Revue de presse néerlandaise du jeudi 30 décembre 2004

Le nombre des victimes du raz de marée du week-end dernier en Asie continue de croître à la une des journaux qui annoncent jusqu’à 100.000 morts, en se fondant sur les estimations de la Croix Rouge, et publient des photos de bras tendus pour souligner l’importance d’envoyer des dons. Les organisations caritatives ont déjà reçu 2,7 millions en deux jours et soulignent de la rapidité et la générosité des donateurs. Les estimations concernant les victimes néerlandaises sont de 25 à 30, voire 140 disparus à en croire le Telegraaf, et 10 morts.

NRC-HandelsbladLe chiffre officiel des morts en Asie atteint les 80.000

TrouwVille après ville dévastée à Aceh
Volkskrant80.000 morts rien qu’à Aceh

Algemeen Dagblad25 Néerlandais disparus
TelegraafTout le monde donne généreusement à l’Asie

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AFFAIRES INTERNATIONALES

Irak

Le leader du groupe CDA de la Deuxième Chambre, Maxime Verhagen, « veut que les troupes néerlandaises restent plus longtemps en Irak, et ne soient pas rappelées en mars, comme le souhaite le ministre de la défense Kamp (VVD), relève le NRC-Handelsblad.
« Ce n’est pas le moment », estime Verhagen, qui « souhaite que le ministre des Affaires étrangères Bot intervienne » sur cette question. Verhagen se réfère à l’avis des Britanniques, dont relèvent les troupes néerlandaises en Irak : « selon les Britanniques, il n’y a pas encore de pouvoir régional à Al Muthanna qui jouisse de suffisamment d’autorité. Les Pays-Bas ne peuvent partir que lorsqu’il y aura une autorité reconnu. » Verhagen est également d’avis « que les Américains s’apprêtent à impliquer davantage les Européens dans le processus de décision en Irak : ‘nous devons en tenir compte, ce n’est pas le moment de plier bagage’ ». Le NRC rappelle que jusqu’à présent, VVD et D66 soutiennent la décision du gouvernement de retirer définitivement les troupes néerlandaises au mois de mars. Le D66 et le PvdA préfèreraient voir l’effort militaire néerlandais transféré vers le Soudan ».

ACTUALITE INTERIEURE

Interview du président du groupe parlementaire libéral Jozias van Aartsen

Le Volkskrant publie sous le titre « la société a besoin de plus d’émotion » un entretien avec M. van Aartsen, où il rappelle, en introduction, que « Jozias van Aartsen a été désigné plus mauvais politicien de l’année ». Celui-ci réplique : « lorsqu’en 2003 on m’a élu meilleur politicien de l’année, j’ai dit, aujourd’hui Hosanna, demain la Croix. Je connais bien la conjoncture politique, qui monte et descend, avec des cycles qui deviennent de plus en plus courts ». M. van Aartsen reconnaît toutefois « que ce n’est pas une année rayonnante qui s’achève. Jusqu’au mois de mai, tout a bien été, et puis les plaies d’Egypte se sont abattues sur nous. Cela arrive parfois » Le Volkskrant précise que M. van Aartsen fait ici allusion à une interview de l’ancien leader du VVD, Hans Dijkstal, critiquant fortement la politique de la ministre VVD de l’intégration Rita Verdonk, à la démission de la secrétaire d’Etat à l’enseignement Anette Nijs, à la « publication par Geert Wilders d’un plan en dix points radical » qui « l’a rendu furieux : j’ai immédiatement appelé Wilders, et je lui ai dit clairement la vérité. Après les vacances je lui ai dit, défends ta position devant le groupe parlementaire, mais il s’est esquivé. Je le regrette, je l’aime bien ». Mais, poursuit le Volkskrant, « la véritable ligne de faille a été l’assassinat de Théo van Gogh. ‘Pour la politique et la société, cela a représenté une véritable rupture. Le VVD avait déjà lancé des avertissements - et s’était fait critiquer, personne n’aime les Cassandre’ », Interrogé sur les raisons qui le poussent à vouloir être leader du VVd, M. van Aartsen explique avoir « des idées sur les trois thèmes principaux du libéralisme du futur : travail, sécurité et éducation, le tout lié au rôle de l’Etat. Notez bien qu’en tant que libéraux, nous continuons de penser que l’Etat doit s’imposer aussi peu que possible. Mais sur un certain nombre de fronts, nous avons vraiment besoin de l’Etat : je veux parler de la cohésion de la société et de la politique d’intégration. La Sécurité avec un grand S est un problème qui dépasse les compétences du citoyen. On ne peut pas demander à une dame qui habite un troisième étage du Laakkwartier de résoudre le problème du terrorisme musulman. C’est le rôle de l’Etat. L’Etat doit également définir ce que l’on enseigne dans les écoles. L’enseignement est l’atelier de l’intégration. C’est là que l’on fabrique les citoyens d’une société ». La suggestion du Volkskrant selon laquelle il faudrait peut-être supprimer l’article 23, sur la liberté d’enseignement ne correspond pas encore au projet des libéraux : « dans la société où nous vivons maintenant, on n’inventerait plus un article 23. A l ‘époque, cela a été une concession des libéraux aux confessionnels. Je suis d’accord avec Bolkestein que la division de l’enseignement conduit à la division de la société. C’est pourquoi je ne suis pas favorable aux écoles musulmanes. Mais nous avons convenu, au sein de la coalition, de ne pas toucher à la liberté d’enseignement . Ce qui n’empêche pas le VVD de se préparer à la période suivante. Je n’exclue pas que la suppression des enseignements spéciaux figure au prochain programme électoral. » Sollicité de préciser comment, en tant que libéral, il se représente le rôle de l’Etat, Jozias van Aartsen parle d’ « un autre Etat. Pendant très longtemps, nous avons considéré l’Etat comme un fardeau, un élément de blocage du marché. Heureusement, ce gouvernement découvre qu’il y a autre chose que le marché. Et cela se fait en grande partie sous l’influence de ministres libéraux comme Rita Verdonk. Nous ne nous désintéressons plus des problèmes des vieux quartiers urbains. Non, nous intervenons avec un Etat plus énergique, plus efficace et plus politique. » Pour « former des bons citoyens », répond M. van Aartsen, « il faut insuffler davantage d’émotion dans la société, comme le font les Français et les Américains. Il y a les anciens thèmes de l’égalité entre les hommes et les femmes, du droit à la propriété, de la protection de la propriété, mais il faut bien plus, il faut un élément fédérateur. Pourquoi sommes-nous Néerlandais ? Je me reconnais beaucoup dans le discours de Paul Scheffer. Il est un représentant de ce que j’appelle les néo-patriotes. Je ressens moi aussi ce patriotisme. Pendant des siècles, les Pays-Bas ont accueilli des immigrants. Il y a deux cent ans, nous avons imposé aux synagogues l’usage de la langue néerlandaise. Mais nous ne l’avons jamais fait pour les mosquées. Nous avons négligé le transfert de nos valeurs. Il y a une génération qui a grandi en ignorant trop notre histoire. Alors que l’école se doit d’être le fondement de la nation. En ce qui me concerne, il faudra remettre l’accent sur l’enseignement de l’histoire ; il faudra parler de liberté, de tolérance, mais également des travaux Delta, de Cruijff et de van Basten. » Même s’il juge « excessif » de commencer la classe en chantant l’hymne national, comme le suggèrent ironiquement les journalistes, M. van Aartsen insiste sur sa « foi énorme dans ce pays. D’ici 10 ans, je veux une société qui offre des perspectives, où grandisse une jeunesse qui soit heureuse de vivre aux Pays-Bas. Qui dise : je ne vais pas à Harvard pour faire mes études, je ne vais pas à Londres pour être banquier, je ne vais pas à Milan pour être couturier, non, nous allons le faire ici, aux Pays-Bas ».

Sondage

Les lecteurs de l’Algemeen Dagblad ont élu le leader PvdA Wouter Bos homme politique de l’année.
« Il a battu la libérale Rita Verdonk dans une course au coude à coude », précise le journal de Rotterdam. « La médaille de bronze revient au député indépendant Geert Wilders. »
« Plus de 58.000 lecteurs se sont exprimés, Wouter Bos a finalement obtenu 1013 voix, Rita Verdonk 830, Geert Wilders 614. Jan Peter Balkenende, troisième l’an dernier, doit se contenter d’une quatrième place. Mais le Premier ministre a gagné haut la main l’élection du plus mauvais homme politique de l’année ».
Les participants au sondage commenté ainsi leur choix en faveur de Wouter Bos : « a fait un démarrage lent, mais s’améliore de jour en jour », « un homme politique qui vous interpelle, comme il se doit en politique », « réagit avec calme dans les périodes de grande tension », « clair, précis, pas de cinéma ».

Interview de l’imam de la Mosquée Al Tawheed

Le NRC-Handelsblad a obtenu une interview de l’imam de la mosquée d’Amsterdam « qui diffuse des livres approuvant la violence contre les homosexuels et l’excision des femmes. Dont Nova a diffusé des extraits de prêche subversifs. Qui est mise en relation avec la fondation saoudienne Al Haramain, dont les Etats-Unis affirment qu’elle est liée à Ben Laden. Le Sheik Mahmoud el Shershaby ne veut pas parler de ces ‘accusations injustes. C’est au juge de décider si la Mosquée doit être poursuivie, et je suis confiant, ce ne sera pas le cas’. Mahmoud el Shershaby a fait des études d’économie et de sciences coraniques au Caire, explique-t-il. (...) En 1987 il a fondé la Mosquée El Tawheed ; il en est devenu l’imam et a suivi des cours d’intégration ‘de langue néerlandaise, et sur le système d’éducation’. Il a depuis nommé deux autres imams, - des gens de trente ans qui ont étudié à l’étranger, dont il est très fier ». Après avoir expliqué au journaliste quelques bons préceptes de l’Islam, l’Imam répond à ses questions sur les Pays-Bas et les Néerlandais. « Quels sont les bons côtés des Néerlandais ? », lui demande Wubby Luiendijk. « Il réfléchit longtemps, garde le silence, puis dit : ‘autrefois, j’aurais répondu qu’ils étaient mieux que les Français, parce qu’ils n’étaient pas chauvins, mais maintenant je ne sais plus’. » Par « autrefois », explique-t-il, il entend « avant le 11 septembre 2001, avant les attentats de mauvais musulmans que je condamne vigoureusement. Je veux dire aussi avant l’assassinat de Pim Fortuyn. Depuis, j’ai un sentiment curieux vis-à-vis des Néerlandais. En y repensant je me demande si à l’époque, j’étais satisfait de l’hypocrisie néerlandaise. Maintenant, on ne parle plus que de haine des musulmans ». Concernant l’assassinat de Théo van Gogh il commente : « un individu, un musulman a commis une mauvaise action. Mais pourquoi tous les musulmans doivent-ils en être responsables. Lorsque vous élevez un enfant, en tant que parent, vous ne pouvez pas guider toute sa vie. Toute la colère retombe sur les mosquées, alors que ce garçon a grandi aux Pays-Bas et y a été scolarisé. Je trouve que les non-musulmans doivent réaliser qu’ils sont allés trop loin. Certains hommes politiques exploitent les sentiments des gens. Je trouve que les Pays-Bas sont tombés bien bas. » L’Imam reproche aux Néerlandais d’être « devenus de plus en plus matérialistes. Ainsi, les autres, les autres gens, sont devenus inintéressants, c’est moi, moi et moi. L’ambiance est devenue de plus en plus hargneuse, à cause des média et des hommes politiques. Certains hommes politiques emploient de grands mots pour faire fermer des mosquées ». Interrogé sur l’avenir des musulmans aux Pays-Bas, l’imam souligne que « l’avenir ne doit pas être considéré d’un seul point de vue matérialiste. On peut être un bon musulman dans un pays où la vie est difficile. J’entends beaucoup de gens qui se demandent dans quel pays ils pourraient aller. Ce sont souvent des jeunes, beaucoup de jeunes ».

Dernière modification : 30/12/2004

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