Revue de presse néerlandaise du lundi 4 avril 2005

Le pape Jean Paul II est décédé "sereinement" samedi à 21 heures 37. Le Polonais Karol Wojtyla, né à Wadowice il y a 84 ans, a été l’un des papes les plus marquants de l’Eglise catholique, de l’avis de l’ensemble de la presse, qui salue notamment le rôle important qu’il a joué dans la chute des régimes communistes en Europe de l’Est.

De Telegraaf : "Le monde est rempli de respect - La foule en deuil à Rome pour le pape bien-aimé"
de Volkskrant : "Long applaudissement pour le pape décédé - Selon le Vatican son dernier mot était ’amen’", "Wadowice, en Pologne, a perdu ’un parent’", "A l’issue du show, le vide" (nécrologie de Jean Paul II), "Le résultat du congrès D66 fait du bien au CDA et au VVD"
Algemeen Dagblad : "Le monde en deuil pour le pape - Jean Paul II (1920 - 2005)", "Le cœur du pape est déjà en Pologne", "Soulagement à l’issue du congrès D66"
Trouw : "Les cardinaux réunis à Rome - La Pologne espère toujours, mais le Vatican prépare les funérailles du pape"

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Le dossier du jour : Congrès D66
"Les partis de coalition CDA et VVD sont soulagés à l’issue du congrès spécial du D66, où les membres ont décidé que le plus petit parti gouvernemental ne quitterait pas la coalition", relève le Volkskrant à la une. "Le premier ministre Balkenende a déclaré ’qu’il est bon que le gouvernement puisse poursuivre des réformes qui sont tellement urgentes’."
"Le D66 a tenu un congrès parfois tumultueux à La Haye, samedi. Plus de 2 500 membres étaient venus au Congresgebouw pour débattre avec la direction du parti de l’accord pascal que le leader du parti, Dittrich, a conclu il y a une semaine et demie avec le CDA et le VVD. Si les membres avaient voté contre, l’existence du deuxième gouvernement Balkenende aurait été en danger et la direction du parti D66 aurait probablement démissionné."
"Le leader VVD Van Aartsen a parlé d’une ’décision raisonnable après un beau congrès’. Le président du groupe parlementaire CDA, Verhagen, a déclaré qu’il s’attendait à ce que ’la coalition en sorte renforcée’. Les leaders d’opposition Bos (PvdA) et Halsema (GroenLinks) estiment que le D66 ’craint les élections’."
"C’est surtout en brandissant la menace d’élections que la direction du parti a convaincu les membres de ne pas voter contre. Le vice-premier ministre Brinkhorst a donné le ton au début de la réunion : ’Il s’agit de l’avenir des Pays-Bas’. Le fondateur du D66, Van Mierlo, qui avait douté ouvertement de l’accord la semaine dernière, a dit que c’était surtout pour cela qu’il voterait pour."
"Le leader du parti, Dittrich, a d’emblée fléchi les genoux devant les congressistes. La semaine précédant le congrès, il avait tout fait pour qu’Alexander Pechtold prête serment en tant que nouveau ministre de la Rénovation administrative. Il avait ainsi mis le congrès au pied du mur, disait-on. Dittrich : ’Je regrette, j’ai mal apprécié la situation’."
"Le sentiment dominant de ceux qui ont voté ’oui’ au congrès D66 était de ne pas entraver le calendrier (de réforme) du gouvernement. En cas d’élections, le PvdA pourrait gagner, de même que l’extrême droite et l’extrême gauche. La réforme du système social, de la WAO [incapacité de travail] et l’introduction d’un nouveau système de soins pourrait alors être annulée ou affaiblie."
"En optant pour l’accord pascal et l’acceptation d’une rénovation administrative limitée, le congrès a en fait voté pour une réorientation des principes du parti. En 1966, le D66 a surtout été fondé pour réaliser la rénovation constitutionnelle des Pays-Bas."
"Sous l’influence du fondateur du D66, Hans van Mierlo, la direction du congrès a affirmé que le parti s’engagerait dans les élections comme parti indépendant", note le Trouw (p.5). "Van Mierlo considère toujours le CDA et le VVD comme ’des partis conservateurs’ et le PvdA comme un allié naturel. Bien qu’une ambiance nettement anti-PvdA régnât au congrès, il a su éviter un nouvel éloignement. Dittrich a affirmé qu’avec l’accord pascal le parti ne préparait pas la formation d’un bloc avec le CDA et le VVD."
Pour l’éditorialiste du Volkskrant, "le D66 pourra s’engager dans les élections comme le parti de la réforme administrative". "Mais cela ne changera rien au fait que le gouvernement Balkenende n’aura pratiquement rien à offrir aux électeurs en 2007, concernant l’élection des maires et la rénovation du système électoral."
Le Telegraaf fait valoir que "le congrès D66 a pris la seule décision juste qu’il pouvait prendre". "Il a soutenu l’accord pascal de la coalition gouvernementale, évitant ainsi la chute prématurée du gouvernement et des élections anticipées. Il a également évité que la direction du D66 ne soit désavouée, que le parti n’entre en crise et que le PvdA ne soit récompensé."

Actualité internationale

Jean Paul II
"Le médiagénique pape était populaire partout, sauf aux Pays-Bas", souligne le Volkskrant (p.5) dans un article de fond. "Lorsque Karol Józef Wojtyla est devenu pape en 1978, les relations entre les Pays-Bas progressifs et la Rome conservatrice étaient au point le plus bas. Lors de sa visite aux Pays-Bas en 1985, Wojtyla n’a pas réussi à dégeler cette relation glaciale."
"’Les catholiques néerlandais : Le pape n’est pas bienvenu’, titrait l’hebdomadaire Elsevier peu avant la visite papale. Un sondage d’opinion NIPO avait montré que seulement 3 pour cent des catholiques néerlandais étaient ’contents, heureux’ de sa venue, 24 pour cent se tournaient franchement contre lui et 43 pour cent étaient indifférents à sa visite." "La raison de cette hargne réciproque résidait dans la diligence avec laquelle les catholiques néerlandais appliquaient le Deuxième Concile du Vatican." "Les catholiques néerlandais était devenus résolument modernes et séculiers, ils faisaient un usage massif des préservatifs et de la pilule et ne rejetaient pas l’avortement et l’euthanasie. Les prêtres néerlandais avaient désormais du mal à accepter le célibat. ’Il y avait constamment des irritations, à Rome à propos des catholiques néerlandais têtus, aux Pays-Bas à cause des nominations conservatrices’, explique Peter Nissen, de l’Université de Nimègue. ’A Rome, les Pays-Bas étaient considérés comme l’élève le plus turbulent de la classe.’ Henri de Bok, ancien secrétaire général de l’Université de l’Ordre des Dominicains à Rome, estime que Jean Paul II aurait pu réagir beaucoup mieux aux tensions réciproques. ’Ses nominations d’évêques conservateurs ont eu un effet contre-productif’, pense De Bok. ’Il a nommé uniquement des béni-oui-oui, des vassaux du Vatican. Il s’est ainsi aliéné de plus en plus les catholiques néerlandais’."
"Nissen pense qu’en définitive les catholiques néerlandais vont rectifier leur image de Wojtyla. ’Il était progressiste dans les questions sociales. Il critiquait vivement les régimes totalitaires et le néolibéralisme. Dans ce domaine il était plus gauchiste que maint parti social-démocrate d’Europe’."
"Jean Paul II était surtout conservateur dans le domaine de la tradition ecclésiastique et de la morale sexuelle", remarque l’éditorialiste du Volkskrant. "Il n’était pas question de supprimer le célibat, les prêtres de sexe féminin étaient impensables. L’homosexualité n’était pas conforme aux desseins du Créateur. L’interdiction des préservatifs a été très nuisible, l’Eglise a ainsi entravé la lutte contre le sida en Afrique."
"De telles conceptions sont inadmissibles pour beaucoup d’Européens de l’Ouest, et certainement pour les catholiques progressistes des Pays-Bas. Le pape ne voyait-il pas que les églises se vidaient et qu’on trouvait de moins en moins de prêtres ?"
"Il y a peu de chances que le nouveau pape suive un tout autre cap. Le pontificat de Jean Paul II a été d’une longueur inhabituelle, de sorte qu’il a pu organiser l’Eglise à sa guise. Il a lui-même nommé la plupart des cardinaux. Cette garde conservatrice s’inspirera du pontificat de Karol Wojtyla, qui a combiné une interprétation moderne de son sacerdoce et le maintien d’une morale très traditionnelle."
"Le monde a certainement perdu une personne remarquable", selon le Trouw. "Les censeurs et les sceptiques l’ont trop souvent identifié à sa maladie, sa vieillesse, sa sombre mission dans un monde pervers. Avec les années, la joie de sa ’bonne nouvelle’ était effectivement de plus en plus difficile à trouver. Des thèmes comme l’avortement, la sexualité, une culture de jouissance et de mort semblaient alors son unique préoccupation. Mais malgré cette insistance monotone il a parfois su communiquer sa foi [...] en un grand secret qui n’est pas de ce monde, mais dont le monde a grand besoin. Il a ainsi touché des millions de personnes du monde entier, peut-être encore plus qu’avec ses sermons. Inversement, il s’est aliéné et a offensé des millions d’autres personnes de bonne volonté par ses paroles et ses idées rigides."
"L’histoire retiendra trois faits d’armes comme étant à l’honneur du pape : en premier lieu sa contribution à la fin de la Guerre froide et à la chute du communisme est-européen ; en deuxième lieu le pas de géant franchi par Rome en ce qui concerne le judaïsme et Israël ; en troisième lieu la reconnaissance d’autres religions, ne serait-ce que comme partenaires pacifiques, et la réprobation de la religion en tant que germe de guerre."
Le journal chrétien progressiste conclut en exprimant l’espoir que le successeur de Jean Paul II sera "quelqu’un qui se sentira libéré de son carcan spirituel, qui n’était pas léger - quelqu’un qui ne choisira pas de s’appeler Jean Paul III".
L’Algemeen Dagblad attire aussi l’attention sur la personnalité "impressionnante" du pape décédé. Mais "le pontificat de JP II n’a pas été un grand succès sur tous les points". "Dans les questions éthiques, surtout, il se cramponnait à la morale de l’Eglise." "Le résultat est que l’Eglise catholique en Europe - où elle a jadis connu son plus grand essor - est en proie à une forte régression."

Constitution européenne
"Les Pays-Bas voteront le 1er juin pour ou contre la Constitution européenne", rappelle le Volkskrant (p.2) "et le gouvernement va informer la population - pas trop objectivement. Depuis dimanche, le site Internet www.grondweteu.nl est en ligne. Le gouvernement y donne des explications, le secrétaire d’Etat Nicolaï (Affaires européennes) tient un journal en ligne et il y a une page d’informations."
"Le service d’information du gouvernement Rijksvoorlichtingsdienst ne s’en cache pas dans un communiqué de presse : le site ne sera pas objectf. Le gouvernement, en effet, a déjà apposé sa signature sous la Constitution le 29 octobre 2004. Le gouvernement est pour la Constitution et donc le site explique dans le détail pourquoi elle est bonne. ’Tout le monde est conscient de l’importance d’un engagement commun pour l’Europe et la Constitution européenne, et du rôle que tous les responsables politiques doivent y jouer’, dit Nicolaï dans le premier message de son journal en ligne."

Pays-Bas - Darfour
Les Pays-Bas dégagent 30 millions d’euros supplémentaires pour l’aide d’urgence aux camps de réfugiés de la région du Darfour (Soudan occidental). C’est ce que la ministre Van Ardenne (Coopération), qui est actuellement en visite au Soudan, a annoncé hier. Les fonds néerlandais iront directement à des organisations comme l’Unicef et le Programme alimentaire mondial, qui sont actives dans la région touchée (de Volkskrant p.2, De Telegraaf p.3).

Economie, Finances

Rétablissement économique et chômage
Selon le Conseil pour le travail et le revenu (RWI), le rétablissement économique des Pays-Bas ne fera pratiquement pas baisser le nombre de demandeurs d’emploi. La plupart n’ont pas une formation suffisante et beaucoup de salariés ayant une formation supérieure partent à la retraite. Selon le RWI, les problèmes du marché néerlandais du travail sont structurels.
Dans un proche avenir il faudra remplacer les salariés de la génération d’après-guerre, qui ont généralement une formation supérieure, alors que l’offre sur le marché du travail correspond de moins en moins aux exigences des employeurs. De plus, les salariés de formation supérieure travaillent relativement souvent à temps partiel, ce qui aggrave la pénurie.
L’avertissement du RWI est conforme à la recommandation faite par l’OCDE à La Haye, la semaine dernière. Selon l’OCDE, les Pays-Bas doivent former beaucoup plus de scientifiques (Trouw p.10).

Pays-Bas - Chine
"ING doit sa prise de participation dans la banque chinoise Bank of Bejing en grande partie au lobbying du premier ministre Jan Peter Balkenende", écrit le Financieele Dagblad à la une. "C’est ce que dit le dirigeant Alexander Rinnooy Kan d’ING dans un entretien avec notre journal. ’Une délégation lourde dirigée par le chancelier fédéral Schröder a plaidé en faveur de la Deutsche Bank, début décembre à Pékin. Heureusement, nous avons bénéficié à l’époque de beaucoup de soutien de la part du premier ministre’, déclare Rinnooy Kan. Le même mois, Balkenende, dans le cadre de la présidence néerlandaise de l’Union européenne, recevait à La Haye le premier ministre chinois Wen Jiabao. La vente de 19,9 pour cent de Bank of Bejing a été abordée durant un entretien bilatéral. Rinnooy Kan : ’A nos yeux c’était indispensable."
"ING a payé 166 millions d’euros pour sa participation dans la banque urbaine commerciale chinoise. Au total, dix banques étrangères étaient intéressées."

Affaires françaises

Le Trouw (p.11) de samedi a rendu compte sans commentaire d’un rapport sur les conséquences du nuage de Tchernobyl en France.

L’Algemeen Dagblad (p.33) a consacré un article aux centres de soins à Paris.

Dans le supplément mensuel du NRC Handelsblad de samedi, Pieter Kottman a publié une chronique illustrée de 10 pages de la présidence de Jacques Chirac. "Cela fera dix ans ce mois-ci que Jacques Chirac réside à l’Elysée. En tant que président il a encore deux ans à faire, mais il rêve d’un troisième mandat. Depuis peu, il a un rival redoutable, Nicolas Sarkozy, qui a été deux fois ministre et qui a entre-temps repris le parti de Chirac, l’UMP. Portrait d’un surviveur français typique, qui n’obtient pas beaucoup de résultats à l’intérieur, mais qui marque des points avec l’image de la France à l’étranger."

Ce matin, l’Algemeen Dagblad (p.11) contient une interview de la femme de lettres Fred Vargas, à l’occasion de la parution d’un de ses romans policiers en traduction néerlandaise : "Dans les brisées de Maigret".

Dernière modification : 04/04/2005

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