Revue de presse néerlandaise du lundi 18 avril 2005

La rencontre Feyenoord-Ajax, un classique du football néerlandais, a été marquée dimanche par les plus graves affrontements entre hooligans et forces de l’ordre que les Pays-Bas aient connues depuis des années. Sept policiers et au moins trois émeutiers ont été blessés.
Une majorité de la Deuxième Chambre propose de ne plus autoriser les supporters de l’équipe invitée à l’accompagner pour les matches à risque.

Trouw : "Donner craint la guerre si l’on dit ’non’ à la Constitution européenne", "Violentes émeutes après Feyenoord-Ajax"
de Volkskrant : "Appel à l’interdiction des supporters après les émeutes - Des policiers blessés et 43 arrestations après le duel Feyenoord-Ajax", "’Brûlez avec précaution le portrait du premier ministre’ - Tokyo soupçonne Pékin d’aviver les manifestations antijaponaises en Chine", "L’attente de la fumée blanche commence" (conclave à Rome)
De Telegraaf : "Colère à propos des émeutes", "Ajax bat Feyenoord", "Simonis sait déjà pour qui il va voter" (conclave)
Algemeen Dagblad : "Appel à une action dure contre les hooligans - 1 300 vandales démolissent deux trains - Les NS : des centaines de milliers d’euros de dégâts - 43 supporters arrêtés", "Simonis a déjà fait son choix"

* *

Le dossier du jour : Constitution européenne

"L’opposition à la Constitution européenne s’accroît parmi la population", annonce le Volkskrant de samedi dans son grand article à la une. "C’est ce qui ressort d’un sondage d’opinion encore confidentiel effectué par le gouvernement. Les partisans sont majoritaires, mais leur avance s’est réduite en quelques semaines à un peu plus de 10 pour cent. Le gouvernement a décidé vendredi de faire pleinement campagne pour éviter que le référendum du 1er juin sur la Constitution ne tourne au fiasco."
"’J’adopterai une attitude active durant la campagne’, a déclaré le premier ministre Balkenende après le conseil des ministres. Selon lui, tous les ministres sont ’extrêmement motivés’ pour défendre la Constitution."

"Selon des sources proches du gouvernement, Balkenende et son équipe ne sont pas sûrs que leur campagne aura l’effet voulu. Ils craignent que ce soient surtout les adversaires de la Constitution qui se sentent appelés à participer au premier référendum national."
"Le gouvernement s’est penché vendredi sur les résultats de l’enquête auprès des électeurs, la troisième de l’année. La tendance est nette : à mesure que la date du référendum se rapproche, le soutien à la Constitution s’effrite. Le gouvernement a sondé les participants à l’enquête à deux moments : au début, lorsqu’ils ne savaient rien ou presque rien du contenu du volumineux et difficile document, et plus tard, lorsqu’ils étaient informés. En mars, environ 45 pour cent des électeurs étaient encore spontanément pour la Constitution, maintenant ils ne sont plus que 40 pour cent."
"Environ 70 pour cent de la population se sentent mal informés. Néanmoins, les trois quarts des personnes interrogées disent qu’elles voteront ’probablement ou certainement’. Les partis politiques se contenteront d’un taux de participation de 30 pour cent. CDA, PvdA, GroenLinks et D66 ont fait savoir que dans ce cas, ils se rallieront à un résultat clair - par exemple 60 pour cent pour ou contre la Constitution. Si les électeurs disent ’non’, la Chambre et le gouvernement auront donc des positions opposées. A la question de savoir si le premier ministre Balkenende lie son sort politique au référendum, il a répondu vendredi : ’Certainement pas’."
En page d’opinion du même Volkskrant, Ben van der Velden, ancien correspondant à Bruxelles du NRC Handelsblad et auteur d’un livre sur "l’impuissance européenne", fait valoir qu’"en France, la discussion est difficile à comprendre". "Pourtant, c’est la base sur laquelle les électeurs vont décider de voter pour ou contre le Traité constitutionnel. Aux Pays-Bas, il n’y a pratiquement pas de discussion jusqu’à présent. Les Néerlandais peuvent se résigner au point de vue du ministre Barnier, selon lequel c’est la France qui décidera si l’on tord le cou ou non au traité. Cela ne me paraît pas raisonnable. Les Néerlandais, lors de leur référendum, devraient voter ne serait-ce que pour montrer qu’ils ne trouvent pas normal que ce soit la France qui décide."
Dans le journal d’affaires Het Financieele Dagblad de samedi, le rédacteur Michiel Goudswaard prévoit que, si la France vote "non", "l’Europe entrera probablement dans une phase d’immobilité et de forte introversion qui pourra durer des années". "Le caractère d’évidence de la recherche de solutions européennes à des problèmes communautaires s’est fortement érodé. C’est actuellement en France que c’est le plus net. L’ancien ministre socialiste Robert Badinter dit même que l’Europe, pour les Français, est un ’désamour’."
"Le ministre Donner (Justice) a commencé la campagne gouvernementale en faveur de la Constitution européenne avec ardeur", relève le Trouw ce matin à la une. "Le responsable CDA a mis en garde samedi, lors d’une réunion de parti à Ede : ’Si vous voulez mettre en danger l’avenir, il faut surtout voter contre au référendum.’ Selon lui, une répétition du scénario qui a plongé la Yougoslavie dans la guerre est alors possible. Sans Constitution européenne, ’l’irritation et la méfiance’ entre les pays de l’UE croîtront, estime Donner, qui considère la réalisation de la Constitution comme une étape indispensable de la formation d’une fonction publique européenne. Selon lui, l’Europe ne peut plus se passer d’une telle fonction publique."
"C’est à tort que la discussion sur le référendum sur la Constitution a pour thème central de savoir si le traité est bon pour les Pays-Bas. ’C’est passer complètement à côté du fait qu’en Europe nous vivons serrés les uns contre les autres. Pour pouvoir vivre ensemble en paix, nous avons besoin d’une fonction publique capable de régler des différends, d’établir des règles et d’agir dans l’intérêt général. L’intégration européenne nous a apporté soixante ans de paix et de prospérité, mais pour les conserver il ne faut pas que nous nous enlisions dans l’impuissance’."
"Donner souscrit à la vieille déclaration du chrétien-démocrate allemand Helmut Kohl, selon laquelle sans l’unification européenne des guerres peuvent de nouveau éclater sur le continent."
"’Pas de panique’, a dit le ministre des Affaires étrangères Bot au Luxembourg, à propos de l’opposition croissante à la Constitution européenne en France et aux Pays-Bas. Alors même que son collègue Donner sonnait l’alarme à Ede, Bot a déclaré qu’il ne voulait pas s’écarter de son engagement à n’entrer en campagne que trois ou quatre semaines avant le référendum. ’Quand on s’engage trop tôt, l’effet décroît de nouveau. Il ne faut pas se répéter sans cesse, de peur d’affaiblir son message’."
"L’échec de la tentative entreprise par le président français Chirac pour renverser la tendance n’a pas ébranlé Bot. ’Nous devons expliquer patiemment que c’est de l’Europe qu’il s’agit, et pas de questions nationales’."
Dans l’hebdomadaire conservateur Elsevier daté du 16 avril, le rédacteur Syp Wynia affirme que la Constitution européenne est contraire à des intérêts vitaux des Pays-Bas et que voter "non" le 1er juin est la dernière possibilité d’éviter un préjudice. "Il y a bien des arguments en faveur du ’oui’. Mais il y a de bien meilleures raisons de dire ’non’ à la Constitution européenne."
Elsevier craint surtout que les Pays-Bas ne puissent plus régler leur propre politique d’immigration et décider eux-mêmes s’ils accordent des indemnités, des subventions au logement et l’accès au système de soins néerlandais à des étrangers. "Un petit pays doté d’une sécurité sociale relativement bonne, mais déjà trop coûteuse, et d’un salaire minimum relativement élevé perdra le droit de décider lui-même s’il veut écarter de son Etat-providence presque un quart de milliard d’habitants des nouveaux et des futurs Etats membres."
"La meilleure raison de voter ’non’ le 1er juin est que les politiques néerlandais, lors des négociations sur la Constitution, n’ont pas toujours fait bien attention. Cette faute peut être corrigée sur mandat des citoyens."
Suivent quatre pages d’explications sur la Constitution européenne.
Rappelons pour mémoire que le NRC Handelsblad (p.2) de vendredi soir estimait que le débat public sur la Constitution était relativement sobre aux Pays-Bas. "Le débat sur la Constitution européenne ne semble pas intéresser les Néerlandais. C’est la faute du gouvernement, estime la Chambre. ’Le gouvernement se tient comme un lapin pris dans le feu d’un projecteur’."

Actualité intérieure

"Excellence"
"On devrait de nouveau appeler les ministres et les secrétaires d’Etat du titre d’Excellence", rapporte le Volkskrant de samedi à la une. "C’est l’avis du secrétaire d’Etat CDA à la Défense, Van der Knaap. Le dirigeant se délecte quand les militaires de son ministère emploient ce titre. Il est peu usité hors du ministère et les plus hauts dignitaires politiques, comme le premier ministre Balkenende, ne jouissent pas d’une grande considération, selon Van der Knaap." Le secrétaire d’Etat CDA, dans un entretien avec le journal de centre gauche, se prononce aussi contre l’usage actuel d’appeler les gens par leur prénom.
Le titre d’Excellence a été supprimé dans les années soixante-dix par le gouvernement Den Uyl, "le plus gauchiste de tous les temps", rappelle le journal.
Ce matin, le chroniqueur Rob Schouten remarque dans le cahier de Verdieping du Trouw que "dans le sillage du débat sur les normes et valeurs, certains veulent apparemment revenir à la vieille société de classes". "C’est donc à ce point que nous sommes déboussolés."

Police
"Les corps de police régionaux et le ministère de la Défense s’opposent de toutes leurs forces au projet du gouvernement de regrouper les équipes d’arrestation de la police et le groupe antiterroriste du corps des fusiliers marins", relève le Volkskrant à la une. "Ils ne veulent pas se séparer de leurs unités d’élite, qui devraient être rattachées au Corps National des Services de Police (KLPD)."
"La documentation qui sert de base au commandement central des ces unités spéciales, dont un rapport controversé du criminologue Cyriel Fijnaut, a été classée ’secret d’Etat’."

Affaires françaises

L’ensemble de la presse de samedi a encore évoqué le grand incendie dans un hôtel de Paris.

Dernière modification : 18/04/2005

Haut de page