Remise des insignes de chevalier des arts et lettres à MM. Van Veen et Van Hove, directeurs du Holland Festival [nl]

La cérémonie, qui s’est tenue au Stadsschouwburg d’Amsterdam, visait à honorer la contribution des deux directeurs du Holland Festival à la vie culturelle néerlandaise, ainsi que leur engagement constant en faveur du théatre français contemporain.

Le Holland Festival 2004 présente du 9 au 14 juin la pièce « Médée Matériau » de Heiner Müller, interprétée par l’actrice Valérie Dréville sur une mise en scène d’Anatoli Vassiliev.

Cher Ivo van Hove,
Cher Jacques Van Veen,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

C’est pour moi un plaisir que de me retrouver avec vous en ces lieux que je connais bien pour m’y rendre régulièrement. Quelle place en effet pourrait mieux convenir à cet événement, lorsque l’on connaît vos parcours respectifs, cher Mr van Hove et Mr van Veen.

JPEG - 12.5 ko
© Ruud Jonkers

Le Ministre de la Culture et de la Communication, sur notre proposition, a accepté de vous élever au rang de Chevalier de l’Ordre des arts et lettres. Nous avons conscience, en effet, de ce que vous doit le Holland Festival, à vous qui n’avez jamais ménagé vos efforts pour faire de ce festival pluridisciplinaire un rendez-vous important de la vie culturelle néerlandaise.

Cher Jacques Van Veen : Vous êtes, comme chacun le sait, le directeur administratif du Holland Festival. Je dirais même de vous que vous êtes le véritable « pilier » de ce festival depuis 1997, et que vous veillez avec attention non seulement à son déroulement, mais aussi à ses développements et à son aventure. Ce poste privilégié vous a permis de suivre l’histoire parfois mouvementée du Holland Festival, et de participer aux nécessaires évolutions qu’un festival se doit de suivre afin de conserver sa pertinence et son acuité. Cette tâche, qui a mobilisé tout votre temps et votre énergie, comme on le sait bien, est le fruit d’une longue expérience, qui vous a vu participer et conseiller à la vie de nombreux festivals et manifestations. Aujourd’hui encore, vous courrez d’un événement à l’autre, d’une commission ou d’un conseil d’administration à l’autre, d’une compagnie de théatre à une autre, sans vous départir de votre calme (d’après ce que l’on m’a dit...) et de votre énergie. Vous connaissez également intimement la vie des théatres, pour avoir été de 1986 à 1997directeur du Stadsschouwburg de Groningen, la grande ville du Nord.
La politique culturelle de ce pays n’a pas de secrets pour vous, qui avez été membre du Raad van de Kunst, de l’Amsterdamse Kunstraad, avant de rejoindre le Fonds voor de Podiumkunsten, où vous présidez la commission internationale.
Vous êtes ainsi, comme tout directeur administratif qui se respecte à l’heure actuelle, devant et derrière la scène.

Pilier du Holland Festival donc, vous connaissez les exigences de cette mission. Si organiser un festival aux Pays-Bas semble -du moins pour le moment-, plus aisé qu’en France, ce n’est évidemment qu’une apparence : plus un événement est important, plus grand est son poids dans l’actualité, plus sa place dans la vie culturelle néerlandaise est reconnue, plus les attentes sont élevées. Vos ambitions pour le festival également, puisque vous avez souhaité, avec Ivo van Hove, donner au public du Holland Festival la chance d’accéder aux créations internationales importantes. Vous avez eu à cœur également de replacer la création contemporaine dans un dialogue permanent avec le public et de faire du Holland Festival un lieu où les metteurs en scène, musiciens, acteurs, journalistes, amateurs et professionnels se rencontrent et échangent. Vous avez tous deux développé les actions menées vers d’autres publics, notamment le public jeune.

Tous deux avez enfin eu à cœur d’inscrire le Holland Festival dans la vie culturelle amstellodamoise : je pense ainsi aux fructueuses coopérations mises en place avec les principaux théatres et lieux de production de la ville. Vous souhaitez à l’avenir vous rapprocher d’autres institutions néerlandaises de premier plan. La qualité des relations mises en place est sans conteste un « must » du festival.

Cher Ivo van Hove : Passeur entre différents pays, entre différentes disciplines, entre différentes générations et créateurs de tous pays, on vous a également présenté comme « de wonderboy van het Vlaamse theater”. Vous êtes, tout le monde le sait bien dans cette salle, l’un des principaux représentants de la talentueuse relève de jeunes dramaturges flamands, qui fait de cette région l’un des territoires les plus passionnants de la création en Europe actuellement.

Cher Ivo van Hove, vous débutez votre carrière de metteur en scène d’abord en Belgique, puis aux Pays-Bas où vous êtes jusqu’en 2000 directeur du Zuidelijk Toneel. Cette compagnie, dois-je le rappeler, produira entre autres « India Song » de Marguerite Duras et une version très remarquée « Caligula » d’Albert Camus. Votre éclectisme vous pousse de John Cassavetes à Susan Sontag en passant par Pasolini, Tchekhov ou Shakespeare et bien d’autres encore. Vous collaborez avec de Nederlandse Opera ou le théatre de Hamburg, on vous voit à New York et Edinburgh, en Belgique ou en France, pays que vous connaissez bien et qui vous le rend bien souvent. Les organisateurs de Lille 2004 vous ont ainsi invité à présenter à Lille il y a quelques jours la pièce « Une noce parfaite » : nous pourrions reprendre d’ailleurs ce titre ce soir pour désigner la complicité qui vous lie Jacques et vous au sommet du Holland Festival.
Votre intérêt pour certains auteurs français est connu : vous avez monté les œuvres de Genet, Mauriac ou Dumas fils par exemple, mais aussi une interprétation de « Carmen » à Créteil.

Lorsqu’en 2001, vous prenez la direction du prestigieux Toneelgroep Amsterdam, vous déclarez (je cite en français) : « Je ressens notre siècle comme marqué par la fusion des cultures, les frontières qui s’estompent et l’économie qui s’impose 24h sur 24. Cette accélération risque d’occulter la poésie de mondes inconnus ou oubliés. Le théâtre peut à nouveau les mettre en lumière. Pour ma part, le théâtre ne doit pas changer la réalité quotidienne, la force du théâtre consiste, je crois, à interpeller les mobiles profonds qui animent l’homme, les instincts, les angoisses et les utopies ».
Cette philosophie qui vous anime vous amène à travailler aussi bien avec Pierre Audi que des chorégraphes comme Wim Vandekeybus ou Emio Greco, des plasticiens tel qu’Aernout Mik, ou encore avec le réalisateur Cyrus Frisch. On vous prête également un intérêt pour le travail de l’artiste français Pierre Huyghe...

L’ouverture d’esprit qui vous caractérise influencera indiscutablement le profil du Holland Festival, dont vous renforcerez la pluridisciplinarité. A Amsterdam se croisent tour à tour Sasha Waltz et Christophe Marthaler, Pina Bausch et Anne Teresa de Keersmaeker, Peter Sellars et Heiner Goebbels. Les musiciens de tous pays et de toute culture se rejoignent à Amsterdam ...

Cher Ivo van Hove, vous quittez, avec cette édition, la direction artistique du Holland Festival, et ne manquez pas de projets à l’avenir. C’est, pour ce festival, une page importante qui se tourne, et que nous nous devions de saluer ce soir.

JPEG - 19.5 ko
© Ruud Jonkers

Cher Jacques Van Veen, Cher Ivo van Hove, nous souhaitions tout autant vous remercier d’avoir invité des personnalités françaises éminentes, tel que Stanislas Nordey et l’Ensemble Intercontemporain l’an passé, mais aussi Zingaro ou Jean-Michel Bruyère, et aujourd’hui : Anatoli Vassiliev et Valérie Dreville. De plus jeunes artistes ont également ont pû également se produire à Amsterdam, tel Boris Charmatz, qui doit encore se souvenir de sa rencontre avec Merce Cunningham. D’autres artistes français joueront içi à l’avenir, et y trouveront une place et une écoute de choix.

C’est pour moi un honneur particulier de vous élever à l’ordre de Chevalier des arts et Lettres, avant de vous convier au verre de l’amitié.

Dernière modification : 18/10/2021

Haut de page