Revue de presse néerlandaise du vendredi 2 septembre 2005

Tous les quotidiens publient à la une des photos des sinistrés du cyclone Katrina à La Nouvelle-Orléans, où le chaos et l’anarchie règnent depuis. De l’avis du commentateur du Volkskrant, Katrina est "une nouvelle épreuve de force pour le président Bush, sans doute la plus grande après le 11/9". "Cette épreuve de force arrive au moment où son capital politique a diminué à cause des mauvaises nouvelles persistantes qui viennent d’Irak. Les difficultés que la Garde Nationale éprouve à empêcher les pillages en Louisiane et dans le Mississipi montrent que c’est sensible jusque dans ces Etats. C’est évidemment lié au fait qu’un tiers de ces troupes est actuellement en service en Irak." "Le cyclone Katrina a aussi endommagé le gouvernement américain", fait aussi valoir le Trouw.

NRC Handelsblad d’hier soir : "Coca gratuit pour les Américains affolés", "L’aide démarre aux Etats-Unis", "’Veerman était directeur par erreur’", "Une vague de fusions s’annonce dans le secteur des soins"
de Volkskrant : "Des cauchemars à cause des cadavres à la dérive", "Des milliers de personnes encore bloquées dans la ville", "Enquête sur une menace à l’adresse d’Endstra" (affaire criminelle)
Trouw : "Anarchie dans les zones sinistrées - Cri de détresse de La Nouvelle-Orléans : il n’y a presque plus de nourriture pour les survivants du stade", "L’UE fait pression sur la Turquie"
De Telegraaf : "Les transports publics plus chers à cause du pétrole - Les prix record se font aussi sentir dans les transports par bus", "Anarchie et affolement à cause de Katrina"
AD Haagsche Courant : "La bande a laissé 75 millions - Les voleurs de diamants de Schiphol s’avèrent moins professionnels qu’on ne le pensait", "Les gens dépensent bel et bien leur salaire-épargne"

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ACTUALITE INTERNATIONALE

Union européenne - Turquie
"L’UE serre les vis à la Turquie", remarque le Trouw à la une. "Si la Turquie continue de refuser les navires et les avions chypriotes, l’UE peut rompre les négociations sur son adhésion. ’C’est nous qui décidons des conditions, pas la Turquie’, a dit le ministre Bot hier soir, à l’issue d’une rencontre avec ses collègues de l’UE." "Le ministre des Affaires étrangères Gul a répété hier que les ports turcs resteraient fermés pour Chypre. Bot n’en a cure. ’Gul ne connaît guère les aspects techniques de l’UE. Sinon il n’aurait pas dû signer cet accord douanier’."
"Bot a soutenu la ligne dure de la France vis-à-vis de la Turquie." "’Chypre enverra probablement sous peu un navire en Turquie pour vérifier si elle tient ses engagements’, prévoit Bot."
"A ses yeux il est raisonnable que l’Union européenne fasse preuve de bonne volonté et entame les négociations le 3 octobre", ajoute le Financieele Dagblad (p.5) de son côté. ’Le lendemain, Chypre pourra alors envoyer un navire en Turquie pour voir s’ils appliquent l’accord douanier. Si ce n’est pas le cas, on peut suspendre les négociations à tout moment’."

Allemagne
Le Trouw (p.7) relève que "le leader PvdA Bos soutiendra son ami politique Gerhard Schröder durant la campagne électorale en Allemagne". "Lundi, Bos prendra la parole à Rosenheim, en Bavière, lors d’une réunion du SPD social-démocrate. Le PvdA l’a fait savoir hier. Bos, dans son discours, fera valoir que c’est la tâche des sociaux-démocrates de donner un point d’appui aux citoyens lorsque les temps sont incertains. Le chancelier fédéral Schröder lui-même prendra aussi la parole à cette réunion."
"Les élections législatives allemandes auront lieu le 18 septembre."

ACTUALITE INTERIEURE

Veerman
"Le ministre de l’Agriculture Veerman a pu convaincre la Deuxième Chambre qu’il ne s’est pas occupé sciemment de la gestion de ses fermes", écrit le Volkskrant à la une. "Si une preuve ’significative’ de conflit d’intérêts devait tout de même surgir après ces éclaircissements, ’je démissionnerai’, a-t-il promis."
"Veerman (CDA), durant ce débat, a reçu les éloges des partis gouvernementaux et d’une grande partie de l’opposition, parce qu’il reconnaissait clairement ses erreurs. Il a aussi expliqué clairement comment les erreurs ont eu lieu, a estimé la Chambre. Le ministre a essuyé de sévères critiques à cause de sa ’négligence’. Mais aucun des porte-parole n’a trouvé qu’il était question de conflit d’intérêts."
"Le SP, dans une motion, a bien réclamé une enquête indépendante sur la direction des entreprises de Veerman, mais il n’a été soutenu que par Geert Wilders. Veerman n’aurait pas accepté une telle enquête. ’Je refuse de rester en suspens pendant trois mois’, a-t-il dit."
"Le premier ministre Balkenende s’est déclaré ’un premier ministre heureux’. Il avait cependant dû reconnaître auparavant que ses ministres exercent cinquante fonctions annexes qu’ils ne lui avaient pas signalées, en dépit des règles."
"Le ministre de l’Agriculture n’a pas tourné autour du pot : il avait commis une erreur", écrit Martin Visser dans le Financieele Dagblad (p.3). "Avec le crédit dont il jouit, il a aisément survécu à un débat d’urgence." "En fait, personne ne doute de l’intégrité de Veerman. La députée SP Krista van Velzen aurait bien voulu que le ministre tire ses conséquences, mais il n’y a pas eu de motion de censure."
Pour l’éditorialiste du Telegraaf, "il ne faut pas que de nouvelles négligences se produisent dans la gestion des biens du ministre". "Le ministre, qui bénéficie actuellement d’une confiance méritée, pourra alors démissionner."
Le journal populaire déplore par ailleurs que le premier ministre Balkenende veuille que ses ministres renoncent à toutes leurs fonctions annexes, souvent exercées pour de bonnes causes. "Les responsables politiques doivent tout de même pouvoir se mêler à la population."

Bert de Vries
L’ensemble de la presse rend compte de la parution d’un livre extrêmement critique à l’encontre du CDA, de la plume de Bert de Vries, président du groupe parlementaire chrétien-démocrate de 1982 à 1994, sous Lubbers.
"Le CDA est un parti dans lequel on juge inconvenant de critiquer le leader", écrit le Volkskrant (p.3). "C’est ainsi que la direction du CDA s’est jetée à bras raccourcis sur Gert Leers, le populaire maire de Maastricht, à la suite de ses propos sur la faiblesse médiatique du premier ministre Jan Peter Balkenende. Mais jeudi, les choses sont devenues vraiment sérieuses. L’offensive de front ne visait pas le style du leader, mais le fond de sa politique. Le livre s’intitule Overmoed en onbehagen [témérité et malaise], la témérité étant celle du nouveau CDA de Balkenende et le malaise celui ressenti par l’auteur, Bert de Vries."
"De Vries, qui était encore venu à la rescousse comme président intérimaire du CDA il y a trois ans, se lance maintenant dans une critique dévastatrice du cap ’néoconservateur’ du gouvernement Balkenende. Selon l’économiste et ancien ministre des Affaires sociales, ce gouvernement de réforme se perd dans des transformations totalement inutiles du système de sécurité sociale néerlandais. Balkenende et son équipe se laissent mener par des préférences subjectives et idéologiques qui ne résistent pas à la critique objective. Le concept de solidarité est devenu gratuit pour le nouveau CDA, estime De Vries. Le parti s’identifie à la nouvelle classe moyenne de professionnels de bonne formation et a perdu de vue les faibles de la société, les gens sans emploi fixe ni perspective. De Vries : ’Le CDA écarte avec effet rétroactif son soutien à la construction de l’Etat-providence d’après-guerre comme étant une erreur historique’."
"L’appétit de réforme du gouvernement de Balkenende effraie inutilement les citoyens, écrit De Vries dans sa tirade de trois cents pages, car les Pays-Bas ne se trouvent absolument pas au bord du gouffre. Le vieillissement de la population est un non-problème, il n’est pas nécessaire de rembourser la dette publique (car les intérêts payés se sont réduits à 3 pour cent du revenu national) et il y a suffisamment de fonds pour dépenser davantage dans le secteur public. Les Pays-Bas se portent beaucoup mieux que le gouvernement nous a fait accroire."

PRESSE HEBDOMADAIRE

Vrij Nederland a pour dossier "la guerre des journaux" : les contradictions internes du groupe PCM, en particulier entre NRC Handelsblad et de Volkskrant. Le premier, qui paraît en fin d’après-midi, pourra lancer une édition du matin à partir de février 2006, destinée aux jeunes diplômés pressés, et le rédacteur en chef du second, Pieter Broertjes, s’en offusque : "Nous ne nous sentons pas en sécurité au sein de PCM. Nous allons tous pêcher dans le même vivier. Je trouve cela tout à fait incompréhensible." "Nous allons nous battre pour chaque lecteur", ajoute Broertjes.
Il y a aussi un beau reportage richement illustré sur "les nouvelles digues : l’architecture autoroutière".
HP/De Tijd s’intéresse à la mère néerlandaise contemporaine, "Supermaman" : "Elle s’occupe des enfants, elle travaille, elle est parfaite, mais elle craint que ce ne soit pas suffisant." "Qu’elles aient un emploi ou non, les femmes qui ont des enfants de moins de six ans consacrent moins de temps au ménage et plus à leur progéniture : vingt heures par semaine, six de plus qu’il y a 25 ans. Alors que les hommes qui ont une jeune famille travaillent au contraire plus longtemps hors du foyer."
Dans une interview, le maire socialiste de Groningue, Jacques Wallage, rompt des lances pour les fonctionnaires. Un entretien sur les mérites de la bureaucratie, les ragots dans les milieux politiques et les visites aux centenaires, à l’occasion de la parution de son troisième livre, Lang leve de ambtenaar !
On notera aussi un résumé du livre Fitna - La guerre au cœur de l’islam de Gilles Kepel, traduit en néerlandais par Frans de Haan (Ed. Contact). "Kepel est optimiste : il conclut que la très grande majorité des musulmans condamne le jihad et qu’un Siècle des Lumières islamique peut s’ouvrir en Europe. Simultanément, Kepel montre que tous les musulmans modernes ne sont pas ce qu’ils semblent être. Prenez Mohammed Atta, le leader du commando suicide du 11 septembre, qui était étudiant à l’école supérieure technique de Hambourg. Peu avant de se planter dans le WTC, il avait remis un mémoire de planification urbaine. Il y décrivait les mesures souhaitables pour préserver le caractère multiculturel d’Aleppo et louait les rapports harmonieux entre chrétiens et musulmans dans cette ville syrienne. Ou Tariq Ramadan, le populaire professeur de philosophie de Suisse, qui est régulièrement invité à des forums chez nous. Il y parle un langage progressiste, mais dans son propre milieu il se sert du discours des Frères musulmans, un mouvement fondé par son grand-père."
Dans Elsevier, dont le thème central est la propreté des Pays-Bas - "moins de pessimisme, plus de centrales nucléaires, plus de filtres à suie, plus de routes et 17 autres recommandations" - Syp Wynia critique le soutien du ministre Veerman (Agriculture) à la ligne française en matière de politique agricole commune (cf. presse d’hier) et affirme que "Colbert est de retour". "La méthode Colbert n’a jamais été abandonnée en France", écrit-il après avoir rappelé l’aversion de Jean-Baptiste Colbert contre les Provinces-Unies. "En outre, les Français ont dominé l’intégration européenne durant le dernier demi-siècle. Les Allemands et les Italiens, qui avaient perdu la guerre, étaient faciles à supplanter et les petits pays étaient trop petits pour faire opposition. Les Français, avec les dirigeants paysans néerlandais, ont mis en place la politique agricole européenne subventionnée et protectionniste, ils ont arrangé des privilèges européens pour leurs (anciennes) colonies et tenu à l’écart les produits venant de l’extérieur de ce qui s’appelle maintenant l’Union européenne. Les firmes néerlandaises y ont d’ailleurs contribué. Philips n’était pas fâché que les Français prennent l’initiative en Europe de faire obstacle à l’électronique japonaise, jusqu’aux simples cassettes. La Commission européenne, à Bruxelles, faisait en l’occurrence fonction d’exécutant de la politique de protection de l’industrie française." "Le Colbert actuel ne se trouve pas à Paris, mais à Bruxelles. Il s’appelle Peter Mandelson. Il est l’ancien bras droit de Tony Blair, mais maintenant l’exécutant du camp français, qui peut généralement compter sur le soutien d’autres pays méditerranéens." Et le journaliste de passer à la question du textile asiatique.

AFFAIRES FRANÇAISES

Les mesures annoncées par le premier ministre Dominique de Villepin pour compenser la hausse du prix du pétrole font l’objet d’articles factuels (Het Financieele Dagblad p.5, Trouw p.9, AD Haagsche Courant p.13).
La politique industrielle française (et allemande) en général inspire un commentaire dans le Financieele Dagblad. "Pour sortir de la crise, Berlin organise des élections ce mois-ci. Paris a recours au vieux réflexe du protectionnisme." "A l’inverse de la réaction allemande, celle du gouvernement français est signe d’incertitude politique. Paris n’est pas certain de la force du secteur privé français. Mais il craint surtout l’ire des citoyens, qui promettent un automne chaud dans les rues de la capitale."
"A l’époque du Roi-Soleil, la France suivait un cap protectionniste et n’hésitait pas à manipuler le marché, pour se joindre à la dynamique Europe du Nord-Ouest. Trois siècles plus tard, le secteur privé français prouve qu’il fait partie d’une Europe qui assure sa prospérité en tant qu’acteur économique mondial. Et de façon convaincante : dix entreprises françaises font partie du top cent de Fortune, autant que d’entreprises britanniques. Il est temps que Paris comprenne aussi que la France ne vit plus au temps du Roi-Soleil."
On notera aussi des articles sur la situation précaires des Africains à Paris (de Volkskrant p.4, Trouw p.9) et une recension du dernier roman d’Houellebecq (de Volkskrant Cicero).

Dernière modification : 02/09/2005

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