Presse néerlandaise du vendredi 5 août 2005

Si elle suit factuellement l’actualité internationale, en faisant mention de l’attentat commis hier en Israël par un extrémiste juif, en évoquant la commémoration de l‘utilisation de la première bombe atomique sur le Japon ou en rendant compte du travail de deux historiens de l’ Obersalzberg Institute of Contemporary History sur le journal de la sœur d’Hitler, Paula, la presse n’en continue pas moins d’accorder une large place aux thèmes estivaux tels que les vols dans les voitures ou les destinations favorites des touristes, notant au passage la désaffection des touristes allemands pour la côte néerlandaise.

- Trouw : FMI : l’Europe est trop pessimiste
- Volkskrant : Attentat commis par un juif extrémiste en Israël
- Algemeen Dagblad : Les voleurs recherchent les Ipod et les TomTom
- Telegraaf : Remède contre les migraines

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AFFAIRES EUROPEENNES

Turquie

Le Trouw est d’avis que dans l’affaire chypriote, « la Turquie est tombée dans le piège » sans « même chercher à l’éviter ».
« Le Premier ministre turc Erdogan s’est déclaré ‘très attristé’ », note Frans Dijkstra, « que ce soit justement la France qui réagisse au refus de la Turquie de reconnaître Chypre. Mais la France maintient sa position ». Le journaliste note qu’après le Premier ministre, M. de Villepin, « le ministre des Affaires étrangères, M. Douste Blazy, a fait savoir qu’il faudrait une ‘discussion approfondie’ au sein de l’UE sur la question chypriote. Agacé, le Premier ministre turc, levant les yeux au ciel, a répondu que ‘si Dieu le veut, les négociations commenceront le 3 octobre’. Mais il ne peut pourtant s’en prendre qu’à lui-même », commente F. Dijkstra, rappelant ce qui a été convenu en décembre dernier par les chefs d’Etat et de gouvernement européens. « La semaine dernière, la Turquie a signé la convention douanière, (...) mais Ankara y a ajouté une déclaration expliquant que la Turquie ne reconnaissait pas le gouvernement chypriote grec et continuait de soutenir le gouvernement, que pratiquement personne n’a reconnu, de la partie nord de l’île occupée par la Turquie. C’était de la provocation. Par cette déclaration, la Turquie créait une situation ridicule dans laquelle elle voulait négocier son adhésion avec les 25 membres de l’UE, tout en déclarant ne pas reconnaître l’un d’entre eux. Les Turcs auraient mieux fait de ne rien dire, comme en 1995 » (signature d’une union douanière avec l’UE). « Cette fois, l’approche a été moins diplomatique. Visiblement, la Turquie se sentait assez forte pour rappeler à l’ordre la petite Chypre. La Turquie a raison lorsqu’elle rappelle que la reconnaissance de Chypre n’était pas une de conditions nécessaires à l’ouverture des négociations d’adhésion ; seule la signature de l’accord douanier était requise. Les leaders européens espéraient que le problème de Chypre disparaîtrait durant les dix ou douze années de négociations nécessaires. Mais maintenant que la Turquie a elle-même commencé, plus personne ne peut l’ignorer ».

ACTUALITE INTERIEURE

Procès de Mohammed Bouyeri

Le Trouw signale dans une brève que l’assassin de Théo van Gogh ne fera pas appel du jugement l’ayant condamné à la prison à vie, et que cette sentence est donc maintenant définitive. M. Bouyeri comparaîtra toutefois de nouveau devant la justice, dans le cadre du procès du groupe Hofstad.

Société néerlandaise

Le cahier « Verdieping » du Trouw entame aujourd’hui une série d’articles de réflexion sur l’évolution de la société néerlandaise.

Le premier article rend compte d’un entretien avec le publicitaire Frank Pels, auteur de multiples publicités remarquées, dont certaines même ont ajouté des expressions à la langue néerlandaise. M. Pels se déclare « nuancé à propos du soi-disant important changement de la société aux Pays-Bas. ‘On veut nous faire croire beaucoup de choses. Lorsque tous les soirs, depuis l’assassinat de Théo van Gogh, j’entends les présentateurs de Barend et Van Dorp (talkshow) demander si nous sommes devenus une république bananière, je pense : arrêtez tout ça, ce sont des mots. Dans ce programme, les invités doivent répondre, en trois minutes, par oui ou par non, à une série de questions. Etes-vous pour ou contre ?... Un politicien socialiste, Ad Melkert, s’est ainsi trouvé disqualifié à cause de son apparence ; cela laisse des traces dans la population. Tout le monde doit très vite être pour ou contre quelque chose ; mais la vie est plus compliquée que cela. Beaucoup des soi-disant changements se passent dans la tête des gens. Si quelqu’un subit un dommage, immédiatement, celui-ci est étendu à l’ensemble du pays. Nous ne sommes pas une république bananière. On dit que les Pays-Bas sont devenus moins policés, un pays de brutes. Il y a vingt ans, il pouvait tout aussi bien m’arriver de subir des menaces dans un train. Ce n’est pas pour cela qu’il est soudain devenu dangereux de prendre le train ? Après les attentats de Londres, le Telegraaf a titré que ‘plus personne ne pouvait se sentir en sécurité’ ; il a également publié une enquête selon laquelle cinquante pour cent des gens s’attendraient à un attentat aux Pays-Bas. Mais de quelle enquête s’agissait-il, avec quelles questions ? pas un mot là-dessus’. Pels ne croit pas d’avantage que la haine des étrangers ait soudain déferlé par dessus nos digues. ‘Tout au plus, on peut dire que les Pays-Bas ont pris conscience de l’existence d’un problème des étrangers. A mes yeux, le racisme souterrain de l’époque où il était interdit d’en parler était bien pire : les chauffeurs de taxi qui faisaient des blagues sur les Surinamiens incapables de conduire convenablement, les histoires racontées à couvert dans les cafés sur les Turcs ou les Marocains, ou lors des réunions de famille, c’était un véritable incendie de tourbière. De ce point de vue, Fortuyn - qui pour le reste n’avait rien d’un génie - a bien identifié le phénomène et brisé le tabou. Les gens lui en ont été reconnaissants. Je trouve que cette nouvelle franchise est une amélioration ; il est ainsi plus facile de combattre les manifestations de racisme’ ». Concernant l’inquiétude de la population, M. Pels estime que, par rapport aux années soixante dix, « il n’y a pas grand chose de nouveau ; les gens ignorent toujours les interdictions de marcher sur les pelouses, on continue de voler des vélos ; rien n’a changé, sauf que cela est moins bien accepté. Le terrorisme est horrible, mais la crise de Cuba me faisait plus peur. Ne pensez pas que je veuille banaliser les assassinats de Fortuyn et van Gogh, c’était affreux, mais ne disons pas que les Pays-Bas sont totalement déboussolés ».

AFFAIRES FRANCAISES

Le NRC-Handelsblad publie une tribune de Gilles Kepel - reprise du Figaro - sous le titre « les terroristes ont détourné internet ».

Le correspondant du Volkskrant en France publie un article d’ambiance sur le mécontentement des professionnels de la cuisine française à la suite de la nouvelle législation sur les formations professionnelles de ce secteur.

HEBDOMADAIRES

Les hebdomadaires ont eux aussi pris un rythme estival et consacrent leurs dossiers aux « Aléas des résidences secondaires » (Elsevier), au « Vacances dans les pays pauvres » (HP/De Tijd) ou encore à la fiabilité des analyses d’ADN (Vrij Nederland). Tous publient des portraits très élogieux de Wim Duisenberg.

Dernière modification : 05/08/2005

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