Presse néerlandaise du vendredi 4 avril 2003

La guerre en Irak reste le premier thème d’actualité à la une et les
quotidiens, suivant l’heure de mise sous presse, annoncent comme imminente la prise de
l’aéroport de Bagdad ou la donnent déjà pour certaine.

Sur le plan intérieur, les journaux s’inquiètent de la progression du
virus de la grippe du poulet, qui a presque certainement franchi la Meuse et qui menace
désormais le Brabant du Nord, la province à la plus forte densité de volailles, et le
Nord du Limbourg. Ces deux régions hébergent plus de quarante millions de poulets,
presque la moitié du cheptel néerlandais.

 

  • NRC Handelsblad d’hier soir : "Les troupes américaines sont près de
    Bagdad", "Bagdad ne semble pas un fort très défendu", "Ahold
    quitte l’Amérique du Sud"

  • de Volkskrant  : "Les Américains sont sur l’aéroport de Bagdad",
    "Nadjaf accueille les Yankees avec des cris d’allégresse", "Un scénario
    cauchemar menace le secteur brabançon des volailles"


    Trouw  : "Les Etats-Unis : l’aéroport de Bagdad est en partie investi",
    "Les habitants de Bagdad ne savent plus qui croire", "La perpétuité
    requise contre les censeurs cubains"


    De Telegraaf  : "L’aéroport tombe – L’avant-garde alliée est à la
    périphérie de Bagdad
    "


    Algemeen Dagblad  : "La fatigue, un problème croissant – Plus de 40 % des
    adultes sont épuisés", "Le siège de Bagdad commence", "Il n’y aura
    peut-être pas d’œufs à Pâques"

 

* * *

 

Actualité internationale

Irak

" Powell recherche le consensus en Europe ", titre le Volkskrant
(p.5) au-dessus d’une correspondance de Bruxelles rendant compte de la visite à l’OTAN et
à l’Union européenne, hier, du chef de la diplomatie américaine. " Il est
ressorti de ces entretiens que les Américains comme les Européens estiment que les
Nations Unies devront jouer un rôle important dans la reconstruction de l’Irak
. Mais
Powell et Robertson ont reconnu tous deux qu’il y avait encore de grandes divergences
d’opinion
sur le moment d’entrer en action pour les Nations Unies et la tâche
précise que l’organisation devra avoir."

" Le ministre des Affaires étrangères Jaap de Hoop Scheffer a
qualifié l’ambiance durant la concertation au sommet de ’positive et tournée vers
l’avenir’
. Selon lui, il importe que l’Europe et les Etats-Unis essaient de se
rapprocher et de se concentrer sur les points communs plutôt que sur les divergences. Je
trouve pertinent que Powell ait annoncé ici qu’il y aura un rôle important pour les
Nations Unies. Peu importe ce que d’autres parties du gouvernement américain pensent à
ce propos’
."

Pour l’éditorialiste du Volkskrant , cette tentative de
"rétablissement des bonnes relations" entre l’Europe et l’Amérique a été
" un exercice difficile ". " Ce n’est pas seulement la guerre qui
divise les deux parties, un conflit sur l’après-guerre menace également d’éclater
. Au
lieu de mettre fin au processus de fragmentation, on risque de le renforcer
."

"Powell fait de son mieux : il espère même que l’OTAN
fournira une force de paix pour l’Irak d’après-guerre. Mais il est pris entre deux
feux : l’Europe, sous la direction de Blair, veut que l’ONU joue un rôle
important, mais les néoconservateurs du Pentagone ne le veulent pas
. La bataille
diplomatique sera dure
. Mais si chacun laisse son mégaphone dans le placard et
opte cette fois-ci pour la ’diplomatie silencieuse’, il doit être possible de trouver une
formule praticable
."

" La réunion de Bruxelles ne se prêtait absolument pas à une
répétition des joutes qui ont divisé l’Alliance durant l’amorce de la guerre
",
remarque le commentateur de l’ Algemeen Dagblad . " Mais il est indéniable
que de nouveaux problèmes se présentent qui mettront encore une fois les relations à
rude épreuve
. Et comme avant la guerre, l’importance que les pays attachent à l’ONU
joue un rôle crucial. Il n’est donc pas exclu que la partie se répète, à ceci près
que la Grande-Bretagne semble cette fois choisir le camp de ses alliés européens."

"Beaucoup dépendra de l’action de Colin Powell", selon le
journal de Rotterdam. " Si les Britanniques persistent et veulent effectivement
réhabiliter l’ONU, une situation nouvelle se créera
. Néanmoins, il y a de
grandes chances que Washington n’en tienne pas compte
. Dans ce cas, la rupture
entre les Etats-Unis et l’Europe sera presque irréparable
." "Powell est
passé à Bruxelles, mais tout bien considéré, la réussite de sa mission dépendra
surtout des opinions inconciliables de son entourage immédiat."

 

Convention européenne

" Il s’est avéré mercredi, durant un débat, que les (anciens)
secrétaires d’Etat aux Affaires européennes ont des idées très divergentes
",
écrit un rédacteur du NRC Handelsblad (p.8) d’hier soir, depuis Bruxelles.
Sept anciens responsables néerlandais des Affaires européennes et le secrétaire d’Etat
actuel, Nicolaï, ont débattu mercredi dans la capitale belge, dans le cadre de la
Fondation Machiavel.

" Les heurts les plus violents ont eu lieu entre l’Européen
convaincu Brinkhorst (D66) et les VVD Patijn, Van Eekelen et Nicolaï, le responsable
actuel
. Dès qu’il ne s’agit plus de coopération économique, mais aussi de
coopération politique, les Pays-Bas commencent à se sentir ’mal à l’aise’, a affirmé
Brinkhorst
. En outre, les Pays-Bas, selon lui, sont obnubilés par le fait qu’ils sont
le plus grand contributeur net de l’UE. ’Je suis sceptique à propos des Pays-Bas, pas à
propos de l’Europe’, a-t-il dit. Brinkhorst, sous les applaudissements des europhiles
dans la salle, a qualifié la Deuxième Chambre de ’l’une des puissances les plus
conservatrices qui visent à empêcher les changements en Europe’
."

"D’un tout autre avis, Nicolaï et Patijn ont loué le niveau des
débats sur l’Europe à la Deuxième Chambre. Patijn a par ailleurs manifesté son
scepticisme concernant les efforts de la Convention européenne, qui essaie de rédiger
une Constitution européenne
. ’Si le résultat n’est pas une amélioration
considérable pour l’UE, faites leur refaire leur copie, s’il vous plaît’, a-t-il
recommandé à Nicolaï."

" Cette Convention s’est avéré une source de discorde . Le
CDA Van der Linden a fait valoir qu’il y avait de bons résultats
. Selon lui, la
France, notamment, est beaucoup plus disposée qu’avant à transférer des compétences à
la Commission européenne
. Van der Linden a aussi porté un jugement positif sur
l’Allemagne
. Selon lui, les peu communautaires Britanniques sont de plus en plus
isolés
. Nicolaï était en désaccord avec Van der Linden sur ce point. Il s’est
surtout emporté contre la proposition des grands pays de désigner un président
permanent de l’UE. Un tel ’Roi-Soleil’ pourrait se soustraire facilement au contrôle
démocratique, selon Nicolaï. Mais le PvdA Dankert a souligné qu’il fallait vraiment
une nouvelle formule pour la présidence de l’UE
. Une présidence tournante n’est
pas réaliste avec 25 Etats membres
."

" Van den Broek (CDA) , qui a été secrétaire d’Etat
pendant quelque temps, au début des années quatre-vingts, avant de devenir ministre des
Affaires étrangères, a fait une suggestion remarquable pour renforcer la position
internationale de l’UE après le fiasco irakien
. Il conviendrait de contraindre les
Français, les Allemands et les Britanniques, par le biais d’un traité, de formuler un
point de vue européen commun en temps de crise
. L’Europe aurait ainsi une position
plus forte vis-à-vis des Etats-Unis
."

" Van den Broek veut un Conseil de Sécurité européen ",
titre ce matin l’ Algemeen Dagblad (p.8), qui cite Van den Broek en ces termes :
" Si les trois s’accordent, ils entraîneront bien les 22 autres pays. S’ils ne
s’accordent pas, c’est peine perdue
."

"Le minisommet des sept petits Etats membres de l’Union
européenne au Luxembourg, mardi soir, soulève la question de savoir si l’on peut
vraiment parler d’une résistance organisée des petits pays contre les grands",
écrit le Volkskrant (p.6) dans une analyse. " Ce qui lient les ’sept
nains’, c’est leur peur que l’UE ne devienne un organe où les géants commandent
."

" Mais pour qu’une révolte aboutisse, il faut plus qu’une peur
partagée
. Les rebelles doivent aussi disposer d’une alternative crédible, d’un
programme positif pour la gestion et l’organisation de l’Union européenne
. Comme
le premier ministre Balkenende l’a reconnu mardi soir, il n’y a pas encore de telle
alternative
."

"Durant le débat de mercredi soir, l’ancien ministre et
ex-commissaire européen Van den Broek a lancé une idée intéressante : ’rendez les
trois grands pays responsables ensemble’ de la politique étrangère de l’Union. Si Paris,
Londres et Bonn s’en sortent avec leurs traditions nationales totalement différentes,
cela doit aussi être possible pour l’Union tout entière."

" Les petits se trouvent devant un choix gênant ",
conclut le journal de centre-gauche. " Ils peuvent accepter la domination des
grands et en profiter, ou bien ils peuvent rejeter cette prédominance et continuer
d’entraver la gestion de l’UE
."

 

Banque centrale européenne

" Le président de la BCE, Duisenberg, est disposé à reporter
son départ de la banque centrale pour permettre un transfert souple de ses tâches à son
successeur
", rapporte le Financieele Dagblad (pp.1 et 7). "Le départ
de Duisenberg était prévu le 9 juillet, mais on ne saura que le 19 juillet si son
successeur présumé, le gouverneur de la Banque de France, Trichet, est acquitté dans
l’affaire de fraude de la banque française Crédit Lyonnais."

" L’arrogance avec laquelle le président Chirac a exigé en
1998 qu’après quatre ans un Français préside la BCE a subi un camouflet avec
l’instruction ouverte contre Trichet
", remarque le NRC Handelsblad
d’hier soir dans un bref éditorial. "La France n’a pas pu tenir le pari de Chirac
et, en fait, la question de la succession de Duisenberg reste entière. Duisenberg
devrait envisager d’aller jusqu’au bout de son mandat
– il devrait alors rester
encore trois ans – et s’il veut tout de même partir avant, il n’y a pas de raison
impérative que son successeur ait la nationalité française
. Il y a suffisamment de
banquiers centraux compétents en Europe sans boulet judiciaire au pied, pour appliquer
une politique monétaire stable en zone euro."

 

Presse hebdomadaire

Vrij Nederland , pour son dossier "Israël est-il un échec
 ?" a donné la parole à des personnalités juives néerlandaises connues, qui
étalent leur division sur cette question. En effet, constate le magazine progressiste,
Israël, "la seule chose positive que les juifs ont gardée de la Deuxième guerre
mondiale", n’est plus un havre de sécurité pour eux depuis longtemps. Mais Ed van
Thijn, Judith Belinfante, Hans Fels, Freddy Lange et Dieuwertje Blok ne sont pas partisans
pour autant de renoncer à l’Etat juif, comme Milo Anstadt : "Je n’ai pas besoin d’un
pays juif. L’important, c’est que la culture juive subsiste." Anstadt s’en prend
vivement à l’écrivain Leon de Winter, à qui il reproche une "approche fascistoïde
et nationaliste".

Dans ses pages littéraires, on notera une présentation de la
traduction néerlandaise du dernier livre de Pascal Bruckner, Misère de la
prospérité
.

Elsevier a choisi comme thème de son article de couverture
"la guerre urbaine moderne". L’hebdomadaire conservateur qualifie la guérilla
qui attend probablement les forces alliées à Bagdad, qu’il faudra peut-être conquérir
maison par maison, de "grand égalisateur" parce que l’Amérique, dans une telle
guerre, ne profitera guère de son avantage technologique. Selon Elsevier, l’avenir
appartient aux guerres urbaines sales. L’époque des guerres "propres", grâce
aux bombardements de précision, serait déjà révolue.

HP/De Tijd prévoit la condamnation de Cor Boonstra pour délit
d’initié. Le procès de l’ancien PDG de Philips commence le 10 avril, à Amsterdam.
L’affaire Boonstra remonte à 2000. En mars de cette année, il a acheté cinq mille
actions Endemol, une entreprise où son amie, la femme d’affaires Sylvia Tóth, faisait
partie du conseil d’administration. Boonstra les a revendues après que la presse avait
annoncé l’intention de l’entreprise espagnole Telefónica de reprendre Endemol. Un délit
d’initié à la suite d’un "tuyau" de son amie Tóth ? Il n’y a pas de
preuve ferme, mais le tribunal pourrait bien se contenter d’un faisceau d’indices. C’est
de plus en plus fréquent, selon l’hebdomadaire.

En rubrique "Lettres", un lecteur qui se dit francophile
réagit à la tribune de l’Ambassadeur de France publiée dans l’édition du 14 mars, pour
annoncer qu’il se passera jusqu’à nouvel ordre "de vin, de fromage, de voiture et,
surtout, d’arguments spécieux français".

 

Economie, Finances

Albert Heijn

L’ensemble de la presse annonce l’intention du groupe Ahold
(supermarchés Albert Heijn) de se retirer de l’Amérique du Sud. "La vente de 429
supermarchés en Argentine, au Brésil, au Pérou et au Paraguay allégera à peine les
dettes d’Ahold", souligne à ce propos le Volkskrant (p.15). "Les
analystes estiment à six cent millions d’euros, au maximum, le montant que le groupe de
supermarchés en tirera. Ahold déclare vouloir vendre les magasins pour réduire le coût
de sa dette de presque 12 milliards d’euros. ’Ahold devra vendre plus’, estime l’analyste
Fernand de Boer, d’ING. D’autres analystes partagent son avis."

"La vente des filiales sud-américaines d’Ahold ne sera pas
aisée", prévoit le journal de centre-gauche dans un deuxième article. "Il n’y
a guère d’acheteurs potentiels de ces chaînes de magasins. ’Il faut être cinglé pour
acheter une chaîne de supermarchés à l’heure actuelle, à moins de vouloir blanchir des
narcodollars’" (également NRC Handelsblad p.13, Trouw pp.1 et 7, Het
Financieele Dagblad
pp.1 et 11, De Telegraaf p.23).

Affaires françaises

La grève des fonctionnaires contre la réforme du système des
retraites est signalée par le NRC Handelsblad (p.15) et le Financieele
Dagblad
(p.7).

Le Trouw (p.4) et le Volkskrant (p.4) évoquent la
profanation de tombes militaires britanniques en France et la lettre adressée par le
Président de la République à la Reine Elisabeth II, à la suite des dégradations.

L’ Algemeen Dagblad (p.8) note que "Chirac n’est plus
bienvenu en Louisiane". 

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