Revue de presse néerlandaise du lundi 5 septembre 2005

La situation dramatique en Louisiane reste le grand thème de l’actualité internationale dans tous les quotidiens, qui consacrent tous une à deux pages à la lente reprise en mains de la Nouvelle-Orléans par les autorités américaines.
Aux Pays-Bas, la secrétaire d’Etat Melanie Schultz van Haegen (Transports et Voies d’Eau) et le ministre de l’Intérieur Johan Remkes vont réexaminer les risques d’inondation et les plans d’action en cas de rupture de digues, en particulier dans la Randstad.

Trouw : "La Nouvelle-Orléans compte ses morts - Le ministre [de la Santé] : à la prochaine catastrophe naturelle le gouvernement agira plus vite", "Critiques après une belle soirée pour le onze orange"
de Volkskrant : " La Nouvelle-Orléans à la recherche de ses morts" (AP, AFP, Reuters), "Scènes de guerre dans une ville dévastée - La Nouvelle-Orléans s’est transformée en bastion militaire, avec des hélicoptères et des véhicules blindés partout", "Merkel étonnament forte dans le débat télévisé avec Schröder"
AD Haagsche Courant : " La Nouvelle-Orléans compte les morts - La ville sinistrée à la recherche de milliers de corps""
De Telegraaf : "Les Pays-Bas en tête des exportations mondiales - Les horticulteurs ont le plus de succès", "L’Amérique appelle à l’aide les experts hollandais du Delta"

* * *

LE DOSSIER DU JOUR :Nouvelle-Orléans

"La gestion des eaux est un point fort des entreprises néerlandaises", écrit le Trouw (p.14) de samedi en rubrique économique. "Alors à qui s’adressent les Américains ? Oui, aux Néerlandais. ’Il faut un Plan Delta pour la Nouvelle-Orléans.’ En ce moment, dit Huib de Vriend, professeur d’hydraulique fluviale à l’Université Technique de Delft et directeur de WL/Delft Hydraulics - l’ancien laboratoire hydraulique -, il faut évidemment remédier tout d’abord à la grande détresse humaine. Et ensuite il faudra assécher de nouveau la Nouvelle-Orléans. ’Il n’y a qu’une façon de le faire : en pompant’."
"Les Américains - le US Army Corps of Civil Engineers, les Transports et Voies d’Eau américains - ont sollicité l’aide de l’institut de De Vriend il y a deux jours. C’était une question de relations, car l’institut renommé de Delft coopère déjà depuis quelques années avec les instances américaines. Ainsi, il développe avec l’Army Corps un programme informatique pour calculer les effets des ouragans sur le système de protection des côtes. ’Hélas, ce programme n’était pas encore prêt’."
"L’institut de recherche de Delft pense surtout pouvoir jouer un rôle de conseiller indirect ; il est difficile, sinon impossible, d’agir en tant que consultant. ’Le marché américain est plutôt protectionniste à cet égard’, dit De Vriend."
"Par le biais de partenaires américains, diverses entreprises néerlandaises qui construisent des pompes et des machines d’épuisement ont proposé leurs services. Et la filiale américaine du bureau d’ingénierie Arcadis a été approchée par le US Army Corps pour aider à réparer les digues." "Les Transports et Voies d’Eau ont proposé une équipe d’inspection des digues, un geste qui a été accepté avec reconnaissance. Mais pour le moment, les Américains tiennent la chose en délibération. En effet, l’attention se concentre sur la catastrophe humanitaire."
"Une chose est certaine : il faudra faire un gros effort pour éviter de nouvelles catastrophes à l’Etat, un effort dont les autorités américaines doivent prendre l’initiative. ’Il faut penser à notre Plan Delta’, dit Jeroen van Sommen, directeur de Netherlands Water Partnership (NWP), l’organisme de coordination des entreprises de gestion des eaux. ’Il faut mettre au point un plan national, avec des barrages antimarées et de nouvelles digues. C’est une région énorme, pleine de ports et de canaux. Et il faut réfléchir à l’espace à laisser à la nature. Nous avons beaucoup d’expérience dans ce domaine aux Pays-Bas’."
"Envoyez les Hollandais", déclare l’ingénieur en hydraulique américain Max Spindler au correspondant du Telegraaf à New York. "Ils sont les seuls à avoir les connaissances nécessaires pour éviter une nouvelle catastrophe à la Nouvelle-Orleans, à l’avenir." "Nulle part au monde il n’y a autant de savoir-faire qu’aux Pays-Bas pour protéger des terres contre la mer", déclare Spindler, qui a effectué un stage à Delft dans les années soixante-dix et qui a fait son mémoire sur le Plan Delta en Zélande. "L’Amérique est une nation fière, mais nous ne devons pas être trop fiers pour solliciter une aide externe."Dans son édition d’hier, le journal populaire a annoncé qu’à la suite de la catastrophe en Louisiane des élus néerlandais ont fait part de leurs inquiétudes à la secrétaire d’Etat Melanie Schultz van Haegen (Transports et Voies d’Eau) et que celle-ci va dresser un inventaire de tous les points faibles de l’extensif système de digues néerlandais. Elle veut tout particulièrement examiner les risques d’inondations dans la Randstad, qu’elle compare à une cuvette, sur la base d’un certain nombre de scénarios."
Schultz souligne qu’il y a de grandes différences entre la gestion des eaux à la Nouvelle-Orléans et aux Pays-Bas. Elle est bien au courant du fait que son ministère entretient des contacts étroits avec le US Army Corps, qui gère les digues autour de la Nouvelle-Orléans. "Nous nous occupons beaucoup plus de prévention, alors que les Américains mettent l’accent sur les plans d’évacuation après une catastrophe."
Ce matin, le rédacteur en chef adjoint du Volkskrant, Arie Elshout, écrit en page d’opinion du journal que "les Américains risquent maintenant d’accepter encore moins bien la thèse de Bush selon laquelle les interventions en Irak et en Afghanistan représentent un combat d’avant-garde pour la sécurité de l’Amérique elle-même". "Si c’est le cas, Katrina pourrait bien avoir tiré de son sommeil un géant endormi : l’isolationnisme américain."

ACTUALITE INTERIEURE

Pechtold
"Les ministres Donner et Remkes, responsables de la lutte contre le terrorisme aux Pays-Bas, rejettent les critiques du ministre Pechtold (Rénovation administrative), selon lesquelles les mesures contre le terrorisme feraient pression sur les droits fondamentaux", relève le Volkskrant (p.2). "Pechtold a exprimé ses critiques samedi, dans une interview au Trouw. Selon Pechtold, les Pays-Bas se laissent guider par la peur. ’En restreignant de plus en plus les libertés des citoyens nous risquons de coopérer à l’objectif des terroristes : la désagrégation de notre économie, de notre société démocratique ouverte.’ Il fait référence dans ce contexte à l’obligation d’identification et à l’écoute des échanges informatiques et téléphoniques."
"Donner et Remkes font savoir en réaction que Pechtold ’n’a pas d’inquiétude à avoir’. ’Tant la législation actuelle que la nouvelle législation présente un bon équilibre entre les droits fondamentaux et la sécurité’, déclare un porte-parole du ministre de l’Intérieur Remkes (VVD). ’Pour chaque loi nous nous demandons scrupuleusement : qu’est-ce qui est nécessaire et n’allons-nous pas trop loin ?’"
Pechtold (D66) s’est par ailleurs offusqué dans le Trouw du lien qu’on établit entre le terrorisme et l’islam. "En jacassant sur le terrorisme islamique on associe toute une religion à la criminalité. On fait fait ainsi sentir jour après jour à un million de personnes aux Pays-Bas qu’elles ne sont pas à leur place. L’islam est une religion pacifique, selon Pechtold, "mais d’après un sondage d’opinion sept personnes sur dix pensent au terrorisme musulman lorsqu’elles voient une fonctionnaire qui porte le foulard".

Police
"Le système policier néerlandais doit être transformé à court terme en un corps national unique, dirigé depuis La Haye", annonce le NRC Handelsblad de samedi dans son grand article à la une. "Les 26 corps régionaux actuels perdront leur autonomie. C’est ce qui ressort de comptes rendus confidentiels d’entretiens des ministres responsables de la police, Donner (Justice) et Remkes (Intérieur), avec les gestionnaires des corps, les commissaires principaux et l’Association des communes néerlandaises. Le gouvernement a l’intention de publier le projet de corps de police national lors de la présentation du budget."
"Il ressort des comptes rendus que les deux ministres veulent supprimer la position juridique autonome des 26 corps régionaux. Le gestionnaire du corps, le maire, perdra une grande partie de son autorité sur la police."
"Le dernier chapitre de la centralisation de la police sera pour les deux ministres l’instauration d’un service national unique pour la sécurité, composé de fonctionnaires de l’Intérieur et de la Justice. Les décisions à ce sujet doivent être prises sous la législature actuelle, leur application sera reportée à la prochaine."

Radiotélédiffusion publique
Le Volkskrant (p.2) de samedi a noté que plus des trois quarts des Néerlandais désapprouvent les projets du gouvernement en matière de radiotélédiffusion publique. C’est également le cas de la base des partis gouvernementaux CDA, VVD et D66. 78 pour cent des personnes interrogées par Maurice de Hond déclarent ne pas faire confiance à la ligne politique adoptée par la secrétaire d’Etat Medy van der Laan vis-à-vis de "Hilversum". Il s’agit de 59 pour cent d’électeurs du CDA, de 65 pour cent de la base du VVD et de 78 pour cent de celle du D66.
Le sondage d’opinion a été effectué auprès de 1 500 Néerlandais âgés de 18 ans et plus, pour le compte de VARA TV Magazine.
86 pour cent des personnes interrogées estiment que les organisations de radiotélédiffusion qui opèrent actuellement sur les trois chaînes publiques doivent rester. 92 pour cent des électeurs du CDA sont de cet avis, contre 77 pour cent de la base du VVD et 84 pour cent de celle du D66. Le projet de suppression du divertissement pur comme ne faisant pas partie de la tâche fondamentale de la radiotélédiffusion publique se heurte à l’opposition de 82 pour cent de la population.

VVD
Le Volkskrant (p.2) présente ce matin le nouveau député "libéral de droite" Anton van Schijndel (45 ans), qui a prêté serment mardi dernier. Van Schijndel a voté "non" au référendum sur la Constitution européenne et qualifie Pim Fortuyn de "grand penseur". Il sera porte-parole du groupe parlementaire pour la police et la subsidiarité dans l’UE, mais ses ambitions vont plus loin.
Question du journaliste Philippe Remarque : "Sur quels points le VVD doit-il bouger ?" Van Schijndel : "L’ingérence de Bruxelles va beaucoup trop loin, ce que Bolkestein dit depuis des années. L’Europe doit uniquement exécuter des tâches fondamentales, le commerce et l’économie, la coopération des polices et des justices, c’est à peu près tout. Les gens ont le sentiment que nous n’aurons bientôt plus rien à dire dans notre propre pays."
"Dans le domaine de la sécurité l’Etat doit rompre le modèle polder, avec tous ces organes et ces intérêts. La police doit être rapide, même la nuit. Elle doit surtout attraper les voleurs, au lieu de distribuer des PV."
"L’Etat-providence doit mettre les gens en mesure de trouver eux-mêmes un emploi. Le marché du travail doit très bien fonctionner, la participation au travail des allochtones augmentera alors. Pour eux, un emploi est le meilleur moteur d’intégration. La générosité de la couverture sociale empêche cette intégration."

AFFAIRES FRANÇAISES

Les évacuations de taudis en région parisienne ont inspiré deux articles dans la presse de samedi (Trouw p.10, De Telegraaf p.13).
Ce matin, l’ensemble de la presse s’intéresse à un nouvel incendie grave, qui pourrait être d’origine criminelle. L’hospitalisation du Président de la République depuis vendredi soir, à la suite d’un "petit accident vasculaire", est également largement rapportée.
Sur le plan culturel, on retiendra la présentation de Jean-François Bayart, chercheur au CERI et auteur d’un livre sur la mondialisation, dans le Volkskrant (Het Betoog p.5) de samedi.
L’AD de samedi, dans ses pages touristiques, évoque le Cap de Brégançon et le Het Parool consacre deux pages à la ville de Lyon.

A signaler :
Une interview de départ de l’ambassadeur britannique Colin Budd dans le NRC Handelsblad (p.39) de samedi. "Je suis beaucoup plus optimiste sur les Pays-Bas que la plupart des Néerlandais. Je suis optimiste sur l’économie néerlandaise qui montre les premiers signes de reprise, sur l’intégration et la politique européenne. Le pays est pétri de pessimisme. Après des années de douleur et de malaise les Pays-Bas sont en train de quitter cette phase. Les Pays-Bas sont devenus plus réalistes et ils se sont un peu distanciés des illusions du passé. Les historiens diront plus tard que les Pays-Bas, durant cette période, ont posé la base d’une politique plus saine et plus réaliste pour l’avenir."

Dernière modification : 05/09/2005

Haut de page