Revue de presse néerlandaise du lundi 8 novembre 2004

Le meurtre
rituel de Theo van Gogh à Amsterdam a encore été le grand thème de la presse du
week-end et les manchettes de ce matin y ont également trait directement ou
indirectement.

Le
populaire De Telegraaf, dans ce contexte, insiste sur les défaillances des
autorités : samedi il faisait état de "chamailleries" entre les services de
renseignement et les autorités, d’une part, et entre le Ministère public et le
ministre de la Justice, de l’autre. Le maire d’Amsterdam, Job Cohen, reproche
amèrement à l’AIVD de ne pas l’avoir mis au courant de l’existence dans sa ville
d’une cellule terroriste extrêmement dangereuse et le procureur principal du
parquet d’Amsterdam en veut au ministre Donner pour avoir publié les lettres
trouvées sur le corps de la victime et sur l’assassin. Ce matin, il rend compte
d’une bévue de la police.

 

  • de Volkskrant
     : "La classe politique critique les propos belliqueux de Zalm - Des députés et
    d’anciens hommes politiques craignent que les déclarations dures du
    vice-premier ministre sur les extrémistes musulmans ne soient
    contre-productives", "L’Irak décrète l’état d’urgence"
  • Trouw
     : "’Pas de droits civiques
    pour les musulmans’ - Le groupe Wilders estime que l’islam est incompatible
    avec l’Etat de droit", "Théories de complot sur Arafat", "Des leçons de
    décapitation sur vidéo" (Internet)
  • Algemeen Dagblad
     : "De nouvelles lettres de menace de mort - Les expéditeurs étaient actifs sur
    Internet jusqu’à samedi", "Les Etats-Unis prêts à prendre d’assaut Falloujah"
  • De Telegraaf  
     : "La descente dans ’l’appartement des terroristes’ était une erreur - Le
    logement de B. se trouvait une porte plus loin", "Des mesures juridiques
    contre El Tawheed" (mosquée radicale d’Amsterdam)

 

* * *

 

Le dossier du jour
 : Affaire Van Gogh

Le
gouvernement considère le meurtre de Theo van Gogh comme le début de la guerre
sainte islamique aux Pays-Bas", écrit le Volkskrant de samedi dans son grand
article à la une. "C’est une ’offensive contre l’Etat de droit néerlandais’, a
déclaré le vice-premier ministre Zalm vendredi, à l’issue du conseil des
ministres. ’Nous déclarons la guerre en retour. Nous intensifions la lutte et
nous ferons disparaître des Pays-Bas les mouvements islamiques radicaux’."

"Le
gouvernement voit dans le meurtre et les menaces du meurtrier à l’adresse de la
députée VVD Hirsi Ali et d’autres personnalités politiques la preuve qu’un
’groupe’ est actif aux Pays-Bas ’qui estime que le meurtre est légitime quand
les gens ont une autre conviction religieuse’. Zalm : ’Ce n’est pas seulement un
extrémisme théorique, mais aussi pratique. C’est nouveau aux Pays-Bas. Nous
n’avons pas encore vu cela dans l’histoire moderne’."

"C’est
pourquoi le gouvernement dégage de nouveaux moyens financiers pour les services
de renseignement et le dépistage des extrémistes. Davantage de personnes feront
l’objet d’une protection. Par ailleurs le gouvernement se hâtera d’appliquer son
projet de retrait de la nationalité néerlandaise aux criminels ayant deux
passeports. ’S’il le faut nous en ferons une loi d’urgence’, a dit Zalm."

"Le
premier ministre Balkenende, qui est à Bruxelles, au sommet européen, a dit que
la lettre que Mohammed B. a laissée sur le corps de Van Gogh l’a
’gigantesquement choqué’. ’Quelque chose casse dans la société quand on profère
de telles menaces’, a déclaré le premier ministre, qui a reconnu qu’il était en
proie à des sentiments d’impuissance."

En page 2
du journal de centre gauche, le leader du groupe parlementaire VVD, Jozias van
Aartsen, réitère sa prise de position ferme contre le fondamentalisme musulman.
"Nous avons dépassé le seuil de la mort. Ce qui s’est passé ici cette semaine se
passe depuis beaucoup plus longtemps dans le monde qui nous entoure. L’islamisme
radical a fait plus de 2 000 morts à New York, presque 200 à Madrid et 1 aux
Pays-Bas. J’espère que nous allons quitter la phase de refus. C’est comme quand
un médecin dit à un patient : vous avez un cancer. Cela choque : comment est-ce
possible ? Alors que tout le monde sait que cela peut faire partie de la vie."

"J’espère
que le gouvernement comprend que nous ne pouvons pas nous contenter de belles
paroles sur le dialogue, mais qu’il est nécessaire d’agir. Nous avons affaire à
un mouvement islamiste radical qui est convaincu que nous sommes leur ennemi.
Que nous devons être détruits. Il suffit de lire la lettre de B., elle en est
pleine. C’est exactement le même thème que celui des auteurs des attentats de
Madrid : vous aimez la vie, nous la mort. Aux Pays-Bas nous devons le voir, le
reconnaître et l’accepter et faire suivre des actes. Quand on est l’ennemi, on a
un ennemi."

Le
directeur du Sociaal en Cultureel Planbureau, Paul Schnabel, estime de son côté
que les gens "confondent le concept de liberté d’expression et les éruptions
émotionnelles. Nous vivons dans une société émotive dominée par la télévision,
dans laquelle les émotions sont considérées comme authentiques et nous en tirons
une justification morale. Je trouve que quelqu’un qui traite conséquemment
d’autres personnes de baiseurs de chèvres est surtout méchant et pas un bon
exemple de l’expression d’une opinion. Van Gogh était aussi un fondamentaliste à
sa façon, mais un fondamentaliste de la relativisation de ce qui était
sacro-saint pour d’autres."

"C’était un acte commis par une personne frustrée, quelqu’un
qui est extérieur à la société. Cet attentat ne représente pas un courant
social." "J’espère que la communauté marocaine prendra ses responsabilités et
que nous nous montrerons un peu plus compréhensifs. Donnez-leur leur propre
institut, laissez-les construire leurs mosquées, ne faisons pas de difficultés à
propos du foulard. On les critique sur des points qui ne sont pas tellement
importants pour nous, mais fondamentaux pour eux."

Le Trouw (p.3) de samedi souligne que "la police et la
justice, dans l’enquête sur le meurtre de Theo van Gogh, partent du principe que
plusieurs personnes ont coopéré dans un cadre criminel". "Le procureur principal
L. de Wit n’exclut pas qu’on examine aussi si des leaders religieux ont été
impliqués dans ce réseau." "Au demeurant, le triangle [le maire, le chef du
corps de police et le procureur principal] n’est pas au courant d’une ’liste de
personnes à tuer’. Pour le moment il ne s’agit que de rumeurs selon lesquelles
il y aurait une liste d’éminents Néerlandais que les terroristes considèrent
comme cible."

Le
Telegraaf (p.3) de samedi croit savoir que "Mohammed B., pour le meurtre de Theo
van Gogh, s’est inspiré de l’un des courants islamiques les plus radicaux du
monde, le Takfir wal Hijra". "Cette secte fait partie depuis les années
quatre-vingt-dix de l’organisation
terroriste d’Oussama ben Laden, Al Qaeda. Le lien avec le Takfir wal Hijra
(littéralement : dissidence et émigration) a été établi jeudi soir par le
ministre Donner (Justice), lors de la publication de la lettre que B. avait
laissée sur le corps de Van Gogh."

"Les ’takfiris’ ont été actifs et très combattus en Egypte,
en Algérie et en France, successivement, et ils se sont maintenant en partie
établis aux Pays-Bas. Il ressort d’une enquête antérieure de l’AIVD qu’il y a
environ 800 takfiris dans notre pays. La plupart sont en situation illégale et
vivent dans l’isolement, alors qu’un noyau dur de 80 à 100 hommes s’occupe
d’activités criminelles."

Ce matin, le Volkskrant relève à la une que "des députés et
d’anciennes personnalités politiques déplorent les propos du vice-premier
ministre Zalm (VVD) selon lesquels les Pays-Bas ’ont déclaré la guerre’ aux
extrémistes musulmans". "’Le gouvernement doit rester très prudent dans le choix
des mots, sinon le climat entre musulmans et non-musulmans se dégradera encore
davantage’, déclare le président du groupe parlementaire D66, Dittrich. Son
collègue Rouvoet, de la ChristenUnie, juge déraisonnable le langage belliqueux
de Zalm. ’Je comprends qu’il le dise, peu après la mort de Van Gogh. Mais dans
une guerre beaucoup de choses sont permises qui sont strictement interdites
autrement. Nous ne devons pas donner aux gens l’idée que tout est désormais
possible pour battre l’ennemi." "Durant le programme télévisé Buitenhof,
dimanche, l’ancien leader VVD Bolkestein et l’ancien premier ministre Van Agt (CDA)
ont aussi regretté le langage belliqueux de Zalm. ’Une déclaration stupide’, a
affirmé Van Agt. ’Je déplore que le gouvernement ait repris la terminologie du
président américain Bush sur la war on terror’."

Le Trouw,
à la une, note que "l’ex-député VVD Wilders veut exclure les musulmans des
droits civiques constitutionnels, telle que la liberté de fonder leurs propres
écoles et associations". "C’est ce qui ressort du programme que le directeur de
la Fondation Edmund Burke, Spruyt, a rédigé pour un parti libéral conservateur.
Wilders embrasse ce programme."

"Selon
Wilders et Spruyt, l’islam est incompatible avec la culture néerlandaise. Ils
estiment que cette religion est contraire à l’Etat de droit démocratique et que
ses ’minarets hauts comme des tours à Rotterdam’ sont impérialistes."

"L’initiative de Spruyt a plongé la Fondation Edmund Burke
dans une crise. Deux membres du comité de recommandation, Van Middelkoop, de la
ChristenUnie, et Hillen, ancien député CDA, ont décidé vendredi soir de
démissionner. L’ancien premier ministre Van Agt a suivi hier. Il juge le
comportement de Wilders ’réactionnaire, xénophobe et trop militant’."

A noter que, selon un sondage d’opinion NIPO effectué pour le
compte des fondations religieuses Kerk en Wereld et Oikos, seuls 28
pour cent des musulmans établis aux
Pays-Bas ont une image positive de leur propre religion. Mais ils n’associent
pas leur religion au terrorisme, alors que les chrétiens et les incroyants font
souvent cette association. Ce sondage, dont le Trouw (pp.1 et 14) de samedi
présente les résultats, a été effectué avant le meurtre de Theo van Gogh.

 

Actualité internationale

 

Pays-Bas - Irak

Plusieurs
quotidiens de samedi ont rendu compte de la présence du premier ministre irakien
Allaoui au sommet des dirigeants européens à Bruxelles, vendredi. Allaoui a
regretté le retrait des troupes néerlandaises d’Irak, en mars prochain. "La
réduction de la force de paix internationale pourrait encourager le terrorisme
et les terroristes", a-t-il déclaré. "Nous demandons à la force multinationale
de nous aider avant les élections et pendant les élections, mais aussi après les
élections."

"Le
premier ministre Balkenende n’a pas réagi publiquement aux déclarations d’Allaoui",
a écrit le Trouw (p.6). "En tant que président temporaire du Conseil européen,
il a souligné que l’Union européenne, après sa division sur l’intervention en
Irak, veut aider maintenant unanimement à reconstruire le pays. Pour cela, l’UE
dégage 300 millions d’euros. L’UE apporte une contribution de trente millions
d’euros aux élections."

Le
Volkskrant (p.5) a noté au passage que "la visite du leader irakien à Bruxelles
ne s’est pas déroulée sans anicroche". "Le président français Chirac a quitté le
sommet européen avant que les leaders de l’UE ne s’entretiennent avec Allaoui.
Chirac, à ce qu’on dit, était irrité parce que la présidence néerlandaise avait
invité le premier ministre irakien sans consulter Paris. Allaoui a aussi suscité
de l’irritation en déclarant que certains pays de l’UE restent ’spectateurs’. Il
faisait allusion aux pays qui s’étaient opposés à la guerre d’Irak."

Le Telegraaf (p.13) a précisé que le président Chirac a
"calmé le jeu en annonçant peut avant son départ anticipé de Bruxelles qu’Allaoui
se rendrait bientôt en visite d’Etat en France".

 

Pays-Bas - Turquie

L’Algemeen Dagblad (p.6) de samedi rapporte dans une brève
que "le gouvernement est positif sur les négociations d’adhésion de la Turquie à
l’Union européenne". "La Turquie doit cependant réformer d’abord sa législation
dans le domaine des droits de l’homme et de la liberté de culte. Le vice-premier
ministre Zalm a dit vendredi qu’il prévoyait de longues négociations, ’sans
qu’on sache à l’avance où l’on finira ou quand on finira’."

 

Actualité
intérieure

 

Wilders

"Si des
élections avaient lieu maintenant, le Groep-Wilders obtiendrait 18 sièges, un de
plus que le VVD", affirmait le Telegraaf à la une de son édition du dimanche.
"Un sondage éclair de Maurice de Hond fait ressortir ce résultat spectaculaire.
L’invraisemblable montée de Wilders rappelle le démarrage de Pim Fortuyn, il y a
quelques années."

"Depuis le meurtre de Theo van Gogh, mardi, le soutien au
Groep-Wilders s’est accru de façon gigantesque. Selon le sondage, l’ex-député
VVD conservateur dépasserait immédiatement son ancien parti." "Presque la moitié
de ceux qui ont voté pour la LPF en 2003 préfère maintenant le Groep-Wilders. Un
quart de ceux qui ont voté VVD voterait maintenant pour lui. Dix
pour cent des électeurs du CDA en
2003 optent maintenant pour Wilders, de même que trois
pour cent des électeurs du PvdA."
"Dans un sondage d’opinion Interview-NSS pour le programme télévisé NOVA de
vendredi, Wilders en était encore à 7 sièges."

"7 ou 18 :
qui sonde mieux ?", titre ce matin l’Algemeen Dagblad (p.5). "La grande
différence réside dans l’approche. Interview-NSS appelle chaque semaine, au
hasard, des gens qui doivent répondre à la question de savoir pour qui ils
votent. Maurice de Hond a une banque de données de gens à qui il soumet une
liste de partis entre lesquels ils peuvent choisir. Wilders obtient de meilleurs
résultats avec cette dernière méthode : beaucoup de gens ne peuvent pas le
nommer spontanément, mais optent pour lui quand ils voient son nom. De Hond
estime que cette approche ressemble plus aux vraies élections."

"L’Unique Vrai Sondage se fera encore attendre quelque
temps", conclut le journal de Rotterdam. "Si le gouvernement arrive au bout de
son mandat les bureaux de vote s’ouvriront au printemps 2007."

 

Economie,
Finances

 

Accord
social

"La
Deuxième Chambre est très satisfaite de l’accord social intervenu entre le
gouvernement, le patronat et les syndicats", écrit le Financieele Dagblad à la
une. "Les partenaires de coalition CDA et VVD soulignent que l’agenda des
réformes est préservé. Le leader du groupe parlementaire du parti d’opposition
PvdA déclare les syndicats vainqueurs de l’accord."

"L’accord
auquel les parties ont abouti dans la nuit de vendredi à samedi contient des
engagements sur la VUT [retraite anticipée], la préretraite, la
levensloopregeling [salaire-épargne], la modération salariale, la WAO
[incapacité de travail] et la WW [chômage]. Les centrales syndicales demandent
aux syndicats de mettre fin à leurs actions. La décision sera prise aujourd’hui.
Le plus grand syndicat, FNV Bondgenoten, a d’ores et déjà annoncé qu’il annulait
les grèves prévues dans l’industrie, mardi."

"La
députée CDA Gerda Verburg qualifie ces décisions d’historiques. ’C’est sans
précédent. Un accord aussi large n’était pas possible avant. La principale
percée, à son avis, est que les syndicats se sont associés à une
levensloopregeling et au réexamen des indemnisés WAO."

"Le
premier ministre Jan Peter Balkenende a fait savoir qu’il était ’très heureux de
cet accord’." "Le ministre des Finances Zalm n’a pas voulu dire ce que coûteront
les concessions. ’Nous le verrons au printemps prochain.’ On estime qu’il s’agit
de quelques centaines de millions d’euros."

Les principaux points de l’accord sont : la suppression des
avantages fiscaux sur la VUT et la préretraite ; un avantage fiscal
supplémentaire sur la levensloopregeling et la retraite ; pas d’atteinte à la WW
avant que le Conseil social et économique (SER) ait formulé une recommandation ;
la recommandation du SER concernant la WAO est pratiquement reprise in extenso ;
une croissance salariale "extrêmement réservée" en 2005 (également de Volkskrant
pp.1 et 2, Algemeen Dagblad p.1, Trouw p.2).

 

Affaires françaises
 

 

Fokke Obbema, dans le Volkskrant (p.15) de samedi, souligne
dans le cadre de l’affaire Theo van Gogh que "les Français n’insultent
pratiquement pas les musulmans". L’écrivain Houellebecq est pratiquement le seul
à avoir donné une image vraiment négative de l’islam, dans un de ses romans,
selon le correspondant à Paris.

Ce matin, les quotidiens évoquent factuellement la soudaine
aggravation de la situation en Côte d’Ivoire, où neuf soldats français ont été
tués et 34 blessés.

Sur le plan touristique, on retiendra un article sur les
Ardennes françaises dans l’Algemeen Dagblad (p.33) de samedi et un autre sur le
Var dans le Telegraaf (p.A21) de samedi.

 

 

Dernière modification : 08/11/2004

Haut de page