revue de presse néerlandaise du mardi 15 mars 2005

Les grands titres restent variés ce matin. La presse populaire s’alarme du nombre croissant d’élèves qui arrivent en fin du cycle primaire sans savoir lire correctement et de la hausse du prix du gaz et de l’électricité. Le Volkskrant reprend une dépêche AFP sur le Darfour et le Trouw publie quelques éléments d’un rapport sociologique qui paraîtra cet été.

NRC Handelsblad d’hier soir : "La Chine : l’usage de la force contre Taiwan est possible en cas de déclaration d’indépendance", "Grande opération européenne contre le blanchiment", "L’Europe se penche sur le rôle de la CIA dans les enlèvements"
de Volkskrant : "L’ONU : 180 000 victimes au Darfour", "Cinq secondes de recueillement pour Arafat" (reportage sur la visite du premier ministre Balkenende en Israël)
Trouw : "Les mères allochtones veulent garder leur emploi", "Les flancs nus du Kilimandjaro - Le réchauffement de la terre en images" (exposition "NorthSouthEastWest", à Londres)
Algemeen Dagblad : "Le gaz et l’électricité vont encore augmenter", "Amoureux grâce au tsunami" (mariage dans un camp de réfugiés)
De Telegraaf : "Des enfants quittent l’école en tant qu’analphabète - L’inspection : C’est très grave", "Une action éclair prévient un acte désespéré" (fait divers), "Moins de taxe sur le jus de pomme et l’eau"

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Le dossier du jour : Programme Wilders

La plupart des quotidiens évoquent encore la "déclaration d’indépendance" du député Geert Wilders (ex-VV) et quelques éditorialistes commentent ce programme électoral de base (cf. presse du 14 mars).
"Trois députés LPF réagissent à la Déclaration d’indépendance de leur collègue indépendant Wilders", relève le Trouw (p.3). "Le président du groupe parlementaire VVD, Van Aartsen, ne craint pas ’un deuxième effet LPF’. Lors d’une réunion de parti, hier soir, Van Aartsen a dit que le document de Wilders ’contient beaucoup de choses hors de propos, dont l’électorat ne sera pas dupe’."
"Le député LPF Joost Eerdmans qualifie le programme de base de ’discours positif et clair’. ’Je trouve que c’est très fortuyniste. Je suis tout à fait d’accord avec son offensive contre l’élite et la politique de gauche.’ Eerdmans est l’un des candidats qui s’associeront bientôt au mouvement politique de Wilders."
"Selon le député LPF Herben, Wilders a copié quatre-vingt-dix pour cent du programme de Pim Fortuyn. Le président du groupe parlementaire LPF Van As ’prend acte’ de la déclaration. Selon lui, il n’est pas question d’élections pour le moment. ’En outre la rédaction d’un nouveau programme électoral pour 2007 n’est pas l’affaire du groupe, mais du parti.’ C’est pourquoi le thème ne figure pas à l’ordre du jour de la réunion du groupe parlementaire LPF qui aura lieu aujourd’hui, selon Van As."
"Le CDA et le D66 ne veulent pas réagir, arguant qu’ils ne le font que dans la perspective d’élections. Le PvdA estime que les propositions de Wilders ne rendront pas les Pays-Bas ’plus pacifiques, plus prospères et plus sûrs’. Il y discerne quelques bonnes idées, mais dans l’ensemble Wilders aggrave les problèmes plutôt qu’il ne les résout, affirme un porte-parole. Le PvdA estime que le projet de revenir au florin est un mauvais projet pour les Pays-Bas." "Le parti craint aussi que les projets de Wilders ne détournent de la société les musulmans modérés."
"La ’Déclaration d’indépendance’ avec laquelle le député Geert Wilders veut participer aux élections de 2007 compte dix-neuf pages", écrit le Volkskrant (p.3). "Dix-neuf pages avec plus de soixante-dix propositions qui doivent rendre aux Néerlandais la fierté de leur ’propre identité’. Mais les experts doutent de leur praticabilité. Les projets sont anticonstitutionnels et contraires aux traités internationaux et à la jurisprudence."
Après avoir donné l’avis de quelques spécialistes sur différents points du programme de base de Wilders, le journal de centre gauche conclut que "selon les experts, toutes les propositions paraissent praticables en théorie". "Il est possible de dénoncer des traités et de modifier des lois. Mais c’est une affaire de longue haleine, certainement quand il s’agit de modifier la Constitution. Pour cela, il faut deux fois une majorité de deux tiers au Parlement. Wilders : ’Mes collègues politiques disent que les lois et traités font obstacle à mes propositions. Cette attitude me met en colère. Ils se cachent derrière une incapacité de modifier quelque chose qu’ils ont eux-mêmes créée’.’
"Il ressort d’une enquête de Maurice de Hond que la majorité (65 pour cent) de la population est pour le mois d’accord avec une partie des projets de Wilders."

Commentaires
"Dans sa Déclaration d’indépendance, Geert Wilders étale un programme populiste qui semble s’adresser exclusivement aux électeurs cyniques qui n’ont plus la moindre confiance dans les partis politiques existants", remarque l’éditorialiste du Volkskrant. "Le caractère radical des propositions, qui sont en grande partie empruntées à l’œuvre de Pim Fortuyn, est plus important pour Wilders que leur réalisme."
"Wilders brosse à ses électeurs la perspective d’un ’nouveau Siècle d’Or’ durant lequel les Pays-Bas se transformeront en bastion se détachant de l’Union européenne et d’autres obligations internationales." "Ce sera la fin de l’Etat-providence, tout comme du modèle polder, du salaire minimum, de la protection contre le licenciement et du caractère contraignant des conventions collectives. Ce sont surtout les classes moyennes qui devront profiter de l’allégement fiscal sur lequel débouchera ce dégraissage à l’américaine de l’Etat de droit social."
"Le programme de Wilders ressemble fort à celui d’autres mouvements populistes ethnocentriques d’Europe. On ignore s’il cherche à se rapprocher de possibles amis politiques hors des Pays-Bas. Qui Wilders veut-il s’associer aux Pays-Bas ? Là aussi le mystère est total. Son manifeste politique ne se prête absolument pas aux négociations, à la coopération ou à la formation d’une coalition."
"Wilders a tout à fait tort de partir du principe que le climat politique n’a pas changé depuis 2002. En réalité tous les partis politiques ont réfléchi à la révolte des électeurs qui a pris forme sous Fortuyn. Il en découle toutes sortes de projets et de mesures pour rétablir la confiance entre les électeurs et les élus et il s’agit maintenant de passer à l’application effective. Malheureusement, il ne faut pas attendre de contribution constructive de la part de Wilders. Il n’a guère d’autre objectif que de se démarquer du reste du monde."
"La ’déclaration d’indépendance’ du député Wilders semble une invitation aux héritiers errants de Fortuyn à s’associer à lui", écrit le commentateur du Trouw. "La teneur et la rhétorique du pamphlet ressemblent beaucoup au programme avec lequel Pim Fortuyn, il y a trois ans, défiait le pouvoir établi de La Haye. Mais il y a une différence frappante et peut-être cruciale : Wilders pousse le radicalisme de ses solutions à l’extrême et il se distancie tellement de la réalité qu’il se place hors du débat."
"En usant d’une telle rhétorique, un homme politique touche des cordes sensibles, certainement s’il met en concurrence des concepts familiers tels que le florin, l’école professionnelle, la discipline et l’ordre, d’une part, et les bureaucraties de Bruxelles et La Haye dirigées par des élites suffisantes, de l’autre. Mais cela n’a pas grand-chose à voir avec une vision réaliste propre à faire de lui un redoutable challenger des partis politiques établis."
"La vision de Wilders a toujours été plutôt répressive", remarque le chroniqueur Sylvain Ephimenco dans le cahier de Verdieping du même Trouw. "Mais en lisant son pamphlet d’un trait, on se retrouve très vite dans un univers claustrophobe qui semble entouré d’un océan d’hostilité. Pardonnez-moi si je me trompe, mais après cette lugubre énumération de mesures restrictives l’association avec les conditions déplorables dans lesquelles le député doit vivre depuis l’an dernier m’est venue tout naturellement à l’esprit." "La devise de cette déclaration d’indépendance est éloquente, presque freudienne : ’Mon thème est la liberté. Le nouveau mouvement politique accordera une place centrale à la reconquête de notre liberté’."

Actualité internationale

Pays-Bas - Israël
La visite en Israël du premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende fait l’objet d’une bonne couverture de presse factuelle (de Volkskrant p.1, Trouw p.3, Algemeen Dagblad p.5, De Telegraaf p.10).
Dans son reportage à la une du Volkskrant, Frank Poorthuis dit à propos du dépôt de gerbe et des cinq secondes de recueillement du premier ministre devant la tombe de Yasser Arafat, à Ramallah hier après-midi : "Ce n’est pas un geste anodin pour Israël et nos amis de l’Etat juif. Et à quoi pense-t-il alors ? Qu’Arafat a beaucoup signifié pour le peuple palestinien, dit-il. ’Et on sent le chagrin des Palestiniens’."
"C’est la première visite de Balkenende en Israël et dans les territoires palestiniens." "Le premier ministre raconte dimanche soir, après avoir rencontré la communauté néerlandaise à Tel Aviv, qu’en tant que croyant il ressent ’une grande affinité’. ’C’est en lien avec votre éducation, avec l’histoire’."
"Balkenende s’entretient avec [le président palestinien] Abbas pendant environ une demi-heure. Comme prévu, ils abordent l’installation du port de la bande de Gaza. Cette installation a été commencée il y a des années, avec des fonds néerlandais, mais en 2000 les Israéliens ont démoli ce début. Balkenende promet à Abbas qu’il est possible que l’installation soit reprise avec des fonds européens, mais cela ne paraît pas être un engagement ferme."
"Le premier ministre dit qu’il a plaidé auprès du président palestinien en faveur de la révision des peines de morts décrétées par l’Autorité Palestinienne. Et qu’il a exprimé ses préoccupations sur la participation du Hamas aux prochaines élections législatives. ’Un parti qui ne reconnaît pas l’existence d’Israël’."
"C’est ainsi que Balkenende, dans la bonne tradition néerlandaise, louvoie soigneusement entre la sympathie pour la cause palestinienne et celle pour la cause israélienne. Y compris physiquement, car une heure après la visite à Abbas, il est assis à la table du premier ministre israélien Sharon. Celui-ci se plaint auprès du premier ministre néerlandais qu’il veut bien prendre de nouvelles mesures dans la voie de la paix, mais qu’il faut d’abord qu’Abbas prévienne de nouveaux attentats."
"Et quel sentiment anime le premier ministre à la fin de la journée, lorsqu’il regagne l’hôtel King David ? ’L’espoir, mais je vois aussi qu’il reste des difficultés’."

Actualité intérieure

Drogues douces
"Après son intervention musclée dans le camp de nomades De Vinkenslag [dont les habitants se livraient à des pratiques illégales et ne payaient pas d’impôts] et son ’non’ à la poursuite du financement du club de football MVV, le maire de Maastricht, Gerd Leers, s’attaque au problème de la drogue dans sa ville", relève le Financieele Dagblad (p.3). "Il veut un wietboulevard [série de points de vente de cannabis] et des centres légaux de culture du cannabis, tous deux à la périphérie de la ville."
"Leers est soutenu par les exploitants de coffee-shops locaux, réunis dans la Vereniging Officiële Koffieshops Maastricht (VOKM). Marc Josemans, président de la VOKM : ’Nous espérons que la situation va enfin être clarifiée, car cela fait presque 25 ans que nous travaillons dans une zone grise.’ L’opposition vient surtout des milieux politiques de La Haye."
"Maastricht compte seize coffee-shops. Faute de chiffres exacts, on estime grosso modo qu’ils vendent en moyenne un kilo de wiet, une drogue douce, par jour par coffee-shop, soit 6 000 kilos par an. Cela représente un chiffre d’affaires de dizaines de millions d’euros et assure au moins 350 emplois à plein temps."
"Alors que physiquement il s’agit du même wiet, les autorités font comme s’il y en avait deux sortes : le wiet illégal et le wiet toléré. Le wiet est un produit criminel du plant à la porte de derrière du coffee-shop. Dès qu’elle y entre, la drogue est brusquement autorisée, du moins tant que le coffee-shop ne dépasse pas la quantité maximale. Josemans pense que la ’régulation’ de la culture est également intéressante pour le Trésor Public. Les cultivateurs devront alors payer des impôts sur leur chiffre d’affaires et leurs bénéfices."
"L’appel de Leers à la légalisation de la culture du wiet a pour but de réduire fortement l’afflux de touristes de la drogue à Maastricht : 1,6 millions par an, la plupart des étrangers" (également Trouw p.7).

Affaires françaises

Le NRC Handelsblad (p.5) d’hier soir, l’Algemeen Dagblad (p.7) et le Trouw (p.8) rendent compte de l’alerte à l’amiante dans la Tour Montparnasse, au centre de Paris.
Dans le Telegraaf (p.13), Kirsten Coenradie, dans le cadre du débat sur l’élection du maire néerlandais, explique la situation en France, en particulier dans les petites communes.

Dernière modification : 15/03/2005

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