Presse néerlandaise du vendredi 4 juin 2004

Tous les quotidiens titrent ce matin sur les "gaffes"
accumulées par la police, la justice et la clinique psychiatrique dans l’affaire du rapt
de la jeune Wei Wei Hu et le débat parlementaire embarrassant pour le ministre de la
Justice, Donner, qui s’est déroulé à la Deuxième Chambre à ce sujet, hier.

  • NRC Handelsblad d’hier soir : "Tout est en ruines à Kailek, au
    Soudan
    " (reportage), "Les Finances s’attaquent aux ’havres fiscaux’",
    "Le vice-président du CIO condamné à une peine de prison pour corruption"
  • Trouw  : "La Chambre critique Donner à cause de la politique de tbs [peine
    avec obligation de soins] - Le ministre survit à une motion de censure",
    "’Les Pays-Bas étaient prévenus’" (activités de la fondation Al-Haramain)
  • de Volkskrant  : "Le PvdA et la LPF rompent avec Donner", "Le chef
    de la CIA, Tenet, démissionne", "La Rabobank supprimera mille emplois à son
    siège social"
  • Algemeen Dagblad  : "Une gaffe après l’autre dans l’affaire Wei Wei -
    Le ministre Donner mis à mal à cause de la carence de sa politique - Sept
    condamnés sous tbs sont encore en cavale
    ", "Les Néerlandais se résignent
    à la cherté de l’essence"
  • De Telegraaf  : "La recherche de Michael S. refusée - Le Ministère
    public a rejeté les demandes de la police et de la clinique tbs
    ", "Le onze
    orange s’entraîne intensivement"

* * *

Actualité internationale

Affaires européennes

1) Réactions au discours de Berlin de Bernard Bot . " L’idée
du ministre des Affaires étrangères Bot de transférer des compétences de ’Bruxelles’
aux Etats membres de l’UE est soutenue aux Pays-Bas
", relève le Volkskrant
(p.5). " Son plaidoyer en faveur de référendums dans tous les pays de l’UE est en
revanche controversé
. Il n’y a pas encore de réactions internationales, mais le
ministère est submergé de questions émanant des capitales européennes sur les
propositions radicales de la prochaine présidence de l’UE."

" Bot a parlé cette semaine à Berlin d’un certain nombre de
mesures à prendre pour éviter que les citoyens ne perdent confiance dans l’UE
",
rappelle le journal de centre gauche (cf. presse du 3 juin). " L’une consiste à
annuler certains éléments d’une politique européenne donnée, comme la politique
agricole commune, et à régler ces affaires au niveau national
."

" Le leader PvdA Bos a applaudi à cette proposition et
déclaré qu’il avait déjà réclamé à d’autres occasions la réduction de l’ingérence
bruxelloise
. Selon la tête de liste du VVD aux élections européennes du 10 juin,
Maaten, Bot a pris à cœur les sages paroles du commissaire européen Bolkestein
(également VVD). Le député et tête de liste européenne CDA Eurlings a remarqué de
son côté : ’Bruxelles n’a pas besoin de prescrire la disposition des lits dans les
hôpitaux’
."

" Outre des considérations électorales, ce nouveau son de
cloche peut aussi être inspiré par les tribulations financières
", remarque
Klaas Broekhuizen, le correspondant à Bruxelles du Financieele Dagblad (p.9), à
propos de la restitution de compétences nationales demandée par Bot. " La
dernière décennie, la contribution des Pays-Bas au budget européen est devenue de plus
en plus importante. Bruxelles consacre le plus de fonds à l’agriculture et aux régions
pauvres, deux cagnottes dont les Pays-Bas ne profitent pratiquement pas. En
renationalisant ces domaines politiques, les Pays-Bas pourront garder beaucoup d’argent
."

S’agissant du refus d’un "noyau dur européen", Broekhuizen
fait valoir qu’il est "surprenant que les Pays-Bas aient pris part à chaque groupe
de tête significatif". "Ils sont l’un des six fondateurs de l’Union et
participent depuis le début à Schengen et à l’euro. Le fait que Bot rejette maintenant
cette idée a probablement un rapport avec la présidence néerlandaise de l’UE, le
prochain semestre. La présidence est censée jouer un rôle unificateur, surtout après
l’adhésion de dix nouveaux pays."

" Indépendamment des élections et de la présidence, Bot, avec
la clarté qui lui est coutumière, fait comprendre qu’il faut adapter les images et les
souhaits concernant l’Union au rythme et aux attentes des citoyens
. Une élite
politique qui se détache de sa base représente le plus grand danger pour l’Union. Selon
Bot, il ne faut pas qu’un ’manque de patience’ nuise à un ’idéal en gestation’. En se
contenant, l’Union aura les meilleures chances de survivre avec succès et de façon
durable."

Pour l’éditorialiste du Volkskrant , " la contribution de
Bot au débat sur l’aménagement de l’Europe est précieuse et bienvenue
".
"Les Pays-Bas versent plus à Bruxelles qu’ils ne touchent et l’influence de La Haye
ne fait que décroître. Le transfert par Bruxelles de tâches dans le domaine des
politiques culturelle et agricole, de la gestion des paysages et des fonds structurels
pour la politique sociale, que Bot suggère, mérite d’être soutenu. De même que ses
critiques sur l’arrogance du président français Chirac et du chancelier fédéral
Schröder."

Le journal de centre gauche réserve un accueil plus mitigé à l’idée
du référendum paneuropéen
. "En théorie un tel référendum peut contribuer à
impliquer davantage les citoyens dans l’Union, mais dans la pratique les intérêts des 25
Etats membres sont fortement divergents." " C’est une illusion de penser qu’on
peut tout imposer simultanément à tout le monde
."

Présidence de la Commission . " Le premier ministre belge
Guy Verhofstadt a de plus en plus de chances d’être nommé à la direction de la
Commission européenne
", note le Trouw (p.6). "Le libéral
progressiste est en baisse dans les sondages nationaux, mais il est populaire parmi les
chefs d’Etat et de gouvernement. Le premier ministre Balkenende l’a qualifié hier de
’très bon candidat’. Un jour plus tôt, le président français Chirac avait dit que
Verhofstadt ferait ’un très bon président de Commission’
."

"Verhofstadt lui-même est resté impassible hier, lorsque des
journalistes se sont enquis de sa réaction. ’Je ne suis pas à la recherche d’un emploi’,
a-t-il dit, comme d’habitude."

Le journal chrétien progressiste signale au passage que le premier
ministre irlandais Bertie Ahern est passé hier à La Haye, Bruxelles et Luxembourg, dans
le cadre de sa tournée des 25 capitales de l’UE pour sonder les opinions et faire des
propositions pour la Constitution européenne.

Pacte de stabilité . Le gouvernement néerlandais semble
vouloir renoncer à exiger coûte que coûte que la Cour européenne de Justice pénalise
les Etats membres qui ne respectent pas les règles du Pacte de stabilité
. Le
ministre Bot (Affaires étrangères) a fait comprendre hier à la Deuxième Chambre que
les Pays-Bas, en l’occurrence, n’ont pas le soutien d’autres pays.

Les Pays-Bas voulaient que leur exigence fasse partie de la
Constitution européenne, dont les négociations sont entrées dans la phase finale. Selon
Bot, l’exigence néerlandaise n’a aucune chance d’être retenue. "Il y a au moins dix
pays qui ont un déficit budgétaire"
( Trouw pp.1 et 6).

Tribune de Nicolaï (presse du 28 mai ). Le directeur du
Bureau du Parlement européen à La Haye, S.P. van der Vaart, réagit
en page
d’opinion du NRC Handelsblad d’hier soir la tribune que le secrétaire
d’Etat aux Affaires européennes, Atzo Nicolaï, a publiée dans ce journal le 27 mai
,
pour appeler à prendre "l’intérêt national comme ligne directrice" du débat
sur l’Europe.

" Au lieu de se concentrer sur les grandes tâches économiques
de l’UE, le débat [néerlandais] sur l’Europe ne porte plus que sur les coûts ou sur la
menace polonaise
", fait valoir Van der Vaart. "Avec une économie ouverte
qui exporte 80 % de ses produits et services vers l’Europe, l’UE et son marché
intérieur sont d’une importance vitale pour nous. Avec la venue des Européens de l’Est
les Etats-providence en stagnation d’Europe de l’Ouest reçoivent justement une
indispensable incitation à appliquer des réformes. Ce n’est que de concert avec l’UE
que les Pays-Bas peuvent chercher la solution de problèmes fondamentaux comme le
vieillissement de la population, la durabilité des systèmes de retraites et de soins, le
renforcement de l’économie de la connaissance et la modernisation sociale
."

"Jouer la carte de l’intérêt national dans le débat sur
l’Europe, c’est susciter inutilement le scepticisme, un scepticisme qui se retournera
comme un boomerang contre notre propre prospérité. Pis : quand on ne communique pas et
qu’on sème la peur, on peut récolter la colère et l’aliénation. Nicolaï ne doit donc
pas s’étonner si son approche - est-ce celle des libéraux de même tendance ou
celle du gouvernement ? - place la charrue avant les bœufs."

"En suivant ce cap, le gouvernement creuse encore davantage le
fossé entre les citoyens et l’Union et le paradoxe est qu’en définitive, il ne sert pas
ses intérêts. Il importe justement que les Pays-Bas développent une vision de l’Europe.
Au lieu de tourner le dos à l’Europe et à l’avenir, La Haye devrait au contraire
anticiper : où en sera l’Europe dans 10 ou 15 ans et quel sera alors le rôle des
Pays-Bas ? Voilà qui serait vraiment dans l’intérêt national des Pays-Bas
."

 

Actualité intérieure

Affaire Wei Wei Hu

" Le PvdA et la LPF ont retiré leur confiance au ministre de la
Justice Donner
", rapporte le Volkskrant dans son grand article à la une.
"Donner ne voit cependant pas de raison de démissionner et se sait assuré du
soutien des partis gouvernementaux. Le PvdA et la LPF, qui détiennent ensemble un
tiers des sièges de la Deuxième Chambre, estiment que le ministre ne s’est pas
suffisamment attaqué au problème des condamnés sous régime tbs [obligation de soins]
qui ne rentrent pas après un congé d’essai
."

"Plus tôt dans la journée, le ministre avait essuyé de
sévères critiques de la part de tous les partis, parce que nombre d’instances n’avaient
pas réagi adéquatement à la cavale d’un condamné sous tbs qui a ensuite enlevé la
jeune Wei Wei à Eibergen et abusé d’elle. Il ressort d’une reconstitution du délit que
le ministre avait envoyée à la Deuxième Chambre que beaucoup de fautes ont été
commises."

"Le ministre a immédiatement reconnu hier que le déroulement de
l’affaire du condamné sous tbs en cavale a été ’choquant’. Selon lui, le Ministère
public, la police et la clinique Flevo Future (Utrecht) pensaient que l’homme rentrerait
de lui-même, comme il l’avait déjà fait à deux reprises. Donner a aussi fait savoir
que sept autres condamnés sous tbs courent toujours, dont un qui n’est pas retourné en
clinique hier."

" Le procureur d’Utrecht a refusé à deux reprises de
rechercher le condamné sous tbs Michael S. par le biais de son GSM
", précise le
Telegraaf à la une. "Mais selon le Ministère public ce moyen coercitif
n’était pas permis parce que S. n’était pas soupçonné d’un délit. La clinique tbs et
la police, qui savaient qu’il s’agissait d’un violeur dangereux, avaient demandé qu’on le
recherche par le biais de son portable."

L’éditorialiste de l’ Algemeen Dagblad estime que Piet Hein
Donner, après le meurtre l’an dernier d’un vieillard par un condamné sous tbs et
l’affaire Wei Wei, a perdu sa crédibilité
. "Il y a un an, une partie de la
Deuxième Chambre l’avait déjà prévenu que la justice jouerait avec des vies humaines
tant qu’on ne durcirait pas considérablement la politique de mise sous tbs." " Ce
chrétien-démocrate ne peut plus se permettre un nouvel incident grave
. Il ne doit
pas considérer la motion de censure qui n’a pas été adoptée hier comme une
manœuvre politique. C’est bel et bien un signal que la société commence à en avoir
assez de la politique soft de la justice."

 

Presse hebdomadaire

Vrij Nederland a un article de fond
intitulé "Condamnée en Thaïlande - Comment ma sœur a eu 25 ans de
prison". C’est l’histoire du procès "totalement sans transparence" et de
la condamnation pour contrebande d’ecstasy de José Zonneveld, la sœur de la
rédactrice Michiel Zonneveld.

Un autre article de fond est consacré à sept europarlementaires
néerlandais, "inconnus dans leur propre pays, respectés à l’étranger".
"Pourquoi les électeurs néerlandais ne voient-ils pas l’importance du travail des
europarlementaires ? Pourquoi les électeurs se détournent-ils en masse des urnes ? En
1998 trente pour cent seulement ont voté. Le taux de plus faible de l’Union européenne,
avec la Grande-Bretagne." "Les europarlementaires néerlandais sont
incroyablement actifs, quelle que soit leur coloration politique", déclare Elly
Plooij (VVD). "Nous occupons des positions-clés dans tous les domaines." Le
magazine progressiste indique deux sites Internet où les électeurs peuvent se renseigner
sur le programme des partis qui se présentent aux élections pour le Parlement européen,
le 10 juin.

HP/De Tijd examine cette semaine les angoisses quotidiennes des
Néerlandais, car il semble que le Néerlandais moyen ait peur de tout. "Des gens qui
viennent d’Ouzbékistan prennent la place de vos voisins familiers, vos enfants prennent
des quantités inquiétantes de partydrugs, la nourriture est apparemment
contaminée, les vacances au soleil vous donneront peut-être un cancer de la peau et il y
a des toxicos qui traînent dans le square." Après toutes les peurs dont
l’hebdomadaire fait l’inventaire, la conclusion est un peu décevante : les Néerlandais
se plaignent parce que tout va si bien. L’angoisse quotidienne s’avère un problème de
riche.

Le député PvdA Aleid Wolfsen, dans une interview, estime que le
ministre de la Justice Donner peut être tenu pour responsable de l’enlèvement de Wei Wei
à Eibergen. "Tbs veut dire : ter beschikking van de regering [à la
disposition du gouvernement], donc aussi à la disposition du ministre de la Justice.
C’est à son nom qu’on accorde un congé à un patient."

S’agissant des excès américains en Irak, J.A.A. van Doorn remarque
qu’ils lui rappellent les Indes néerlandaises : "mêmes bavures, même
’stupéfaction’ et, surtout, même répercussion sur d’autres, les meneurs n’étant pas
inquiétés alors que les petits fautifs sont punis."

 

Economie, Finances

Les managers néerlandais et les élections
européennes

"La France est le pays le plus puissant d’Europe, disent les
directeurs d’entreprise néerlandais, mais la politique européenne française est
nettement moins appréciée", note le NRC Handelsblad (p.15) en rubrique
économique. "S’agissant de la confiance dans la réalisation d’une politique
européenne raisonnable, les managers néerlandais n’accordent qu’une dixième place à la
France, ainsi qu’il ressort d’une enquête effectuée auprès de 204 directeurs
d’entreprise néerlandais et publiée dans le dernier numéro de Forum, le
périodique de l’organisation patronale VNO-NCW."

"58 % des managers ont placé la France en tête de leur liste des
pays les plus puissants d’Europe. L’Allemagne, qui était encore en tête en 1999, dans
une enquête similaire, est maintenant numéro deux. Ensuite viennent le Royaume-Uni,
l’Italie et l’Espagne."

"Les managers sont décidés à voter le 10 juin. En 1999, ils
étaient 80 % à se rendre aux urnes, maintenant 90 % affirment qu’ils voteront,
selon Forum. Leurs favoris sont le VVD (40 %) et le CDA (22 %). Au demeurant
18 % ne savent pas encore pour qui ils vont voter. En 1999, il y avait encore
43 % d’indécis à ce stade de la campagne électorale."

En page 17, le président de VNO-NCW, Jacques Schraven, évoque le
"plan d’action des entreprises pour 2004 et 2005" Growth and Prosperity in
Europe
, qui présente les souhaits des patrons néerlandais, irlandais, britanniques
et luxembourgeois. Ces quatre pays assurent la présidence de l’Union européenne cette
année et l’année prochaine et c’est pourquoi les patrons conjuguent aussi leurs efforts.
"Un semestre de présidence est beaucoup trop court pour vraiment changer quelque
chose. Avec un programme commun, nous espérons pouvoir exercer davantage
d’influence."

Selon les patrons des quatre pays, l’achèvement du marché intérieur
est la grande priorité des prochaines années.

 

Affaires françaises

Des articles factuels ont trait à la question du
mariage homosexuel ( NRC Handelsblad d’hier soir p.5), à l’interview du
président américain Bush publié par Paris Match (idem), à l’appel du ministre
des Finances Sarkozy à la baisse des prix dans les supermarchés et au prochain
enterrement du cœur de Louis XVII (tous deux Trouw p.6).

 

A signaler :

Le magazine d’information télévisée 2Vandaag
a organisé mercredi soir un débat électoral pour lequel il a convié les têtes de
liste des principaux partis politiques néerlandais.

Trois thèmes ont été abordés : la politique de la drogue
néerlandaise, les privatisations, l’utilité de l’Europe pour les Pays-Bas.

Sur la question de la drogue, le CDA s’est montré le plus favorable à
une assimilation aux pratiques européennes, les autres partis se sont montrés plus
attachés au particularisme néerlandais. Concernant le point des privatisations,
c’est le VVD qui s’est montré le plus attaché au principe de dérégulation, le CDA
et le PvdA se montrant plus soucieux de garantir la qualité du service public et de
préserver l’emploi. Pour l’ensemble des partis, enfin, l’utilité de l’Europe apparaît
clairement pour régler des problèmes de nature transfrontalière (criminalité,
immigration).

Dernière modification : 29/06/2004

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