L’histoire de France [nl]

La France avant la révolution : une lente gestation

Il est bien difficile d’attribuer à la France une date de naissance ; faut-il choisir 496 et le baptême de Clovis roi des Francs, 987 et le sacre d’Hugues Capet, fondateur de la dynastie qui régna pendant neuf siècles sur le pays ou 1789 et la Révolution, quand la France s’affirme comme une nation dans un État déjà constitué ? Historiens et citoyens sont partagés sur ses origines. La communauté nationale a d’ailleurs fêté les trois anniversaires : les 1 500 ans de la conversion de Clovis au catholicisme, le millénaire du sacre d’Hugues Capet et le bicentenaire de la Révolution. La pluralité des choix possibles montre, en tout cas, que la France, comme un être vivant, s’est lentement constituée, intégrant des apports multiples à partir desquels elle a construit son identité.

L’Antiquité et le Moyen-Age n’ont certes pas produit une France à l’image de celle que nous connaissons et, à la fin du XVe siècle, le domaine capétien ressemble davantage à un archipel composite qu’à l’Hexagone actuel. Ces longues périodes sont cependant essentielles, car elles établissent les trames du peuplement et jettent les bases de l’organisation du territoire, en fixant l’emplacement de la plupart des villes et des réseaux de communication. C’est à partir de ces pôles et de ces axes que les solidarités territoriales vont fonctionner et que l’espace français va se construire, à travers des guerres, des annexions, des cessions, des héritages, des mariages. Quelques phases sont essentielles dans ce long processus : la domination romaine d’abord, qui maille la Gaule de villes et de routes et qui établit un embryon d’unité linguistique en répandant l’usage du latin ; l’expansion médiévale, aussi, qui voit renaître les villes, se multiplier les villages et se développer les échanges du XIe au XIIIe siècle.

De cette lente émergence, il faut aussi retenir les brassages humains. Aux noyaux de peuplement préhistoriques attestés par de nombreux sites, dont quelques-uns comme Lascaux ont une renommée mondiale, se sont ajoutés les apports celtes, ceux des peuples de la Méditerranée, Grecs et Romains, ceux des nomades guerriers venus de steppes, comme les Huns, ceux des peuples nordiques et germaniques, Vandales, Suèves, Burgondes, Alamans, Wisigoths, Francs et, plus tard, Arabes et Vikings... Ces peuples ont en partie déterminé les souches de population de certaines régions mais, surtout, ils se sont fondus dans le creuset qui deviendra la France. C’est également au cours de cette période, sous l’autorité des Capétiens, que se construit progressivement le territoire et que se mettent en place les institutions et l’administration qui le gèrent et l’organisent. Le choix de Paris comme capitale est à cet égard décisif : le territoire et l’État qui en émane trouvent là un centre à partir duquel l’unité de la France se réalise.

Le leg de la Révolution et de l’Empire

La France s’affirme comme nation avec la Révolution de 1789. Le 14 juillet 1790, lors de la fête de la Fédération, des délégués venus de tout le pays proclament leur appartenance à la même communauté nationale. L’idéal affiché alors est celui de la liberté de chacun dans le respect de tous, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, d’institutions faites pour garantir le bien-être social...

Ces aspirations, formulées dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, sont héritières de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle et fortement imprégnées de la pensée d’auteurs comme Montesquieu, qui a posé le principe de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire dans L’Esprit des lois (1748), ou comme Jean-Jacques Rousseau qui développe les notions d’égalité politique et de souveraineté du peuple dans Du contrat social (1762). Ces textes ont d’ailleurs beaucoup inspiré les rédacteurs de la Constitution des États-Unis d’Amérique en 1787. Les valeurs qui sont ainsi mises en avant se veulent universelles et peuvent être considérées comme fondatrices de la démocratie moderne. Elles auront d’ailleurs un grand retentissement et guideront les mouvements de libération nationale au XIXe siècle, avant d’être largement reprises dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 par les Nations unies.

Ces principes ne seront cependant pas immédiatement acquis. S’ils sont inscrits en grande partie dans la première Constitution, dont la France s’est dotée en 1791, et encore plus largement dans celle de 1793, il faudra du temps, de nombreux combats politiques et des luttes sociales avant qu’ils ne deviennent des droits inaliénables. La Ire République est proclamée le 22 septembre 1792, mais la Constitution démocratique à laquelle elle donne naissance en 1793 ne sera jamais appliquée. La guerre civile à l’intérieur, les combats qu’il faut mener sur tous les fronts contre les États européens coalisés contre la France aboutissent à la mise en place de la Terreur, bien éloignée des nobles principes de 1789. Après l’exécution de Robespierre en juillet 1794, la Convention thermidorienne (1794-1795) et le Directoire (1795-1799) conduisent à la prise du pouvoir par Bonaparte, consul de 1799 à 1804 puis empereur des Français. La monarchie, abolie en 1792, cède la place à l’Empire, bien différent dans ses structures et son organisation mais où les Français se retrouvent sujets, comme par le passé, après avoir été d’éphémères citoyens.

Pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, la France a tenté d’imposer son modèle et ses institutions à une partie importante de l’Europe ; mais la volonté initiale d’apporter la liberté aux « peuples opprimés » s’est vite muée en conquêtes et en annexions, le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » apparaissant alors comme une formule bien vaine... La France perd son Empire en 1815 mais ne recouvre pas pour autant liberté et démocratie. La monarchie est restaurée avec Louis XVIII. Charles X lui succède en 1824 puis, à la suite des journées révolutionnaires de juillet 1830, Louis-Philippe entame un règne de dix-huit ans. La Révolution de 1848 met en place la IIe République qui, comme la Première, débou- che sur un coup d’État, celui de Louis- Napoléon Bonaparte en 1851 et l’instauration du Second Empire (1852-1870). Sous ces différents régimes, le recours aux citoyens n’a guère été pratiqué : jusqu’en 1848, le vote se fait au suffrage censitaire, donc limité à une minorité, et l’expression politique du plus grand nombre passe en fait par quelques épisodes insurrectionnels vite réprimés. Cependant, derrière l’instabilité politique s’opèrent des changements de fond à travers lesquels se construit la France moderne. Ils sont d’abord d’ordre territorial et administratif. En 1789, l’unité administrative de la France était inachevée.

La France était divisée en circonscriptions diverses, apparues à des périodes différentes et qui se chevauchaient : baillages, gouvernements, généralités, États provinciaux, pays. Une telle complexité entraînait des lenteurs et des conflits de compétence et limitait une gestion efficace du pays. Sur ce plan, la Révolution et l’Empire vont perfectionner l’œuvre centralisatrice entreprise sous l’Ancien Régime. En 1790, le territoire est divisé en départements, eux-mêmes divisés en cantons découpés en communes, qui constituent encore aujourd’hui les entités locales stables de l’espace de vie des Français. Bonaparte complète le dispositif et lui donne cohérence et efficacité par la loi du 28 Pluviôse an VIII (17 février 1800), qui institue les préfets et les maires, ces derniers aujourd’hui élus étant alors nommés.

Les circonscriptions administratives sont donc homogénéisées sur une base égalitaire et le recrutement des personnels par concours substitue le mérite aux anciens privilèges. C’est au cours des mêmes périodes que l’on assiste à la naissance de véritables services publics, au renforcement du rôle de l’État dans l’aménagement du territoire, la création d’infrastructures, l’urbanisme. La volonté unificatrice passe aussi par le souci de créer des normes et des repères communs partout valides, ce qui se traduit aussi bien par l’institution du Code civil que par le cadastrage systématique de la propriété ou encore par le choix du système métrique et l’unification des poids et mesures, cette dernière décision étant aujourd’hui devenue universelle.

La période qui va de la Révolution au Second Empire est aussi marquée par une profonde transformation de l’économie et de la société. Même si les bouleversements que la France a connus entre 1789 et 1815 ont permis à l’Angleterre de prendre une avance économique -certaine, la France entre, elle aussi, dans l’âge industriel, celui des charbonnages, de la ma- chine à vapeur, des forges modernes, des grandes manufactures textiles et du chemin de fer. Le Second Empire apparaît à cet égard comme une période décisive, surtout après 1860 : la démocratie a été confisquée, l’affairisme bat son plein, l’aventure coloniale entreprise en 1830 avec la conquête de l’Algérie se poursuit, mais le pays enregistre des transformations profondes et rapides qui vont en faire une puissance moderne : développement de l’industrie, création de banques et de grands magasins qui inaugurent le système de distribution moderne, remodelage urbain, extension importante du réseau de -chemins de fer, politique de reboisement et de lutte contre l’érosion... Cependant, si l’essor économique est incontestable, le progrès social reste à la traîne et, dans cette première moitié du XIXE siècle, les conditions de vie sont dures et la misère aiguë pour le prolétariat qui s’entasse dans les villes industrielles.

1870-1914 : la France républicaine, crises et consolidation

Après la défaite de la France devant l’Allemagne en 1870, la IIIe République apparaît, en dépit des turbulences internes qu’elle doit surmonter et de la Première Guerre mondiale qui meurtrira profondément le pays, comme une période de stabilisation et de consolidation. La République a été proclamée le 4 septembre 1870 et Adolphe Thiers en devient le premier Président le 31 août 1871, alors que l’insurrection de la Commune de Paris s’est achevée par une répression sanglante à la fin du mois de mai 1871. Les débuts du régime sont difficiles et pourtant cette République sera la plus durable de toutes puisqu’elle se maintient jusqu’en 1940. D’abord monarchiste, A. Thiers se rallie progressivement à l’idée républicaine et les textes législatifs qui définissent l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs sont adoptés entre février et juillet 1875. Mais il faut attendre les élections des 14 et 28 octobre 1877, qui donnent une majorité républicaine à la Chambre des députés, pour que le régime soit légitimé.

Jusqu’à la guerre de 1914, la République doit faire face à deux crises graves qui menacent son existence même : le boulangisme (1886-1889), qui rallie des mécontentements de toutes origines et menace les fondements parlementaires du régime, et l’affaire Dreyfus (1894-1899), qui révèle l’ampleur de l’antisémitisme en France et les divisions profondes qui partagent le corps social et les courants politiques. Ces crises sont d’autant plus menaçantes pour la République qu’elles se déroulent sur un fond de tensions sociales et politiques vives : luttes ouvrières, actions violentes des ligues et factions politiques, affrontements entre cléricaux et anticléricaux qui aboutissent en 1905 à la séparation de l’Église et de l’État. Par ailleurs, des scandales politiques et financiers et des actes terroristes (assassinat du président Sadi Carnot en 1894) viennent exacerber les tensions. Cependant, les acquis de cette période sont importants sur le plan institutionnel et social et dans le domaine des libertés publiques.

Aux lois de 1882 et 1885 instituant l’école primaire obligatoire et gratuite, s’ajoutent les lois sur la liberté de la presse (1881), la liberté syndicale (1884), la réglementation du travail des femmes et des enfants (1892), la liberté d’association (1901). La modernisation économique se poursuit en dépit de crises conjoncturelles et la France est l’un des principaux berceaux des innovations scientifiques et techniques qui sont à l’origine de la deuxième révolution industrielle. Pendant la Belle Époque qui précède la Grande Guerre, le rayonnement international de la France est grand : elle dispose du deuxième empire colonial du monde, joue un rôle diplomatique de premier plan et s’impose comme le pays phare de l’art et de la culture.

1914-1945 : d’une guerre à une autre

Les premières années du XXE siècle voient la montée des tensions internationales en Europe ; les rivalités politiques, commerciales, coloniales entre les puissances s’inscrivent sur un fond de nationalisme croissant exacerbé par des crises régionales comme celles du Maroc et des Balkans. La France a constitué une Triple-Entente avec la Russie (ac- cords de 1893), elle-même alliée à la Serbie et à la Grande-Bretagne (par l’Entente cordiale, signée en 1904).

Face à ce bloc s’est formée la Triple-Alliance des « empires centraux » qui comprend l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et le royaume d’Italie, soutenus par l’Empire ottoman. L’assassinat du prince héritier d’Autriche-Hongrie par un Serbe de Bosnie, le 28 juin 1914 à Sarajevo, alors sous domination autrichienne, est l’étincelle qui met le feu aux poudres : le système d’alliance patiemment constitué fonctionne et conduit au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Le 3 août 1914, la France entre en guerre contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie aux côtés de l’Angleterre et de la Russie, rejointes plus tard par l’Italie et les États-Unis. Les Français sortent victorieux de ce conflit long de quatre années mais le bilan est lourd pour le pays comme pour les autres États d’Europe qui ont participé à la guerre. Le nord et l’est du territoire ont été dévastés, l’effort de guerre a épuisé les finances et l’économie nationale et interrompu les progrès sociaux engagés ; mais surtout, la guerre se solde par un véritable désastre humain : près d’1,5 million d’hommes jeunes ont été tués et près de 3 millions blessés, alors que le nombre des naissances s’effondrait, hémorragie démographique d’autant plus grave qu’elle touchait un pays dont la croissance de la population était déjà très affaiblie.

La guerre avait permis de réaliser l’Union sacrée des partis politiques autour de la défense de la nation, union symbolisée par la forte personnalité de Georges Clemenceau, le « Père la Victoire », au pouvoir jusqu’en janvier 1920. La vie politique des années vingt est ensuite dominée par des -coalitions de droite, à l’exception de la période 1924-1926 où le Cartel des gauches, unissant socialistes et radicaux, est au pouvoir. Depuis décembre 1920 et la création du Parti communiste, la gauche socialiste s’est divisée. La crise économique des années trente, les difficultés financières et sociales, la détérioration de la situation internationale avec l’arrivée au pouvoir du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne, aggravent les divisions dans le pays et favorisent la montée de nombreux mouvements antiparlementaires, conservateurs nationalistes et d’ex- trême droite qui s’organisent en « ligues ».

Ces organisations multiplient les manifestations violentes, comme celle du 6 février 1934 qui suscite en réaction une alliance antifasciste rassemblant les socialistes, les communistes et les radicaux et donne naissance au Front populaire. La gauche réunie triomphe aux élections de 1936 et le gouvernement de Front populaire, avec Léon Blum à sa tête, réalise d’importantes réformes : semaine de travail de quarante heures, conventions collectives, congés payés, premières nationalisations, modification du statut de la Banque de France. Toutefois, les divisions intérieures et surtout les difficultés extérieures ne sont pas réglées. Après avoir cru échapper aux hostilités par les concessions faites à Hitler à Munich, en 1938, le nouveau président du Conseil, Édouard Daladier, engage le pays, aux côtés des Britanniques, dans la Seconde Guerre mondiale (3 septembre 1939).

La guerre laissera une France doublement traumatisée, par la défaite rapide et inattendue devant les armées allemandes, d’une part, mais aussi par la politique de collaboration avec l’ennemi qui est mise en place par le gouvernement de Vichy, d’autre part. La débâcle de l’armée devant l’invasion nazie, en mai 1940, jette des millions de civils sur les routes de l’exode. L’armistice est signé le 22 juin 1940. La France est divisée en deux zones, l’une occupée et l’autre libre. La IIIe République s’effondre ; le 10 juillet 1940, le Parlement donne tout pouvoir au maréchal Pétain, héros de la Première Guerre mondiale, qui met en place à Vichy, capitale provisoire, un régime nouveau, l’État français : régime à caractère personnel, autoritaire, corporatiste et discriminatoire à l’égard des Juifs, qui sont soumis dès 1941 à un statut spécial. La collaboration avec l’Allemagne nazie est engagée le 24 octobre 1940 par l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler. Elle conduit le régime de Vichy à apporter son appui aux vainqueurs en soutenant l’effort de guerre allemand, en traquant les opposants au nazisme et en livrant les Juifs à la déportation. La Légion des volontaires français contre le bolchevisme combat même aux côtés des divisions allemandes sur le front de l’Est.

Cependant, la Résistance qui s’est manifestée dès les premiers jours de l’Occupation sera le ferment d’une France nouvelle qui prend les rênes du pays après la guerre. On peut dresser son acte de naissance au 18 juin 1940, quand le général de Gaulle appelle de Londres les Français à poursuivre le combat aux côtés des Alliés. Une résistance extérieure, composée des Forces françaises libres (FFL) et d’un Comité français de libération nationale (CFLN) se forme autour de lui. Des territoires coloniaux se rallient. En France la résistance intérieure, d’abord très limitée, s’organise et se renforce, constituant de véritables réseaux qui, outre les actions conduites dans le pays, apporteront un appui précieux aux Alliés par leur travail de renseignement et leur aide militaire lors du débarquement.

En Afrique du Nord, libérée par les Alliés dès novembre 1942, une nouvelle armée française se constitue et participe aux combats. Au printemps 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, délégué du général de Gaulle en France occupée, le Conseil national de la résistance (CNR) unit les principales organisations de résistants ; de Gaulle, alors installé à Alger, met sur pied le gouvernement provisoire de la République française, issu du CNR. Si le rôle de ce combat ne fut pas décisif dans la victoire alliée sur le nazisme, il a été essentiel pour la France car il a convaincu les Anglais, les Américains et les Soviétiques plus tardivement, qu’il fallait faire à la France une place dans le camp des vainqueurs, plutôt que de l’occuper à la Libération, comme on l’aurait fait d’un territoire ennemi. La France sera ainsi présente comme un acteur à part entière de la victoire, lors de l’acte de capitulation de l’Allemagne le 8 mai 1945. En ce sens, on peut affirmer que la Résistance, personnifiée par de Gaulle, a permis à la France pourtant militairement vaincue, de conserver son rang sur la scène internationale.

La reconstruction : 1945-1958

Deux guerres en trente ans ont représenté pour la France une période d’épreuves. Les pertes humaines ont été moindres pendant la Seconde Guerre (600 000 morts environ) que pendant le premier conflit mondial. En revanche, les pertes matérielles sont beaucoup plus lourdes. Combats et bombardements ont détruit villes, usines, ponts, gares et voies ferrées. S’y ajoutent les pertes causées par l’exploitation intensive par l’occupant, d’une économie asservie. Cependant, on peut parler de véritable élan dans la remise sur pied du pays ; les temps sont difficiles mais la paix restaure la confiance en l’avenir, comme en témoigne la vigoureuse reprise démographique du baby- boom, et l’aide américaine du plan Marshall permet de parer au plus pressé.

Dès 1945 et bien que la situation soit difficile, des mesures d’urgence sont prises : nationalisations de secteurs clés de l’économie (énergie, transport aérien, banques de dépôt, assurances) et de grandes entreprises (Renault), création de la Sécurité sociale, des comités d’entreprise et mise en œuvre d’une planification économique dont la responsabilité est confiée à Jean Monnet. Mais les forces politiques issues de la Résistance, communistes, démocrates-chrétiens et socialistes, qui soutiennent le gouvernement provisoire du général de Gaulle, se divisent rapidement sur le choix des institutions et sur les grandes options économiques. Le chef de la France libre finit d’ailleurs par quitter le gouvernement en janvier 1946 et fonde un nouveau parti politique, le Rassemblement du peuple français (RPF) en 1947. Il faut deux assemblées constituantes élues au suffrage universel (le vote des femmes a été instauré en 1944) et trois référendums pour que soit enfin adoptée la Constitution de la IVe République, promulguée le 27 octobre 1946, qui institue une Assemblée nationale toute-puissante et un Président aux pouvoirs limités. En janvier 1947, Vincent Auriol est élu président de la République par le Parlement.

Aux divisions politiques internes s’ajoutent bientôt celles nées de la guerre froide et de la décolonisation. Malgré l’opposition des communistes, la France affirme son atlantisme et se range résolument dans le camp occidental. Elle intègre l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), créée en avril 1948 pour répartir l’aide américaine, et adhère à l’Alliance atlantique (OTAN) en avril 1949. Par ailleurs, après la division de l’Allemagne, la France opte pour une politique d’entente avec la RFA qui sera à la base de la construction européenne. Jean Monnet, Robert Schuman et le chancelier Konrad Adenauer sont les principaux artisans de ce rapprochement qui aboutit en 1951 à la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), première structure autour de laquelle va se construire l’Europe unie. Si la France repousse la création d’une Communauté européenne de défense (CED), elle joue un rôle actif dans l’institution de la Communauté économique européenne (CEE) (ou Marché commun), qui voit le jour avec le traité de Rome, le 25 mars 1957.

La IVe République devra faire face à une grave crise engendrée par la décolonisation. Celle-ci commence en Indochine, d’où la France doit se retirer après huit années d’une guerre difficile. Pierre Mendès France, président du Conseil, met fin au conflit (accords de Genève, le 20 juillet 1954). Le Maroc et la Tunisie deviennent indépendants en 1956, tandis qu’une décolonisation pacifique s’amorce en Afrique noire. La décolonisation de l’Algérie, en revanche, donne lieu à un conflit qui durera de 1954 à 1962 et sera fatal à la IVe République.

La France sous de Gaulle

A la suite d’émeutes de Français d’Algérie, le 13 mai 1958 à Alger, le dernier gouvernement de la IVe République, dirigé par Pierre Pflimlin, tombe. Le général de Gaulle est appelé par le président de la République, René Coty, à assumer la direction du gouvernement.

Il met en chantier l’élaboration du texte constitutionnel qui va organiser le nouveau mode de fonctionnement des institutions. La Constitution de la Ve République est adoptée par référendum le 28 septembre 1958. Elle accorde une place éminente au président de la République. De Gaulle est investi de cette fonction suprême par un collège de députés, sénateurs et élus locaux, le 21 décembre 1958.

A partir de 1960, les pays de l’Afrique française accèdent à l’indépendance et vont garder avec la France des liens privilégiés, mais la guerre qui se poursuit en Algérie constitue l’abcès principal hérité de la République précédente. Des troubles graves, en métropole et en Algérie, ainsi que le putsch des généraux, qui s’emparent du pouvoir à Alger le 22 avril 1961, conduisent à accélérer les négociations avec le gouvernement provisoire de la République algérienne et aboutissent aux accords d’Évian, approuvés massivement par référendum le 8 avril 1962. Un million de rapatriés doivent quitter l’Algérie indépendante et se réinsérer en France. Par le référendum du 28 octobre 1962, de Gaulle fait adopter l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct. Il est élu président le 19 décembre 1965.

La prospérité économique et l’assainissement monétaire permettent au général de Gaulle de mener une politique extérieure très active. Son but est d’affirmer l’indépendance et le rôle mondial de la France. Il s’appuie, pour y parvenir, sur la capacité de dissuasion dont dispose le pays depuis qu’il maîtrise l’arme nucléaire – le 13 février 1960, la première bombe atomique française a été testée à Reggane, au Sahara. La France devient la troisième puissance nucléaire derrière les États- Unis et l’URSS, avec cependant une capacité de feu très éloignée de celle des deux grands. Afin de bien marquer la nouvelle indépendance acquise, de Gaulle décide de retirer la France du commandement militaire intégré de l’OTAN, tout en restant membre de l’Alliance atlantique.

L’Europe s’unit ; La France évolue

La politique européenne de la France se développe dans deux directions : mener à bien ce que de Gaulle baptise « la détente, l’entente et la coopération » avec les pays de l’Est pour mettre un terme à la guerre froide et préparer la construction d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural ; mettre en œuvre le traité de Rome, tout en défendant très fermement la souveraineté des États et leurs intérêts fondamentaux. L’établissement d’une étroite coopération franco-allemande, facilitée par les relations personnelles que vont entretenir le chancelier Adenauer et le général de Gaulle, fait de l’Allemagne et la France l’un des « moteurs » de la construction européenne.
De grands projets économiques voient le jour en France : paquebot France (1962), avion supersonique Concorde (1969), début de l’exploration spatiale (1965), soutien à l’innovation technologique et aux industries de pointe (aéronautique, informatique, télécommunications). Cependant, au cours des années soixante, les profondes mutations de l’économie française, ainsi que les changements sociologiques importants qu’enregistre le pays suscitent des inquiétudes et des aspirations sociales nouvelles. La multiplication de nouveaux médias (radio à transistor, télévision) contribue à donner un écho national à ces revendications que les événements de mai-juin 1968 (mouvement de grèves et contestation estudiantine ayant pris une ampleur particulière en France) vont catalyser.
Moins d’un an plus tard le général de Gaulle quitte définitivement le pouvoir après l’échec d’un référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, le 28 avril 1969.

La révolte de 1968 et la succession à De Gaulle

Georges Pompidou lui succède (élection du 15 juin 1969). Après la mort prématurée de ce dernier, Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République, le 19 mai 1974. Sous G. Pompidou, un pas décisif est accompli : la France lève son veto à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE, étendue à l’Irlande et au Danemark, et l’Europe passe à neuf membres en 1973. Le septennat de V. Giscard d’Estaing s’accomplit sur fond de changement économique radical, la forte croissance des Trente Glorieuses s’achève au milieu des années soixante-dix et la France entre dans une crise durable. D’importantes réformes sont cependant accomplies : majorité à dix-huit ans, autorisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), fin de la censure au cinéma et dans l’audiovisuel... V. Giscard d’Estaing est, par ailleurs, l’initiateur des réunions du G7 (Groupe des sept pays les plus industrialisés) et, avec le chancelier allemand Helmut Schmidt, il est à l’origine de l’organisation du Système monétaire européen (SME) et de l’élection au suffrage universel des députés au Parlement européen.
Alors que la majorité au pouvoir connaît des dissensions politiques croissantes, l’opposition met en place, dans les années soixante-dix, une stratégie de conquête du pouvoir sous la direction de François Mitterrand, et, pour la première fois sous la Ve République, la gauche accède au pouvoir, avec l’élection de F. Mitterrand à la présidence de la République en mai 1981.

Cette alternance montre que la Constitution de 1958 permet un changement démocratique de majorité politique tout en garantissant la stabilité des institutions. François Mitterrand est élu pour un second septennat en 1988. Ses deux septennats furent marqués par un ensemble de mesures sociales, par l’extension et le renforcement des libertés locales et de la liberté d’expression, par l’abolition de la peine de mort, etc. En 1995, Jacques Chirac est élu à la présidence de la République. Il est réelu en mai 2002 pour cinq ans.

La cohabitation a sans doute été la grande nouveauté politique de la période récente. Elle intervient quand le président de la République et le gouvernement issu de la majorité parlementaire appartiennent chacun à l’un des camps qui se partagent la vie politique en France (voir chapitre « Les institutions et la vie politique »).
Indépendamment des changements de coalitions politiques de ces dernières années et de leurs divergences politiques, il existe un certain nombre de permanences fondamentales, quelle que soit la couleur politique des gouvernements au pouvoir, notamment sur la construction européenne, dont tous les Présidents et les Premiers ministres ont été des artisans convaincus, mobilisant leur majorité pour ce projet, et le maintien de la France dans la compétition économique mondiale, en encadrant le repli des activités en difficulté (pêche, sidérurgie, textile...) et
en favorisant le développement de branches nouvelles (aérospatiale, télécommunications, biotechnologies, activités liées à l’environnement, etc.).

L’histoire du monde contemporain (de 1815 à nos jours) en cartes : www.atlas-historique.net

Dernière modification : 23/01/2014

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