Revue de presse néerlandaise du vendredi 31 décembre 2004

Cinq jours après le raz de marée qui a frappé les rives de l’Océan Indien, les journaux relèvent l’arrivée des premiers cas de choléra en Inde et les exactions de certains militaires du Sri Lanka qui semblent plus occupés à chercher des objets de valeur dans les maisons dévastées qu’à réellement apporter de l’aide. Le Telegraaf note que le Premier ministre M. Balkenende est « très inquiet à propos de 30 personnes disparues en Thaïlande. Il est également très inquiet sur le sort de 500 Néerlandais dont il aimerait savoir où ils se trouvent. M. Balkenende a annoncé que mercredi prochain, dans toute l’Europe, trois minutes de silence seront respectées et les drapeaux seront mis en berne. » Le Telegraaf a réussi pour sa part à obtenir une interview d’Alicia, la fille illégitime du prince Bernard qui vit en Californie et constate amèrement que le prince aura gardé le silence 52 ans sur son existence, ce qui, note le grand quotidien populaire, « relativise l’excellence de la relation suggérée dans son interview posthume ».

NRC-HandelsbladLa Croix rouge : plus de 100.000 morts
TrouwLes militaires semblent être les véritables vautours
Volkskrant500 Néerlandais disparus
Algemeen DagbladL’aide à l’Asie démarre lentement
TelegraafMenace d’épidémie

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AFFAIRES INTERNATIONALES

Lutte contre le terrorisme

Le NRC-Handelsblad publie dans son supplément M un grand dossier sur les services de renseignements.
« Après la fin de la guerre froide, il a semblé, pour quelques temps, que les services de renseignements étaient devenus superflus ; mais c’était une erreur. L’ennemi statique du bloc de l’Est avait disparu, mais le monde s’est retrouvé confronté au terrorisme islamiste. L’Amérique s’est réveillée avec le 11/9, l’Europe a désigné en toute hâte, après Madrid, un coordinateur de la lutte anti-terrorisme. Et avec l’assassinat de Théo Van Gogh, le terrorisme a également fait son entrée aux Pays-Bas. Mais les services secrets sont-ils bien à la hauteur face au nouvel ennemi ? Un tour d’horizon des hauts responsables des services de renseignement en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Suède et aux Pays-Bas, pour tirer les leçons de la lutte contre le terrorisme », annoncent Michèle De Waard et Rob Schoof, qui ont rencontré, en France, Pierre de Bousquet, directeur de la Direction de la Surveillance du Territoire.

M. de Bousquet leur a expliqué que « nous avons affaire à un ennemi déterminé à ébranler les bases de notre société, pour la remplacer par une autre société, fondamentaliste ». (...) « En Europe de l’Ouest, les premières alertes remontent à une période pas très éloignée de la chute du Mur », rappelle le NRC. « C’est ainsi que les Français ont été considérés comme cibles par des Algériens radicaux depuis que Paris, en 1991, avait apporté son soutien au gouvernement algérien pour torpiller la victoire électorale des islamistes. Cela conduisit à la radicalisation de gens comme le Groupe Islamique Armé (GIA), infiltré avec succès par Al Quaida, qui s’introduisit ainsi en Europe. Dans le courant des années 90, la France a été à plusieurs reprises la cible d’attentats. ‘Pour nous, le tournant se situe en 1994, avec le détournement d’un Airbus d’Air France à Alger’. Les terroristes voulaient organiser, avec cet avion et ses 220 passagers, une opération suicide sur la tour Eiffel. Cela a échoué parce que l’avion a du faire un détour par Marseille pour prendre du carburant. Là, il a pu être pris d’assaut. ‘Ce détournement a provoqué un choc. C’était la première opération suicide au nom du Jihad’. La France a vu grandir le risque islamiste. Les idées radicales étaient diffusées de préférence dans le pays d’origine de beaucoup d’immigrés, au Maroc, où la population se montrait sensible à des variantes extrémistes de l’Islam, comme le salafisme. » (...) Les services de renseignements n’ont pas le sentiment d’être démunis face au terrorisme. Pour les services français, la priorité numéro un est d’infiltrer les réseaux radicaux, déclare le directeur des services français. Grâce aux liens coloniaux, ils ne manquent pas de traducteurs ni d’espions. Les Français interceptent naturellement des conversations téléphoniques, des e-mails, des communications dans des immeubles ou des voitures. ‘Les sources humaines sont très importantes, mais il va de soi que pour nos opérations, nous faisons usage de toutes les techniques modernes. L’ennemi ne se prive pas de s’en servir’ ». (...) « Ce qui est primordial dans la lutte contre le terrorisme, c’est la coopération entre les services européens, déclarent Thornberg, De Bousquet, Uhrlau et d’autres experts des renseignements ». (...) « Des études sur la phase qui précède la radicalisation des musulmans ont également été effectuées en France, où le service de recherche des services de renseignements, la Direction Centrale des Renseignements Généraux, a réalisé l’été dernier une étude sur plus de 600 quartiers sensibles où l’on signale une augmentation du nombre des jeunes musulmans radicaux. ‘Il est difficile de parler de groupes’, explique le directeur de la DST de Bousquet. Souvent, ce sont des amis du même quartier, des jeunes en situation d’échec, dans leurs études, leur travail, frustrés sur leur propre situation et celle de leur famille. Dès qu’ils se retrouvent autour d’une personnalité religieuse fortement charismatique, à la mosquée ou à la maison, il peut se former un groupe qui développe des conceptions radicales. En surveillant les conversations téléphoniques entre musulmans, le service français entend des dialogues inquiétants, qui justifient une vigilance accrue. Par exemple lors d’une réunion dans un centre islamiste à Paris, où se sont rencontrés récemment des hommes salafistes et des femmes voilées, dont rend compte le livre ‘les islamistes sont déjà là’, publié par deux journalistes d’investigation. » (...) « L’infiltration joue un rôle essentiel pour pouvoir identifier les recruteurs de jeunes musulmans radicaux. » (...) « Les services français estiment le nombre d’extrémistes islamistes à plusieurs milliers, voire dizaines de milliers ». (...) Les Pays-Bas comptent, potentiellement, 5000 musulmans fondamentalistes, sur un total de 900.000 musulmans. Le noyau dur, qui est prêt à utiliser la violence, et fait l’objet d’une surveillance par l’AIVD, se compose de 100 à 200 personnes ». (...) « Les services français ne sont pratiquement pas entravés par des questions de protection des données personnelles. Pour mettre en place des écoutes téléphoniques, il existe une procédure n’impliquant pas de juge ; l’intérêt de l’Etat prime sur celui du citoyen. » (...) « Il y a un grand obstacle à la coopération européenne dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Pierre de Bousquet frémit à l’idée d’une lutte contre le terrorisme au niveau européen. ‘La coopération dans un FBI européen est impossible dans les circonstances actuelles, parce que les pays ont des lois et des systèmes juridiques différents, et une organisation différente de leurs services secrets par rapport à la sécurité nationale’. Dans un pays centralisé comme la France, le rêve de FBI national de Schilly est une réalité depuis des décennies. Services de renseignements, police et justice sont associés dans la lutte contre le terrorisme. ‘Nous pouvons rassembler des renseignements, enquêter, arrêter des suspects, les juger, et si nécessaire expulser. C’est très efficace. » (...) « Que va-t-il se passer si en Europe, le groupe de jeunes immigrés sans perspectives grandit dans la frustration de ne pas trouver sa place dans cette société ? C’est une question que se pose le directeur de la DST. Cela dépasse les compétences de la DST, c’est un message qu’il faut adresser aux responsables politiques. Il est essentiel d’intervenir de façon préventive, et le chef français des services de renseignements entend par ce terme tout autre chose que la Maison Blanche. ‘Nous ne devons pas être naïfs. Lorsque l’on a affaire à un opposant déterminé à saper les bases de notre société, nos sociétés doivent s’armer au maximum - en préservant les valeurs qui nous lient dans notre vieille Europe, telles que les droits de l’Homme, l’état de droit et la liberté d’expression’. Mais simultanément, les services - avec toute l’attention qu’ils portent aux extrémistes islamistes - ne doivent pas perdre de vues d’autres menaces, déclarent De Bousquet comme Van Hulst », faisant allusion à la dissémination d’armes de destruction massive et biologiques en Corée du Nord, au Pakistan, en Inde, en Iran, et qui « constituent une menace sérieuse ».

ACTUALITE INTERIEURE

Dans une réflexion sur l’année écoulée, Paul Scheffer, dans HP/De Tijd, estime que « la question n’est pas de savoir s’il y aura un autre attentat, mais quand. Nous sommes confrontés à un dilemme déchirant : allons-nous recourir à la solution classique, le compromis, ou - et c’est plutôt ma position - allons-nous dire, notre pays est confronté à un nouveau problème que l’on ne peut pas résoudre par le compromis. (...) Il faut se demander comment nous nous sommes retrouvés dans un tel dépôt de munitions. On ne s’en sortira pas avec une pacification ou une vieille loi contre le blasphème. Nous vivons maintenant dans un pays où il faut nommer les choses par leur nom. Il faut être sur la défensive. C’est une attitude qui correspond aussi à la tradition néerlandaise. Il faut en premier lieu être loyal vis-à-vis de l’état de droit démocratique, et non pas à ce que prescrit un livre sacré ».

AFFAIRES FRANCAISES

L’Algemeen Dagblad consacre une grande page au « Walhalla » des soldes, Paris.

Dernière modification : 16/02/2012

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