Remise des insignes de Commandeur dans l’Ordre du Mérite Agricole à M. Cees VEERMAN, Minister van Landbouw, Natuur en Voedselkwaliteit

Hervé GAYMARD,
Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et des Affaires Rurales

A l’occasion de la cérémonie de remise des insignes de
Commandeur dans l’Ordre du Mérite Agricole
à Monsieur Cees VEERMAN,Minister van Landbouw, Natuur en Voedselkwaliteit,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,

Mes premiers pas de ministre de l’agriculture sur le sol des Pays-Bas m’auront guidé jusqu’à toi, mon cher Cees, pour t’exprimer de la façon la plus officielle, mais aussi la plus amicale, toute l’estime et la reconnaissance de la France, en cette résidence de notre Ambassadeur, que je remercie de son accueil.

Vous l’avez bien compris, Mesdames et Messieurs, cette soirée est placée sous le signe de l’amitié.

Amitié entre nos deux pays ; amitié entre deux ministres qui sont entrés au Conseil à quelques mois d’intervalles et s’efforcent d’y faire vivre au quotidien la belle idée et la noble cause européenne ; amitié entre deux hommes animés d’une grande curiosité pour l’histoire, la culture et la civilisation de l’autre, domaine où tu disposes sur moi d’une supériorité incontestable, par ta maîtrise de la langue française et par ta connaissance intime de mon pays.

En te décorant aujourd’hui des insignes de Commandeur de l’Ordre du Mérite agricole, je viens te remettre une des distinctions les plus anciennes de la République, puisqu’elle remonte à 1883, année de création du ministère de l’agriculture.

80 ans plus tard, cet ordre était tellement enraciné dans notre patrimoine qu’il a échappé aux turbulences qui ont marqué les relations entre le Général de Gaulle et les milieux agricoles et survécu à la réforme décidée par le chef de l’Etat, supprimant la quasi-totalité des ordres spécialisés et instituant l’Ordre national du Mérite.

En te rendant hommage ce soir, mon cher Cees, je voudrais saluer à la fois l’agriculteur, l’européen et le citoyen d’honneur de mon pays.

Comment ne pas saluer d’abord l’universitaire-agriculteur totalement engagé dans la vie publique, l’homme qui a fait aller de pair un brillant parcours d’enseignant en économie, - tu as soutenu ta thèse sur l’agriculture et le prix des terres -, un engagement très marqué dans la production agricole, notamment dans ton exploitation de Goudswaard, dans le syndicalisme ainsi qu’une participation active à la vie des affaires publiques ?

Dès 1973, tu t’engages dans l’action municipale puis dans la gestion commune des eaux, dont chacun mesure ici l’importance.

Tu exerces en parallèle de nombreuses responsabilités dans les organisations professionnelles agricoles, mais aussi dans le secteur coopératif, puisque tu joues un rôle central dans la structuration du secteur des fruits et légumes, conduisant à la création de la coopérative VTN, dont tu as présidé le conseil d’administration, et de la société commerciale « the Greenery » qui lui est associée, société dont tu as présidé le conseil de surveillance.

La vision globale qui est la tienne te permet de livrer, par l’effet combiné de l’analyse, de l’expérience et de l’action, le meilleur de toi-même, au service de la collectivité.

Je souhaite également ce soir rendre hommage à ton action au service de l’Europe.

Dès ton entrée au Conseil des Ministres européens de l’agriculture, tes interventions ont été marquées par ta grande connaissance des sujets, par ta capacité à dégager l’essentiel de l’accessoire et par ton esprit de responsabilité, faisant prévaloir un esprit européen au-delà des divergences d’intérêt, dans une Europe marquée par de profondes et rapides transformations.

Je ne peux m’empêcher de penser à ces longues semaines de négociation à Luxembourg, où nos longues séances de travail n’ont jamais entamé l’efficacité de la tâche accomplie par le Conseil ni la qualité des relations entre ses membres.

Je souhaite enfin te rendre hommage, mon cher Cees, en tant que citoyen d’honneur de mon pays.

Dans ton action scientifique et universitaire, qui t’a notamment conduit à la présidence de la prestigieuse Université agricole de Wageningen, tu as activement contribué au développement des actions de coopération internationale, en particulier avec la France. Tu as noué des liens étroits avec la recherche française, et au premier chef avec l’Institut français de Recherche agronomique, l’INRA.

Compte tenu de tes grandes qualités et de ton dynamisme, le tout nouveau ministre de l’agriculture que j’étais t’a confié, en juin 2002, la présidence du Comité d’orientation d’AGROMIP, communauté scientifique installée à Toulouse et fédérant 9 établissements d’enseignement universitaire et de recherche agronomique, marquant ainsi la confiance que te porte la France et la reconnaissance de tes grandes compétences.

Mais un destin ministériel t’a bientôt appelé ici, et, dès la fin du mois de juillet, tu prenais tes fonctions de ministre de l’agriculture, de la gestion de la nature et de la pêche, privant AGROMIP de ta vision stratégique mais offrant à la France un partenaire de qualité pour poursuivre la construction de cette Europe agricole à laquelle tu as consacré une partie de ta vie.

Dans la construction européenne, nos deux pays jouent la complémentarité des talents et la convergence des ambitions :

- la France et les Pays-Bas sont respectivement le second et le troisième exportateurs mondiaux de produits agricoles et alimentaires ;

- nos économies sont très liées, tant les échanges croisés de produits agricoles et alimentaires sont importants ;

- nous partageons, dans la construction de la société internationale, une vision commune de l’attention qui doit désormais être portée aux pays les plus pauvres, par une vision renouvelée des politiques d’aide publique au développement, des politiques agricoles et des politiques commerciales.

Pour construire l’Europe de demain, il faut ajouter à la communauté de vues et de projets la proximité des cultures et l’amitié des peuples, qui en sont l’indispensable complément.

Pour l’évoquer ce soir, permets moi d’emprunter à un écrivain français chez qui la prose est la forme naturelle du langage : il s’agit de Julien Gracq.

Parmi les rares poésies qu’il nous a léguées, rassemblées dans un recueil intitulé « Liberté Grande », figure une remarquable « sieste en Flandre hollandaise », poème en prose écrit en 1951.

Comment, mieux que Gracq, évoquer les paysages de ton pays et les émotions qu’ils nous donnent ?

« Il n’y a pas de couture à cette robe verte - pas de lacune à ce revêtement pelucheux et universel : les pavés inégaux des routes suintent d’herbe juteuse, et le sommet même des digues est un tapis ondulant et silencieux où le sillage isolé d’un cycliste se referme comme la passée d’un doigt dans la fourrure. »

Cette poétique de l’espace, par laquelle l’esprit s’enrichit aux alluvions et s’évade avec les nuages, fait de chaque Français un citoyen de cœur de ton pays.

Les défis auxquels nous sommes confrontés « dilatent notre avenir », pour reprendre la belle expression de Paul Valéry, et nous invitent à l’audace, à la vision, au courage. Qualités dont tu fais preuve dans tout ce que tu entreprends, mon cher Cees, et auxquelles je rends hommage ce soir.

En hommage à tes grandes qualités professionnelles et morales, en reconnaissance des services rendus à la France dans le domaine de la coopération scientifique, je te fais Commandeur dans l’ordre du Mérite agricole.

Dernière modification : 13/01/2010

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