Presse néerlandaise du vendredi 31 janvier 2003

La Reine Beatrix fête aujourd’hui son 65e
anniversaire. Elle atteint ainsi l’âge légal de la retraite aux Pays-Bas et
les médias, à ce propos, avaient déjà annoncé la semaine dernière qu’elle
destinait son AOW, la retraite de base indépendante du revenu qu’elle touchera
désormais, à des œuvres caritatives, comme le Prince Claus l’avait fait avant
elle. Pour le reste, le chef de l’Etat suit la suggestion faite par de hauts
fonctionnaires du Conseil économique central, dans le cadre de la formation de
gouvernement : elle reporte sa retraite pour une durée encore indéterminée. 
En avril, cela fera 23 ans qu’elle occupe le trône.

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NRC Handelsblad
d’hier soir : "Appel européen à l’unité de l’Europe sur l’Irak – Les
Pays-Bas ne signent pas la lettre des huit leaders", "Saddam redoute
la faiblesse de ses compagnons", "Découverte d’un Rembrandt"

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Trouw
 : "La crise irakienne divise l’Union européenne - La lettre de huit pays
appuyant Washington isole les censeurs allemands et français et contourne
Bruxelles", "Pas de préparatifs de guerre - De Hoop Scheffer : les
Pays-Bas ne seront pas aspirés dans une guerre", "Chaque vague jette
du pétrole sur la plage" (reportage sur la pollution causée par le "Tricolor"
à Westkapelle)

-  
de
Volkskrant

 : "Le Conseil des Transports et Voies d’Eau requinque la taxe kilométrique",
"Les touristes américains redoutent les pacifistes européens",
"De Geus : exclure les fraudeurs de la sécurité sociale"

-  
Algemeen
Dagblad

 : "Interdiction des détecteurs de radar – La vente et la détention
seront punissables à partir d’octobre", "Seule la Reine sait quand
elle s’arrêtera – Beatrix a 65 ans
aujourd’hui
", "La lettre sur l’Irak divise l’Europe"

-  
De
Telegraaf

 : "’Le milieu criminel méprise les autorités’ – Le maire Cohen déclare
la guerre à la pègre", "Beatrix
a 65 ans aujourd’hui
", "Chaos à cause de la neige – Bouchons et dérapages"

 

* * *

 

Le dossier du jour
 : Irak

" Huit
chefs de gouvernement européens ont appelé [hier] dans une lettre commune
l’Europe et les Etats-Unis à faire preuve d’unité contre le régime de Saddam
Hussein
", annonce le NRC Handelsblad
d’hier soir dans son grand article à la une. "Leur manifestation de
soutien au président américain Bush, qui n’a pas été signée par les leaders
de la France, de l’Allemagne et des Pays-Bas, est publié par des journaux européens
et américains. Selon le service d’information du gouvernement Rijksvoorlichtingsdienst
(RVD), le premier ministre Balkenende n’a
pas signé la lettre parce que les Pays-Bas veulent que ’l’Europe agisse comme
une unité’ dans la question irakienne
. Les
Pays-Bas veulent promouvoir cette ligne ’par la voie diplomatique’ et pas ’par
le biais d’une lettre’
, selon un porte-parole du RVD."

"La lettre est considérée de façon générale
comme un rejet de la position de la France et de l’Allemagne, qui nourrissent de
grands doutes concernant une intervention militaire en Irak."

" Un
porte-parole des Affaires étrangères déclare : ’Nous ne ressentons pas le
besoin d’accentuer les différences en Europe, nous voulons au contraire jeter
des ponts’
."

La
lettre des huit figure en page d’opinion du journal du soir.

" C’est
dans une atmosphère hargneuse que la Deuxième Chambre, hier soir, a tenu un débat
d’urgence sur la question irakienne
", rapporte ce matin le journal
d’affaires Het Financieele Dagblad à
la une. " Le premier ministre démissionnaire
Jan Peter Balkenende s’est heurté au député VVD Jozias van Aartsen. Par
ailleurs les députés Camiel Eurlings (CDA) et Bert Koenders (PvdA) se sont
affrontés
. ’A entendre ces messieurs, je pense : c’est une belle pagaille
sous la direction de l’éclaireur Donner.’ Il faisait allusion aux pourparlers
de formation de gouvernement entre le CDA et le PvdA."

"Ces pourparlers ont été suspendus hier
à cause du débat d’urgence. Balkenende s’est décommandé parce qu’il devait
préparer le débat avec ses collègues Jaap de Hoop Scheffer (Affaires étrangères)
et Henk Kamp (Défense)."

"Durant le débat, Van Aartsen a dit que Balkenende aurait dû cosigner la lettre des huit
leaders européens
, dans laquelle ils expriment leur soutien à la politique
américaine à l’encontre de l’Irak. Balkenende a fait valoir que le
gouvernement recherchait l’unité dans l’UE sur la question et que cette lettre
l’entravait. Il a ajouté qu’il eut attendu plus de compréhension pour cette
position de la part de Van Aartsen, en tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères."

" Le
VVD craint que le CDA, sous la direction de Balkenende et du ministre démissionnaire
des Affaires étrangères De Hoop Scheffer, ne se distancie de la position du
gouvernement actuel
", poursuit le journal financier en page 5.

" L’Europe
est dans tous ses états à cause d’une lettre ouverte de huit leaders européens
",
note l’ Algemeen Dagblad (pp.1 et 9).
"Des Etats membres comme la France et l’Allemagne et des Etats candidats,
qui n’étaient pas au courant de l’initiative, ont réagi en rentrant leur colère."
" Selon des observateurs, la lettre
de la ’bande des huit’ a donné à l’Amérique ce qu’elle voulait : une
rupture dans le front européen et suffisamment de partisans pour entreprendre
une offensive contre l’Irak sans nouvelle résolution du Conseil de Sécurité
de l’ONU
."

"Le
gouvernement français estime que le texte de la lettre n’apporte pas de
surprise et répète que ’rien ne justifie en ce moment une intervention armée
en Irak’. La France souligne que ’seuls huit’ leaders européens sur vingt-cinq
ont signé la lettre."

"La constatation que les huit se rallient
au président Bush pendant que le reste de l’Europe préfère garder une
certaine distance n’est pas tellement intéressante", remarque le Volkskrant
(p.5) dans une analyse de Geert-Jan
Bogaerts
. "Car le fait qu’on n’arrive pas à formuler une politique étrangère
européenne commune n’est pas nouveau. Il
est plus intéressant de se demander pourquoi le premier ministre Aznar,
l’initiateur, et ses sept compagnons ont choisi ce moment pour faire apparaître
la division
."

Le correspondant à Bruxelles estime que
"cela a tout à voir avec l’irritation suscitée par le rôle de
porte-parole que l’Allemagne et la France se sont attribué dans la question
irakienne Le tête-à-tête
franco-allemand de la semaine dernière, lorsqu’ils ont déclaré que ’l’Europe’
ne voulait pas de guerre, a été mal pris dans les cabinets des signataires
."
"Manifestement, les auteurs de la lettre prétendent parler au moins autant
’au nom de l’Europe’ que le président français et le chancelier allemand. Il
est également intéressant de voir qui a raison. Si nous tenons compte des sondages d’opinion, qui sont en fait le seul
baromètre disponible, il semble que les pays qui prônent une solution
diplomatique bénéficient du soutien des populations européennes
. Il y a
très peu d’enthousiasme pour le bellicisme de Bush."

" La
lettre montre aussi que la dichotomie du ministre américain Rumsfeld
, qui a
opposé la semaine dernière la ’vieille’ Europe (la France est l’Allemagne) à
la ’nouvelle’ (les pays candidats d’Europe de l’Est) est en fait absurde . Il y a
des partisans et des adversaires de la guerre à l’Est comme à l’Ouest
."

" Cet
épisode montre en tout cas que le rêve de la politique étrangère européenne
commune reste un simple rêve
."

 

Actualité internationale

Coopération franco-allemande

" L’ambassadeur
de France, pour la circonstance, a parlé allemand et l’ambassadeur allemand
avait manifestement fait de son mieux pour s’adresser en français à sa collègue
française
", retient Paul van Velthoven dans le journal haguenois Haagsche
Courant
(p.B3) de la célébration du
40e anniversaire du Traité de l’Elysée à la Nouvelle Eglise de La Haye
.
"Le bâtiment, dont Mme Anne Gazeau-Secret a rappelé qu’il abritait la dépouille
du grand philosophe néerlandais Baruch Spinoza, a été le théâtre d’une fête
particulière. Les deux ambassadeurs avaient invité la fine fleur des
ministres, des fonctionnaires et des ambassadeurs pour commémorer avec eux le
traité d’amitié que les Français ont conclu avec les Allemands au Palais de
l’Elysée, il y a quarante ans."

"’Oui’,
a dit l’un des hôtes de marque, ’vous étiez tellement pris par vos élections
la semaine dernière que nous avons reporté cette fête à ce soir.’ Les deux
ambassadeurs voulaient pour ainsi dire montrer que cet événement n’avait pas
seulement rendu possible la coopération européenne, mais aussi que 
nous, les, Néerlandais, n’avions pas à craindre que les grands
veuillent nous dominer. Gazeau en voulait pour preuve des paroles du président
Chirac. Et l’ambassadeur Duckwitz a rappelé que le premier ministre Balkenende,
le printemps dernier, durant sa première grande réunion à Bruxelles, avait
tout de même obtenu une concession des Français et des Allemands, s’agissant
du coût de la politique agricole commune. Il a également loué l’ancien
ministre Zalm, qui n’était pas plus présent que Balkenende, pour le fait qu’il
avait assuré avec son homologue allemand la création du fonds de stabilité et
ouvert ainsi la voie à l’euro."

Ce
matin, le Telegraaf (p.6) sous le
titre "Du vin rouge français et du vin blanc allemand...", souligne
que " presque tout le corps
diplomatique était présent au concert franco-allemand dans la Nouvelle Eglise
de La Haye
". "Les ambassadeurs des deux pays y ont fêté le 40e
anniversaire du Traité de l’Elysée, qui a rapproché les deux nations."
" Lorsque la France et l’Allemagne s’entendent, l’Europe progresse ",
retient le journal populaire du discours de l’ambassadeur de France. " Lorsqu’elles
ne s’entendent pas, l’Europe stagne
."

 

Convention européenne

En
page d’opinion du Trouw , l’ex-député
Eimert van Middelkoop (ChristenUnie)
affirme sa conviction que " la
Convention sur l’avenir de l’Union européenne doit d’abord s’occuper de la légitimité
de la coopération européenne
". Reconnaître le caractère "néoféodal" de cette coopération - dans
laquelle les structures de pouvoir se chevauchent sans centre de pouvoir fort -
présente des avantages manifestes, selon Van Middelkoop. Cette reconnaissance
est conforme à la réalité et "peut nous délivrer des frustrations de la
quête d’une Europe fédérale, un idéal ancien mais irréalisable".
" Dans ce modèle, il y a aussi une
place pour un ’président’ de l’Europe
. Mais ce terme est trompeur, car ce
personnage ne ressemblera guère au type de président que connaissent les
Etats-Unis et la France. En effet, il ne s’agit pas d’avoir un chef d’Etat en
Europe. On pourrait plutôt le comparer au secrétaire général des Nations
Unies." "Ce ’président’, si l’on maintient la présidence tournante,
peut assister chaque nouvelle présidence et assurer ainsi une certaine
continuité. Un gouvernement néerlandais
quelque peu conscient de l’histoire pourrait enfin proposer de parer ce nouveau
fonctionnaire du titre de ’stadhouder’, qui convient à ce modèle
."

 

Actualité
intérieure

Présidium de la Deuxième Chambre

La lutte pour la présidence de la Deuxième
Chambre, que le CDA revendique en tant que premier parti politique après les élections
législatives du 22 janvier, se déroulera en tout cas entre Frans
Weisglas
VVD) le président actuel, et Gerda
Verburg (CDA)
, qui a posé sa candidature hier. Verburg est déjà l’un des
"sous-présidents" de Weisglas. Elle veut débattre de ce qui se dit
"à l’église, au bistro et à la cantine". "Je veux m’en tenir
aux grandes lignes et ne pas laisser les députés s’étendre sur des détails."
Elle veut aussi éviter les débats trop techniques en séance plénière.

Selon
le Trouw (p.3), elle a de bonnes
chances face à Weisglas, auquel certains reprochent de couper parfois court à
des échanges intéressants et de laisser d’autres débats se prolonger
inutilement.

Le
Telegraaf (p.3) croit savoir que
l’ex-président du groupe parlementaire D66 Thom de Graaf envisage sérieusement
de poser sa candidature.

 

Algemeen Dagblad

Plusieurs quotidiens annoncent la démission
du rédacteur en chef de l’Algemeen Dagblad, Oscar Garschagen, en raison d’une crise de confiance
.
Garschagen ayant demandé à être relevé formellement de ses fonctions, le
conseil d’administration du groupe PCM, dont le journal fait partie, a décidé
de relever aussi de leurs fonctions ses trois adjoints. Willem Ammerlaan, qui était
"médiateur" du journal de Rotterdam, assurera l’intérim.

L’Algemeen Dagblad tire à 311 000 exemplaires. Sa rédaction se sent brimée depuis
des années par PCM et Garschagen n’en avait pas tenu compte dans le cadre des
projets de réorganisationdu journal en perte de vitesse 
( de Volkskrant pp.1 et 3, Algemeen
Dagblad
p.1, Trouw p.4).

 

Presse hebdomadaire

HP/De
Tijd
,
dans son dossier, essaie de répondre à la question : "D’où vient la
frappante aversion de Balkenende contre ’le nouveau PvdA de Wouter Bos’ ?"
Il prend pour cela l’avis de Charlotte Boerlage, une ancienne conseillère
municipale PvdA qui a connu Balkenende de très près à Amstelveen :
"Balkenende est dur. Il est aimable, mais pas sympathique." JPB, selon
Boerlage, est un théoricien orthodoxe, un antipragmatique qui ramène chaque
problème à l’idéologie du parti. "Il a investi une grande partie de sa
vie dans le triangle idéologique démocratie chrétienne, libéralisme et
social-démocratie", dit de lui Marnix van Rij, ancien président du CDA.
Selon son frère Ernst Jan Balkenende, le calvinisme reste sa source
d’inspiration. "Jan Peter redoute les querelles qu’une formation de
gouvernement avec le PvdA entraînera inévitablement", déclare Hans
Hillen, ancien député CDA. Pourtant, la coalition CDA-PvdA se fera
probablement, conclut l’hebdomadaire : que ce soit par la droite ou par la
gauche, Jan Peter souhaite trop rester premier ministre.

Elsevier
commémore sur six pages "La nuit des 1 836 morts", les
inondations de 1953. Le magazine conservateur a par ailleurs découvert que les
jeunes Néerlandais prennent en masse des leçons de chant : c’est l’effet du
programme télévisé d’auditions Idols
d’une chaîne commerciale, qui est suivi par deux millions et demi de
spectateurs.

Vrij Nederland
emmène ses lecteurs dans le Brave New
World
du clonage d’êtres humains. "Selon les raéliens, c’est déjà
fait. Est-ce possible, et est-ce que cela doit être possible ? Un tour des
scientifiques, des théologiens et des experts en science éthique." Dans
la rubrique Het interview, Tara Singh Varma, ancienne députée GroenLinks qui a
quitté la Deuxième Chambre à la suite d’une sombre affaire de supercherie
concernant son état de santé, parle de ses multiples affections physiques et
psychiques : "C’est comme s’il y avait deux personnes en moi."

 

Economie, Finances

Joint Strike Fighter

"Qu’est-ce que la participation néerlandaise
au projet JSF (coût : 800 millions d’euros) a rapporté à l’industrie jusqu’à
présent ?" se demande Stieven Ramdharie dans le Volkskrant
(p.17). "Cela fait huit mois
que les Pays-Bas participent au développement des prototypes du JSF, une phase
de cet énorme projet qui coûtera quelque 30 milliards de dollars."
"L’avionneur Lockheed Martin Nederland a toujours fait miroiter un chiffre
d’affaires potentiel de 12 milliards de dollars aux Pays-Bas, le principal
partenaire du projet JSF, après la Grande-Bretagne et l’Italie."

"’Les
commandes sont décevantes jusqu’à présent’, estime le député PvdA Frans
Timmermans, qui espère qu’un possible gouvernement CDA-PvdA sortira rapidement
du projet. ’Ce sont les entreprises elles-mêmes qui le disent. C’est ainsi
qu’une grande entreprise n’a reçu qu’un seul contrat jusqu’à présent, alors
qu’elle en attendait beaucoup plus.’ Kier Vis, PDG de Stork et président du
Nifarp, le club dont les entreprises participant au projet font partie, remarque
que ’certaines choses vont plus lentement que prévu’."

 

Affaires françaises 

Le
NRC Handelsblad (p.5) rend
compte à son tour de la relaxe de Roland Dumas. 

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