Presse néerlandaise du vendredi 4 juillet 2003

Les excuses que le premier ministre italien Berlusconi a faites au
chancelier fédéral Schröder pour sa sortie contre un europarlementaire allemand trop
critique à son encontre inspire trois grands titres ce matin et plusieurs éditorialistes
commentent encore l’incident.

Sur le plan intérieur, la presse prête une attention particulière à
la "guerre tribale" qui a éclaté entre partisans et adversaires de la thèse
du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme, concernant la personnalité de Volkert van
der G., le meurtrier de Pim Fortuyn.

 

  • NRC Handelsblad d’hier soir : "Les propos de Berlusconi suscitent la
    colère – Schröder exige des excuses", "La Chambre : Balkenende doit
    protester", "Le contrôle des balcons de Maastricht était insuffisant"
    (accident de fin avril)

  • Trouw  : "Berlusconi maintient que c’était ironique", "’Il n’est pas
    souhaitable de lancer des diagnostics’", "La gauche italienne est gênée à
    cause de son premier ministre"


    de Volkskrant  : "Berlusconi présente ses excuses – Le premier ministre
    italien a téléphoné à Schröder", "Le Pieter Baan Centrum et les
    spécialistes en désaccord sur le trouble de Van der G.", "La peste aviaire a
    coûté au moins 750 millions"


    Algemeen Dagblad  : "Berlusconi mord la poussière – Excuses au chancelier
    allemand pour l’expression ’Kapo nazi’", "Les routes sont pleines au début des
    vacances"


    De Telegraaf  : "Méga-amendes pour les cafés et les magasins de vins et
    spiritueux – Jusqu’à 100 000 euros d’amende en cas de vente aux mineurs",
    "Berlusconi cède"

* * *

 

Actualité internationale

Union européenne : affaire Berlusconi

" Le premier ministre italien Berlusconi a déclaré au
chancelier fédéral Schröder qu’il ’regrettait’ d’avoir comparé un europarlementaire
allemand au Kapo d’un camp de concentration
", annonce le correspondant à Berlin
du Volkskrant , à la une. "C’est ce que Schröder a fait savoir peu après
l’appel de Berlusconi, jeudi soir. ’Il m’a exprimé ses regrets concernant le choix des
mots et la comparaison’, a dit le chancelier. ’Je lui ai dit que, pour moi du moins,
l’incident était clos et que le reste devait être réglé au sein du Parlement
européen’."

"Il est dans l’intérêt de l’Europe que la présidence italienne
soit un succès, selon Schröder. L’europarlementaire en question, Martin Schulz, a dit
qu’il considérait l’appel téléphonique comme une présentation d’excuses."

Commentaires

" Compte tenu du calendrier de l’UE les six prochains mois, on
ne peut que qualifier de contre-productif le comportement de Berlusconi
", estime
l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir. " Il conforte
involontairement la proposition
, formulée dans le projet de Constitution européenne
qui sera traité dans les mois à venir, de ne plus faire tourner la présidence du
Conseil européen, mais d’élire un président permanent pour une période assez longue
."

Le Trouw lui fait écho ce matin. "On peut discerner un
unique point positif dans cette fâcheuse affaire : Berlusconi rend service à
l’Europe dans la mesure où son faux pas, rétrospectivement, apporte un argument en
faveur de l’abandon de la présidence semestrielle pour une présidence permanente
."

"Dans le prolongement de la proposition de la Convention
européenne, presque tous les Etats membres estiment que les sommets européens devraient
désormais être tenus à Bruxelles. Berlusconi, justement, n’est pas de cet avis car son
plus grand souhait est d’organiser un sommet européen en Italie, pour transformer les
travaux de la Convention en un deuxième Traité de Rome. Peut-on imaginer meilleure
réprimande que de ne pas le lui accorder ?"

" En donnant libre cours à son tempérament, Berlusconi a rendu
un mauvais service à sa propre personne, à son pays et à l’Europe
", fait
valoir le Volkskrant . " L’Italie est d’un seul coup devenue la risée de
l’Europe
. Et l’Europe a maintenant une présidence qui a déjà du plomb dans
l’aile avant même d’avoir commencé pour de bon
. Car après s’être déjà aliéné
la France et Romano Prodi, Berlusconi est aussi en conflit avec le Parlement européen et
l’Allemagne. Il est à craindre que son programme n’aboutisse guère."

"Ce n’est pas seulement en termes d’intentions politiques
pratiques que Berlusconi a cabossé l’Europe, mais aussi s’agissant de l’idéal de
l’unification. Car si un premier ministre italien, confronté à un Allemand importun,
l’associe tout de suite à un nazi, nous n’avons guère avancé dans la voie de
l’unification."

Le Telegraaf , pour sa part, juge "extrêmement
douteux" que la tempête se calme après ces excuses : "Berlusconi n’est guère
aimé hors d’Italie et il a tout fait pour cela."

On notera qu’une majorité de la Deuxième Chambre veut que le premier
ministre Balkenende, à la première occasion, fasse comprendre à son homologue italien
que ce genre d’incident ne doit pas se répéter. PvdA, VVD, SP, D66 et GroenLinks sont
d’avis que La Haye doit convoquer l’ambassadeur d’Italie à court terme ( NRC Handelsblad
p.1).

En page d’opinion du Volkskrant , enfin, l’europarlementaire PvdA
Max van den Berg appelle le CDA à rompre avec le parti de Berlusconi, Forza Italia.

 

Union européenne – Cuba

Alina Fernández, une fille naturelle du président cubain Fidel
Castro, a appelé l’Union européenne à boycotter Cuba, mercredi à La Haye
.
"Nous devons montrer à Castro qu’il n’a plus d’amis", a-t-elle déclaré à son
auditoire à l’hôtel Des Indes.

Fernández (42 ans) fait actuellement le tour de l’Europe avec Larry
Klayman, président de l’association américaine de juristes Judicial Watch, qui
étudie et poursuit les abus et la corruption des gouvernements. Le groupe accuse Castro
d’incarcération illégale, de torture et de persécution et réclame que justice soit
faite aux plus de 400 dissidents cubains emprisonnés ( NRC Handelsblad p.4).

 

Actualité intérieure

Partenaires sociaux

" Le gouvernement veut poursuivre le dialogue avec le patronat
et les syndicats sur les décisions à prendre dans le domaine des retraites anticipées,
de la levensloopregeling
[une forme de salaire épargne permettant par exemple
de prendre des congés pour études], du chômage des jeunes et de la productivité ",
retient le Volkskrant (p.7) de la traditionnelle Concertation de Printemps, tardive
cette année, entre le gouvernement et les partenaires sociaux. "C’est ce qu’a
déclaré le premier ministre Balkenende hier, à l’issue d’une ’première rencontre’ du
gouvernement et des partenaires sociaux. Il n’a pas voulu indiquer la marge de
manœuvre disponible pour les négociations."

" Cette année, la Concertation de Printemps s’est réduite à
un inventaire pour voir si des entretiens étaient encore possibles
. Il n’était pas
question de négocier des accords salariaux."

"Balkenende a indiqué que l’accord gouvernemental du CDA, du VVD
et du D66 n’était ’pas coulé en béton’, mais que les grandes lignes sont ce qu’elles
sont. ’De nouveaux chiffres, plus pessimistes, sur le chômage et la croissance
économique peuvent encore en modifier un peu la teneur’, selon Balkenende."

" Des poches vides’, c’est ce qu’a répondu le ministre des
Finances Zalm hier, alors qu’il se rendait à la Concertation de Printemps, à la question
de savoir ce qu’il avait à proposer aux partenaires sociaux, en échange de la
modération salariale
. En faisant cette réponse grossière, il confirmait ce que
toutes les parties savaient déjà : il n’y a pas d’accord central en vue entre le
gouvernement, le patronat et les syndicats
" (également Trouw p.5, De
Telegraaf
pp.3 et 23, Algemeen Dagblad p.13).

 

Presse hebdomadaire

Vrij Nederland consacre son dossier à l’emploi par les temps qui
courent : "Il n’est plus agréable de travailler". "La récession fait
revivre un vieux commandement : tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. Au travail,
nous travaillons de nouveau ; la pompe à bière chôme, la salle de mise en forme est
fermée. ’Ceux qui choisissent un emploi à cause des extras sont rarement les salariés
les plus motivés’."

Le magazine progressiste propose aussi un portrait de Maxime Verhagen
vu par les autres. Selon l’ancien président du CDA Marnix van Rij, Verhagen est avant
tout un Limbourgeois : jovial et cordial, mais aussi très versé dans la vieille
politique de marchandage du KVP, la composante catholique du CDA. Le PvdA Adri Duivesteijn
est nettement moins positif, bien qu’il le trouve sympathique. Verhagen se vexe vite et
retient les désobligeances : "Lorsque vous avez un moment de faiblesse, il vous fait
une entourloupette. Il vous descend alors devant tout le monde." C’est un
opportuniste et un populiste qui représente l’aile droite du CDA, selon Duivestijn.
"Verhagen et Balkenende avaient une tâche à accomplir", dit-il à propos de la
formation de gouvernement manquée avec le PvdA. "Ils savaient parfaitement ce qu’ils
voulaient : la coalition actuelle."

HP/De Tijd a un article de couverture intitulé "Le passé
occulte de Volkert". "Comment Van der G. est devenu un meurtrier."
Margarita et Edwin sont également évoqués, de même que la fortune de la Maison Royale.
Si les premiers, après le décrochage de trois de leurs avocats, sont plus ou moins de
retour à la case départ, la seconde n’est pas encore débarrassée d’eux, prévoit
l’hebdomadaire : "Dans leur lutte pour la réparation, ils ont plus d’une casserole
sur le feu." S’agissant de la fortune des Orange, "un coup de fil du Prince
Bernhard à Forbes a suffi pour qu’ils dégringolent dans le hit-parade des riches".
"Le mystère sur l’origine et l’envergure de la fortune des Orange n’en est que plus
épais. Il est grand temps d’ouvrir une enquête parlementaire."

Elsevier publie un dossier bateau très estival, sous le titre
"Une maisonnette en France" : huit pages assorties de photos alléchantes sur
"la tentation française". "On dirait que la France est devenue une colonie
néerlandaise. Beaucoup de compatriotes y achètent une résidence secondaire. Le beau
temps, le vin, le calme et l’espace sont des facteurs qui peuvent débrancher
temporairement le bon sens. Quels problèmes l’acheteur peut-il prévoir et à quoi
doit-il faire particulièrement attention ? ’Nos w.-c. étaient cassés. Chaque jour, le
plombier allait venir demain’." Un désagrément parmi beaucoup d’autres : les
nombreuses visites de compatriotes auxquels on a fait part de son bonheur.

Sur le plan politique, le magazine conservateur contient une chronique
d’un an de Balkenende. "La révolution conservatrice n’a pas eu lieu. Du moins, la
commission sur les normes et les valeurs dont rêvait Balkenende n’a pas été instaurée.
Pourtant, un dialogue sur la décence et des règles conséquentes s’est engagé parmi de
larges couches de la population. Le pays n’est plus une zone de tolérance allant de
soi." "Le problème de Balkenende est qu’il a laissé la révolution fortuyniste
derrière lui trop rapidement. Il s’est noyé dans le calendrier politique haguenois. Il
ne s’est pas suffisamment distancié de l’establishment bureaucratique, qui est toujours
très ’Paars’." "Il n’est pas encore trop tard. Balkenende peu devenir un leader
fort. Maintenant que La Haye est de nouveau le théâtre de vives divergences d’opinion
entre la gauche et la droite, il doit forger une alliance avec ses électeurs."

Dans un entretien avec Hugo Camps, le ministre Johan Remkes parle
beaucoup de Groningue, où il a siégé au conseil municipal dès l’âge de 27 ans, et de
sa consommation de tabac fort. "Le nombre de fumeurs a augmenté au conseil des
ministres. Gerrit Zalm et Thom de Graaf fument aussi. De temps en temps on fait même une
pause cigarette. Au ministère de l’Intérieur et des Relations du Royaume il y a aussi
deux fumeurs. Faire et laisser faire, telle est la devise."

Enfin, on retiendra un portrait du "chasseur de terroristes
français" Jean-Louis Bruguière. "Bruguière estime qu’il est crucial de ne
sous-estimer aucun fait punissable, comme cela a été le cas dans le procès de
Rotterdam, selon lui. A Rotterdam, le tribunal a prononcé des peines légères pour un
faux passeport et une fausse immatriculation sociale. Selon Bruguière, un juge doit
considérer les choses autrement quand il s’agit de terrorisme. Il faut alors aussi
poursuivre sévèrement les falsificateurs de passeports, dans l’espoir de pénétrer au
cœur de l’organisation."

 

Economie, Finances

Peste aviaire

"Le préjudice de la peste aviaire pour le secteur des volailles
et pour les contribuables s’élève au minimum à 750 millions d’euros", note le Volkskrant
à la une. "Le Landbouw Economisch Instituut (LEI) s’attend à ce que ce
montant croisse encore fortement dans les mois à venir, par suite de la perte de contrats
d’exportation."

"Le secteur des volailles est en train de faire un inventaire
précis du préjudice, maintenant que l’épizootie est jugulée. Sur la base de ces
premières données, le LEI estime à 500 millions la perte de revenu subie cette année
sur la vente d’œufs et de viande. La destruction de trente millions de poulets,
nécessaire pour l’éradication de la peste aviaire, a coûté 270 millions, dont la
Commission européenne paie la moitié."

"Le LEI souligne que beaucoup de fournisseurs ont également subi
des pertes."

 

Affaires françaises

Des avant-papiers sur le référendum en Corse, dimanche, sont à
signaler dans le NRC Handelsblad (pp.1 et 4), le Trouw (p.7) et le Financieele Dagblad (p.2), qui retrace à cette occasion la carrière du ministre de
l’Intérieur Nicolas Sarkozy, sous le titre "Chevalier français sans peur ni
reproche".

Le Telegraaf (p.11) fait mention des efforts de Paris pour
attirer les touristes américains.

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