Presse néerlandaise du vendredi 31 octobre 2003

Intervention du président de la Banque des Pays-Bas à une réunion
des rédacteurs en chef néerlandais, incapacité de travail, problèmes de monnaie dans
les supermarchés et infractions au code de la route : l’actualité évoquée à la une
reste disparate.

NRC Handelsblad d’hier soir : "La ministre veut se défaire de la
formation de base – ’Les élèves de l’enseignement préparatoire aux formations
professionnelles ont droit à leur propre programme’", "L’Irak est trop
dangereux pour la Croix Rouge"

Trouw  : "’L’accord social est risqué’ – Le président de la banque
centrale, Wellink, craint que le gouvernement ne paie un ’prix trop élevé’",
"Tension à propos des écoles islamiques", "La justice russe saisit une
partie des actions Youkos"

de Volkskrant  : "Le CDA : examiner deux fois les allochtones – Leur
surreprésentation en WAO est préoccupante", "Internet est un paradis pour les
écrivains amateurs"

Algemeen Dagblad  : "La fin du centime d’euro est en vue – Essai
d’arrondissement à 5 centimes dans les supermarchés", "Fin de la formation de
base dans le secondaire"

De Telegraaf  : "Les communes veulent infliger elles-mêmes des
amendes", "La nouvelle liste des 500 Néerlandais les plus fortunés sème la
panique – Les riches ont peur après l’enlèvement du fils d’un millionaire"

* * * 

Le dossier du jour : Pacte de stabilité

" Le ministre des Finances Gerrit Zalm se
résigne à ne pas avoir suffisamment de soutien pour contraindre la France à respecter
strictement les règles budgétaires européennes
", annonce le journal d’affaires
Het Financieele Dagblad dans son grand article à la une. "Il manque de
sanctions juridiques pour rompre la coalition des grands pays de l’UE."

" Zalm tient même sérieusement compte de la possibilité que
les Pays-Bas, par la force des choses, soient obligés de voter pour la recommandation,
beaucoup trop molle à ses yeux, de la Commission européenne à la France
. Le
ministre n’exclut pas que l’Allemagne et l’Italie obtiennent suffisamment de soutien pour
traiter la France de façon encore plus indulgente que ne le propose la Commission
. Cela
nous porterait à reconsidérer notre vote contre, car nous nous retrouverions dans le
mauvais camp’
, déclare Zalm à ce journal."

" Zalm débattra aujourd’hui de la position néerlandaise en
conseil des ministres
. Les Allemands font cause commune avec les Français, parce
qu’ils sont logés à la même enseigne. Le déficit budgétaire des deux pays dépasse de
plus de 1 % la limite fixée à 3 %. La position allemande déçoit beaucoup
Zalm. ’Je n’aurais jamais cru que l’Allemagne s’engagerait dans cette voie’."

"Zalm déclare qu’il savait ’d’emblée’ qu’il y avait de grandes
chances qu’il perde la partie à Bruxelles. ’Mais les choses auraient aussi pu aller
autrement. Les Français auraient alors dû accepter de devoir faire un dépôt et ils
auraient pu redescendre sous 3 % un an plus tard. Les Allemands auraient dû soutenir
cela. Mais cela s’est révélé impossible. Cela mettrait en cause l’honneur de la
France
’."

"Zalm a envisagé d’engager une procédure contre la Commission
européenne devant la Cour européenne de Justice, parce qu’elle n’oblige pas la France à
respecter le Traité de Maastricht. Mais cela se révèle impossible. Il n’est pas
possible de contester le contenu de la recommandation devant la Cour. La seule autre
option juridique est de déposer une plainte contre le conseil des ministres européens,
mais Zalm n’en voit pas l’intérêt."

" Zalm déclare ne pas encore pouvoir juger pleinement des
conséquences de la violation du Traité de Maastricht
, qui définit la norme de
3 %, et du Pacte de stabilité. C’est en tout cas une très mauvaise affaire. Que
signifient encore les accords européens ?’
Selon Zalm, le préjudice pour les
marchés financiers ne sera pas si grand à court terme, mais il pense qu’à la longue le
taux d’intérêt augmentera par suite de la perte de confiance."

"Le ministre n’exclut pas qu’on débouche sur une modification de
Pacte de stabilité. Zalm dit qu’il devra alors y ’réfléchir’ sérieusement."

" La semaine prochaine, on enterrera le Pacte de stabilité ",
remarque Roel Janssen dans sa chronique en page d’opinion du NRC Handelsblad
d’hier soir. "On ne respecte pas les accords budgétaires [...] et il y a tant de
divergences d’opinion que le Pacte de stabilité est en morceaux. Cette rupture est due
à la politique budgétaire provocatrice de la France, mais derrière le refus français
de respecter le Pacte de stabilité se cache autre chose : le pouvoir accru des grands
pays vis-à-vis de la Commission européenne, la coopération de circonstance entre la
France et l’Allemagne et un glissement des positions financière et économique de
l’Allemagne
. L’Allemagne n’a plus de Bundesbank pour rappeler à l’ordre les
politiques de Berlin et la France profite de la marge de manœuvre qui s’est créée
ainsi." "Avec l’introduction de l’euro, il manque à l’Europe le Deutsche Mark
comme monnaie de référence à laquelle le franc devait se soumettre. La France a gagné
la bataille pour la monnaie de l’Allemagne. A la différence des crises antérieures,
lorsque la France était contrainte de s’adapter pour éviter une chute du cours du franc,
l’euro gagne en ce moment du terrain par rapport au dollar
. La seule explication
réside dans l’aventurisme économique du gouvernement américain
, avec d’énormes
déficits budgétaires, un taux d’intérêt extrêmement bas et des dépenses très
supérieures aux économies. L’euro reste solide grâce à la témérité financière
du président Bush
. Il est ironique que ce soit justement la France qui en profite et
que l’Allemagne ne se fasse pas entendre."

 

Actualité intérieure

Ecoles islamiques

" La discussion sur les écoles islamiques est source de tension
au sein de la coalition, entre le VVD et le CDA
", relève le journal chrétien
progressiste Trouw à la une. " La ministre Van der Hoeven (CDA, Education)
s’irrite des positions du groupe parlementaire VVD, qui veut assortir la subvention
publique à ces écoles de conditions supplémentaires
. Selon elle, cela revient à
porter atteinte à la liberté d’enseignement
. Elle rappelle que l’accord de
gouvernement prévoit qu’on ne touchera pas à cette liberté. ’Si le VVD ignore ces
accords, la coalition aura des problèmes’, a-t-elle dit hier, à l’issue d’une
concertation avec la Chambre."

"Le président du groupe VVD, Van Aartsen, juge sa réaction
déplacée. ’Nous estimons que Mme Van der Hoeven est plus fine que sa réaction ne le
suggère maintenant.’ Van Aartsen, comme sa collègue de parti Ayaan Hirsi Ali, a
souligné que le VVD ne veut pas porter atteinte à la liberté d’enseignement, mais qu’il
veut poser des conditions à la fondation d’écoles islamiques
. Ces écoles ne
favorisent pas l’intégration, estiment-ils
."

" La direction de ces écoles doit avoir une formation
adéquate et posséder la nationalité néerlandaise’, estime Hirsi Ali
. On doit y
enseigner l’histoire des Pays-Bas, y compris la Deuxième guerre mondiale. Il faut
enseigner aux élèves l’égalité des sexes et la non-discrimination des homosexuels. Il
ne doit pas y avoir d’endoctrinement contre les juifs et les croyants d’une autre
religion’
."

"’Van der Hoeven ne doit pas brandir la menace de problèmes au
sein de la coalition. Elle ne doit pas dire que le VVD touche à la liberté
d’enseignement ou à l’accord de gouvernement. Cela équivaut à chasser des
fantômes’."

"La ministre prévoit des problèmes si le VVD ne se modère
pas", poursuit le Trouw en page 3. "Hirsi Ali n’en a pas l’intention.
’Nous demandons justement au CDA de nous soutenir. Les problèmes d’intégration sont
urgents, c’est le principal problème depuis la Deuxième guerre mondiale, mais on dirait
que le CDA le dément
. Est-ce ainsi qu’on coopère dans une coalition ?’"

"’Van der Hoeven a les moyens de promouvoir l’intégration, de
concert avec le ministre de l’Intégration Verdonk. Van der Hoeven doit respirer un bon
coup, puis examiner les possibilités dont elle dispose. Elle peut établir des règles et
elle a un budget. Il est possible de poser des conditions supplémentaires aux
nouvelles écoles sans faire sauter l’article 23 de la Constitution
, qui établit la
liberté d’enseignement. Cet article dit que le législateur peut poser des conditions. Et
en ce qui concerne le VVD, nous le ferons vis-à-vis des 43 écoles islamiques existantes
et de celles qui sont en voie de fondation. Nous ne voulons pas de nouvelles écoles si
elles ne satisfont pas aux conditions supplémentaires. Il faut renforcer la nouvelle loi
sur la surveillance de l’enseignement’."

"’En ce qui me concerne, ces conditions seront valables pour
toutes les écoles, y compris pour les écoles juives orthodoxes et les écoles
réformées. La différence entre ces dernières et les écoles islamiques est qu’elles ne
forment pas un problème pour l’intégration’" (également NRC Handelsblad
d’hier soir p.3, de Volkskrant p.2, Algemeen Dagblad p.3, De Telegraaf
p.10).

" Un débat intéressant et responsable est en vue ",
remarque l’éditorialiste de l’ Algemeen Dagblad . " Grâce à Hirsi Ali, la
nécessité de l’intégration est enfin à l’ordre du jour
."

AIVD

" Des terroristes musulmans supposés qu’on arrête sur la base
d’indications de l’AIVD et qu’on relâche immédiatement, des rumeurs constantes sur la
Maison Royale : cela turlupine le ministre de l’Intérieur, Remkes
", écrit le Volkskrant
(p.2) dans le chapeau d’un article basé sur un entretien avec le ministre. "Remkes :
’Chaque fois que l’AIVD envoie des informations de cette nature [concernant le terrorisme]
au Ministère public et que l’affaire échoue du point de vue juridique, les médias
suggèrent que l’AIVD a fait des erreurs. Mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit. Si
l’on n’accepte pas les preuves de l’AIVD, cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne se
passait rien
. Le service a pour tâche d’éviter ce qui pourrait éventuellement se
passer
. Soyez assuré que cet objectif de perturbation a été atteint .’ Pour
améliorer le profil de l’AIVD, il faut modifier la législation, selon Remkes. Les
défaites des précédents procès contre des partisans du jihad l’ont convaincu de la
nécessité de pouvoir employer à l’avenir des informations de l’AIVD dans des procès. La
législation repose en partie sur de vieilles notions
. Elle ne tient pas
suffisamment compte de la nouvelle réalité sociale
. C’est un problème qu’il faudra
résoudre d’une façon ou d’une autre. Mon collègue de la Justice, Donner, partage cet
avis’."

 

Presse hebdomadaire

Vrij Nederland , dans son dossier
"Voici les Pays-Bas", essaie de montrer ce qui est encore typiquement
néerlandais aux Pays-Bas. "La rédaction a parcouru le pays, a visité la plantation
de cannabis médical, a accompagné la police, est allé faire des courses au supermarché
turc, a étudié l’architecture du jardin de devant et sondé la philosophie de la famille
Tout-le-monde. Et crise d’identité ou non, il y a encore beaucoup de choses typiquement
néerlandaises aux Pays-Bas."

On retiendra aussi une interview du secrétaire d’Etat aux Finances
Joop Wijn : "Voyez, c’est possible : être homosexuel et homme politique CDA."
"Le CDA", déclare Wijn en conclusion de cet entretien centré sur la politique
de parti, "n’est plus le parti gouvernemental évident qu’il était autrefois. Nous
retournerons dans l’opposition, c’est sûr. Je dirai même : il arrivera un moment
où nous aspirerons de nouveau à être dans l’opposition."

Elsevier consacre son article de couverture de six pages aux
problèmes de circulation. "Le réseau routier ramifié tel qu’il a été conçu en
1996 est loin d’être réalisé. Des millions de voitures ont grossi le parc automobile,
mais les nouveaux kilomètres d’autoroute nécessaires ont suivi au compte-gouttes.
Comment le lobby haguenois contre la voiture a dégradé la circulation."

En rubrique étrangère, le magazine conservateur évoque "La
ruée contre Bush" : les dix candidats possibles qui chasseront George W. Bush de la
Maison Blanche l’an prochain.

Sur le plan intérieur, on notera presque cinq pages sur la guerre des
prix déclenchée par Albert Heijn.

HP/De Tijd est allé à la recherche du "vrai visage de Willem
Oltmans", un ancien journaliste âgé de 78 ans qui a touché huit millions de
florins, il y a trois ans, pour avoir été systématiquement contrecarré par l’Etat
néerlandais.

Revenant aux problèmes de la Maison Royale, l’hebdomadaire remarque :
"La reine a joué un rôle dans la question Margarita comme dans le Mabelgate. Dans
le premier cas, les députés se sont enquis de ce rôle. Dans le second cas, ils ne s’en
sont pas occupés. Compte rendu d’une occasion manquée."

 

Economie, Finances

Wellink propos de l’accord avec les
partenaires sociaux et de l’euro

"Le président de la Banque des Pays-Bas, Wellink, discerne dans
l’accord social des risques pour l’économie néerlandaise", rapporte le Trouw
dans son grand article à la une. "Selon lui, des réformes indispensables dans le
domaine de la sécurité sociale sont reportées, en échange d’une modération salariale
qui serait intervenue de toute façon."

"Wellink a exprimé son avertissement hier à La Haye, durant une
rencontre avec les rédacteurs en chef des médias néerlandais. En échange de la
promesse du mouvement syndical de geler les salaires pendant deux ans, le gouvernement
Balkenende a reporté ses projets de renforcement des règles concernant la WAO
[incapacité de travail] et la WW [chômage] et de maintien en activité des travailleurs
âgés. ’Le gouvernement en paie le prix dans la sphère des réformes’, a dit Wellink.
’Les Pays-Bas prennent maintenant un peu de retard. Ce n’est pas catastrophique, du moment
qu’on n’abandonne pas ces projets de réforme. C’est là qu’est le risque’."

"La promesse du mouvement syndical de suivre la ligne zéro
pendant deux ans n’impressionne pas Wellink. La régression économique aurait tout de
même mis fin aux augmentations salariales des dernières années, selon le banquier
central. ’Le marché fait son travail. La forte croissance du chômage impose
automatiquement la modération salariale, tout comme en 1982’."

"’L’économie néerlandaise a désormais passé le creux de la
vague, selon Wellink. Mais ce n’est qu’en 2005 qu’elle croîtra de nouveau vraiment, selon
lui."

Le Volkskrant retient à la une que le président de la Banque
des Pays-Bas a battu sa coulpe devant les journalistes, s’agissant de l’inflation
provoquée par l’introduction de l’euro. "Wellink savait ce qui allait se passer,
mais Gerrit Zalm, le ministre des Finances, rejetait à l’époque toute suggestion de
hausse des prix." "’Nous aurions dû annoncer un an avant l’euro que les prix
allaient augmenter. Il y aurait eu moins d’agitation’, affirme maintenant le
banquier."

Energie nucléaire

Selon un sondage d’opinion Nipo, 46 % des Néerlandais sont
partisans de maintenir la centrale nucléaire de Borssele en activité au-delà de 2013,
comme le veut d’ailleurs la direction de la centrale ( NRC Handelsblad d’hier
soir p.13, Het Financieele Dagblad p.3, Algemeen Dagblad p.3).

 

Affaires françaises

Le Trouw (p.3) signale la nomination du
peintre Karel Appel au grade d’Officier de la Légion d’Honneur.

Sur le plan culturel, le Volkskrant (p.22) qualifie Windows
on the World
, de Frédéric Beigbeder, de "roman de poseur".

 A signaler :

Le journal haguenois Haagsche Courant
(pp.A1 et 6) publie trois interviews "choquantes" d’idéologues pakistanais
d’Oussama ben Laden, qui annoncent la destruction du monde occidental.

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