Revue de presse néerlandaise du lundi 11 avril 2005

- Trouw Pas de heurts sur le Mont du temple ; Les Orange bienvenus à la messe de requiem pour le Pape
- Volkskrant Une école islamique intégrée dans un groupe scolaire
- Algemeen Dagblad Augmentation du prix des sépultures
- Telegraaf Enigme du vol à destination de Mexico ; Hirsi Ali parmi les grands de la Terre

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AFFAIRES INTERNATIONALES

Hirsi Ali

Les journaux expliquent que la député libérale Ayaan Hirsi Ali a été inscrite par l’hebdomadaire américain Time sur la liste des 100 personnalités les plus influentes de 2005. « Elle figure sur une liste comprenant des leaders mondiaux comme George W. Bush, le premier ministre israélien Sharon et le président sud-africain Mbeki. Time qualifie la député VVD de ‘personne qui se bat pour ses convictions’.
Aux Etats-Unis, après l’assassinat de Théo Van Goh, de nombreux articles sont parus sur la confusion politique et culturelle aux Pays-Bas. Hirsi Ali, dont le New-York Times Magazine a déjà publié un long portrait la semaine dernière, tient une place importante dans ces publications, où elle est présentée comme femme occidentale d’origine somalienne qui ose s’attaquer à l’intolérance de l’Islam, plus particulièrement vis-à-vis des femmes. C’est une attitude que les Américains admirent. Le fait qu’elle ait dû se cacher après l’assassinat de Théo van Gogh ne fait que rehausser son image », note le Volkskrant., qui ajoute que « Time a invité Hirsi Ali et tous les autres élus à un dîner à New-York vers la fin du mois. Selon l’ANP, elle considère cette invitation comme un grand honneur et a l’intention de l’accepter. »

ACTUALITE INTERIEURE

Antilles néerlandaises

Le choix de la population de Curaçao pour un statut autonome a été relevé par l’ensemble de la presse.
« Les leaders politiques de Curaçao sont satisfaits que la population ait opté vendredi par référendum en faveur d’un ‘status aparte’. Le Premier ministre Ys a fait savoir qu’il se rendrait au plus vite à La Haye pour discuter de l’avenir institutionnel de l’île », indique le Volkskrant. « 68% des électeurs de Curaçao se sont prononcés en faveur de l’autonomie. Le ministre des Relations au sein du Royaume, M. Pechtold, se rendra dès cette semaine à Curaçao pour concertation avec les dirigeants de Curaçao et des Antilles. Il a souligné que de nombreux problèmes doivent encore être résolus, tels que la situation financière de l’île. Selon le vice-premier ministre antillais Errol Cova, la plus grande île des Antilles a opté de façon convaincante pour la souveraineté. »
Le Volkskrant rappelle que « Curaçao et Saint-Eustache étaient les deux dernières îles à devoir encore se prononcer par référendum sur leur futur statut institutionnel. Comme prévu, une forte majorité des électeurs de Curaçao à choisi l’option A, conférant à l’île un statut d’autonomie comparable à celui d’Aruba. 23% seulement préféraient rester au sein du Royaume des Pays-Bas, en tant que commune ou province. Les habitants se sont montrés peu favorables à l’indépendance (5%) ou l’appartenance aux Antilles néerlandaises (4%). 54% des quelques 115.000 électeurs que compte Curaçao 130.000 habitants) ont pris part au vote. Sur l’île de Saint Eustache, 75% des 1439 inscrits sur les listes de vote ont préféré l’appartenance aux Antilles néerlandaise. 56% des 2500 habitants ont voté. Saint Eustache est ainsi la seule île antillaise à continuer à croire dans cette structure. En 2000, Saint-Matin s’était déjà prononcée pour le ‘status aparte’ ; l’an dernier, Saba et Bonaire ont demandé un lien direct entre leur île et les Pays-Bas.
Le résultat du referendum de Curaçao, organisé par les autorités locales, fournira le cadre des discussions avec les Pay-Bas sur l’avenir de Curaçao et des quatre autres îles. Une Table Ronde sur ce sujet est prévue en juillet à La Haye. »
Pour Stieven Ramdharie, dans le Volkskrant, « le résultat de ce vote devrait faire comprendre aux responsables locaux et de La Haye que le temps est venu de prendre des décisions .... Maintenant que La Haye connaît la volonté des cinq îles, il faudra, dès cette année, trancher après de années de discussions sur l’avenir institutionnel des îles. S’il apparaît qu’un status aparte est le meilleur modèle pour certaines îles, il ne faudra pas rejeter d’emblée cette solution. »

Maison d’Orange et catholicisme

Ton Crijnen explique dans le Trouw de samedi que « Les Orange n’ont jamais été anti-catholiques ».
« Grâce à Guillaume d’Orange, les Pays-Bas n’ont jamais été une théocratie calviniste. Les catholiques n’ont jamais été persécutés. Ses fils Maurits et Frederik Hendrik ont poursuivi sur la même ligne. Le premier a pris les catholiques sous sa protection dans ses domaines - à savoir la baronnie de Breda ; le deuxième a refusé d‘apporter son soutien à la volonté du synode reformé de protestantiser les nouveaux Pays de la Généralité (Brabant septentrional, parties du Limbourg, Flandre zélandaise). Il a vécu pendant de nombreuses années avec la catholique Magarethe van Mechelen. Willem II (1647-1650) a lui aussi toléré les catholiques dans ses domaines. Le roi stadhouder Willem III a contribué à donner en 1678 aux prêtes catholiques une sorte de statut légal. Les deux derniers stadhouders, Willem IV et V , 1766-1795, trouvaient que tout Néerlandais avait le droit de vivre librement sa religion. Sous le roi Willem I (1813-1840), l’autorité royale a pesé plus sévèrement sur le synode réformé que sur le clergé catholique ; à la fin de sa vie, il a épousé une comtesse catholique. Son fils, Willem II (1840-1848), avait des sympathies catholiques, même s’il n’a jamais été le crypto-catholique que les protestants voyaient en lui. Le roi Willem III (1848-1890) a, dans le privé, vivement critiqué l’anti-papisme des cercles protestants ; après la restauration de la hiérarchie épiscopale en 1853 - réalisée de façon peu élégante par Rome - il a ignoré l’appel à une intervention royale.

Le fait que Wilhelmine, à titre personnel, aimait peu les catholiques, est dépourvu d’influence institutionnelle ; aucune discrimination des catholiques n‘a pu être constatée sous son règne. Son séjour à Londres (1940-44), où elle a été en contact avec des résistants catholiques, a adouci son jugement sur l’église catholique. Lorsqu’en 1964 Juliana a annoncé que sa fille Irène était devenu catholique, elle pleurait. Mais lors du mariage de son petit-fils Maurits avec la catholique Marlène van den Broek (1998), elle est allée communier. La reine Beatrix n’a jamais non plus manifesté d’anti-catholicisme, et elle a rencontré le Pape deux fois. »

Le Volkskrant publie dans ce contexte une lette ouverte de l’ancien Premier ministre Dries Van Agt au vice Premier ministre Zalm.

M. van Agt a reproché la semaine dernière au gouvernement néerlandais la faible représentation, à ses yeux, des Pays-Bas aux obsèques du Pape Jean-Paul II, qui aurait été une « insulte » à la communauté catholique. Le vice-Premier ministre a rétorqué à l’issue du conseil des ministres de vendredi dernier qu’à l’époque de M. van Agt, les Pays-Bas n’avaient envoyé qu’un ministre des affaires étrangères aux enterrements de Paul VI et Jean-Paul I. M. Van Agt, dans sa réplique de ce matin, fait remarquer que « Jean-Paul II a été bien plus que le chef spirituel de l’Eglise catholique. Il s’est attaqué à des problèmes de niveau mondial : la dictature communiste en Europe de l’Est, l’affaiblissement de l’ordre international et des Nations-Unies, la misère criante du monde et le manque de justice sociale. Jean Paul II a voyagé dans le monde entier, il a rendu visite à 129 pays, dont les pays-Bas. Son pontificat a été unique. Comme le montre le nombre de personnalités qui ont assisté à ses obsèques - beaucoup plus nombreuses et importantes qu’en 1978 - presque tous les responsables mondiaux l’ont compris, sauf ceux de La Haye ».

« Etre contre le modèle Polder, c’est être contre les Pays-Bas », titre le Trouw de samedi au-dessus d’un entretien avec l’historien Herman Pleij, professeur à l’Université d’Amsterdam.

« Les Pays-Bas tel que nous les connaissons se sont formés au Moyen-Age », explique H. Pleij. « C’est à cette époque qu’ont été jetés les fondements de notre culture : une tradition de liberté d’expression et de respect pour les convictions des autres, une tradition d’importance de la responsabilité individuelle. Erasme a été un des premiers à exprimer et à véhiculer ces idées. Cela a finalement débouché sur le modèle polder, tant critiqué ces derniers temps. Tous les pays ont une histoire fondée sur des batailles ; les Pays-Bas sur des idées, ce qui rend parfois difficile l’histoire néerlandaise. (...) Cela a commencé à l’époque où les habitants de ce pays ont commencé à l’assécher, uniquement pour survivre. Ensuite, il s’avéra que l’eau était une source de richesse. Elle permettait de transporter toutes sortes de choses, mais il fallait veiller à ce que les voies de communication restent ouvertes ; les querelles n’étaient pas bonnes pour le commerce.(...) Dès le Moyen-Age, les Pays-Bas ont connu une culture typiquement urbaine, de villes qui se faisaient concurrence, en l’absence de tout pouvoir centralisé. La concurrence entre les villes passait par le commerce, et non pas par la guerre, comme dans d’autres pays ; la guerre aurait des conséquences désastreuses pour le commerce, raisonnaient les habitants. (...) C’est un moine de Rotterdam, Erasme, qui aux alentours de 1500, développa l’idée que chaque groupe avait droit à sa propre vision. Il ajouta une dimension à l’idée de ‘modèle polder’, dépassant la conception de coopération mutuelle. Selon Herman Pleij, Erasme est le fondateur de la tradition unique des Pays-Bas de tolérance et de liberté d’expression. ‘Erasme a formulé le fondement spirituel et scientifique du modèle polder. Celui-ci est alors devenu beaucoup plus que de simples réunions en vue de prendre telle ou telle décision. Il a évolué vers l’idée de respect de ceux qui pensent différemment. Et l’idée qu’il faut s’engager dans un débat en se laissant guider par sa propre conscience.(...) 500 ans plus tard, la leçon d’Erasme peut paraître banale. Mais à cette époque, c’était très, très exceptionnel. C’est dans cette tradition que se place Guillaume d’Orange. Il a fini, à partir de 1572, par faire la guerre à l’Espagne, afin de faire de la liberté de conscience le fondement de la République, le début institutionnel des Pays-Bas actuels’. Ces derniers temps, H. Pleij a été agacé par les critiques qu’il considère comme ‘vulgaires’ du modèle polder. ‘Depuis la fin de la coalition Violette, on ne reconnaît plus aucune qualité à ce modèle’. Mais ceux qui le critiquent - entre autres le ministre Brinkhorst et Ayaan Hirsi Ali - ne connaissent pas les faits. Ils ne savent pas ce que celui-ci représente réellement. Dans la pratique, le modèle polder fonctionne parfaitement depuis des siècles pour beaucoup de Néerlandais. (...) L’historien est persuadé que la tradition de débat et de critique du modèle polder est la seule solution aux problèmes actuels des Pays-Bas. Cette fois encore, il y a des intérêts très divergents entre différents groupes de population. ‘Les Pays-Bas ont acquis une grande expérience au fil des siècles dans l’intégration de groupes de population ayant d’autres conceptions’. (...) Mais cela signifie que les nouveaux venus doivent accepter la coopération et doivent pouvoir revoir leurs conceptions à la lumière du débat et de la critique. De ce point de vue, les idées d’Herman Pleij ont pris un virage radical ces derniers temps : ‘je faisais partie de ceux qui pensaient que notre culture de tolérance devait permettre aux nouveaux venus - surtout des musulmans - de s’épanouir comme ils l’entendaient. Ensuite, le reste viendrait automatiquement. J’ai été naïf. Des gens comme Frits Bolkstein, Pim Fortuyn - même si son style est très éloigné du mien - et Paul Scheffer ont a juste titre fait mention d’un nouveau problème. Une partie des musulmans est en train de se radicaliser et ne veut en aucune façon coopérer au modèle polder ; car ils sont opposés au monde occidental. Mais l’existence des Pays-Bas repose sur cette volonté de coopérer. Etre contre le modèle polder, cela veut dire être contre les Pays-Bas’ ».

AFFAIRES FRANCAISES

Le Trouw de ce matin évoque un « nouveau regard sur Mitterrand », faisant allusion au film « le promeneur du Champs de Mars » et au procès actuellement en cours des écoutes de l’Elysée.

Dernière modification : 11/04/2005

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