Revue de presse néerlandaise du mardi 6 septembre 2005

Le début des travaux de réparation des digues de la Nouvelle-Orléans, le sauvetage des survivants du cyclone Katrina et le préjudice politique subi par le président Bush dans les régions sinistrées inspirent toujours des articles et à la une et des reportages dans les pages intérieures. "Il est difficile de trouver actuellement à la Nouvelle-Orléans quelqu’un qui porte un jugement positif sur Bush", écrit le Volkskrant en première page. "Katrina n’a pas seulement frappé la Nouvelle-Orléans et les alentours, l’ouragan a aussi touché le président Bush dans une phase cruciale de son deuxième mandat. Les reproches sont amers et difficiles à réfuter : nous avons un président sans cœur qui ne se préoccupe que des intérêts de ses amis politiques et qui abandonne le reste de la population, les noirs en tête, à son sort."
Certains quotidiens, comme le journal d’affaires Het Financieele Dagblad, font mention de l’intérêt manifesté par les entreprises néerlandaises spécialisées dans le renflouage, le dragage et la restauration d’infrastructures.

NRC Handelsblad d’hier soir : "Le Planbureau : l’inégalité sociale croît - Ce sont surtout les couples avec des enfants et les personnes sans formation qui régressent", "Accord entre l’UE et la Chine sur les importations de textile", "La Nouvelle-Orléans est maintenant une ville déserte"
de Volkskrant : "Katrina a frappé la Nouvelle-Orléans, mais aussi Bush - Le président américain doit se défaire de l’image d’un leader sans cœur qui abandonne la population à son sort", "La facture d’énergie va augmenter de 300 euros", "Un nouveau grand institut de recherche"
Trouw : "Une mosquée d’Amsterdam lutte contre le terrorisme", "Les habitants de la Nouvelle-Orléans retournent brièvement dans leur ville fantôme"
De Telegraaf : "Action contre les asociaux au volant", "Retrouvailles après Katrina"
AD Haagsche Courant : "La Turquie brime les Néerlandais - Grands retards des vols de vacances après l’affaire Onur"

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LE DOSSIER DU JOUR :L’état social des Pays-Bas

"La confiance de la population dans les services publics et le gouvernement est au point le plus bas", note le Volkskrant à la une. "Le gouvernement Balkenende II, qui a commencé sa législature avec pour devise ’rétablissement de la confiance’, n’a reçu que 48 pour cent d’appréciations positives l’an dernier. En note chiffrée cela lui vaut un 5,2."
"C’est ce que signale le Sociaal en Cultureel Planbureau SCP) dans son rapport De sociale staat van Nederland . La confiance de la population dans les autorités en général est encore plus faible. Moins de 40 pour cent sont satisfaits, alors qu’en 2000 c’était encore le cas pour les deux tiers de la population."
"Il ne faut pas sous-estimer la méfiance et l’insatisfaction qu’inspirent la classe politique et la ligne suivie, selon le SCP. C’est faire violence à la vérité que de les qualifier de ’malaise social’ et de ’cynisme politique’. Les considérations générales sur l’opinion publique sont inadéquates. Dans De sociale staat van Nederland, un rapport biennal qui mesure le bien-être social, le SCP montre que l’aversion pour la politique est bel et bien étayée. L’intérêt pour la politique, la disposition à entrer en action et le besoin de participation ont justement augmenté. L’aversion s’exprime par un sentiment d’impuissance. Ce sentiment n’a fait que croître durant la dernière décennie."
"Le président de la Deuxième Chambre, Weisglas, qui a reçu le rapport, n’a pas voulu commenter ce large désaveu. Il a considéré que le rapport était préoccupant et constituait un important signal. Mais il a aussi reproché aux médias de contribuer à l’image négative en mettant l’accent sur des questions triviales comme ’la niche de Nawijn’ [le député LPF se plaint de son bureau]."
"Ce qui frappe dans le rapport du SCP, c’est l’appel au leadership politique. La thèse selon laquelle il faut ’des leaders courageux, infatigables et dévoués’ pour sortir les Pays-Bas de l’ornière a été soutenue en 2004 par 61 pour cent des personnes interrogées, contre 33 pour cent il y a quatre ans. Theo Roes, directeur adjoint du SCP, considère ce quasi doublement comme l’expression d’une frustration. ’Les citoyens n’ont pas envie de faire des choix. Ils souhaitent une politique énergique, alors que les autorités se réfèrent uniquement à la stagnation du marché’."
"La confiance dans les institutions politiques a baissé plus fortement aux Pays-Bas que dans d’autres pays européens, mais cela n’étonne pas le directeur du SCP, Paul Schnabel. En comparaison du reste de l’Europe, la confiance a justement été très grande pendant des années. Maintenant que cette confiance a manifestement été bafouée et que ce sentiment a en outre été exprimé de façon convaincante par Pim Fortuyn, un retour de balancier s’opère."
La page 4 du journal de centre gauche est entièrement consacrée au détail des résultats de l’étude - marché du travail, santé, logement, criminalité, circulation, culture et sport, alcoolisme des jeunes... (également NRC Handelsblad d’hier soir pp. 1 et 3, Het Financieele Dagblad pp.1 et 5, Trouw p.5, De Telegraaf p.5).

Commentaires
"Il y a aussi une bonne nouvelle", remarque le commentateur du Volkskrant : "la criminalité a baissé aux Pays-Bas." "Et ce qui est encore plus important : les Néerlandais se sentent plus en sécurité qu’il y a quelques années. Pour le reste, le rapport biennal De sociale staat van Nederland du Sociaal en Cultureel Planbureau expose surtout un pessimisme et un mécontentement persistants. Les citoyens sont satisfaits de leur propre vie, mécontents de la société et encore plus mécontents du gouvernement Balkenende."
"La plupart des citoyens veulent davantage de protection sociale. Les classes moyennes moins favorisées, surtout, ont régressé les dernières années. Le gouvernement n’a fait qu’effrayer encore plus ces citoyens peu sûrs d’eux. D’abord en présentant des scénarios noirs pour créer un soutien aux réformes radicales, ensuite en faisant des plaidoyers pour le dynamisme et la concurrence qui ont donné aux citoyens l’impression qu’ils seraient encore plus seuls à l’avenir. Quand les temps sont incertains les citoyens demandent davantage d’empathie et moins de grands discours."
"Le gouvernement Balkenende II devra prendre ces chiffres à cœur", estime le Financieele Dagblad. "Balkenende mise sur la responsabilité accrue des citoyens. Les citoyens, par contre, demandent un leader fort, mais un leader (c’est là qu’est le paradoxe) qui écoute le peuple avant d’agir."
Le Telegraaf juge "préoccupant que la consommation d’alcool par les jeunes ait énormément augmenté les dix dernières années". "Un jeune homme sur trois et une jeune fille sur dix âgés de dix à vingt ans ont un problème d’alcool." "Et la population a pris du poids durant la dernière décennie. Le nombre de Néerlandais dont le poids est excessif est passé à onze pour cent. Inutile de dire que c’est mauvais."

ACTUALITE INTERNATIONALE

Recherche scientifique
"Les Pays-Bas auront un nouvel institut européen de recherche scientifique, avec le soutien de plusieurs Prix Nobel européens", annonce le Volkskrant à la une. "L’Institute Para Limes doit devenir une version européenne du Santa Fe Institute américain, qui a une grande réputation dans le domaine de la recherche interdisciplinaire, entre autres sur les systèmes complexes dans la nature et la société humaine. Il sera probablement établi dans le couvent Mariënburg à Doesburg, actuellement inoccupé."
"L’initiative vient de Jan Wouter Vasbinder, de Prisma & Partners. Son projet a bénéficié du soutien du professeur Rudy Rabbinge (Wageningen) et de l’ancien secrétaire d’Etat Rick van der Ploeg, qui enseigne actuellement à Florence. La décision définitive de fonder l’institut a été prise la semaine dernière, lors d’une conférence au château de Ruurlo."
"Un grand nombre de chercheurs européens, parmi lesquels les Prix Nobel Sydney Brenner (Cambridge), Tim Hunt (Cancer Research UK), Robert Huber, Erwin Neher et Manfred Eigen (tous trois du Max Planck Institut allemand) se sont déclarés prêts à agir comme fondateurs de l’institut. Le fameux sociologue catalan Manuel Castells, théoricien de la société de réseau, soutient également l’initiative. L’idée de l’Institute Para Limes repose sur les travaux du Santa Fe Institute, qui a été fondé en 1984 et qui étudie les ’systèmes adaptatifs complexes’."

ACTUALITE INTERIEURE

Mosquées
"Après un an de préparation, seule une mosquée a signé hier une convention contre la radicalisation", relève le Trouw dans son grand article à la une. "Mais même cette mosquée ne dénoncera les extrémistes que si le problème ne peut pas être résolu au sein de la communauté."
"La mosquée Aya Sofya est la première des Pays-Bas à franchir ce pas. ’Et ne croyez pas que c’est facile’, a fait valoir Ucler Fatih Dag, président du conseil d’Aya Sofya au premier ministre Balkenende, hier. ’C’est nous qui avons le rôle le plus difficile dans cette convention : il n’est pas aisé de qualifier un habitué de la mosquée de radical’."
"Le quartier [amstellodamois] De Baarsjes espérait que deux de ses trois mosquées signeraient la convention." "Des délégués de deux mosquées sont venus hier au Binnenhof pour un entretien avec Balkenende, mais seule l’Aya Sofya a eu le courage d’apposer sa signature. Mohammed Youssef, de la mosquée pakistanaise Ghousia Masjid, explique pourquoi sa mosquée ne l’a pas fait : ’Il y avait trop de hâte. L’atmosphère s’est dégradée aux Pays-Bas et la confiance s’est envolée. Mais nous persisterons, car nous voulons que la population puisse vivre en paix côte à côte. Nous ferons de notre mieux pour convaincre nos membres que nous devons signer.’ La mosquée marocaine Nour a participé à tous les entretiens et a promis de respecter la convention. Mais la direction veut rester indépendante des autorités et c’est pourquoi elle ne signe pas."
"C’est surtout le ministre Remkes (Intérieur) qui a provoqué la colère des musulmans, en disant la semaine dernière qu’ils ne faisaient pas assez pour lutter contre la radicalisation et le terrorisme."
"Balkenende lui-même n’a pu que désavouer Remkes hier. ’On montre ici qu’on est bel et bien actif’, a-t-il dit à l’issue de la signature de la convention."

Défense
L’ensemble de la presse signale le transfert solennel, hier au Binnenhof, du commandement des forces armées néerlandaises au général Dick Berlijn. Le premier militaire des Pays-Bas ne s’appellera désormais plus chef de l’état-major de la Défense, mais "Commandant des Forces armées", a fait savoir le ministre de la Défense Kamp durant la cérémonie de transfert des pouvoirs des commandants de la marine, de l’armée de terre et de l’armée de l’air. Leur fonction n’existe plus dans la nouvelle organisation de l’armée néerlandaise (Het Financieele Dagblad p.2, de Volkskrant p.3, Trouw p.4).

AFFAIRES FRANÇAISES

Le Telegraaf, à la une, et l’AD (p.12) relève que trois jeunes filles de 18 ans ont reconnu être à l’origine de l’incendie qui a fait seize morts à l’Haye-les-Roses.
Le Volkskrant (p.6) et le Telegraaf (p.10) évoquent par ailleurs le bulletin de santé du président Chirac. Le premier, en rubrique économique, rend d’autre part compte de l’analyse que Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et président du Centre Raymond Aron, fait du malaise social européen : "L’insécurité sociale est la maladie de l’Europe."

Dernière modification : 06/09/2005

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