presse hebdomadaire 

Les hebdomadaires s’intéressent surtout aux
prochaines élections. Autrefois, les Néerlandais collaient des affiches de
partis politiques sur leurs carreaux, rappelle HP/De Tijd , mais maintenant ils ne disent plus pour lequel ils
votent. Il s’ensuit qu’on sous-estime l’effet Fortuyn d’au moins dix sièges,
selon cet hebdomadaire : la LPF en obtiendra bien trente. "Il est très
improbable que chaque Néerlandais qui a l’intention de voter Fortuyn le
reconnaisse", selon le sondeur Maurice de Hond. "On est très vite
considéré comme xénophobe ou traité de raciste."

Elsevier
dissèque la cervelle des électeurs flottants. Personne n’est en mesure de prédire
comment les Pays-Bas se réveilleront le 16 mai, dans l’euphorie ou avec une
gueule de bois, fait valoir le magazine conservateur, qui souligne lui aussi
qu’il faut prendre les sondages d’opinion cum
grano salis
. Ce sont justement les rouspéteurs, ceux qui ne se laissent pas
interroger, qui déterminent le résultat. Et il ne faut pas croire que ces électeurs
flottants font un choix irrationnel : la psychologique politique montre que
les électeurs, même les électeurs flottants, agissent au contraire de fçon
très rationnelle. "Les électeurs ne sont pas des sots. Ils se laissent
guider par leur intérêt personnel, ou du moins par ce qu’ils considèrent
comme leur intérêt."

Vrij Nederland
conclut que les Pays-Bas sont loin d’être pleins. Ils peuvent encore accueillir
des migrants, affirmentcinqéconomistes, qui prônent un système à l’américaine
dans lequel la flexibilité du marché du travail assure une intégration rapide.
Il faut instaurer un quota et fermer la porte quand il est atteint. Mais, précise
l’économiste Sweden van Wijnbergen : "Si une vague de boat-people du
Vietnam se présente brusquement, des gens qui mourront si on ne les accueille
pas, il faudra les laisser entrer."

 

Economie,
Finances

Intentions
de vote des entrepreneurs

"Il ressort de divers sondages que Pim
Fortuyn jouit d’une popularité croissante parmi les entrepreneurs",
rapporte le Volkskrant (p.17). "Bien
qu’ils préfèrent ne pas exprimer leur soutien au professeur de Rotterdam à
haute voix, de nombreux entrepreneurs voteront pour la Liste Pim Fortuyn (LPF).
Une enquête publiée aujourd’hui par le mensuel Ondernemen
montre que Fortuyn pourrait actuellement escompter 24 sièges des PME. Fred
Teeven de Leefbaar Nederland peut encore escompter sept sièges des membres de
MKB-Nederland, surtout en raison du besoin de sécurité et de lutte contre la
criminalité."

"Le VVD, avec 61 sièges, reste le parti
le plus attrayant pour les entrepreneurs. Mais les libéraux voient leur cote
auprès des directeurs décroître fortement depuis quelques mois, au profit du
CDA (actuellement 25 sièges) et de la LPF. La popularité du PvdA est également
décroissante dans le secteur privé."

"Un gouvernement avec Fortuyn ne déplairait
pas aux entrepreneurs. Plus de 20 % veulent que LPF en fasse partie. 12 %
des personnes interrogées préfèrent un gouvernement VVD-CDA-LPF. D’autres
coalitions bénéficient de moins de soutien." 

Bâtiment

Les
grèves dans le bâtiment, qui ont duré sept semaines, vont prendre fin. Dans
la nuit de mercredi à jeudi, le patronat et les syndicats se sont accordés sur
une nouvelle convention collective. Cette nouvelle convention collective, qui
s’appliquera à environ 180 000 salariés, sera en vigueur pendant 27 mois,
du 1er janvier 2002 au 1er avril 2004. Les travailleurs du bâtiment bénéficieront
d’une augmentation salariale de 2 % et d’une correction de l’inflation. En définitive,
cela reviendra à une augmentation d’environ 7,5 % en 27 mois. Les salariés
toucheront en outre une prime à deux reprises, de 150 et 125 euros
respectivement ( Het Financieele Dagblad p.1, Algemeen
Dagblad
pp.1 et 23, Trouw p.5).

 

Affaires françaises 

Le
Trouw (p.6), sous le titre "Chirac
 : premier choix faute de mieux", résume la carrière politique du président
que "le succès de Jean-Marie Le Pen a assuré d’une base dont il n’aurait
pas osé rêver". Le journal chrétien progressiste publie par ailleurs
deux graphiques des délits enregistrés par millier d’habitants, en France et
aux Pays-Bas. " L’insécurité est-elle vraiment aussi grande en France ?
S’il faut répondre ’oui’ ou ’non’, c’est la deuxième réponse. Le nombre total
de délits enregistrés par la police française l’an dernier a été de 4 061 792,
soit 69,4 par millier d’habitants. Aux Pays-Bas, ce chiffre a été de 1 306 000,
soit 81,7 par millier d’habitants, en 2000 – les statistiques pour 2001 ne
sont pas encore disponibles."

Le
supplément Cicero du Volkskrant contient une recension de plusieurs livres sur Picasso,
dont trois édités en France, et une courte critique de L’Occupation, d’Annie Ernaux.

Dernière modification : 21/04/2010

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