Presse néerlandaise du vendredi 6 janvier 2006

L’état de santé du premier ministre israélien Ariel Sharon, maintenu dans un coma profond après une grave attaque cérébrale mercredi, est évoquée à la une de tous les quotidiens. La presse souligne que "l’ère Sharon" s’achève tout doucement, car même s’il survit et se rétablit il est peu probable que Sharon puisse revenir sur la scène politique.
"La tragique neutralisation de Sharon place Israël devant une épreuve de force inouïe", remarque l’éditorialiste du journal chrétien progressiste Trouw. "Nul ne peut dire comment Israël aurait continué sous Sharon. Il semblait qu’il pût rester premier ministre, mais personne ne savait s’il allait poursuivre sa politique de retrait. A cet égard l’avenir d’Israël est également imprévisible avec ou sans Sharon. La grande différence est qu’Israël devra prouver maintenant qu’il peut continuer sans Sharon."
"La neutralisation de Sharon en tant qu’homme politique constitue une grande menace pour la politique de retrait unilatéral des territoires occupés qu’il a engagée", estime le commentateur du journal de centre gauche de Volkskrant.

-NRC Handelsblad d’hier soir : "Israël, tendu, attend la fin de l’ère Sharon", "La grippe aviaire fait deux morts dans l’Est de la Turquie", "Des poissons des profondeurs menacés d’extinction"
-Trouw : "Renvoi d’un interprète du procès du groupe Hofstad - Trop amical vis-à-vis des suspects ; des doutes sur ses traductions", "Sharon, comateux, laisse un vide"
-de Volkskrant : "L’ère Sharon s’éteint lentement - Avec la neutralisation du premier ministre israélien qui voulait incarner l’espoir de paix disparaît le dynamisme du processus de paix", "Le chef du corps de police [d’Utrecht] : prélever de l’ADN après le suicide"
-De Telegraaf : "Téléphoner via Internet gagne rapidement en popularité - Philips et Microsoft battent KPN en brèche", "La vie politique de Sharon est terminée - Le premier ministre israélien est dans un état critique"

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LE DOSSIER DU JOUR :Mission de paix en Afghanistan

"Les Pays-Bas ont de bonnes raisons de ne pas céder aux pressions américaines", fait valoir le politologue Bart Tromp dans le Het Parool d’hier soir. "Les troupes de l’ISAF dans le Sud de l’Afghanistan seront inévitablement impliquées dans l’opération ’Enduring Freedom’. Il ne faut pas retomber dans l’erreur faite en ex-Yougoslavie : envoyer des militaires pour maintenir un calme inexistant."
"Bien sûr, les troupes néerlandaises pourraient participer pleinement aux combats, en dehors du mandat de l’ISAF. Mais il faut d’abord se poser une autre question : pourquoi des soldats néerlandais devraient-ils faire ce que les soldats afghans et américains ne peuvent ou ne veulent manifestement pas faire ?" "Pourquoi nous associer à une stratégie tout à fait contre-productive - la guérilla en Afghanistan croît aussi rapidement que les champs de pavots, qui ont refait de ce pays le premier producteur mondial d’opium - qui est maintenant le principal carburant du terrorisme islamique ?"
"Les Britanniques se plaignent, car si les Pays-Bas ne participent pas c’est eux qui devront le faire, du moins dans l’optique politique du premier ministre Blair. Si les Etats-Unis avaient un ambassadeur chez nous, il serait constamment aux Affaires étrangères. Que ces pays s’habituent donc au fait que les Pays-Bas sont une démocratie où un Bush ou un Blair ne peut pas faire la guerre sans le Parlement."
"Le fait que sur 26 pays de l’OTAN 22 ne songent pas à participer à cette opération donne d’ailleurs à penser. Pourquoi mettre ses propres soldats à la disposition de Washington, comme mercenaires ? C’est bien à cela que ça revient. Quoi que mercenaires soit un terme trompeur : si les Pays-Bas participent, ce sera à eux d’en supporter la totalité des coûts."

Ce matin, le Volkskrant rapporte à la une qu’"un haut fonctionnaire du ministère américain des Affaires étrangères a vivement critiqué les Pays-Bas à cause de leurs doutes concernant l’envoi de militaires dans le Sud de l’Afghanistan". "Le fonctionnaire anonyme s’est plaint vis-à-vis du Financial Times du fait qu’un ’pays de l’OTAN’ sape l’alliance en se décommandant pour l’extension de la mission de l’OTAN en Afghanistan. Il n’a pas nommé les Pays-Bas, mais les critiques s’adressaient clairement à La Haye."

En page d’opinion du même Volkskrant, Rob de Wijk, directeur du Centre d’Etudes Stratégiques de Clingendael et TNO, fait valoir qu’"un ’non’ confirmera le provincialisme qui s’est rendu maître de la politique aux Pays-Bas". "Un ’oui’ signifiera que les Pays-Bas engagent leurs forces armées dans des missions qui correspondent à leur stature. C’est une tentative de se soustraire au complexe de Caliméro typique des Pays-Bas. Nous ne sommes pas un petit pays, mais une nation moyenne riche et industrialisée au format de poche, avec des responsabilités et des intérêts mondiaux. L’engagement des forces armées dans des opérations risquées fait partie de cette réalité."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Union européenne

Le Néerlandais Alexander Italianer, 49 ans, qui sera bientôt secrétaire général adjoint de la Commission européenne, évoque dans le NRC Handelsblad (p.7) d’hier soir le changement de culture qui va s’opérer au sein de la Commission européenne. "Autrefois, c’était très hiérarchique. Il n’y avait pas de culture du paraphe, comme aux Pays-Bas, où le ministre voit le nom de l’auteur sur une note, même si c’est le plus jeune fonctionnaire du ministère. A Bruxelles, votre personnalité était gommée. En tant que fonctionnaire d’un service je n’avais pas le droit d’écrire à un fonctionnaire d’un autre service. Tout devait passer par le directeur. Actuellement, avec les e-mails, cette procédure n’est plus tenable. Tout le monde copie à cœur joie : cc et bcc. Toutes les informations sont publiques."
Selon Italianer, le modèle administratif français traditionnellement en usage à la Commission va maintenant être remplacé par un modèle plus anglo-saxon, moins hiérarchique et basé davantage sur les performances des fonctionnaires.

Comment les Néerlandais fonctionnent-ils dans cet appareil ?
Italianer : "Pendant longtemps ils ont eu du mal à entrer dans la Commission. Ils redoutaient de devoir parler français. Et ils n’avaient pas l’habitude du concours que chaque postulant doit passer." "Nous ne connaissons pas cela. Les Néerlandais disent : n’ai-je pas déjà une licence ? Il y a quelques années un fonctionnaire spécial a été recruté pour essayer d’attirer les Néerlandais à Bruxelles. L’effet est visible, on en trouve maintenant jusque dans les rangs supérieurs. Il y a maintenant dix-sept directeurs néerlandais, beaucoup plus que le quota qui correspondrait à notre population."

Les fonctionnaires néerlandais sont-ils plus européens, moins préoccupés par des intérêts nationaux ?
"Certainement. Les Néerlandais considèrent l’Europe comme un projet auquel ils aiment participer, parce qu’en tant que petit pays on peut participer à la réflexion sur quelque chose de plus grand. Un grand pays considère la participation à une telle association comme un abandon de souveraineté."

A propos de la désaffection des Néerlandais pour l’Europe, Italianer dit : "Un certain nombre de raisons sont connues : l’euro cher, le sentiment que Bruxelles prend trop de décisions, une aversion pour tout ce qui est étranger. Les avantages de l’Europe, on n’en parle pas : pourquoi il y a plusieurs fournisseurs de téléphonie mobile, pourquoi l’avion pour l’étranger est bon marché, pourquoi on n’a plus besoin de changer de l’argent. Nous devons mieux expliquer cela. Mais nous voulons savoir plus des citoyens : qu’attendent-ils de l’Europe et que ne veulent-ils pas ? Trouvent-ils que dans certains domaines nous devons faire un pas en arrière ?"

PRESSE HEBDOMADAIRE

Vrij Nederland contient une interview de Frank Dales, maire de Breukelen et président du D66, sur la question de l’envoi de militaires néerlandais dans le Sud de l’Afghanistan. "La question cruciale est évidemment celle-ci : le D66 en tirera-t-il effectivement l’ultime conséquence si la mission a lieu ?" écrit Frank Poorthuis dans le long chapeau récapitulatif de l’entretien. "Le groupe parlementaire a clairement indiqué qu’il est contre la mission", explique Dales. Mais il ne s’agit pas d’une simple addition. Je trouve qu’il est prématuré d’associer les deux choses." Mais le groupe ne l’a-t-il pas déjà fait ? Dales : "Oui, mais le groupe indique aussi qu’il ressent le besoin d’un débat à la Chambre. Et donc aussi avec le gouvernement. Il y ira comme il l’a annoncé et nous parlerons alors de la mission en Afghanistan. Et pour parler des possibles conséquences il faut attendre le débat à la Chambre." Il est possible que le D66 reste dans le gouvernement même si la mission a lieu ? "Je ne fais pas encore de déclaration à ce sujet." "Cela dépendra des arguments." "Il se peut que, par le biais de contacts internationaux, il y ait un complément d’information dont le groupe ne disposait pas encore au moment de prendre position."
Max van Weezel, dans sa rubrique intérieure, conclut que le "pilote kamikaze Boris Dittrich" est en difficulté. "S’il capitule devant le gouvernement, il sera la risée du Binnenhof. S’il persiste, on pourra lui reprocher d’avoir paralysé le gouvernement. Le congrès du D66 récompensera-t-il vraiment ce comportement suicidaire ?"
A noter que Seddiq Mossadeq, un cinéaste afghan qui a été actif aux Pays-Bas pendant des années et qui est rentré dans son pays après la chute des taliban, se prononce contre l’envoi de militaires néerlandais en Uruzgan. "Les Américains avaient promis de rendre l’Uruzgan sûr en un an, mais ils n’y sont pas arrivés. Je trouverais très mauvais que les Pays-Bas et d’autres pays soient brusquement impliqués dans Enduring Freedom et fassent la chasse aux méchants. Les Pays-Bas doivent se limiter à la reconstruction de l’Afghanistan. S’ils ne le font pas on associera les Néerlandais aux Américains et aux Anglais, qui s’occupent surtout d’opérations militaires."

Dans le magazine indépendant HP/De Tijd, c’est le Commissaire de la Reine en Drenthe Relus ter Beek, qui était ministre de la Défense pour le PvdA en 1993, lorsque les Pays-Bas ont envoyé dans l’ex-Yougoslavie une mission qui a tourné au drame, qui déconseille l’envoi de troupes en Uruzgan. "Pour une mission aussi risquée le gouvernement a besoin du soutien parlementaire le plus large possible. Je ne parle pas d’une majorité de 75 voix plus une. Ce soutien semble manquer et donc il ne faut pas le faire." "Mettons qu’il y ait des accidents là-bas, des morts. On pourra alors reprocher au gouvernement d’avoir imposé sa volonté, d’avoir envoyé des gens à la mort. Ce sera Srebrenica au carré, avec de multiples auditions, enquêtes et débats."
Elsevier entame la nouvelle année avec un dossier sur les placements financiers à faire en 2006. L’hebdomadaire conservateur résume le processus décisionnel concernant la nouvelle mission en Afghanistan pour conclure qu’"après deux mois de pugilat tout le monde est de retour à la case départ". "Les ministres Bot et Kamp, et surtout les groupes parlementaires gouvernementaux, sont victimes de la confusion qu’ils ont eux-mêmes semée. Au lieu de suivre clairement l’intérêt que représente pour les Pays-Bas la sécurité en Afghanistan, ils se sont laissés entraîner par des sentiments anti-américains."

AFFAIRES FRANÇAISES

Plusieurs quotidiens rendent compte des désordres qui ont eu lieu dans un TGV à la Saint-Sylvestre et des réactions de la classe politique (NRC Handelsblad d’hier soir, synthèse de dépêches, Trouw p.9, AD Haagsche Courant p.12).

Dans le Volkskrant, Fokke Obbema évoque les "travailleurs pauvres" de Paris, les sans-abri qui ont un emploi.

Sur le plan culturel, on retiendra une brève annonçant l’attribution du Prix des Phares du Nord à Philippe Noble pour ses traductions littéraires du néerlandais (NRC Handelsblad p.11). La parution d’une "traduction illisible de Modiano", de la main de l’écrivain Bernlef, donne lieu à un article très critique dans le Volkskrant (p.23).

Dernière modification : 12/05/2006

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