Remise des Palmes académiques à M. le Juge Raymond Ranjeva

Discours de l’ambassadeur de France, M. Gaussot

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Madames et Messieurs les Académiciens,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Je suis très heureux d’accueillir ce soir tant d’éminentes personnalités à l’occasion de la visite d’une imposante délégation de l’Académie des Sciences d’Outre Mer et de la remise à l’un de ses membres associés, M. Raymond Ranjeva, juge à la Cour internationale de Justice, des insignes d’une haute distinction qui lui a été décernée par la République française.
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Je remercie particulièrement Madame R. Higgins, Président de la Cour internationale de Justice, de nous faire l’honneur de sa présence, tout comme l’un de ses illustres prédécesseurs, M. Gilbert Guillaume. Je mes réjouis également de la participation à cette cérémonie du juge Ronny Abraham et du greffier de la cour, M. Philippe Couvreur.

Monsieur le Juge, cher ami,

Permettez-moi, en guise d’entrée en matière, de citer une phrase extraite du Préambule d’une Convention certainement très chère au cœur de votre épouse, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, élaborée et adoptée dans le cadre de l’UNESCO :
« (...) la culture prend diverses formes dans le temps et dans l’espace et (...) cette diversité s’incarne dans l’originalité et la pluralité des identités ainsi que dans les expressions culturelles des peuples et des sociétés qui constituent l’humanité ».

Votre histoire personnelle, tout autant que votre parcours professionnel, témoigne de la pluralité des cultures que vous portez en vous, et que vous avez activement contribué à diffuser à travers le monde.

Né à Madagascar, vous êtes aujourd’hui l’un des représentants les plus exemplaires de la francophonie, cette communauté composée de tous ceux qui partagent la langue française et la forme de pensée qu’elle véhicule.

Je n’évoquerai que brièvement, car chacun le connaît, le parcours exceptionnel qui fut le vôtre dans le domaine du droit international, et qui vous a conduit, depuis votre agrégation en 1972, jusqu’à la plus prestigieuse des juridictions internationales, la Cour internationale de justice, organe judiciaire principal des Nations-Unies, dont vous êtes l’un des juges depuis 1991, et dont vous avez été le vice-président. L’exercice de ces hautes fonctions ne vous a pas empêché d’assumer parallèlement d’importantes responsabilités dans diverses autres enceintes : je rappellerai que vous êtes, entre autres, conciliateur au centre international de règlement des différends relatifs aux investissements de la Banque mondiale, membre du tribunal arbitral du sport, ou encore que vous avez été le président directeur général de « Jureco », banque de données juridiques, économiques et financières.

Je m’étendrai davantage sur une autre dimension, à mes yeux essentielle, de vos activités, une dimension peut-être moins connue à La Haye, mais qui illustre parfaitement, me semble-t-il, votre engagement pour la transmission des savoirs et la circulation des idées : je fais référence à vos talents de pédagogue, que vous avez d’abord exercés à Madagascar : vous avez en effet été professeur titulaire de chaire à l’Université de Madagascar, professeur à l’Académie militaire et à l’Ecole Nationale d’Administration. Vous avez ensuite été élu, en 1982, doyen de l’Université de la faculté de droit, des sciences économiques, de gestion et des sciences sociales de l’Université de Madagascar, et vous avez été réélu à ce poste en 1986. De 1988 à 1990, vous avez exercé les fonctions de Premier recteur de l’Université d’Antananarivo.

Vos liens privilégiés avec la France vous ont naturellement conduit à dispenser votre enseignement ailleurs que dans votre pays d’origine. C’est ainsi que vous avez été plusieurs fois professeur associé ou invité dans notre pays : les Universités d’Aix-Marseille III, de Bordeaux I, à Paris les Universités de la Sorbonne et d’Assas, mais aussi l’Institut des hautes études internationales ont tous tiré profit de votre compétence et de votre expérience.

Je pourrais également évoquer, hors de nos frontières, l’Université libre de Bruxelles, ou encore l’Académie de droit international de La Haye, où vous avez été directeur de séminaire en 1987, et conférencier en 1997. Vous siégez aujourd’hui, je crois, au Curatoriun de cet institut académique bientôt centenaire.

Tout au long de votre vie professionnelle, vous avez inlassablement tissé des liens entre l’Afrique et l’Europe, en favorisant les échanges entre ces continents, en confrontant leurs cultures et leurs traditions. C’est en effet pour vous une évidence qu’au-delà de nos origines et de nos histoires particulières, nous sommes tous unis par des valeurs universelles, communes à tous les hommes.

Votre compatriote, le poète Jean- Joseph Rabearivelo, a très bien su évoquer ce sentiment d’appartenance à une seule et même communauté : permettez-moi de citer un passage de son poème « Imprimés » :
« (...) je vois que tout se ressemble partout
puisque le même ciel est toujours le toit du monde,
que les vents en forment toujours les murailles invisibles ».

Par votre enseignement, par vos ouvrages et par votre engagement auprès de plusieurs sociétés et instituts académiques, vous avez su être un messager privilégié, à travers le monde, de la justice et de la paix. Outre l’Académie des Sciences d’Outre Mer, vous êtes notamment membre de l’Académie malgache des Sciences, des Lettres et des Arts, de la Société malgache d’études juridiques, dont vous avez été le Secrétaire général, de la Société française de droit international, de l’Institut René Cassin, de l’Institut de droit international, de la société africaine de droit international et de droit comparé, et du conseil scientifique de l’agence universitaire de la Francophonie. Je dois encore souligner que vous avez été le membre fondateur du Comité malgache des droits de l’homme, et que vous êtes membre du Conseil pontifical Justice et Paix.

Vous avez déjà été distingué par plusieurs Universités pour votre carrière universitaire à tous égards exceptionnelle : Les Universités de Limoges, de Strasbourg et, plus récemment, de Bordeaux, vous ont nommé Docteur honoris causa. Mais il vous manquait une reconnaissance de la France tout entière pour honorer votre contribution essentielle à l’enseignement et à la diffusion de la culture française dans le monde.

C’est pourquoi, cher Raymond Ranjeva, au nom du Ministre de l’Education Nationale, nous vous remettons les insignes d’Officier dans l’Ordre des Palmes académiques.


Discours de M. Ranjeva (document PDF)

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L’Académie des Sciences d’Outre-Mer, établissement public sous tutelle du ministère de l’éducation nationale, créée en 1922, sise 15 rue La Pérouse à Paris 16e, se compose de 275 membres élus parmi les personnalités qui se sont distinguées par des ouvrages, études, travaux et recherches ou qui ont rendu des services éminents au développement culturel, scientifique, économique, technique, humain des pays d’Outre-Mer.

L’Académie tient séance publique les premier et troisième vendredis de chaque mois. Les communications faites en séance sont reproduites dans la revue de l’Académie Mondes et Cultures qui contient également une bibliographie relative aux livres d’actualité dans son domaine d’intérêt.
Elle publie des ouvrages de référence dont un dictionnaire biographique d’Outre-Mer Hommes et Destins (le onzième volume est en préparation), et organise de nombreux colloques centrés sur des grands thèmes d’actualité.
L’Académie possède une bibliothèque riche de 75 000 ouvrages, 3 000 périodiques dont 300 vivants, un millier de manuscrits et environ 10 000 brochures et tirés à part.

www.academiedoutremer.fr

M.Ranjeva sur le site de la Cour Internationale de Justice

Ecoutez le discours de l’ambassadeur
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Dernière modification : 08/01/2010

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