Presse néerlandaise du vendredi 8 février 2002

 

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), le Néerlandais
Wim Duisenberg, a annoncé hier à Maastricht qu’il démissionnerait de son poste le 9
juillet 2003, jour de son 68e anniversaire. La nouvelle figure à la une de tous les
quotidiens et elle est commentée par plusieurs éditorialistes.

Sur le plan intérieur, l’enseignement et la succession du F16 de
l’armée de l’air restent d’actualité.

NRC Handelsblad d’hier soir : "Philips subit les plus fortes pertes de
son histoire", "Duisenberg quittera la BCE en juillet 2003", "Une
pépinière de chanvre indien sous un immeuble d’habitation
"

de Volkskrant  : "La lutte pour le poste de Duisenberg reprend",
"Les magouilles dans l’enseignement professionnel supérieur sont plus grandes qu’on
ne le pensait"

Trouw  : "Tout ce que fait Duisenberg est politique", "Le CDA vote
contre la fusion d’écoles publiques et confessionnelles"

Algemeen Dagblad  : "Les sanctions et les bonus améliorent la qualité de
l’enseignement", "Trichet est le meilleur successeur, mais il est diminué"

De Telegraaf  : "Les constructeurs du JSF au pied du mur – Le
gouvernement durcit ses exigences à la dernière minute", "Des éloges pour le
rôle de Duisenberg à la BCE – Départ en juillet 2003"

* * * 

Le dossier du jour : Duisenberg

" Wim Duisenberg démissionnera le 9 juillet 2003, le jour de
son soixante-huitième anniversaire, de la présidence de la Banque centrale européenne
",
écrit le journal d’affaires Het Financieele Dagblad dans son grand article à la
une. " Ce n’est qu’en cas d’urgence qu’il restera plus longtemps . Duisenberg a
pris cette décision durant le dernier week-end de janvier, ’après avoir seulement
consulté ma femme’, a-t-il expliqué hier, à l’issue de la réunion mensuelle de la
direction sur les taux d’intérêt."

"En annonçant la date de son départ aussi tôt, Duisenberg
veut réduire l’incertitude sur la future direction de la BCE, qu’avaient créée toutes
sortes de rumeurs sur sa succession et celle du vice-président français, Noyer
, qui
partira fin mai. ’J’étais un peu bouleversé par la vague de spéculations croissantes
dans les médias sur le moment de mon départ et le lien avec le départ de M. Noyer’, a
affirmé Duisenberg. ’Je trouve cette incertitude nuisible pour la crédibilité de la BCE
et de l’euro’."

" Duisenberg a qualifié de ’chimère’ la simultanéité des
décisions sur le prochain vice-président et le prochain président de la BCE, proposée
hier par le ministre belge des Finances, Reynders
. On s’attend à ce que la décision
sur la succession de Noyer soit prise durant le Conseil européen de mars. Elle sera
préparée lors de la réunion des ministres européens des Finances, le 12 février. Le
président de la Banque des Pays-Bas, Wellink, a déclaré hier que ’le successeur de
Noyer ne [lui] est pas encore connu’."

" Selon le ministre Zalm, la France est prioritaire dans le
cadre de la succession de Duisenberg
. Le responsable VVD a rappelé hier l’accord
conclu à ce sujet avec le gouvernement français, en 1998. Interrogé sur la
compétence du gouverneur Trichet, le candidat français le plus indiqué pour sa
succession, Duisenberg l’a loué en tant que ’l’un de mes plus brillants collègues’
."

" La lutte pour la succession de Wim Duisenberg a de nouveau
éclaté
", remarque le Volkskrant à la une. "La plupart des
observateurs partent du principe que son successeur sera français."

" Il n’est pas mauvais pour la France que Duisenberg ne parte
que dans un an et demi
. Cela laissera le temps à son successeur présumé,
Jean-Claude Trichet, de se défaire de ses problèmes avec la justice française." Si
l’affaire du Crédit Lyonnais n’est pas portée devant les tribunaux, "Trichet aura
sans doute la voie libre pour Francfort", ajoute le journal de centre-gauche, avant
de rappeler les procédures de nomination au présidium de la BCE.

" Le départ effectif de Duisenberg, en juillet 2003, aura lieu
exactement un an plus tard qu’il n’a été convenu selon le président français Chirac
",
souligne le Trouw à la une. "Un accord que Duisenberg a d’ailleurs toujours
nié."

" Le candidat français restera encore en suspens jusqu’à la
fin mars
", ajoute le correspondant à Bruxelles du journal chrétien progressiste
en page 6. "S’il est relaxé, Jean-Claude Trichet sera sans doute le principal
candidat à la succession de Wim Duisenberg."

Commentaires

" La France a un problème maintenant ", fait
valoir l’éditorialiste du NRC Handelsblad d’hier soir. "Le 1er juin, le
vice-président de la BCE, le Français Noyer, démissionnera conformément aux statuts.
Désigner un autre Français à sa place empêcherait la France de nommer un Français à
la succession de Duisenberg, car il n’est pas permis de changer de poste au sein de la
direction de la BCE. En vue d’obtenir le poste le plus élevé, la France a annoncé
récemment qu’elle renonçait à pourvoir le poste vacant de Noyer. De juin 2002 à
juillet 2003, il n’y aura donc pas de Français au sein de la direction de la BCE
."

Compte tenu de l’affaire Crédit Lyonnais, " l’annonce par
Duisenberg qu’il restera encore plus d’un an est un geste à l’adresse de Trichet
".
"En effet, ce dernier dispose maintenant de davantage de temps pour laver son nom de
tout soupçon auprès de la justice française. Duisenberg sauve la face. En fait, il n’y
a qu’un perdant : le président Chirac. Cela aussi, Duisenberg l’a sans doute voulu."

"Avec la date choisie maintenant, le 9 juillet 2003, le
président de la BCE souligne une nouvelle fois que sa décision n’a pas d’autre raison
que son âge
– Duisenberg aura 68 ans ce jour-là", commente le Volkskrant .
"Il n’y a pas de pression politique, a-t-il de nouveau assuré. Cette indépendance
s’est avérée caractéristique de la BCE sous Duisenberg – ce qui est un grand bien,
car la surveillance de la stabilité des prix en Europe, l’objectif de la BCE, doit être
libre de toute influence politique. Duisenberg a en grande partie accompli sa mission, mis
à part une unique gaffe en octobre 2000. Il faut espérer que son successeur
(probablement français) saura garder autant de distance vis-à-vis des politiques
."

Pour l’ Algemeen Dagblad , "Duisenberg, en tant que premier
président de la BCE, a eu le mérite de donner le ton pour l’indépendance de cette
importante institution".

Le Telegraaf , enfin, juge essentiel "que le successeur de
Duisenberg poursuive la voie tracée". "Cette détermination et l’intégrité du
nouvel homme doivent peser plus lourd que sa nationalité."

 

Actualité internationale

Union européenne - Etats-Unis

" L’analyse que Védrine fait des Etats-Unis touche une corde
sensible chez beaucoup d’Européens qui jugent l’approche américaine trop unilatérale et
trop militaire
", constate le Volkskrant (p.5) dans un article d’analyse.
"Les Etats-Unis peuvent-ils tirer gratis à la kermesse mondiale ? Le fait que même
Powell ait changé d’avis indique que les faucons du Pentagone ont gagné une importante
bataille. C’est de cela, et de l’augmentation du budget américain de la défense, que les
ministres européens des Affaires étrangères vont s’entretenir ce week-end. Ce qui les
lie, c’est le sentiment qu’une offensive contre l’Irak ne peut qu’être néfaste pour
l’Irak même, pour la stabilité dans la région et pour les relations transatlantiques.
Mais quels atouts ont-ils en main pour influer sur la politique américaine ?"
"C’est l’éternel problèmes des hommes d’Etat européens : ils ne manquent pas
d’ambitions, mais ils manquent totalement d’influence."

" L’ennui, c’est que l’Europe n’a pas de politique étrangère .
Les pays de l’UE savent surtout ce qu’ils ne veulent pas, mais pas ce qu’ils veulent à la
place."

"Les Etats-Unis, sous Bush, sont revenus à une forme de
leadership pur et dur, datant du temps où il y avait encore une Union soviétique qui
nécessitait la vigilance des Européens. Mais dix ans après la Guerre froide, avec
une Europe qui ambitionne de jouer son propre rôle sur la scène mondiale, le style de
gouvernement de Bush est pour beaucoup d’Européens un anachronisme dans le meilleur des
cas, et une insulte dans le pire
. Et c’est à un politique français que revient
l’honneur d’exprimer ces sentiments publiquement
."

"Pourtant Bush rend service à ses alliés en les confrontant à
un dilemme dont ils préfèrent ne pas parler. Comment l’Europe peut-elle pratiquer une
politique mondiale sans les instruments politiques et militaires nécessaires pour faire
valoir son influence dans les questions de guerre et de paix (par exemple au Moyen-Orient)
 ? Tant qu’il n’y aura pas de réponse convaincante à cette question, les politiques
européens ne pourront guère que rechercher cette influence auprès de l’hyperpuissance
qui l’a parfois : l’Amérique."

" La critique doit être possible, surtout entre amis, mais le
reproche de simplisme va loin
", commente l’éditorialiste du même Volkskrant .
"On pourrait évidemment dire qu’il s’agit en l’occurrence de l’élève qui a
toujours été le plus rebelle de la classe atlantique, la France. Mais les Français ne
sont pas seuls cette fois-ci, en Allemagne aussi, et même en Grande-Bretagne, des
protestations se font entendre."

Le journal de centre-gauche juge inadmissible qu’on aboutisse à des
"coalitions flexibles" ou à des cavaliers seuls américains qui pourraient
’signifier la fin de l’alliance américano-européenne comme association efficace".
" Bush doit comprendre qu’il y a d’autres moyens de lutter contre le terrorisme que
les moyens strictement militaires
. Inversement, les Européens doivent se rendre
compte qu’il est illusoire de penser qu’il est toujours possible d’éviter l’usage de
l’instrument militaire
. L’Irak peut être le prochain test. Il est essentiel que les
Etats-Unis et l’Europe optent pour une stratégie commune. Il faut qu’ils évitent le plus
longtemps possible l’option militaire."

Pays-Bas : élargissement de l’UE

Le secrétaire d’Etat néerlandais aux Affaires européennes, Dick
Benschop
(PvdA), a affaibli avant-hier la position intransigeante qu’il avait prise
la semaine dernière, à Bruxelles, sur la réforme de la politique agricole
commune,
note le NRC Handelsblad (p.2). Benschop a déclaré à la Deuxième Chambre
que le gouvernement visait à conclure de bons accords sur cette réforme au sommet
européen de Copenhague, à la fin de l’année, au plus tard. Il n’a cependant pas
répété que les Pays-Bas ne pouvaient pas approuver l’adhésion de nouveaux membres en
l’absence de tels accords. Alors qu’à Bruxelles, il avait parlé de "points de
référence", il a déclaré mercredi : "Nous n’attendons pas un accord agricole
négocié jusque dans les détails, à Copenhague."

 

Presse hebdomadaire

"Le Mariage" est passé, les hebdomadaires changent de
thème. Seul Elsevier s’y attarde encore, pour constater notamment que même les
noces princières sont parfois entachées de trivialités. C’est ainsi qu’il n’y avait pas
suffisamment d’amuse-gueule pour les invités à la réception du Concertgebouw, peut-on
lire dans le magazine conservateur. Autre trivialité, politique cette fois, dénoncée :
le dédain pour le Père Braun manifesté par l’équipe de télévision NOS. "Pas un
seul close-up du padre. C’est ainsi que les Witteman [l’un des intervieweurs du
couple avant le mariage] de la radiotélédiffusion, par-dessus tout le faste et le lustre
retransmis en direct, ont tout de même pu apaiser leur éternelle soif de
stigmatisation."

HP/De Tijd a réussi à trouver un nouveau courant dans la
société néerlandaise : la "génération rétro". Jamais encore, les
vingt-ans et les trente-ans n’avaient eu une jeunesse aussi insouciante et le goût leur
en est resté. "Un T-shirt avec Nijntje [le petit lapin des livres sans texte de Dick
Bruna] de taille XL signifie : je ne m’en fais pas, je suis d’un commerce agréable
et j’ai réussi dans la vie. Un homme doit avoir de l’assurance pour s’afficher en
mioche", enseigne l’hebdomadaire.

Vrij Nederland publie les résultats d’une enquête que le magazine
progressiste a effectuée auprès de ceux qui font l’opinion aux Pays-Bas : Karel
Glastra van Loon, Martin van Amerongen, Anton Zijderveld et Paul Cliteur, et 57 autres
chroniqueurs, journalistes et personnalités connues. Paul Schnabel, à la question de
savoir à quel espoir il a renoncé, répond : "Celui de voir les rues propres,
les maisons sans graffiti, les gens aimables et le trottoir devant Albert Heijn
débarrassé de ses sans-abri et ses toxicos."

Le réacteur nucléaire de Petten retient aussi l’attention de Vrij
Nederland
cette semaine.

 

Economie, Finances

Remplacement du F16

"Le gouvernement a mis au pied du mur au tout dernier moment,
hier, les entreprises qui veulent participer à la construction du Joint Strike Fighter
américain, afin qu’elles paient davantage en échange du financement public du
projet", annonce le Telegraaf dans son grand article à la une. "Ce
matin, le secteur privé doit dire ’oui’ ou ’non’ aux conditions plus dures que les
ministres Zalm (Finances) et Jorritsma (Affaires économiques) posent, conditions qui ont
été négociées jusque tard dans la soirée, hier. Si le secteur privé les accepte, le
gouvernement pourra en principe donner dès aujourd’hui le feu vert à la participation,
moyennant un montant de 800 millions d’euros, au développement du JSF."

"Le Canada profitera davantage du JSF que les Pays-Bas",
titre le Financieele Dagblad à la une. "L’industrie canadienne va participer
à des conditions beaucoup plus avantageuses que les Pays-Bas au développement du Joint
Strike Fighter." "Le Canada versera 150 millions de dollars pour assurer sa
participation, et il escompte un chiffre d’affaires industriel de 10 milliards de dollars.
Les Pays-Bas paieront plus du quintuple (800 millions de dollars) pour leur éventuelle
participation et réaliseront un chiffre d’affaires industriel de 8 milliards de dollars,
au maximum. Les milieux politiques de La Haye, où la tension monte toujours, ont pris
connaissance avec stupéfaction, hier, de l’information du ministère canadien de la
Défense. Si les Pays-Bas participent au projet JSF, ce sera à un ’niveau supérieur’ à
celui du Canada, mais les doutes sur cet avantage subsistent, étant donné que les
Américains ne garantissent pas le chiffre d’affaires industriel."

"Kathy Crawford, porte-parole du bureau JSF à Washington,
réagissant à la nouvelle venant du Canada, a souligné encore une fois, hier, que la
participation au projet JSF n’est pas une garantie de production. ’Les entreprises
industrielles participantes devront convaincre Lockheed Martin, le producteur du JSF,
qu’elles peuvent fabriquer leurs pièces au meilleur prix’, selon Crawford. ’Cette
production peut donc aussi être confiée à d’autres pays’."

Le journal d’affaires précise que le ministère des Finances n’exige
plus 3,5 %, mais 4 % du futur chiffre d’affaires que l’industrie réalisera
éventuellement sur la production du chasseur, après 2015. Zalm exige en outre des
garanties plus solides concernant le remboursement du montant avancé par l’Etat, si le
programme JSF coûte plus que prévu.

 

Affaires françaises

Le Trouw (p.14) rend compte d’une enquête sur les prêches
prononcés dans les mosquées de France, dont Le Monde a publié hier les
résultats provisoires : "Les imams français brandissent la menace de l’enfer, mais
ne tiennent pas de propos belliqueux".

Sur le plan culturel, le Volkskrant (p.23) évoque le tome I des
œuvres complètes de Gustave Flaubert (Gallimard).

Dernière modification : 18/08/2008

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