Revue de presse néerlandaise du jeudi 8 septembre 2005

Le verdict rendu dans un procès intenté contre le petit parti protestant orthodoxe SGP, qui refuse l’adhésion à part entière des femmes, fait plusieurs titres à la une, de même que l’affaire du meurtre de Nienke Kleiss, une erreur judiciaire dont le magazine télévisé d’information Netwerk a fait son thème principal les derniers jours.

NRC Handelsblad d’hier soir : "Un tribunal condamne la subvention du SGP - ’Discrimination des femmes’", "Hausse de la déduction fiscale des enfants", "La direction du Ministère public dément avoir retenu des preuves"
Trouw : "Le juge supprime la subvention du SGP", "Le pire cauchemar du père de Jason W." (interview du père d’un membre du groupe Hofstad)
de Volkskrant : "Le Ministère public reconnaît avoir tu les doutes du NFI - L’institut médico-légal est stupéfait par le comportement de la justice", "Les quadragénaires font les frais de la VUT" (retraite anticipée des fonctionnaires ), "Evacuer de force, si nécessaire, ceux qui sont restés à la Nouvelle-Orléans", "Le témoin à charge Maikel : La police m’a manipulé - Narration exclusive de la deuxième victime dans l’affaire Nienke", "’Mettez un grand spécialiste étranger sur l’affaire Nienke’"
De Telegraaf : "Délocalisation d’emplois en Pologne - Le gouvernement le reconnaît :
- 20 % dans les transports !
", "Les clients s’irritent le plus du personnel dans l’hôtellerie-restauration"

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LE DOSSIER DU JOUR :SGP

"Le tribunal de La Haye a ordonné à l’Etat de suspendre la subvention au parti politique réformé SGP", annonce le NRC Handelsblad d’hier soir dans son grand article à la une. "Selon le tribunal, l’Etat, en subventionnant le parti, soutient la discrimination des femmes."
"Le tribunal avait été saisi par la fondation Clara Wichman [qui soutient juridiquement et financièrement la lutte contre la discrimination des femmes], entre autres. Selon le tribunal, le SGP agit contrairement à la Convention internationale sur les droits politiques de la femme, en refusant aux femmes l’adhésion à part entière."
"En raison des idées chrétiennes du parti, les femmes peuvent seulement devenir ’membres extraordinaires’ du SGP. Cela signifie qu’elles n’ont pas le droit de participer à la direction du plus ancien parti néerlandais toujours existant, ni de voter sur les affaires du parti."
"C’est la première fois dans l’histoire récente qu’un tribunal porte un jugement sur le caractère discriminatoire d’un parti représenté à la Deuxième Chambre", souligne le journal du soir. "Le tribunal a jugé non recevable une plainte contre le SGP lui-même, parce que ce n’est pas l’intérêt général qui est en jeu, mais ’un intérêt qui ne concerne que les femmes du SGP’. Les femmes du SGP veulent mener cette discussion au sein du parti."
"’L’Etat n’a rien fait pour mettre fin à la discrimination des femmes par le SGP, il l’a au contraire soutenu en lui versant des subventions’, précise le jugement. Le SGP reçoit de l’Etat environ 800 000 euros par an, les salaires des deux députés et de leurs collaborateurs (300 000 euros) non compris."
"Le SGP fait savoir par le biais d’un porte-parole qu’il est ’étonné et déçu’ par le jugement. ’Mais comme le verdict concerne l’Etat, nous ne pouvons pas faire appel. Nous attendons de voir ce que fera l’Etat.’ Le parti craint que le jugement n’ait de grandes conséquences pour l’avenir du SGP."
"Aucun autre parti de la Deuxième Chambre n’est aussi ancien que le Staatkundig Gereformeerde Partij", explique le même NRC Handelsblad en page 3. "Le SGP a été fondé en 1918 par le pasteur zélandais G.H. Kersten pour s’opposer au droit général de vote des femmes, qui était imminent à l’époque. Depuis 1922, il occupe constamment un ou plusieurs sièges à la Deuxième Chambre, ce qui en fait le parti le plus durable. Depuis que la Deuxième Chambre compte 150 sièges, le nombre de sièges qu’il y détient varie de deux à trois."
"Dans certaines zones du pays, qui forment ce qu’on appelle la ceinture biblique, le parti a une base relativement forte et fidèle." "Il détient actuellement deux sièges à la Deuxième Chambre et deux au Sénat et il partage un siège au Parlement européen avec la ChristenUnie. Au niveau local, il compte en ce moment quatre maires."
"Pour le SGP, la Bible n’est pas une source d’inspiration, mais une directive stricte pour l’action politique. Le parti essaie de suivre la Bible le plus littéralement possible dans ses choix politiques et sociaux" (également tous les journaux de ce matin).
"Le ministre de l’Intérieur Remkes (VVD) va certainement se pourvoir en appel contre le jugement", écrit le Trouw dans son grand article à la une. "La raison en est qu’à son avis, le tribunal a porté un jugement de principe sur la relation entre l’Etat et les affaires internes d’un parti politique."
Pour l’éditorialiste du Trouw, le jugement du tribunal de La Haye "ne tombe pas des nues". "Aux Pays-Bas d’après-guerre, au XXe siècle, il était encore possible d’admettre une exception politique à la règle qui veut que les femmes aient les mêmes droits que les hommes ; aux Pays-Bas d’aujourd’hui, c’est une position difficile à tenir. Nous exigeons des immigrés qu’ils adoptent les valeurs fondamentales de notre démocratie, dont l’égalité des hommes et des femmes. Ce n’est guère compatible avec l’acceptation d’un parti qui, pour des raisons bibliques, refuse aux femmes l’exercice d’une fonction publique."
Néanmoins, "ce jugement rompt avec le principe démocratique selon lequel c’est l’électorat qui décide du droit d’existence d’un parti". "En l’occurrence, ce sont les juges qui en décident."
Le journal chrétien progressiste conclut qu’il n’est pas convenable "que les tribunaux interviennent aussi profondément dans la vie associative". "Bref, il n’est pas possible que le dernier mot ait été dit avec ce jugement."
Le commentateur du Volkskrant juge également "raisonnable que le ministre Remkes envisage de faire appel contre ce jugement". "A première vue le verdict du tribunal de La Haye paraît tout à fait raisonnable, mais il s’agit bien d’une question de droits fondamentaux. Cette jurisprudence aura de grandes conséquences pour les organisations religieuses, car le SGP chrétien orthodoxe n’est pas la seule association subventionnée qui traite les femmes comme des citoyens mineurs." "D’un autre côté, il y a aussi des organisations qui n’acceptent que des femmes. Un arrêt de la Cour de Cassation ne serait donc pas inutile."
"Il serait à l’honneur du SGP de mettre fin à la honteuse discrimination de ses membres féminins", conclut le journal de centre gauche. "Dans le cas contraire, le SGP restera le bienvenu dans le système démocratique néerlandais, mais à cent pour cent à ses propres frais [c’est-à-dire sans toucher de subvention]."

ACTUALITE INTERIEURE

Affaire Nienke
"Le Ministère public n’a pas soumis au tribunal les graves doutes que l’Institut médico-légal néerlandais (NFI) avait sur la culpabilité de Cees B. dans l’affaire du meurtre de Nienke Kleiss", rapporte le Volkskrant dans son grand article à la une. "C’est ce qui ressort d’une lettre confidentielle sur la question que le grand patron du Ministère public, Harm Brouwer, a envoyée cette semaine aux procureurs généraux et que la rubrique d’actualité NOVA a rendu publique mercredi soir."
"B. a passé quatre ans en prison alors qu’il était innocent."
"Fin 2004, le Ministère public a ordonné une évaluation de la question par des ’spécialistes externes indépendants’. Il ressort des conclusions provisoires de cette enquête que le NFI était divisé sur les résultats de l’examen de l’ADN trouvé sur le corps de Nienke, son ami Maikel et le lacet avec lequel la fillette a été étranglée."
"Brouwers écrit dans sa lettre qu’on aurait pu choisir de signaler durant le procès ’que des chercheurs du NFI ont indiqué qu’ils avaient peut-être trouvé des traces d’ADN d’une tierce personne, qui n’était pas B.’"
L’AD Haagsche Courant, de son côté, écrit à la une que "la police a manipulé Maikel, l’ami de Nienke, en tant que témoin, pour lui faire faire des dépositions à charge contre Kees Borsboom. C’est ce que dit le garçon, qui a 16 ans maintenant, dans une interview à notre journal."
Le viol et le meurtre de Nienke Kleiss dans un parc de Schiedam remontent à juin 2000. La description du meurtrier faite par Maikel, alors âgé de 11 ans, ne correspondait pas au signalement de Cees B., également pédophile, arrêté par la suite. B. avait initialement avoué les faits qu’on lui reprochait et l’affaire n’a été rouverte qu’après que le véritable auteur du crime s’était dénoncé, l’an dernier.
"Derrière la question de l’usage exact fait des preuves se cache une autre question qui dépasse le meurtre dans le parc de Schiedam", fait valoir l’éditorialiste du Volkskrant. "Les erreurs commises sont-elles un incident ou témoignent-elles d’une évolution qui mène presque fatalement à des erreurs ? Le nombre d’erreurs judiciaires - dans la mesure où on les découvre - reste relativement réduit. Néanmoins, les Pays-Bas ont été confrontés les dernières années à une série de cas remarquables de condamnations à tort (...). Tous ces cas ont en commun le fait que la police et le Ministère public se sont cramponnés aux points de vue adoptés au départ."
"La Deuxième Chambre exige à juste titre d’examiner à fond la question du meurtre du parce de Schiedam. Mais il serait bon que la classe politique se rende compte qu’elle a contribué à créer le climat dans lequel le dynamisme de la justice semble plus préférable à la circonspection."

CDA - Bert de Vries
"Ce livre est solide comme un roc", remarque le chroniqueur Marcel van Dam, un coryphée du PvdA, en page d’opinion du Volkskrant à propos du livre de l’ancien ministre des Affaires sociales CDA Bert de Vries (cf. presse du 2 septembre). "De Vries n’est pas un écrivain de grand talent, mais il déborde de connaissances et d’expérience et il est capable d’expliquer clairement un problème difficile. Et ce qui est plus important encore, c’est que De Vries a su se soustraire à la pression de l’étouffant esprit du temps néoconservateur, devenu si dominant qu’une grande partie de l’opposition porte aussi des œillères, hélas." "De Vries démonte tous les scénarios noirs en profondeur et de façon convaincante, si convaincante qu’à ce jour on a seulement essayé de réduire sa crédibilité. Personne n’a encore essayé de réfuter ses arguments."
"Jusqu’à présent, on a considéré le livre de De Vries comme une offensive de front contre la droitisation du CDA", conclut Marcel van Dam après en avoir résumé les principaux points. "Mais c’est aussi une offensive de front involontaire contre l’opposition, car je n’ai jamais entendu Jan Marijnissen, Femke Halsema ou Wouter Bos attaquer le néoconservatisme de façon aussi factuelle, cohérente, passionnée et convaincante."

ECONOMIE, FINANCES

Energie nucléaire
L’ensemble de la presse note que la centrale nucléaire de Borssele, la seule encore en service aux Pays-Bas, pourra produire de l’électricité jusqu’en 2033. Les propriétaires de la centrale en garantissent la sécurité jusqu’à cette date. Par ailleurs, les actionnaires de la centrale, les compagnies d’énergie Essent et Delta, sont prêts à y investir ensemble 250 millions d’euros.
Initialement, le gouvernement voulait fermer Borssele en 2013, mais cette décision aurait mené à une demande de dédommagement d’un milliard d’euros. Le maintien en service de Borssele est également favorable à l’environnement : il réduit le rejet annuel de gaz à effet de serre de 1,5 millions de tonnes (De Telegraaf p.1, Trouw p.3, de Volkskrant p.4, AD Haagsche Courant p.8).

AFFAIRES FRANÇAISES

Le Telegraaf (p.8) évoque les inondations dans la région de Nîmes, notant que des vacanciers néerlandais sont aussi touchés dans les campings.
Le Volkskrant reprend des informations du quotidien Le Figaro sur les magasins musulmans susceptibles de financer le radicalisme (p.6) et évoque en rubrique économique (p.9) le bilan légèrement positif des "cent jours" du premier ministre Dominique de Villepin : "On ne se moque plus tellement de Villepin." On notera pour finir une présentation de l’exposition "Visa Pour l’Image", à Perpignan (cahier Voorkant).

Dernière modification : 08/09/2005

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